‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 100 sur 286 · INTÉRIEUR DES TUILERIES · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DES TUILERIES

De la grande galerie du Louvre nous passerons dans les appartenions de la famille royale aux Tuileries, moins pour décrire leur état actuel (pie ce qu’ils étaient autrefois. D’ailleurs leur distribution n’a presque pas change; et comme dans d’autres endroits nous nous sommes occupes de tout ce qui avait rapport à l’architecture extérieure de ce palais, il ne s’agira ici que de nous arrêter quelques instans à la partie décorative de l’intérieur. Il serait ditlicile de remonter à l’epoque de Catherine de Medicis : on sait que cette princesse n’habita jamais le château des Tuileries, quoiqu’elle l’eut fait bâtir, et que Marie de Médicis préférait le Louvre ou le Luxembourg. Au reste, on n’a pas de données qui puissent faire connaître la manière dont étaient décorés des appartemens qui ne servaient pas de demeure habituelle à nos Rois. Tout ce que l’on sait, c’est que Bunel les avait ornes de peintures et qu’il y avait des sculptures de Paul Ponce et de Bullant. Nous ne remonterons donc pas au-delà du règne de Louis XIV.

La première grande pièce que l’on trouve dans le premier corps de bâtiment est la galerie de Diane, que l’on appelait aussi la galerie des Ambassadeurs, parce que Louis XIV les y recevait. Colbert l’avait fait décorer avec magnificence de dorures, de glaces et de peintures. Pour mettre à profit et exercer les talens des élèves de l’académie que le Roi entretenait à Rome’ le ministre fit faire par les plus habiles d’entre eux des copies des tableaux qui embellissent le palais de la Farnésine, et dont Annibal Carache avait puisé la plupart des compositions dans les Métamorphoses d’Ovide. Ces nombreuses et belles copies, faites avec un grand talent, furent disposées dans les riches compartimens de la voûte de la galerie. Il n’est guère possible d’en désigner les auteurs : de tous les élèves qui remportèrent le grand prix de 1 6G5 à 1090 et qui allèrent à Rome, je ne trouve, d’après les registres manuscrits de l’académie , que le nom d’Hyacinthe Rigaud qui ait survécu avec éclat; les autres n’ont laissé aucune réputation. Quoique ces tableaux fussent l’ornement de cette galerie, ils ne furent pas respectés lorsque, sous la minorité de Louis XV, on y pratiqua des logemens pour les officiers de sa maison. La galerie fut dégradée dans toutes ses parties; on y établit même des entresols. Les peintures ne furent pas mieux traitées que le reste des ornemens. L’état déplorable auquel étaient réduites les Tuileries fut même porté au point, qu’en 1755 la galerie de Diane, dégagée des logemens dont on l’avait encombrée, subit d’autres changemens qui ne furent pas moins funestes à sa conservation, puisqu’on y établit les ateliers où l’on faisait les décorations du théâtre des Tuileries; elle ne fut même plus comptée parmi les appartemens du Roi : au reste, nous verrons bientôt qu’à cette époque ceux-ci n’étaient pas plus épargnés. Depuis ces temps d’abandon , cette galerie fut en partie réparée. Cependant les peintures étaient encore en mauvais état , et ce ne fut qu’en 1 806

F. T LES TUILERIES

qu’elles furent entièrement restaurées , ainsi que d’autres plafonds des Tuileries, par MM. Abel de Pujol, Blondel, Hersent (l), Vaülard (2) et

(1) M. Louis IIeusent, né à Paris le

10 mars 1777, est élève de M. Régnault.

11 fut reçu à l'académie en 1 822. Décoré en 1819 de la croix de la Légion d’honneur, il en devint officier en 1824. Le premier ouvrage que M. Hersent mit au salon fut, en 1802 , Narcisse change en fleur. Deux ans après il fit paraître Achille livrant li ris ris aux hérauts A’ Agamcmnon , et en 180G, Atala qui s’empoisonne dans les bras de Chactas. Il n’y eut de M. Hersent qu’un portrait de femme au salon de 1808. Celui de 1810 offrit de lui deux tableaux : Fénelon qui ramène à de pauvres paysans leur vache qui s’ était égarée, — le Passage du pont de Landshut par le général comte de Lobau. En 1814, on vit Las Casas malade soigné par des sauvages. Deux autres charmans tableaux de M. Hersent faisaient encore partie de cette exposition : Dap finis et Chloé ; ils sont entièrement nus et dans toute la naïveté de l’innocence ; Chloé est assise sur les genoux de Daphnis, qui retire du pied délicat de son amie une épine qui l’a blessée. Ce tableau a été reproduit avec un grand soin par l’habile burin de M. Laugier pour la société des Amis des arts de Paris. L’autre production de M. H ersent retraçait la mort du célèbre médecin Bichat : les docteurs Esparron et Leroux sont près de lui; celui-ci est assis, l’autre debout. En 1819, parut le Gustave IVasa : ce prince, courbé sous le poids des années , dans les derniers momens de sa glorieuse vie, donne sa bénédiction à ses enfans qui le soutiennent et l’entourent, et a l’assemblée des états de Stockholm, qui 1 admirent et le pleurent. Ce tableau appartient a S. A. R. M.g1- le duc d’Orléans. M. Hersent ne mit au salon de 1822 qu’un tableau d’histoire, Booz et Rut h , effet de clair de lune , et les portraits de M.me la marquise de Clermont- Tonnerre, — de M. le marquis de Rivière, — de M.me Joseph Perrier, — et de M. Casimir Perrier : il est dans son cabinet avec ses enfans. Parmi plusieurs portraits que M. Hersent exposa en 1824, on

remarqua ceux de S. A. R. M.gr le prince de Carignan , — de M. le due de Richelieu , — île M. le marquis de Clermont- Tonnerre, — de M.mc Jules Didot — et de M.mc et MJ,C Gay ; et le ministre de la maison du Roi acquit pour la galerie du Luxembourg un tableau représentant les Religieux de l’hospice du Saint-Gothard qui donnent des secours à une famille dépouillée par des brigands.

(2) M. Vafflard , né à Paris en 1777, est élève de M. Régnault. D’après les exemples de son habile maître , il se voua d’abord il la peinture historique , et depuis il s’est exercé dans le genre. Il a paru de lui un grand nombre d’ouvrages, parmi lesquels je choisirai les principaux. Le premier tableau qui le fit connaître fut, en 1800, il Iirza mourant à la vue de son amant Illyssus qu’avait fait poignarder sa rivale Artémise ; ce tableau fut suivi en 1804 de la Mort de Jocasle sous les yeux d’Œdipe, d’ Antigone et d'Ismènc , et de la Mort d’Œdipe entre les bras de ses filles qu’il bénit. M. Vafflard reçut pour cet ouvrage une médaille d’or. On vit encore de lui cette année Emma portant sur son dos son amant Èginhard , — et Young tenant entre ses bras le corps inanimé de sa fille. En 1806 il représenta les Honneurs rendus à du Guesclin , aux pieds duquel , après sa mort , on dépose les clefs de Chûteauneuf -Randon. Ce tableau, acquis en 1822 par le ministre de l’intérieur, a été donné à la ville de Rennes. Molière mourant assisté par des sœurs de la charité fit partie du salon de 1 808, ainsi que la Grâce accordée à la princesse d'Hatzfeld. En 1810, M. Vafflard offritle trait touchant d’un Chien qui ramène sur son dos à l’hospice un enfant égaré dans les neiges. En 1812 , un Voyageur arrêté près d’un tombeau, — deux petits Ramoneurs morts de froid à la porte d'une auberge , — une jeune Fille au désespoir assise sur le parapet d’un pont. Il fit paraître au salon de 1814 Bidon et Enée dans la grotte, — et Orcste accablé par ses fureurs et endormi

L E LOUVRE

Vanillier (1), auxquels on a l’obligation «le les voir rendus à leur ancien étal. Les guirlandes de fruits et «le fleurs qui régnent au-dessus de la corniche avaient etc peintes autrefois par Monoyer surnomme Batiste (2),

entre les bras d’Electre qui vrille à son repos. M. Vafflard fut chargé , cette annc'c et en 1815, d'une partie des restaurations des peintures «le Versailles , clans fe salon de la Guerre et dans la galerie «les Glaces. En 1817, M. Ic préfet de fa Seine le chargea de représenter pour l'église de Sainte-Marguerite , celte sainte chassée par son père , grand-prêtre d’Apollon : en vain ses compagnes la pressent de sacrifier aux faux dieux.

Ce fut encore pour la ville de Paris «pie M. Vafflard fit, en 1819, son tableau de S. Ambroise qui sauce an jeune prêtre arien de la fureur du peuple ; il est place' à Saint-Ambroise dans le faubourg de Popincourt. La même année, S. A. R. M.me la duchesse d’Orle'ans douairière lui demanda, pour la chapelle qu’elle faisait élever à Dreux, un tableau qui retraçât la mort de S. Louis. En 1817 M. Vafflard avait déjà traité le même sujet pour la chapelle de l'Ecole militaire. 11 fit aussi en 1819, pour le cabinet du Roi à Versailles, Pytliagore inspiré par les muses , et pour la ville de Pau , Henri IV ù Notre-Dame, entouré de Sully, de Cri/Ion, de Brissac, &c. rendant grâces à Dieu de leur entrée ù Paris. Ce salon offrit encore plusieurs autres tableaux «le ce peintre : Adam et Eve chassés du Paradis, — Sapho retirée morte des flots de Leucadc , — Henri IV et Fleurette : il a quinze ans et donne le bras à sa jeune amie, «Iont il porte la cruche sur la tête. Charles VIII, trop épris d’une jeune fille, la rend intacte à ses parens. Outre plusieurs tableaux de chevalet, le sujet que M. Vafflard traita en 1822 fut Ulysse demandant V hospitalité à Nausicaa. En 1824, M. le baron de Laitre, préfet de l’Eure, lui fit faire pour la ville d’Evreux un grand tableau , la dernière bénédiction que donne à la foule attendrie son évêque M. Bourlier, alors dans un âge très-avancé. A l’exposition où parut cet ouvrage il y en eut beaucoup d’autres de M. Vafflard : entre autres, la Mort du proscrit, — Marie-

Stuart communiant , — un jeune homme, sous la forme du fleuve Achéloüs , déc/atant son etmouv a nue jeune fille (jui sovt du bain. Parmi les tableaux de genre de ce peintre, on peut encore citer, le Chien de l’aveugle, — les Malheurs de la guerre , — Azélie et Vo/nis, sujet tiré du poème de V Imagination ; — la cruche cassée, — Henri IV et l’abbesse de Montmartre, — le coadjuteur de Retz donnant la bénédiction au prince de Coudé , — le prince Poniatowsky retiré mort de l’Elster par des pêcheurs.

