Né à Amsterdam en 4590, mort en 16G
dans les cheveux et qui forment un accord d'une exquise distinction. Le fond est occupé par un grand rideau vei1; et un coin de muraille fauve. W. Bilrger, avec sa passion pour les Hollandais, l'attribuait à Samuel Yan lloogstraaten; M. É. Leroy, expert à Bruxelles, plus au courant des petits coins flamands, y voit une œuvre de François Duchastel. Le tableau du musée de Gand, la Cavalcade pour t inauguration du roi d'Espagne y Charles II y comme comte de Flandres en 1666^ datée de 1668, a une grande analogie avec le nôtre dans le choix et l'opposition des couleurs. Duchastel et Henry Janssens sont de merveilleux peintres de costumes et les meilleurs de leur pays, supérieurs même en ce point à Gonzalès Coques.
Un praticien fort spirituel assurément, et qui ne se confond avec aucun autre, est ce Dirck Hais, frère aîné de Frans. Il n'a pas la grande façon (le peindre de son frère, en pleine pâte et sans repentirs, avec des tons simples. Son pinceau est dur et un peu aigu, au contraire, mais si agile, qu'il en tire les effets les plus vifs et les plus flambants. Ses étoffes de satin ont des miroitements étranges, des cassures, des reflets chatoyants; ses costumes, quelque chose de bizarre et de raffiné. H a des tons à lui,, des gammes originales, des nuances verdacées et rosâtres, violacées, bleuissantes et glacées d'argent. Ses fonds, à peine frottés, il les sacrifie aux premiers plans qui ont toujours un relief surprenant et semblent jouer avec la lumière, a Dans ses tableaux on fait de la musique, disait Biirger, on joue aux cartes, on boit, on fume; le plus souvent on fait l'amour. » Le musée de Lille en a acquis un en 1869, la Conversation^ qui n'est pas sans analogie avec la Femme au clavecin du musée Van der Hoop, à Amsterdam. Une femme chante en s'accompagnant sur le luth dans l'intérieur d'un salon devant un petit groupe d'intimes : au premier plan, un homme debout, vu de dos, le chapeau sur la tête et vêtu d'un de ces satins changeants, gris violet, que Dirck affectionne, semble l'écouter. On ne voit dans le cadre que ce fantasque et impertinent personnage.
Bûrger a beaucoup fait pour l'histoire de la peinture hollandaise; il a inventé, ou plutôt révélé en France, car ils ont toujours été fort prisés on Hollande, pas mal de petits maîtres, dont quelques-uns sont de grands peintres : Van der Meer de Delft, les Fabritius, Théodore de Keyser, et plus spécialement Van Beyeren, le grand poissonnier. Sur ce spécialiste vraiment extraordinaire, rien, absolument rien : ni date de naissance, ni date de mort. Il doit être né à La Haye; il peignait encore en 1673, et c'est tout. On ne le connaît que par ses tableaux, et encore sont-ils rarissimes en dehors de son pays. Le musée de Rotterdam en possédait deux : ils ont été brûlés dans l'incendie de 1864. Il y en a un dans la galerie Suermondt ; il y en avait un chez M. Isaac Péreire, qui n'a pas été mis
en vente. 11 y en a un superbe au musée d'Amsterdam, mais non plus beau que celui du musée de Lille, qui a été acquis comme le Dirck Hais en 1869; et Bûrger lui-même en possédait un de qualité superlative : Ingres et Delacroix, qui l'ont vu, en avaient été enthousiasmés. Ce Van Beyeren a un faire qui ne se décrit pas. Il empâte très-peu; sa peinture n'est qu'un léger frottis qui couvre à peine la toile; ses fonds sont obscurs, presque noirs; de près les couleurs se fondent les unes dans les autres, se nuancent par d'imperceptibles dégradations, ou se posent franchement en notes isolées, éclatantes, — un certain rouge surtout, comme dans la tranche de saumon du tableau de Lille, rouge intraduisible et que je n'ai rencontré nulle part, — sans que jamais on puisse saisir le travail du pinceau; et, avec ce rien, avec ce métier sans prétention, il arrive à des effets étourdissants de relief, de vérité et de vie, si tant est qu'on puisse appliquer ce mot à des poissons morts et tailladés de coups de couteau, suivant l'habitude hollandaise encore en vigueur, ou prépairs en tranches. Celui-ci est signé, comme toujours, des lettres A. V. B.
