ERMITAGE IMPÉRIAL. XIX
attenante au balcon à Lanterne (il n’y en avait qu’un alors), au-dessus de l’escalier du Commandant, d’où . l’Impératrice se montrait au peuple, pour recevoir ses hommages et le saluer dans les grands jours de fête solennelle, à l’occasion de la paix, du mariage ou de la naissance de quelque Membre de la Famille Impériale. Dans ces jours de réjouissance publique, il y avait, sur la place du palais, festin du peuple; c'était ce qu’on appelait /a Cocagne. L’Impératrice donnait, du haut du balcon, le signal de la fête populaire, dont les gravures du temps conservent l'aspect et la physionomie, avec la vue de ces tables immenses où surgissaient les cornes d’or et d'argent de bœufs rôtis.
On appelait Grand-Ermuiage les soirées, assez peu nombreuses dans l’année, qui réunissaient jusqu’à 200 invités, et où paraissaient le Grand - Duc Paul, les Grandes-Duchesses, toutes les personues de leur Cour, les chambellans, les gentilshommes de la Chambre, dont plusieurs étaient en même temps officiers aux gardes, comme le prince Bariatinsky, le comte Schouvaloff [père du grand - maréchal}, le prince Galitzyne, le prince Troubetzkoy, le prince Soltykow, fils du feld-maréchal, etc. Alors il y avait toujours bal.
Telles furent sous Catherine II ces sorrées de l'EÉrmitage dont on a si souvent parlé.
Les fêtes y continuèrent sous les règnes suivants,
mais avec un caractère différent; et sous l'Empereur +
Alexandre I, à l’exception de quelques représentations de théâtre, assez fréquentes dans les premières années de son règne, jusqu’en 1812"), ces fêtes n’eurent lieu que rarement. |
Cependant, le premier jour de l’an (chaque année) on continua à donner le nom de bal costumé à une fête qui remontait à l’Impératrice Elisabeth, et qui est peut-être sans précédent en Europe.
Le 1° Janvier, les salles du palais d'Hiver étaient accessibles à une assez grande partie de la population de la capitale, au moyen de la distribution de 30 mille billets, qui donnaient, à autant de visiteurs, une libre entrée dans cette vaste demeure.
L’Ermitage seul demeurait réservé pour les personnes de la Cour, les hauts fonctionnaires, les officiers supérieurs aux gardes et quelques autres personnages privilégiés, qui recevaient des billets d’invitation pour ce qu’on appelait le bal costumé, parceque les cavaliers portaient sur leur uniforme un petit manteau vénitien, plutôt qu’un domino, et le chapeau sur la tête; mais qui n’était, au fond, qu’une promenade ou Polonaise de toute la Cour, formant l’escorte de la Famille Impériale, qui traversait, à différentes reprises, les salles et les galeries du palais d'Hiver, au
1) C’est alors que brillèrent sur la scène de l'Ermitage Miles Georges et Bourgoin, Duport et quelques actrices des théâtres de Paris, comme Mmes Philis Andrieux et Philis Bertin.