(1) M. Jules-Antoine Vauthier, né à Paris en 1774, est élève de M. le chevalier Régnault. En 1803 il remporta le second grand prix de peinture. On a vu de ce peintre aux expositions du Louvre, Abraham répudiant A gar ( 1 804), — une famille en voyage surprise par des lions (1800). II mit au salon de 1814, Pierre Corneille inspiré par le génie de Rome, qui lui montre les héros qui l’ont illustrée ; — Henri IV à qui la veuve Leclerc offre sa fortune dans un moment où il était gêné dans ses finances. Des portraits, des paysages et «les scènes champêtres de M. Vauthier firent partie des salons de 1817 et de 1819. En 1822, il représenta pour M. le préfet du département de la Seine, S. Louis faisant enterrer les morts après la prise de Sidoti. Parmi les productions de M. Vauthier on doit compter les beaux dessins qu’il a faits pour l’ouvrage «le M. Baltard sur le Louvre, et beaucoup «Vautres qui se trouvent dans les recueils de M. Bouillon , de M.mc Fiihol et de M. Lacour de Bordeaux. M. Vauthier a presque toujours consacré son crayon à reproduire les monumens «le la sculpture antique.

(2) Jean - Baptiste Monoyer, à qui l’on ne donnait habituellement que le nom de Batiste , naquit en 1G35 à Lille en Flandre. Parmi les différons genres que lui offrait la peinture, il choisit celui «les fleurs, et il y eut un grand succès. 11 les peignait avec une vérité que peu d’autres

ET LES TU ILE 1U ES

académicien, et habile peintre <lc Heurs et cl’oiseaux ; elles ont ete restaurées par M. Le ltiehe. Un a place dans la galerie de Diane plusieurs tableaux de notre école actuelle.

Daphnis et ChloÉ, par INI. le baron Gérard (1). — Au pied d’un arbre et dans un asile consacre aux Grâces, dont les statues ornent une grotte, au milieu d’un Lois rafraîchi par les eaux limpides d’un ruisseau cpii tombe en cascade, Chloè, assise sur le gazon , dort paisiblement, la lete appuyée sur les genoux de Daphnis, qui veille à son repos et lui tresse une couronne. Ce tableau a fait partie de l’exposition de 1824.

Bienfaisance de Louis XVI, par M. Hersent. — Ce monarque, séparé de sa suite, parcourt les campagnes pendant les froids rigoureux de l’hiver de 1788; il visite les chaumières et y répand d’abondans secours; il accueille les souffrances et les bénédictions du pauvre. Une jeune fille et

ont égalée, et leur donnait l’éclat, la fraî-

cheur et le velouté dont les parc la nature. Ses ouvrages étaient très -recherchés à Paris et chez l’étranger. Lord Montaigu l’engagea avenir à Londres et employa ses talens à orner sa brillante demeure. Batiste fit aussi pour Louis XIV à Paris et dans plusieurs de ses châteaux un grand nombre de beaux ouvrages , dont beaucoup ont été gravés ; plusieurs même l’ont été par lui. Ue peintre était de l’académie ; il en devint conseiller, et mourut en 1699.

(1) M. François Gérard, né à Rome le 4 mai 1770, vint à Paris à dix ans. Après avoir commencé ses études sous Pajou, sculpteur, il se voua à la peinture et reçut les leçons de Brenet et de David. Nommé professeur à l’école des beaux arts en 1811, il fut en 1812 reçu à l’Institut. Chevalier de la Légion d’honneur lors de la création de cet ordre , il en est devenu officier en 1824; en 1816 il avait été créé chevalier de Saint-Michel.

M. Gérard se présenta pour la première fois au salon en 1791. On y vit de lui une Charité romaine; en 1795, il y eut un Bélisaire, petit tableau. A l’exposition de 1798, outre plusieurs portraits, on remarqua sa Psyché éprouvant les premières émotions de l'amour, charmante composition, remplie de poésie, et que la gravure s’est empressée de reproduire : acquise par le Roi , elle fait aujourd’hui partie des richesses du Luxembourg. Pendant

de longues années M. Gérard ne parut plus au salon, et cependant il produisit un grand nombre d’ouvrages, et surtout de portraits en pied, qui, à eux seuls, formeraient une galerie de personnages plus ou moins distingués. Mais l’exposition de 1808 fut riche en productions de M. Gérard : il y eut les trois Ages de la vie; une jeune femme, dans toute la fraîcheur de la jeunesse, est assise entre sou père et son mari. La scène , placée dans les temps anciens, que retracent les costumes et les fabriques , se passe au milieu d’une belle campagne. Ce tableau est à Naples. On vit de cet artiste, dans la même année, plusieurs portraits en pied : l’impératrice Joséphine , — la reine de Hollande, — la reine de Naples et scs quatre enfans, très-jolie composition; — la comtesse Zamoysha et deux enfans , — le prince de Talleyrand , — le comte Kegnaud de Saint-Jean d’Angely ; et parmi les bustes ou les demi-figures, S. A. R. le prince Guillaume de Prusse , — le g énéral comte Sebastiani, — Corvisart, — Ducis,

— Canova. M. Gérard avait commencé cette année son grand tableau de la bataille d’ Austerlitz , qu’il exposa en 1810 et qui fut placé aux Tuileries dans la salle du Conseil d’état. A ce mente salon il y eut un grand nombre de portraits en pied de cet habile maître : S. M. le roi de Saxe,

— le prince de Ponte-Corvo , — la vicereine d’Italie, — la gra n dc-d ne h es s c de

LE LOUVRE

son père, «ancien soldat, expriment leur reconnaissance au prince, dont l'intérêt paternel partage et console leurs peines. Ce tableau a paru au salon de 1817.

Henri IV devant Paris, par M. Rouget. — On amène au bon Henri des paysans qui avaient porte des vivres aux assièges; les défenses étaient sévères , et ils s’attendent à être punis : mais le prince, qui fut de scs sujets le vainqueur et le père, leur pardonne une faute dont il ne se défendit pas lui-même, et, loin de les châtier, il ajoute quelques pièces d’argent au pardon qu’il leur accorde. Il eut donné davantage : mais le Béarnais est pauvre, leur dit-il; il vous donne ce qu’il a. Salon de 1824.

Le grand Condé a Rocroi , par M. Schnetz. — Le duc d’Enghien n’a encore que vingt-deux ans; déjà général et le plus valeureux des soldats, à la tête de sa cavalerie d’élite, il enfonce les troupes espagnoles, et rien ne résiste à son impétueux courage. Exposition de 1824.

Baden, — le duc de Montebello , — le général Edouard Colbert , et plusieurs portraits en buste. Ou ne vit pas de grands tableaux de lui en 1812 ; il n’y eut que les portraits en pied de /’ impératrice Marie- Louise et de son fils. En 1814, M. Gérard lit paraître celui de S. M. Louis XVIII revêtu de sou manteau royal. Des répétitions de ce portrait ont été envoyées dans les principales villes de France et des colonies. Le Roi donna pour sujet a M. Gérard l’Entrée d’Henri IV ci Paris. Cette vaste et belle composition parut en 1817, et, cette même année, son habile auteur fut nomme' premier peintre du Roi et baron. On vit en même temps au salon le portrait de Monsieur en habit de grandmaître de l’ordre de Saint-Lazare, et celui de S. A. II. M.gr le duc d’Orléans. Ceux de S. A. R. M.me la duchesse d’Orléans et de S. A. R. M.gr le duc de Chartres firent partie du salon de 1819. Corinne se livrant à ses inspirations sur le cap Misène parut en 1822, ainsi que les portraits de S. A. R. Madame, Duchesse de Berry, ayant auprès d'elle LL. AA. RII. M.ër le Duc de Bordeaux et Mademoiselle , et de S. A. R. M.lle d’Orléans. En 1824, M. le baron Gérard représenta S. M.

Louis X VIII travaillant dans son cabinet; vêtu de la manière la plus simple, il est près de la table de noyer qui l’avait suivi dans tous ses voyages, et médite, au

moment de son arrivée en 1814, sur la charte qu’il va donner à la France. Ce fut aussi à ce salon que parut Philippe V, ainsi que Daphnis et Ch/oé. Outre ces tableaux, on y remarqua les portraits de M. le maréchal marquis de Lauristun , — de M.mc la duchesse de Dino , — de M.mc la duchesse de Viccnce, — de M. le maréchal duc de Dalmatie et de M.me Pasta.

Enfin les ouvrages de M. le baron Gérard sont trop nombreux pour qu’ils puissent trouver tous place ici; et pour terminer cette longue énumération, j’y ajouterai son tableau A’Ourika pour M.rae la duchesse de Duras, — Ossian se livrant à ses inspirations poétiques sur le sommet du Cromla , — une répétition de Corinne, de plus petite dimension et avec des changemens, — Thétis entourée de ses néréides et portant les armes d’Achille ; et parmi ses beaux portraits, ceux de l'empereur Alexandre, et du roi de Prusse, qui, ainsi que S. M. Louis XVIII, lui donnèrent séance le même jour; et ceux de M.",c la comtesse de Pourt.alès - Gorsier et de M.mc la comtesse Frédéric de Pourtalès.

On attend de M. Gérard un grand tableau du Sucre de S. M. Charles X , et c’est de lui que seront les pendentifs de Sainte- Geneviève, figures de 22 pieds de proportion. On lui doit aussi une partie des dessins du magnifique Racine de M. Pierre Didot et de plusieurs grands ouvrages.

ET i.KS TUILKIUES.