Il a son pendant à Lille dans un beau tas de poissons sur une table, de Van Duynen, qui est un imitateur de Van Beyeren, mais moins fort. Ses peintures, plus introuvables encore, arrivent à être de la pure ruriosité , et je ne m'en occuperais pas s'il n'était signé en toutes lettres et en pleine pâte, ce qui prouve, tout au moins, que ce peintre a existé.
L'architecturiste de l'école (le mot n'est pas de moi, mais je n'en trouve pas d'autre), Dirk Van Delen*, bien autrement intéressant que le vieux Pîeter Neefs ou que Van Steenwyck, bien plus peintre surtout, se montre avec deux spécimens remarquables. Le premier, n* 122, Intérieur éCun palaisy est un vrai petit bijou. Sous de belles arcades à l'antique, élégantes, très-élancées, et d'un profil ferme et fort harmonieux pour une invention hollandaise, peintes dans un gris monochrome de la plus grande finesse, se promènent des groupes de personnages en figurines. On les attribue à David Téniers. J'en doute fort; je les crois plutôt de quelque contemporain hollandais, comme Palamèdes. L'autre, n"123, Salomon et la reine de Saba (figures attribuées et avec plus de raison à Govaert
Flinck) est plus grand, plus pompeux, plus flamand d'architecture, par
conséquent plus touffu et plus lourd. Les figures, habilement répandues dans la composition, ont la saveur de petits portraits vivement touchés. La signature /). Van Delen et la date i638 ajoutent à son intérêt. Le premier doit être postérieur et de la maturité du peintre.
V Intérieur de basse-cour^ n** 376, doit être cité avec le Beyeren
4*. Né à Àlkmaar en 4607, mort après 4669.
comme d'un métier très- fort. Au haut du tableau, du fond noir de la toile, s'échappe, volant vers le spectateur, un ramier à l'aspect fantastique et farouche, au plumage gris de fer étrange. On sent le vol, on entend le léger battement d'ailes, le bruit doux des plumes. Cette partie du tableau, qui n*a pas été retouchée, est faite avec un outil prestigieux, et on y revient comme à une chose inquiétante.
Citons encore dans la peinture de genre, sans y insister plus qu'il ne convient : Salomon sacrifiant aux idoles^ de Léonard Bramer, très-faible; Buveurs à la porte d'un cabaret^ signé E. Van der Poel, 1659, assez fin, ciel fatigué; le Réveil des bergers^ par Adam Colonia; une Scène de carnaval de Molenaer, médiocre; le Musicien ambulant^ d'un peintre à demi espagnol, Jean Ossenbeck; un Sacrifice dans les catacombes y signé Rombout Van Troyen ; un effet de chandelle à la Schalken , mais encore plus blaireauté, tour de force signé : M. Verstecgh fecit 1779; enfin une poignée de roses, de volubilis, de cerises et de fraises, suspendue par un clou à une muraille, par David de Heem, signée et datée 1659; et deux Bouquets de Rachel Ruysch, dont l'un, fait à l'âge de quatre-vingt-trois ans, porte avec la signature la date de i747.
Les paysagistes sont assez nombreux. Le grand Ruysdaël est au musée de Lille, mais c'est presque comme s'il n'y était pas. Le Torrent y de grande dimension, n° 319, acquis à la vente Van den Schreick, est parfaitement authentique; mais il est tellement fatigué et restauré, qu'il ne reste, pour ainsi dire, rien de la touche originale. On la retrouve encore dans certaines parties des seconds plans et dans le ciel, qui sont beaux. Au prix minime où ce paysage s'est vendu, on a cependant bien fait de l'acquérir. Les deux tours qui se trouvent à droite du tableau, au-dessus de la chaumière et de l'écluse et sous la dénomination desquelles il était connu dans la collection du célèbre amateur de Louvain, ont été ajoutées postérieurement. Le Pâturage de Karel du Jardin provient de la même vente. Les fonds noyés, la succession harmonieuse des plans, les gris exquis du ciel et des hautes montagnes de l'horizon, sont de sa meilleure façon. Les deux marines de W. Van de Velde le jeune, n°* 369 et 370, et celle de W. Van de Velde le vieux, n** 371, n'ont qu'une médiocre valeur. Le n<* 369, Marine par un temps calme y est d'un faire mou et sans transparence; malgré la signature, il ne peut être de Van de Velde. LEntrée d'un châleauy jolie avenue de grands arbres en futaie, à la Dîaz, à travers lesquels la lumière s'éparpille en paillettes, par Frederick Moucheron, père et maître d'Isaac, n'est point banal. C'est une note amusante. Au bout de l'avenue, près du château, entre un jet d'eau et un perron à double emmarchement, on aperçoit un carrosse à quatre
lut* d« peioliua, i Lilla.)
