‹ Musée de l'Ermitage impérial. Notice sur la formation de ce musée et description des diverses collections qu'il renferme avec une introduction historique sur l'Ermitage de Catherine IIChapitre 5 sur 304 · XII ERMITAGE IMPÉRIAL · texte numérisé non relu

XII ERMITAGE IMPÉRIAL

bile à saisir quelque trait distinctif du caractère ou de la physionomie des personnages, lui avait fait trouver des termes badins pour désigner quelques-uns de ses intimes. .Elle appelait le Dieu du silence M' de Ribeaupierre, alors colonel, [il était très-discret]|; M° le Grand d'Espagne, M’ Bibikow qui était de petite taille; (a Reine, M'"° de Protassow qui la faisait souvent attendre et n’arrivait pas à l’heure fixée.

Rien du reste ne donne mieux l’idée du ton et de ” Ja liberté douce qui présidaient à ces soirées que les lots dites de l'Ermitage que l’Impératrice avait ellemême promulguées, peut-être rédigées, qui étaient affichées dans la salle d'entrée de cette retraite, et qu’elle fit cependant un jour exécuter rigoureusement, en faisant boire, en sa présence, à un délinquant, le fameux verre d’eau. Les espiègleries des pages étaient punies par l'obligation d'apprendre par cœur une tirade de la Télémaquide de Trétiakovsky, que sa muse malheureuse a fait passer ainsi à la postérité. Catherine II donnait elle-même le nom de Conversation [Becbza] à ces petites soirées intimes qui commençaient à 7 heures. En abordant les invités, elle leur paraissait toujours sereine et adressait à chacun des paroles gracieuses, pour que ce petit cercle fût animé de l’humeur qu’elle voulait faire régner autour d’elle. Ce ton d’aménité se retrouve jusque dans la rédaction des fameuses lois dont la dernière renfermant le pas-

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sage: ce qui sera entré par une oreille devra sortir par l'autre, exprimait, avec un ton presque badin, la recommandation d’un devoir sérieux’). Cet enjouement et cette familiarité n’excluaient pas le prestige de la Souveraine sur le trône, telle que nous la montre le pinceau de l’habile Lampi dans son beau tableau. Nous donnerons ici, sous forme d’anecdote, une preuve de l’influence de ce prestige.

Le général Bibikow (père du Grand d’Espagne) était ré-

puté pour la loyauté de $on caractère. Comme tel, l’Impératrice l’avait nommé maréchal ou président de l’assemblée de tous les députés, au nombre de 600, qui représentèrent à Moscou les différentes nations de la Russie, lorsque l’Impératrice les convoqua, à l’époque du projet de la confection du Code de lois de l’Empire.

! L’avant-veille de la solennité, Catherine II dit avec aménité à Bibikow, pendant la soirée de la Becbya: « Vous n’avez plus que deux jours avant de paraître devant moi dans le rôle qui vous est assigné; êtes-vous sûr d’être prêt?» Il lui répondit que, accoutumé au bonheur de sa présence, il croyait bien s'acquitter de sa mission. L’Impératrice voulut, le soir même, en faire l’expérience, en ordonnant une répétition de la cérémonie. Bibikow débita de mémoire le discours qu’il devait adresser à sa Souveraine, à la tête de la députation.

Le jour même de la solennité, lorsque le grand-maréchal, faisant ouvrir, à deux battants, les portes de la grande salle

1) On retrouve dans différents ouvrages les lois de l’Ermitage. Svignine, Description des objets les plus remarquables de St. Pétersbourg et de ses environs, les donne in extenso. C’est dans cet ouvrage, devenu rare, que Ancelot (Six mots en Russie) les a copiées.

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