Lorsqu’on entre dans les appartenions de Sa Majesté par l’extremilé de la galerie de Diane du cote du pavillon de Flore, on traverse des pièces qui faisaient partie des appartenions de la reine Marie-TIièrèse. La salle qui s'offre d’abord , où se tiennent les gardcs-du-corps , était aussi celle des gardes. 11 n’y reste plus rien de ce qui en faisait autrefois la décoration ; celle qu’on y voit est entièrement moderne. Les voussures ont etc peintes par MM. Vauthier, Le Sueur et Pernotin, elles ornemens, les trophées figures en bronze, par M. Pédieux. Mars dans un char à deux chevaux, et les signes du zodiaque, qui forment l’encadrement du plafond, sont de M. Le Sueur. La pièce qui suit, et qui est aujourd’hui la salle à manger, servait autrefois aux assemblées de la Reine. Ainsi que le reste de ses appartemens, elle avait été peinte par Nocret (l) , (pii avait représenté dans le plafond la Reine sous la figure de Minerve. U fallait que cette allusion plut à cette princesse; car, dans plusieurs autres parties de ses appartemens, on la trouve sous les mêmes traits. Les peintures des voussures de ce plafond sont lourdes, et les paysages qui remplissent de grands médaillons ne sont pas dignes d’une époque où l’on en faisait de si beaux. La pièce que l’on nomme à présent le salon de famille, était la chambre à coucher de la reine Marie-Thérèse. On y voit le triomphe de Minerve; mais ce plafond n’est pas en assez bon état pour que l’on puisse en parler. Les peintures des voussures ont été refaites en partie par M. Vauthier, et les ornemens en fleurs, qui étaient peints par Batiste, ont été restaurés par M. Le Riche.

Après cette chambre venait un cabinet d’étude, qui est à présent le cabinet de toilette : tous les sujets qui y sont peints font allusion aux occupations des femmes. Ces tableaux , vigoureux de ton , sont d’une bonne école : il est fâcheux qu’ils aient poussé au noir; mais on voit qu’ils ont du avoir du brillant et être d’un coloris animé. Minerve, au milieu du plafond , semble présider aux travaux qui l’entourent et les diriger. Ces tableaux représentent deux femmes qui brodent, — deux autres qui cousent; — le génie de l’étude ou la vigilance, ce que peut faire croire le coq qu’on lui a donné pour accessoire; — la toilette de Minerve; plusieurs nymphes lui rendent leurs soins ( parmi les têtes on peut remarquer celle de la déesse et celle de la femme qui lui essuie les pieds);

deux femmes qui brodent au tambour, — une femme qui lit, — deux autres qui dévident. — Dans un autre tableau Minerve tient une branche d olivier; on prépare son coursier: le génie de la gloire, qui est aux pieds de la déesse, est fort joli. — Un dernier tableau représente Uranie.

Outre ces tableaux , on voit encore dans ce cabinet trois beaux paysages

(1) Jean Nocret, de Nanry, naquit en 1 G 1 7 . Il e'tait e'ièvc de Le Clerc etréussissait bien dans le portrait; il a fait cependant des ouvrages plus considérables. Selon Fe'libien , sa manière de peindre était fraîche et agréable. Outre ce qu’il a fait

aux Tuileries, on voyait autrefois de ses tableaux ii Saint-Cloud chez Monsieur, frère de Louis XIV, et il était son premier peintre. Nocret fut reçu en lü(>3 à l’académie de peinture, dont il mourut recteur en 1G72.

GOO

LE LOU VUE

tic 1" rancisquc Milet (1). Peints franchement et dans la pâte, ils n’ont, pour ainsi dire, rien perdu de la fraîcheur et de l’harmonie de leur coloris : dans les compositions de cet habile maître on retrouve la noblesse des lignes des compositions du Poussin unie à un ton fin et léger cl à une touche agréable et ferme. Les petits raccordemens dont ces paysages ont eu besoin ont été faits avec beaucoup d’intelligence par M. Joannis (2).

Le cabinet du Roi, qui suit celui-ci, faisait aussi partie de l’appartement de Marie-Thérèse; il était décoré de la meme manière. Les sept paysages qui remplissent les panneaux sont encore de Francisque Milet. Leur forme longue, très-étroite et en hauteur, n’était pas favorable à la composition : aussi s’en est-elle ressentie. Au reste, ces tableaux étant en partie cachés par la bibliothèque, on n’en aperçoit que peu de chose. Les autres peintures sont de Nocret. Le tableau de la cheminée offre Minerve à qui Mercure présente plusieurs femmes, qui rendent hommage à la déesse qui inventa et qui protège leurs travaux. Dans le haut de la composition sont des génies et Jupiter qui voit avec plaisir la déesse des arts et Mercure répandre leurs bienfaits sur la terre. En général, les têtes de ce tableau sont très-bien, surtout celle de la Reine ou de Minerve; les mains sont charmantes. Dans sa fraîcheur, le coloris devait être agréable et fin; mais les draperies, comme la plupart de celles de Nocret, sont lourdes, mal disposées, et il y a de la raideur dans quelques-uns de ses personnages. Dans le tableau principal du plafond on voit Minerve à qui les arts offrent l’hommage de leurs œuvres : la Gloire la couronne; à ses pieds, un jeune enfant, le genie de la renommée, embouche la trompette et proclame les bienfaits de la déesse. L’effet général de ce tableau est bien, et la plupart des têtes sont jolies; mais les draperies sont traitées comme celles que nous venons de voir.

Le sujet qui occupe la partie la plus reculée du plafond mérite d’être remarqué par la grâce de sa composition et l’agrément de son execution. Un bel enfant, qu’à ses ailes et à ses autres attributs on prendrait pour l’Amour, repose sur un lit enrichi de pourpre, et dont le dossier, orné d’une tête radieuse du Soleil, fait reconnaître dans cet Amour, ou un des enfans de Louis XIV, ou ce prince lui-même dans son enfance. Près du lit, un autre petit Amour, assis à terre, veille au repos de son frère. Deux femmes, dont l’une a le doigt sur la bouche, font signe de ne pas troubler son sommeil. Les figures, surtout l’Amour endormi, bien dessinées et bien modelées, sont d’un bon coloris, et tout l’ensemble a beaucoup de charme. Aux quatre angles de ce tableau sont, dans des compartimens, des groupes d’amours

(1) Francisque Milet, peintre flamand, voyagea en Italie; il y étudia le paysage et s’attacha à la manière grande et noble de Nicolas Poussin. Il acquit une re'putation méritée, et ses tableaux sont très-recherchés. Il fut nommé professeur de l’académie de peinture, et mourut ii Paris en 1 680.

(2) M. Joannis. On n’a vu au salon du Louvre que très-peu d’ouvrages de ce peintre de paysages. En 1808, la Vue d’une écluse, — Effet d’orage ; en 1812, un Soleil couchant , et en 1824, un autre Coucher du soleil et des l lies de la Ferté-sous-Jouarre , de Puisse et de C/isson.

ET LES TUILERIES

qui s’embrassent et qui sont pleins de grâce et de naturel. De tous cotes dans le plafond les ornemens retracent les emblèmes de Louis XIV.

Quatre des médaillons de ce cabinet représentent la douceur, la fidélité, la candeur et la foi, que l’on reconnaît à leurs attributs, l’agneau, le chien , le lis et la palme, et qui faisaient sans doute allusion aux vertus <Ie la Reine. Deux autres médaillons plus petits offrent la Sculpture et l’Architecture : à celle-ci Nocret a donné pour attribut une hirondelle.

Du cabinet du Roi l’on passe dans la chambre à coucher, qui était aussi celle que Louis XIV occupait en hiver; elle était cependant moins grande qu’elle n’est à présent : on y a ajouté la première fenêtre qui autrefois éclairait la chambre du premier valet-de-chambre de service. La disposition de celle de Louis XIV différait aussi de ce qui existe aujourd’hui : le lit était vis-à-vis de la cheminée et dans une immense alcôve. Cette chambre avait été ornée par Noël Coypel (l) ; ses peintures ont disparu lors des nouvelles distributions, et ont été remplacées par de magnifiques tentures de velours bleu des fabriques de Lyon , richement entourées de broderies en or. Le lit à balustrade réunit une noble magnificence et de la pureté et de la simplicité dans les formes. Les peintures en grisaille dans les voussures du plafond se composent de génies tenant des palmes, de trophées et de griffons, et ont été exécutées par M. Hersent.

Le cabinet de veille qui est à côté de la chambre du Roi était autrefois une petite bibliothèque. Les tableaux sont de Noël Coypel; ce qui en reste est bien conservé. Le plafond représente l’Aurore et deux amours; ces figures sont fort bien et méritent d’être remarquées.

La grande salle qui touche la chambre de Sa Majesté, et où se tient à présent le conseil , était autrefois le grand cabinet de Louis XIV, et par ce qui subsiste encore de sa décoration on peut juger de l’ancienne magnificence de cette pièce. La vaste cheminée en marbre blanc , richement ornée de bronzes dorés, est d’un beau caractère et convient bien à un appartement royal.

(1) Noël Coypel naquit à Paris en 1029, et eut" pour premier guide dans la carrière de la peinture, Poncet, qui était professeur et sortait de fe'cole de Simon Vouet. Coypel s’adonna au dessin. Il y acquit assez d’habileté. Rendant la nature avec vigueur, il cherchait à approcher des grands maîtres. Dans Félibien, il n’est pas question de ce peintre , qui cependant a joui d’une grande réputation; etOrlandi, dans le peu de mots qu’il dit de lui, ne nous apprend presque rien. Après avoir travaillé quelque temps a Paris pour les autres peintres, il exerça son art pour son propre compte, et fut fort employé dans les maisons royales et dans plusieurs

églises. Louis XIV lui assigna un logement au Louvre, et le nomma directeur de l’académie de Rome. Pendant son séjour dans cette ville , Coypel se lia avec le Bernin et Carie Maratte, et ce ne fut peut-être pas ce qu’il y eut de plus avantageux pour son talent; sa manière s’en ressentit, et prit une sorte d’affectation qu’il dut sans doute aux pratiques de ces maîtres. A son retour de Ro me , Coypel travailla beaucoup pour le Roi, et fit un grand nombre de tableaux et de cartons pour les tapisseries des Gobelins. A la mort de Mignard, en lti(i9, il lui succéda dans la place de directeur de l’académie de peinture, et il mourut le 24 octobre 1 707 .