bO LK MUSÉE DE PEINTURE A LILLE.
chevaux; sur un plan plus rapproché divers personnages, très-fins, sont d'Adrien Van de Velde. Jan Van der Bent, son élève et celui de Wouvernian qu'il imita, non sans talent, a aussi au musée de Lille deux paysages signés et animés de figures à la Berghem ; même remarque pour un joli paysage de Dirk Van Bergen. Le paysage de Jan Van Gool, n* 181, est charmant : des satyres et des bacchantes se baignent dans un étang placé sur la lisière d'un bois. Quoique brossé avec une singulière liberté, ce paysage est d'une remarquable chaleur de ton. Le groupe d'arbres à droite, bien qu'alourdi, fait valoir le sfumato lumineux de l'étang et la transparence des fonds. Il aurait besoin d'être décrassé. Mentionnons enfin un Van Douven daté i677, un Van Goyen, un Abraham Bloemaert et une délicieuse prairie, digne de Paul Potter, par Willem Romyn (?), avec le monogramme T. D. Les animaux, peints minutieusement, sont bien enveloppés d'air. Le terrain et le ciel sont dans un excellent rapport de ton. Depuis ma dernière visite à Lille, quelques acquisitions d'une l'éelle importance ont été faites ; l'école hollandaise s'est accrue de sept toiles nouvelles. Ce sont d'abord deux grands portraits, homme et femme en pendant, que nous n'hésitons pas à attribuer à Van der Helst. L'homme, vêtu de noir et coiffé d'un large chapeau de même couleur, à la physionomie jeune, où se mêle à «ne certaine austérité républicaine et protestante la finesse caustique de la race, est vraiment superbe et rappelle par le serré de l'exécution et le merveilleux de la lumière le faire admirable de Rembrandt dans sa première manière. Je ne vois, ce deiiiier étant écarté, que Van der Helst qui puisse signer ce chef-d'œuvre si simplement fait. Ce bourgeois d'Amsterdam est parent des portraits de la Trippen-Huis et de tous les personnages que ce grand peintre de la figure humaine a groupés dans le Banquet de la garde civique qui dispute à la Bonde de nuit la palme de la célébrité. — Puis le portrait singulier et audacieusement réaliste d'une marchande 4e poissons de Harlem, immonde , bestiale et dégradée , par Frans Hais. C'est une ébauche furieuse, une fantaisie farouche, brossée à la hâte dans le coin de quelque sinistre taverne. Ces chairs aux tons salis et faisandés, stigmates de l'alcoolisme et de la débauche, rappellent la vieille folle au hibou, Y Mille Bobbe de la galerie Suermondt, et pourrait lui faire pendant. Malheureusement le fond a fortement souffert d'un rentoilage inhabile. — Puis encore, un Portrait de femme que les experts attribuent* à Benjamain Guyp et qui pourrait bien être de la jeunesse d'Albert Cuyp; un Sacrifice au dieu Pany de Van der Poes, un petit peintre de bergeries et de saynètes mythologiques, très-fin, très-lumineux; un tableau de fruits dans la façon du Gilleman précité ; et un merveilleux tableau de fleurs» incontestablement
LE MUSÉE DE PEINTURE A LILLE. ftl
le plus beau de toute la collection, si riche en ce genre, signé en belles lettres cursives : /.-jB. Wackis. Il doit, à mon sens, avoir été peint en Angleterre vers la fin du siècle dernier. C'est, en tout cas, un morceau très-étonnant et le seul signalé d'un peintre inconnu, dont Bûrger luimême, qui était à la piste des dédaignés, ne parle pas. — On peut enfin ajouter à la liste de ces nouveaux venus le superbe Triomphe de Silène^ de Gérard Honthorst, qui, après avoir longtemps figuré dans la grande galerie du Louvre, a été compris dans le lot de tableaux distribués aux musses de province, et envoyé à Lille.