Lerambcrt et Girardon avaient déployé dans la décoration et les figures de ronde-bosse du plalond et des voussures un grand luxe d’ornement; ces ligures, qui rappellent par leur style et leur ajustement celles dont Michel Anguier a orne' les salles du musée des antiques , offrent la Guerre et l’Abondance. On ne doit pas oublier de jolies compositions peintes dans le bas des lambris : si elles sont de Noël Coypel, elles prouvent qu’il n’avait pas perdu de vue le goût de la bonne école, et qu’il savait donner «le la vigueur sans exagération à ses ligures d’bommes, et de la grâce sans afféterie à ses femmes et à ses enfans. Mais, quelque riches que soient les ornemens de ces salles, on ne peut cependant pas, sous le rapport de l’elegance et du bon goût, les comparer à ce que l’on faisait sous François I.er et sous Henri 11 , et à ce qui nous reste de ces princes au Louvre , à Fontainebleau, à Anct, et il s’en faut de beaucoup que ce soit d’un sentiment aussi pur et d’un dessin aussi fin.

On a place' dans le cabinet de Louis XIV le beau tableau de Philippe V par M. le baron Gérard. II convenait à cette pièce , et l’on croit entendre le gran d Roi, au milieu de sa cour, dire à l’ambassadeur d’Espagne et à tous les princes : Messieurs , voici le Roi cl’ Espagne. Ce tableau a ètè expose' au Louvre en 1824.

La salle du Tronc, que nous avons vue, il y a peu d’années, décorée avec une pompe vraiment royale , et pour laquelle Lyon a produit de nouveaux prodiges, était la chambre à coucher de parade de Louis XIV : on retrouve partout, dans les ornemens, le soleil et les cornes d’abondance qu’il avait pris pour emblèmes, ainsi que la devise dont il les accompagnait. Cette pièce ne devait le céder en magnificence à aucune autre. En lui rendant son ancien éclat, on n’a presque rien changé à ses ornemens, et l’on n’a fait que les rajeunir par une nouvelle dorure. Les stucs qui décorent le plalond sont de Lérambert, et les enfans qui soutiennent des encadremens» les renommées qui remplissent les angles, sont de Girardon : ces artistes n’avaient rien épargné pour donner à cet ensemble toute la perfection qui dépendait de leurs talens. Le tableau du plafond est de Bertholet Flémael , chanoine de Liège (l) : il y a représenté la Religion accompagnée de figures qui font allusion au sacre de nos Rois. Cette composition , exécutée avec vigueur, a joui d’une grande réputation : on retrouve dans quelques figures une sorte d’enthousiasme et de fougue ; mais , ayant beaucoup souffert , elle a été restaurée , et il serait superflu d’en pousser plus loin l’examen.

Louis XIV habitait ordinairement au rez-de-chaussée dans la partie occupée aujourd’hui par S. A. R. M.«T le Dauphin : lors de sa minorité, ces pièces servaient à son gouverneur le maréchal de Villeroi. Cet appartement donnait alors sur le jardin qu’Henri IV avait fait faire sur l’emplacement

(1) Fe'Iibien, et Orlandi «pii fa copie', scar, et ils ne citent que le tableau de la ne nous apprennent rien de ce peintre , chambre du Roi. si ce n’est qu’il exerça la charge de profes-

ET LES TUILE 1U ES

d’une partie de la place actuelle du Carrousel. D’un cote il touchait à la porte Saint-Honoré', de l’autre à la porte neuve qui était sur le quai à peu près vis-à-vis de l’endroit où est le Ianternon, et par laquelle il avait fait son entrée à Paris. Ce jardin longeait les murs de la ville, dans les fossés desquels Henri IV, selon Boulons, p. 429 verso, avait le projet de faire un étang ou une grande pièce d’eau. II y avait dans cet ancien jardin des Tuileries beaucoup de fleurs et d’arbres taillés qui bordaient un grand nombre de petites allées et des compartimens; il devait aussi s’y trouver des bosquets et des tonnelles en treillage : telle était la vue que Louis XIV, dans sa jeunesse, avait de scs appartenions du rez-de-chaussée. La vue de ceux du premier étage donnait sur le Cours-Ia-Reine, que Marie de Médicis avait plante en 1 G 1 G ; mais elle était interceptée par des bàtimens qui entouraient en partie un grand jardin qui appartenait aux Tuileries, mais qui en était séparé par une rue qui passait alors devant la façade occidentale du château et allait de Saint-Roch au quai : Louis XIV supprima cette rue lorsqu’il fit rattacher aux Tuileries par Le Nôtre ces jardins, dont nous dirons un mot plus tard.

Cet appartement du Roi au rez-de-chaussée avait été décoré de peintures par Mignard (l) ; ce n’étaient que des allégories à la gloire, à la puissance de

(t) Nicolas Mignard, né à Troyes en 1605, se voua de bonne heure à la peinture , qu’il étudia d’abord dans sa ville natale sous uu peintre assez médiocre. Sentant la faiblesse de son maître et qu’il méritait d’en avoir un meilleur, l’élève partit pour Fontainebleau, où il passa quelque temps à étudier les ouvrages de Fréminet et les chefs-d’œuvre de l’école du Rosso et du Primatice. Le goût qu’il prit à ces études lui fit naître le désir de visiter l’Italie , où il pourrait puiser dans une source encore plus abondante etplus pure. II partit et passa par Avignon. Mignard avait reçu de la nature , avec un cœur tendre, l’envie et les moyens de plaire : une jeune beauté fit sur lui une impression si vive, qu’il oublia Rome et ses chefs-d’œuvre, et que, pour ne pas s’éloigner de l’objet de sa tendresse , il s’engagea à peindre une galerie dans l’hôtel de M. de Montréal. II prit pour sujet les amours de Théagène et de Chariclée, compositions conformes à la situation de son cœur, et dont peut-être aussi celles d’Ambroise Dubois à Fontainebleau pouvaient en partie lui avoir inspiré l’idée. Mais lorsqu’il eut terminé cette galerie, soit que l’ouvrage lui manquât, soit plutôt que, l’image de Rome et de

ses chefs-d’œuvre se présentant à lui avec plus de vivacité, il voulut devenir encore plus digne par son talent d’obtenir la main de celle qu’il aimait, il se sépara d’elle. Les deux ans qu’il passa à Rome furent employés à l’étude avec une ardeur infatigable, qu’accroissait encore le désir de retourner à Avignon. Il y revint enfin, se maria, et il eut autant de travaux qu’il pouvait en désirer. II y était depuis vingt ans, ce qui le fit surnommer Mignard d’Avignon , lorsque , Louis XIV y passant en 1659 pour aller au-devant de l’infante d Espagne sa future épouse, le cardinal Mazarin , qui, pendant son séjour à Avignon, avait connu et apprécié Mignard, le présenta au Roi , qui l’engagea â venir à Fontainebleau et à Paris. Ce peintre y eut de grands succès. Gracieux et correct dans scs ouvrages , où souvent il manquait de vigueur dans le dessin et de caractère dans les expressions, il avait un coloris d’une grande suavité, une touche agréable et facile, et sa manière plaisait. D'abord très-occupé de portraits , il pouvait il peine y suffire; cependant il trouvait le temps de faire de grands tableaux qu’il envoyait en Provence. Enfin en 1665 ou 1666 Colbert le chargea de peindre aux Tuileries

LE LOUVRE

Louis XIV , que le peintre avait représente* de toutes parts, au plafond, dans 1 alcôve, sous les traits et avec les attributs d’Apollon sur son char d’or, éclairant le monde et entoure des Heures, «les Saisons. Ici c’était Apollon qui punissait Marsyas, ou Midas ; là il tuait les Cyclopes; d’un autre cote ce dieu et Diane vengeaient Latone sur la belle famille de Niobé. Toutes ces compositions paraissent avoir etc très-compliquées, et souvent les allusions forcées étaient très-fades. Ce qui dut être le mieux, c’était, dans l’alcove, la déesse de la nuit couronnée de pavots et tenant dans ses bras deux enfans endormis. Ces allégories plurent cependant beaucoup à Louis XIV et surtout à sa cour; et si la mort n’eut pas enlevé Mignard en 10(58, presque au moment où il venait de terminer ces tableaux, il en aurait été récompensé par des travaux plus considérables. Félibien, t. II, p. 22.1 et suiv., est entré dans de grands détails sur ces peintures; mais la manière adulatrice et peu naturelle dont il rend compte du sens de ces allégories, ne donne pas une grande opinion de son goût.

Une partie de l’appartement actuel de M.mc la Dauphine formait celui du grand Dauphin. II avait été orné par Philippe de Champagne (l) et par son neveu Jean-Baptiste de peintures dont les idées avaient plus de

l’appartement du Roi ; il venait de le terminer lorsqu’il mourut en 1608. Reçu il l'academie en 1645, lors de sa mort il en était directeur.

(1) Philippe de Champagne (c’est ainsi qu’il e'erivait son nom, selon Félibien, et non Champaigne), ne' à Bruxelles le 20 mai 1602, montra dès sa plus tendre enfance les plus heureuses dispositions pour les arts du dessin. Tout ce qu’il voyait devenait pour lui un modèle qu’il s'efforcait d’imiter. Quelque peu porte que son père fut pour les arts, il ne put résister à une vocation aussi prononcée , et il consentit il confier Philippe, âge' de douze ans, il Jean Bouillon , peintre de Bruxelles, qui le garda chez lui pendant plus de quatre ans. Champagne passa de son atelier dans ceux de plusieurs maîtres. Le dernier fut Conquières, et il paraissait vouloir se vouer au paysage sous cet habile peintre. Cependant, en 1021, le désir d’e'tendre ses connaissances et ses études le fit partir pour l’Italie. S’étant arrêté à Paris , il fut employé par un peintre de peu de talent qui lui procura quelques portraits. Mais ce qui fut le plus heureux pour lui, ce fut la liaison qu’il contracta avec le Poussin , qui l’associa aux travaux

dont il était chargé pour le Luxembourg par Marie de Médicis. Champagne perdit de vue l’Italie , et son séjour à Paris se prolongea jusqu’en 1027; il ne s’en éloignait qu’avec peine , et il y revint en 1028 après avoir passé quelques mois à Bruxelles. Son retour lui fut avantageux , du moins pour sa fortune; car il aurait été à desirer pour son talent qu’il eût pu le fortifier et lui donner tout son développement par la vue des chefs-d’œuvre de Rome. Nommé premier peintre de Marie de Médicis en 1020, il épousa la fille de Duchesne, k qui il avait succédé dans cette place. Le cardinal de Richelieu lui confia des travaux considérables dans ses terres, ainsi que dans son palais k Paris, quoique, par attachement pour la reine-mère , il ne voulût pas se vouer entièrement au cardinal, qui lui en savait assez mauvais gré, mais qui, lui reconnaissant de grands talons, ne pouvait s’empêcher de l’employer. Champagne eut jusqu’en 1040 de grandes occupations k Paris. Il fit une partie des peintures des Carmélites de la rue Saint- Jacques , entre autres , dans la voûte , une Sainte-Vierge, et S. Jean aux pieds de Jésus-Christ en croix ; c’est une de ses plus belles productions; — une A atieite ,

ET LES TUILERIES

dignité que celles qu’avait présentées Mignard. Le sujet que traita Philippe, et ce lut le seul, était tiré de l'éducation d’Achille. Cet appartement servit depuis au second Dauphin et ensuite aux princes du sang qui furent surintendans de l’éducation de Louis XV, le duc du Maine en 1715, le duc de Bourbon en 1716 : en 1755 il lut donné au duc de laVauguyon, gouverneur des enfans du Dauphin hls de Louis XV, Louis XVI , Louis XV III et S. M. Charles X.

— une Adoration des mages , — une Purification. Ces beaux ouvrages e'taicnt entièrement de lui. Il travailla aussi dans l’église du Calvaire, près du Luxembourg, aux Carmélites de la rue Chapon , et il lit pour Notre-Dame un tableau qui avait pour sujet le Vœu de Lotus XIII. Quoiqu'il ne fût pas avec Simon Vouet, qui jouissait alors d’une grande réputation , trop eu harmonie de caractère et de talent, il fut obligé de se joindre à lui dans les travaux que le cardinal faisait exécuter dans sa galerie , et ce fut Champagne qui fit les portraits du Roi, de la Reine et du Dauphin. En 1G41 il commença les peintures du dôme de la Sorbonne , qu’il termina en 1644. Lors de la formation de l’académie de peinture en 1648, Champagne en fut nommé recteur, place qu’il remplit avec autant de désintéressement que de talent ; et il fit présent à cette société d’un S. Philippe , l’un de ses plus beaux tableaux. Ce fut cette année qu’il peignit pour Port-Royal son tableau de la Cène , qui est au Musée; ce sujet lui a fourni deux autres compositions. Dans un tableau qu’il fit à Bruxelles en 1654, il peignit Adam et Eve pour l’archiduc Léopold, et c’est aussi de cette époque que date son tableau de S. Gervais et S. Prolais qui apparaissent à S. Ambroise, l’une des plus belles choses du Musée royal par la noblesse et la pureté du dessin et par la dignité des expressions. D’après ce que l’on sait de l’âge de sa fille , l’une des deux religieuses de son tableau du Musée j il semblerait que cet ouvrage est du même temps que le S. Gervais. En 1660, Champagne fut chargé de peindre le plafond de la chambre du Roi à Vincennes. A l’occasion de la paix de 1667, il le représenta sous la figure de Jupiter qui ordonne à la France d'embrasser la Paix. Ce tableau passe

pour son chef-d’œuvre. Scs travaux aux Tuileries datent de 1666. Enfin cet habile homme finit le 12 août 1674 sa laborieuse et brillante carrière , conservant toujours le désir d’aller à Rome et n’ayant jamais pu le réaliser. Dans les dernières années de sa vie, il s’était retiré à Port-Royal, où il s’était lié avec le célèbre Arnaud d’Andilly, dont on a au Musée un magnifique portrait de la main de Champagne. II fit aussi pour cette maison quatre beaux paysages , dont deux sont au Musée royal : un Solitaire visité dans sa cellule au milieu d’un site sauvage, et une sainte solitaire à qui l’on amène des malades.

Parmi ses productions les plus remarquables , on ne peut oublier deux autres tableaux de la collection du Roi , Jésus- Christ chez Sitnoti le pharisien , superbe composition, d’une très-belle exécution; et la Mère de douleur, ouvrage admirable pour le dessin et pour l’expression. Champagne n’a pas un coloris brillant; mais il est sage, sans prétention : on voit qu’il ne court pas après l’effet, et l’on sent dans ses expressions pures qu’il était pénétré de la sainteté des sujets qu’il représentait et auxquels il voua toujours son pinceau.

Jean-Baptiste de Champagne, neveu de Philippe , était aussi né en Flandre. Quoiqu’il fût élève de son oncle , il paraît, d’après Félibicn , qui n’en dit qu’un mot, qu’il ne profita pas aussi bien qu'on l’aurait désiré des leçons de cet habile maître et du voyage qu’il fit en Italie. 11 chercha cependant à conserver le style italien, et sa manière de peindre tenait de celle de Philippe. Cependant, dit Félibicn ( Entretiens, t. IV, p. 396 ) , ses figures avaient toujours un air flamand , et n’étaient couvertes, s’il faut ainsi dire , que d’une légère apparence du goût d’Italie.

LE LOUVRE

GOG

Le tableau qui dirait l’éducation d’AcliilIe n’existe plus, ou du moins il ne luit plus partie de ces appartenons , et ceux qu’on y voit sont dans le goût de Mignard; cependant Félibien les donne à Jean-Baptiste de Champagne. Le plafond de la chambre à coucher de S. A. IL M.mu la Dauphine représente l’Aurore entourée d’une troupe légère d’amours et qui répand des fleurs. Dans l’encadrement, de jolis enfans se jouent au milieu des guirlandes qu’ils soutiennent. Tous ces sujets rians sont peints avec grâce, et ils n’ont presque rien perdu de leur fraîcheur.

Dans le petit salon qui tient à la chambre à coucher, le plafond offre le retour du printemps : Apollon, Ce'rès, Bacchus et Cybèle font briller sur la terre un jour pur et y répandent toutes les richesses de la nature; les génies des beaux jours célèbrent sa renaissance, d’autres chassent devant eux les frimas. Ce tableau, bien composé et dont les groupes sont dessinés avec grâce, ofli e un beau parti de lumière. II y a de la finesse de ton , et les détails en sont traités avec goût.

Outre les peintures et les ornemens faits avec recherche dont étaient décorés les appartemens de Louis XIV, ils contenaient beaucoup d’objets rares et curieux et un assez grand nombre de statues et de bustes, la plupart antiques. Parmi les premiers on faisait remarquer, comme rappelant d’anciens et intéressans souvenirs, cinq troncs de cèdre du Liban, qu’on disait avoir été apportés de la Terre-sainte par S. Louis, et c’était aussi à ce pieux et valeureux Roi que l’on devait des fûts de colonne en porphyre qui, selon la tradition , provenaient du temple de Salomon à Jérusalem, et dont, sans égard pour leur origine, on a fait depuis des tables. Au peu de mots que rapporte Sauvai sur les antiquités conservées aux Tuileries , il n’est presque pas possible de les reconnaître et de savoir si elles existent encore; il est seulement probable qu’elles appartenaient à l’ancienne collection de la couronne et remontaient à François I.er Sauvai cite donc un Mercure, une M inerve et une Cérès de grandeur naturelle; une Cybèle et une Diane d’Ephèse de 2 pieds de haut; un torse qu’il juge être celui d’une statue de Diane, nue autre Diane de 4 pieds, et un Bacchus couvert de la nebride : chancelant d’ivresse , il était monté sur une panthère et s’appuyait sur un satyre. La composition de ce groupe devait être remarquable , et il est à regretter qu’il ait disparu. II n’est pas plus aisé de retrouver les bustes dont parle Sauvai. A cette époque on leur donnait des noms un peu à l’aventure. Cet écrivain nomme un (prétendu) Caton d’Utique en marbre noir; cette tête existe, je crois, au Musée royal dans le corridor de Pan, et elle était autrefois dans le cabinet de Louis XVI : une belle tète colossale d’Apollon en marbre, placée par négligence ou par ignorance, dit Sauvai, sur un buste de femme ; ce pourrait être une des tètes d’Apollon du Musee, n.° 133 ou 135 : un prétendu beau buste de Marc-Aurèle en marbre noir. Sauvai parle encore de deux masques de Pan, qui avaient la bouche ouverte et les yeux à jour : s’ils étaient de forte dimension, ce qu’il ne dit pas, ce seraient peut-être les masques de la cour du Musée, ou plutôt ceux

ET LES TUILERIES

d’une porte de Fontainebleau, dans le cas ou ils auraient etc places après coup et dans les réparations qu’y lit faire Louis XIV.

La salle de la Paix servait de salon d’attente aux appartenions du Roi. Les ornemens sculptes sont de Louis Lèrarnbert (l) et de Girardon ; ils les ont prodigues, et l’on désirerait que les formes de leurs enroulcmens et de leurs cartouches fussent moins tourmentées. Cotelle de Meaux (2) avait etc aussi employé' à peindre les ornemens de cette salle et «les autres appartenions. Il est assez curieux de voir dans Félibien, t. IV, p. 385, la longue et fade description de ces peintures allégoriques : elles font toutes allusion , selon lui , à la gloire de Louis XIV et aux devoirs des courtisans, et tout, jusqu’à la couleur des vêtemens , lui fournit une flatterie ou un rapprochement. Le Soleil sur son char traîné par quatre chevaux, précédé du Temps, de l’Eternité, du Printemps et de la Renommée, c’est Louis XIV qui, à la fleur de son âge, saisit les rênes du gouvernement. Les Heures, qui se pressent autour du char, rappellent par leurs attributs les arts, les sciences que protégeait le Roi, les ouvrages qu’il faisait faire, et même les bals et les comédies dont il égayait sa cour. Parmi ces Heures ou ces jeunes filles, variées dans leurs costumes, il y en a une qui, couronnée de pavots, se tient à l’écart et repose au milieu de nuages obscurs : c’est l’Heure de la nuit, et la plus jolie pensée de cette composition. Ce plafond, au reste, lorsqu’il était dans sa fraîcheur, devait être d’un très-bel effet; le ton en était très-fin, brillant et lumineux : les figures, légères et en général bien dessinées, sont disposées avec grâce; elles ont du mouvement et forment une danse agréable dans son ensemble et variée dans ses détails. Parmi le grand nombre de ces figures on en trouve dont les têtes sont charmantes. Aux angles de la salle,

(1) Louis LÉrambert, fils de Jean Lérambert , peintre distingue' de fe'cofe de Fontainebleau, naquit en 1G04; il se destina à fa sculpture et fut e'îève de Jacques Sarrazin. Ses vers , ses bons mots , ses manières élégantes, le firent connaître à fa cour, et, plus peut-être que ses talens, fui procurèrent des succès et fa protection et même fa bienveillance de Louis XIII et du cardinal Mazarin. Lèrarnbert cependant ne chercha pas à profiter de ces avantages pour faire sa fortune, et if travaillait comme s’il n’eût pas été en faveur. Le genre où if réussissait le mieux était celui des figures destinées à î’ornement, comme on en faisait alors.

On voit de ce sculpteur, sur fa grande terrasse de Versailles , des sphinx en marbre blanc , montés par des enfans en bronze : quoiqu’ils ne soient pas exempts de manière, ifs ne manquent cependant

ni d’élégance , ni d’une certaine grâce. D’autres groupes d’enfans portant sur leurs têtes des corbeilles de fleurs d’où s’élancent des jets d’eau , sont aussi de Lérambert : ce sont les 7.e, 8.e, 13.e et f 4.c groupes en descendant vers fa fontaine du Dragon. Ce sculpteur avait fait pour Saint- Germain-I’Auxerrois de très-beaux bénitiers, et pour fa cathédrale de Blois, des bas-refiefs en marbre blanc qui offraient fa Méditation et la Mémoire. D’Argenviffe donne comme mauvais un bas-relief de fa paroisse de Meudon , où Lèrarnbert avait voulu exprimer les mystères de fa religion. Ce sculpteur était de l’académie royale de peinture et de sculpture; if mourut en

(2) Cotelle, de Meaux. Ce peintre, qui avait du talent pour les ornemens , travailla beaucoup aux Tuileries. II est mort en 1676. Félibien , (. IV, p. 426.

LE LOUVRE

au-dessous de ce plafond , sont les génies des saisons, sons la figure d’en fans entoures d arabesques. Ce qu’il y a de plus singulier dans les explications de f1 chbien , ce sont celles qu’il donne de quatre tableaux à fond d’or (pii ornent le milieu des voussures du plafond et où l’on trouve de fort jolies figures bien groupées et bien peintes , mais auxquelles nuit l’or sur lequel elles se détachent. Ces sujets sont Procris donnant un dard à Céphale, la statue de Mcmnon frappe'e des premiers rayons du soleil, Clytie changée en tournesol, et le Soleil chez Thetis. Ils retracent la vie, les obligations des courtisans, qui ne devaient avoir d’autre pensée, d’autre ame, que celle qu’ils recevaient de Louis XIV, et l’on ne se douterait pas que des sphinx à tête et à corps de femme sont les emblèmes de la vigilance, de la grâce, de la souplesse, de la complaisance et de la discrétion dont devaient être doués, pour plaire au Roi, les courtisans, qui attendaient dans cette grande salle qu’ils pussent paraître à ses yeux.

La salle qui suit celle de la Paix était autrefois occupée par les gardesdu-corps, et elle est encore aujourd’hui à peu près telle qu’elle était alors; on la nommait aussi le Salon des nobles et le Salon blanc. Il serait difficile d’y louer les dispositions de l’architecture et ces frontons massifs et plus étroits que les portes qu’ils couronnent. Les peintures sont encore en assez bon état, et celles des ornemens n’offrent pas en général des modèles de bon goût. Tous les sujets dont cette salle est décorée ont rapport à la gloire et à la vie militaires. Dans de grandes grisailles qui n’imitent que très-imparfaitement des bas-reliefs, Nicolas Loyr (t), qui a peint ces deux salles, a représenté une marche de troupe, une bataille, un triomphe et un

(1) Nicolas Loyk, né à Paris en 1624, était fils (l’un orfèvre : se sentant plus de vocation pour la peinture que pour l’état de son père, il entra, pour faire ses premières études , chez Sébastien Bourdon , et fut ensuite reçu comme élève dans les ateliers de Le Brun. Après y avoir passé quelques années, il acquit assez de talent pour pouvoir entreprendre avec fruit un voyage d’Italie. Les deux ans qu’il séjourna à Rome lui furent d’autant plus utiles , que , se plaisant aux ouvrages sévères et étudiés du Poussin , et en sentant tout le mérite , il les consultait souvent , et qu’il profitait aussi des leçons de ce grand maître. Loyr avait d’ailleurs la mémoire la plus heureuse; les sites, les tableaux inêmçs qu’il considérait, y restaient si fortement imprimés, qu’il en reproduisait, rentré chez lui, des esquisses de la plus grande fidélité , soit pour l’ensemble , soit pour le ton ou les détails. Le coloris surtout était ce qui le frappait le plus :

aussi y réussissait- il encore mieux que dans le dessin. Il s’attachait à rendre avec soin dans ses tableaux le paysage, les fabriques et les autres accessoires. Loyr aimait les compositions historiques exécutées sur de grandes dimensions; cependant il se reposait souvent de ses études graves en faisant de petits tableaux. Il donnait aussi, selon Félibien (Entretiens , tome IV), une grâce particulière aux figures de femmes et d’enfans. De retour

à Paris en 1649, il y fut employé et entreprit des travaux considérables à l’hôtel de Senncterre, où il peignit une galerie assez grande , mais qui l’est moins que celle qu’il décora en entier au château du Plessis chez M. de Guénégaud. Ses travaux et ses succès le firent connaître et apprécier de Colbert, et vers 1666 il fut charge' de peindre, aux Tuileries , les salles dont il est question ici. Loyr fut reçu à l’académie : il en était professeur lorsqu’il mourut en 1679.

ET LES TUILERIES

sacrifice. Ces compositions, lâches de dessin et sans slvle, sont loin d’être aussi bien que le plafond, dont les figures, bien disposées, ne manquent ni de grâce ni de légèreté. On y voit la Renommée, l’Abondance, et d’autres divinités allégoriques, qui, descendant du ciel, distribuent des palmes et des couronnes à la Force, à la Prudence, a la Valeur et a la Fidélité, que représentent les figures entremêlées de trophées qui ornent les voussures.

Quelque beaux que fussent les appartenions de Louis XIV, et maigre les grands souvenirs qu’ils offraient et qu’on aurait du conserver, peu de temps après sa mort ils étaient non-seulement négligés, mais même en partie détruits, et en 1755, à l’exception des appartenions du Roi et de la Reine , presque tout le palais des Tuileries était occupé par des logemens accordés à diverses personnes de la cour, à des gens de lettres et à des artistes; ce ne fut que long-temps après que le Roi en reprit possession et qu’on répara en partie les dommages qui y avaient ete causes, et il a fallu bien des années pour les remettre dans l’état où nous les voyons aujourd’hui.

La grande salle qui occupe deux étages et à laquelle les portraits des maréchaux de France que l’on y a placés a fait donner le nom qu’elle porte aujourd’hui, était autrefois destinée aux cent-suisses, qui s’y tenaient lorsque le Roi venait à Paris. Elle a 59 pieds un quart de long sur 52 pieds et demi de large , et occupe l’emplacement de l’ancien escalier circulaire de Philibert de Lorme. La voûte n’en est qu’en charpente, et Blondel ne trouvait cette salle susceptible d’aucune espèce d’ornement. Elle servait jadis aux concerts spirituels que le Roi donnait dans la semaine sainte. On y établissait alors un orchestre et des loges que l’on pouvait démonter en quatre heures de temps. De nos jours on a fait régner autour de cette salle un grand balcon supporté par de riches consoles, et l’on a employé, pour soutenir une tribune, des plâtres moulés sur les caryatides de Jean Goujon. Le plafond , les trophées et les autres ornemens de cette salle ont été peints, sous la direction de M. Moench et d’après les dessins de M. le baron Gérard , par MM. Pécheux, Le Riche, Le Sueur et Manzoni (l). Pour terminer ce qui a rapport à cette salle, je donnerai, en commençant près de la porte de l’escalier, la suite des portraits des maréchaux de France et des bustes de généraux morts sur le champ de bataille qu’elle renferme.

M. le maréchal duc de Trévise, peint par M. Ponce-Camus (2); — le

(1) Benoît Pécheux. Je ne trouve cite' de ce peintre dans les livrets du salon qu’un Christ mourant (1808) et un tableau de Sabinus et Eponine, qu’il exposa en 1810. Il s’est beaucoup exerce' dans le genre de l’ornement.

Quant à M. Manzoni , il était Italien, et peignait le décor. Je n’ai pu parvenir à nie procurer aucun renseignement sur son compte.

M. Pierre-François Le Sueur, ne à Paris le 8 mars 1757, s’est fait avantageusement connaître dans la peinture ornementale.

(2) M. Marie-Nicolas Ponce-Camus, né à Paris le 15 décembre 1775, est élève de David. Il exposa pour la première fois en 1798 et il mit au salon de cette année un portrait; en 1801 il représenta les Jeux de l'enfance-, son sujet en 1804 fut Emma Jille de Charlemagne, qui, ta nuit, à travers

LE LOU VUE

general Dupuis, buste par Roland; — M. le maréchal marquis do Viomênil, peint par M. Délavai (1); — le general Dugommier ( Jean - François Coquille), ne en 173G à la Guadeloupe, mort en 1794 , buste dont l’auteur n’est pas connu ; — M. le maréchal duc de Dalmatie , peint par M. Broc (2) ; — le general Le Clerc, buste par Lemot en 1805; — M. le maréchal marquis de Lauriston, point par M. le baron Gérard (ce tableau a paru au salon de 1824); — le general Causse, buste par M. Dumont; — M. le maréchal Moneey, peint par M. Barbier -Valbonne (3). — Entre les fenêtres

la neige, emporte son aman t E gin /t ard pour t/erober la trace de scs pas. Au salon cle 1800, M. Ponce-Camus fit paraître Poppa qui meurt au moment où elle vient de sucer, pendant le sommeil de son mari le duc Rollon , la blessure qu’il avait reçue d’une arme empoisonnée. On vit de lui, k l’exposition de 1808, Bonaparte au tombeau de Frédéric le Grand. En 1810 il l’offrit accueillant à Osterodc des familles polonaises ; en 1812 il le montra ayant une entrevue avec l'archiduc Charles , et donnant son épée à ce prince. U lit paraître dans la même année plusieurs portraits ; entre autres , celui du duc de Trévise.

En 1814 on vit de M. Ponce-Camus les Honneurs funèbres rendus à Jacques Delillc lorsqu’ après sa mort il fut exposé sur un lit de parade dans une des salles du collège de France. Le tableau qu’il exposa en 1817 représentait Aimenè , fille d’Evandre , qui, occupée de ses amours, effeuille une fleur tandis que son père lui parle de ses projets. Les salons de 1822 et de 1824 ne virent de M. Ponce-Camus que des portraits.

(1) M. Pierre -Louis Delaval, ne' k Paris le 17 avril 1790, est élève de Girodet. Le premier tableau qu’il fit paraître au Louvre fut, en 1810, Télémaque recevant dans les déserts de la grande Oasis les conseils de Thermosiris. Plusieurs portraits, et Orphée qui perd Eurydice, firent partie de l’exposition de 1812. On vit k celle de 1814 Hélène qui , du haut de la porte Scée, montre à Priant les héros grecs. En 1817, S. Louis prenant la croix contre les infidèles, et le portrait du marquis Louis de la Rochejaquelcin , méritèrent k M. Delaval une médaille d’or.

Le sujet de son tableau principal en 1819 est Clotilde qui presse Clovis d’embrasser

le christianisme. D’autres productions de M. Delaval offraient la Justice , la Force ,

— l'Amour abandonnant Psyché, — la Femme adultère , et les portraits de M. le maréchal marquis de Vioménil , de Al. le vicomte du Bouchage et du curé de Saint- Roch. En 1822, le Départ du jeune Tobie,

— Herminie arrivant chez le vannier, — un Chinois prenant le frais sur une terrasse au bord de la mer. En 1824, Adoration du Sacré-Cœur , tableau commandé parle ministre de l’intérieur.

(2) M. Jean Broc, né en 1777 k Montignac dans le Périgord, est élève de David. En 1799 il remporta un second prixd’honneur, et le premier, en 1800, lui fut donné pour son Ecole d'Apelle, tableau de 14 pieds sur 13. En 1801 il fit paraître le Naufrage de Virginie , - — et la Mort d’Hyacinthe. On vit de M.Broc, k l’exposition de 1806, la Mort du général Desaix. Son tableau de Renaud et Armide, qui fit partie du salon de 1810, reparut en 1814. Les derniers ouvrages qu’on ait vus de lui au Louvre furent, en 1819, un Garde national à cheval, et en 1822 une Magicienne qui donne scs consultations.

(3) M. Luc Barbier -Valbonne, élève de David, est né k Nîmes en 1768. Outre un grand tableau de famille, il y eut de lui au salon de 1798 un Othryade blessé : près de rendre le dernier soupir, il ramasse les armes des ennemis éparses autour de lui, en forme un trophée , et écrit le mot victoire sur son bouclier. On ne vit plus aucun ouvrage de M. Barbier au salon du Louvre jusqu’en 1 806 ; il y mit cette année un tableau de famille, et en 1810 le portrait en pied de J\l. le maréchal duc de Raguse. Il n’y reparut plus qu’en 1822 avec un grand tableau qui représentait un Pécheur napolitain.

ET LES TUILEIUES.

de la cour : le general Joubert, buste par Boizot (1); — le general Cafiarclli du FaLa (Louis-Joseph-Marie-Maximilien) , ne' en 17 50, mort en 1 71)1) , buste par François Masson (2). — Les autres portraits à partir de la porte

(1) Louis-Simon Boizot, ne à Paris en 1743, fut élève de Michel-Ange Slocltz, celui des sculpteurs de ce nom qui avait le plus de talent, cl Boizot en acquit assez pour contribuer à répandre les bons principes auxquels revenait la sculpture et pour se faire une réputation méritée. En 1779 il fut reçu à l’académie, qui, enl787, le nomma adjoint il professeur. Son morceau de réception fut un Méléagre de 2 pieds et demi de proportion; les écrits du temps en font l’éloge, de même que d’un buste de M.me Chalgnn , et de celui de Racine qu’il fit pour la Comédie française. Parmi plusieurs productions quil fit paraître en 1781 , on remarqua le buste de la Reine et un bas-relief en plâtre qui représentait le Baptême de Jésus- Christ , et qui fut exécuté en pierre, de 16 pieds de haut sur 8 de large, pour Saint-Sulpice. En 1783 on vit de Boizot au salon le buste en bronze de Joseph Vcrnet, et un bas-relief en marbre dont le sujet était les E/émens qui rendent hommage à l’ Amitié. Il exposa en 1785 un busteen marbre de Louis XVI, le modèle d’une statue de Mercure, et celui d’une statue de Racine de 6 pieds de proportion , dont le marbre parut en 1787. Il n’y eut de lui en 1789 que de petites figures en marbre, l’Amitié et la Tendresse, et le buste de M. Necker. Ce que Boizot produisit en 1791 ne fut qu’une terre cuite, c’était un groupe à! Adam et A'Eve : mais il se présenta â l’exposition de 1791 avec des ouvrages plus considérables; une Minerve, plâtre de 6 pieds, — une Bacchante qui porte un satyre enfant , — une Femme qui répand des fleurs sur le tombeau d’un poète, — et la Piété filiale , caractérisée par un jeune homme qui aide sa mère à porter l’urne de son époux. En 1798 on ne vit de lui que le portrait du général Bonaparte qu’il avait fait de mémoire. Ce sculpteur fut chargé de faire pour le palais du Directoire quatre bas-reliefs : la Morale et l’ Instruction , — le Commerce et /'Industrie , — /’ Agriculture et l’ Abondance,

— la Victoire et la Paix. En 1800 on lui demanda un buste du premier consul, et le Génie victorieux de la France. Le buste en marbre du général Joubert fut le seul ouvrage que Boizot exposa en 1801, de même qu’en 1806 celui de Joseph V émet, que l’on voit dans la grande galerie du Louvre. Ce fut cependant vers cette époque qu’il fit pour la fontaine de la place du Châtelet quatre jolies statues, la Prudence, la Vigilance , la Justice et la Force : elles ont du style, de l’agrément, et donnent une fort bonne idée du talent d’exécution et du goût de leur auteur, dont il paraît que ce sont les derniers ouvrages; il mourut en 1809. Ces figures ont été gravées pl. 6 du recueil de MM. Lacour et Vauthier.

(2) François Masson naquit en 1745 à la Vieille-Lire en Normandie. Après avoir été élève de Guillaume Coustou, il perfectionna, pendant un séjour de cinq ans à Rome, son talent par l’étude des grands modèles de l’antiquité. A son retour en France, Masson fut chargé, pour le palais du gouvernement â Metz, de travaux considérables qui lui acquirent une réputation méritée. Depuis il sc distingua parun grand nombre de beaux bustes remarquables par leur ressemblance et leur expression ; mais parmi les productions qui lui ont fait le plus d’honneur, on cite les sculptures du tombeau du maréchal de Vauban aux Invalides , le groupe de Thétis plongeant.

Achille dans le Styx , et surtout sa statue de Flore ou de la Jeunesse, en marbre, figure qui à beaucoup de grâce dans la pose et de pureté dans le dessin joint une exécution très-soignée. Cesditférens ouvrages assurent une place distinguée parmi les sculpteurs de notre école à François Masson, qui est mort en 1807. On a vu de lui au salon du Louvre, en 1801, les bustes de Kleber et de Cajfarelli , et en 1806 celui de Claude Lorrain , qui a été placé dans la grande galerie du Louvre. Il parut de lui en I 808, après sa mort, la statue en marbre du général Caffarelli , que l’on voit au

LE LOUVRE

sont : M. le maréchal duc de Bcllune, peint par M. le baron Gr os ; — le general La Touche-Treville , buste par M. Alexandre Renaud (l); — M. le maréchal duc de Tarente, peint par M. Casanova (2); — le general Bon, buste par M. Renaud; — M. le maréchal duc de Reggio, par M. Robert Lefevrc (3); — le general La Harpe, buste par Le Comte (4); — IM. le ma-

réchal duc de Ragusc, peint par M

Louvre dans la salle des grands hommes, et dont la pose et les draperies sont bien entendues. Il y eut aussi un buste en bronze de Bonaparte , et un en marbre de l'architre'sorier Lebrun , dont la statue en marbre , terminée après la mort de Masson , fut exposc'e en 1810.

(1) Je n’ai rien pu savoir sur le compte de ce sculpteur, si ce n’est qu’il était de Bèze près de Dijon, et élève de Pajou. Il est mort en 181 7.

(2) M. Casanova est élève de son père et de David. Il n’a paru que peu de tableaux de lui au salon du Louvre : en 1808 il y mit le portrait en pied d’un colonel de la carde, en 1810 celui de M. le maréchal duc de Tarente , et il représenta la famille impériale d’Autriche dans un paysage pris dans les gorges de Brühl. En 1812 il prit pour sujet de sa composition le grand banquet donné aux Tuileries lors du mariage de Bonaparte avec S. A. I. l'archiduchesse Marie-Louise.

(3) M. Robert Lefevre, né a Bayeux le 18 avril 1756, se livra dès sa plus tendre jeunesse au dessin et à la peinture. Pendant long - temps il n’eut dans ses études d’autre maître et d’autre guide que la nature. Ce fut en suivant ses inspirations qu’il parvint à faire des portraits et à peindre plusieurs sujets tirés de la mythologie , que l’on conserve au château d’ Aires. Enfin , en 1784, il vint à Paris, où dix ans auparavant il avait fait un voyage qui avait développé son goût pour les arts. M. Robert Lefèvre se mit sous la direction de M. Régnault. Des circonstances particulières l’ayant empêché de se consacrer à la peinture historique , il se borna à peindre le portrait; mais ordinairement il l’a traité en grand, et l’on cite de lui un nombre assez considérable de portraits en pied. On a cependant de ce peintre plusieurs compositions qui lui valurent des

. Barbier-Valbonne ; — le general

prix aux salons de 1795 et de 1798. Son Phocion près de boire la ciguë a été placé au château de Compiègne , et son Amour aiguisant ses traits fait partie de la galerie du Luxembourg. Parmi ses autres compositions , on connaît Vénus désarmant l’Amour, — Psyché sur le rocher , — Héloïse et Abélard. Le Gouvernement a commandé il M. Robert Lefèvre, pour le mont Valérien , une Mort de Jésus-Christ, composition de onze figures; il y en a trente dans l’ Assomption de la Sainte Vierge, qu’il doit faire pour Fontenai-Ie- Comte. Mais la série la plus considérable des ouvrages de M. Robert est celle des portraits. Il fit pour le sénat et pour le corps législatif celui de l’ empereur , dont il y a eu plusieurs répétitions, ainsi que ceux des impératrices Joséphine et Marie- Louise. Parmi les autres portraits, on cite ceux de la princesse Borghèse , — de M.me la comtesse d’Osmond , — de M.me Baucher, — de MM. Carie Vernet,

— Bertin, — Pierre Guérin, — Van Dael,

— de M. le marquis de Barbé-Marbois.

Le portrait en pied de S. M. Louis XVIII, qui fut demandé à M. Robert Lefèvre pour la Chambre des Pairs , lui mérita le titre de premier peintre du cabinet du Roi, et lui procura l’honneur de faire pour le même palais le portrait en pied de S. M. Charles X. M. Robert Lefèvre recul alors la décoration de la Légion d’honneur

(4) Félix Le Comte, né à Paris en 1737, se voua à la sculpture et fut élève de Falconet; l’académie le reçut dans son sein en 1771 , et le nomma en 1787 adjoint à professeur: il mourut le 1 1 févriei 1817. Le morceau de réception de Le Comte fut Œdipe qu’un berger détache <U l’arbre ou il avait été exposé ; ce groupe de 3 pieds de haut, était en marbre. Dans la même année il exposa au Louvre un bas-relief de 22 pieds de long sur 2 pieds

El LES T LIEE Kl ES.

Marceau buste par M. Dumont; — M. le maréchal Jourdan, peint par M. Vieil fils (l).

Nous ne ferons que traverser le grand escalier, qui n’offre rien de remarquable : c’est Colbert qui le lit construire pour remplacer la belle et grande vis de Philibert de Lorme, qui était regardée comme une merveille de hardiesse et de légèreté, mais qui avait le defaut d’intercepter le passage. Il est assez singulier que, dans les orneinens de la rampe de cet escalier, Colbert ait uni la lyre entrelacée d’une couleuvre ( colubcr ), qui rappelait sou nom, au soleil emblème de Louis XIV7, et il est encore plus surprenant que le monarque l’ait souffert.

La belle salle où sont aujourd’hui les cent-suisses et que termine si bien l’escalier de la chapelle, est tout-à-fait moderne. Le rez-de-chaussée en était autrefois occupé par les appartenions du premier valet- de- chambre du Roi , gouverneur des Tuileries. Au premier étage était la chapelle, destinée à être très-belle, et commencée sous Louis XIV : elle n’était pas terminée en 17 55, et 11e le fut même jamais entièrement; elle a cependant servi jusqu’en 1792 : elle u’olfrait d’ailleurs rien de particulier. Celle qui l’a remplacée et où l’on arrive au rez-de-chaussée par le portique de droite sur

10 pouces cle haut, que la comtesse du Barry lui avait fait faire pour Lucienncs et qui représentait une Bacchanale d' enfans ; — les Sept Sacrcmens , esquisses en terre cuite; — un autre bas-relief pour M.llc Guimard; le Triomphe de Terpsichore traînée sur son char par les amours, et que précèdent les Griîces , la Musique et des Bacchantes. Au salon de 1773, 011 vit de Le Comte une jeune Fille tenant une corne d’ abondance remplie de fleurs, statue en marbre destinée à servir de torchère à Lucienncs; — deux figures, la Justice et la Paix : elles devaient être exécutées en pierre et avoir G pieds de proportion , pour 1 hôtel des monnaies ; — 1 e grand Condè, pour l’Ecole militaire. En 1775, la Sainte l lerge et V Enfant Jésus, pour la cathédrale de Rouen; — le buste de d’Alembert. En 1777, Fénelon revêtu des habits épiscopaux et tenant à la main son Télémaque, figure en marbre de G pieds de proportion. Le Comte fit paraître en 1781 les modèles de deux statues, Injustice et la Prudence , qui devaient être exécutées en pierre pour le Palais, et , parmi plusieurs bustes, celui du cardinal de la Rochefoucauld en médaillon. On vit de lui au salon

de 1783 le buste de la Reine, celui de Daubenton , et en bas-relief un Voyageur qui se repose. Le modèle d’une statue de Rollin tenant le Traité des éludes et haranguant fut exposé en 1787; la statue en marbre, de G pieds de proportion, parut en 1789, avec les bustes du baron d’ Holbach et de l’abbé de Radonvilliers, et fut reproduite au salon de 1791. Depuis cette époque jusqu’en I 8 1 7 , année delà mort de Le Comte, cet artiste ne mit plus rien aux expositions du Louvre : il est probable qu’il ne fit plus d'ouvrages qu’il jugeât dignes d’être soumis aux regards et à la critique du public.

(1) M. Joseph-Marie Vien , né à Paris le l.cr août 17G1 , est élève de son père et de Vincent. En 1808 il remporta une médaille d’or : il s’est livré au genre du portrait, qu’il exécuta d’abord (1798, 1799) en miniature à l’huile; il le fit ensuite en grand. Parmi les portraits que M. Vien mit à presque toutes les expositions du Louvre jusqu’en 1814, il y en eut un en pied en 1800. On remarqua eu 1801 celui de M.de Elisabeth de Baisse. 11 a plusieurs fois reproduit celui de son père, le sien , et celui de sa femme.

LE LOUVRE

le janlin , et au premier étage par l’escalier de la salle des cent-suisses, est remarquable par l’élégante simplicité et par le bon goût qui v régnent; tout y est bien entendu ; deux ordres de colonnes y forment des bas-cotes et des travées : mais on pourrait regretter de ne voir dans une chapelle royale que des colonnes de pierre et destue, lorsqu’il serait si facile de les remplacer par de plus riches matières. Le tableau de /'Assomption qui est sur l’autel est de Prudhon.

La salle qui tient à la chapelle était, il y a quelques années, destinée aux séances du Conseil d’état, et l’on y a vu autrefois pour plafond le tableau de lu Bataille d’ Austerlitz , l’un des plus beaux ouvrages de M. le baron Gérard. C’est aussi d’après scs dessins qu’ont été exécutés par MM. Moench, en bas-reliefs figurés et rehaussés d’or, les sujets qui ornent les voussures et qui ont tous rapport aux différentes branches de l’administration. Voici, en commençant par la gauche, du coté de la chapelle, la suite de ces compositions : l’Agriculture, les Sciences et les Arts, qui font partie du ministère de l’intérieur; — la Navigation , — les Finances, — la Guerre;

— les Colonies, que l’on reconnaît à leurs plantes et à leurs habitations;

— la Marine, — le Commerce, — une Victoire, — la Force enchaînant l’hydre, — la Justice sur son tribunal et tenant ses balances, — l’Histoire écrivant sur ses tablettes et entourée de trophées, — la Paix qui voit élever des monumens, — le Commerce de terre et de mer, — les Arts et les Sciences qui ont pour objet l’agriculture.

Cette salle communique à une galerie qui la sépare de la salle de spectacle et qui a été décorée par MM. Moench d’après les dessins de M. Percier.

Quoique le théâtre des Tuileries soit une fort jolie salle et d’une bonne dimension, il paraît que, surtout sous ce dernier rapport, il ne peut pas être comparé à l’ancienne salle de spectacle, la plus grande qu’il y eut en Europe après le théâtre de Parme. On en devait le plan et la construction à un gentilhomme italien nommé Vigarani (l). Elle occupait dans sa hauteur toute cette aile du château (2) : cette grandeur était même hors de proportion

(1) II n’est question de ce Vigarani, ni dans l’ouvrage de Milizia , ni dans les dictionnaires biographiques, et l’on ignore s’il était architecte de profession ou un simple amateur. D’après ce silence des auteurs, il paraîtrait que cette grande salle de spectacle dont Louis XIV le chargea, était la seule entreprise considérable qu'on lui eût confiée : on ne connaît pas de lui d'autres travaux importons qui aient été exécutés en Italie et en France. Blondel ne cite Vigarani qu’en passant.

(2) Voici les mesures de cette immense salle telles que les donne Blondel; il est vrai que celles de son texte ne se rap-

portent pas avec celles que l’on trouve dans ses plans , et c’est ce qui se rencontre fréquemment dans les ouvrages de cet architecte. La longueur totale en œuvre de l’ensemble était de 230 pieds , sur lesquels il y en avait 140 pour le théâtre et ses appartenances jusqu’au bord de l’avantscène; il en restait 90 pour la salle. La largeur en œuvre était celle du château , ou 09 pieds. La longueur de l’intérieur de la salle était de 75 pieds, et la largeur, de 52 pieds; celle de l’avant-scène était de 30 pieds. De chaque côté étaient deux colonnes corinthiennes de 3 pieds de diamètre. La hauteur de la salle, depuis le

Kl L K S TUILERIES.

avec le nombre «les personnes admises au spectacle de la cour; car on dit qu’elle pouvait contenir six mille personnes, et l’on était oblige' d’en diminuer la longueur lorsqu’on voulait y jouer. 11 est vrai qu’on la fit servir aux répétitions de la comédie française et des ballets de l’Opera, et elle fut livrée au célébré Servandoni (l), qui y faisait dresser et essayer les machines

sol jusqu’au premier entrait , était «le 54 pieds ; la mansarde pour les machines et les vols en avait 22, et le dessous du théâtre , pour ce qu’on appelait les machines infernales, avait IG pieds de profondeur. La pente du théâtre était de 25 pouces.

(1) Nicolas Servandoni , ne' à Florence en 1G95, avait reçu de la nature toutes les dispositions qui caractérisent les grands artistes , le goût des compositions nobles et élevées et «le la magnificence. L’étude qu’il fit à Rome des beaux modèles de l’antiquité développa ces précieuses qualités, et les circonstances où il se trouva lui facilitèrent les moyens de les cultiver. Il se livra d’abord à la peinture : les paysages et les ruines étaient les genres où il réussissait le mieux; et malgré les travaux plus importuns auxquels il se livra dans le cours de sa carrière, il s’occupa toujours de la peinture : il a laissé un grand nombre de dessins et de tableaux qui lui ont assuré comme peintre une réputation honorable. Mais c’est comme architecte qu’il s’en est fait une plus brillante encore. Le génie qu’il déploya dans les décorations de l’opéra italien à Lisbonne et dans les fêtes que donna la cour, lui fit obtenir l’ordre «lu Christ; et sur le bruit de sa renommée, plusieurs souverains désirèrent employer ses talens. Mais ses projets étaient si vastes et si pompeux, que les trésors de plusieurs royaumes auraient a peine suffi pour les exécuter. Servandoni quitta le Portugal pour la France. A son arrivée â Paris, il se présenta à 1 académie comme peintre de paysage , et y fut reçu. Peu après , nommé architecte et décorateur du Roi , il dirigea les fêtes les plus splendides. Appelé en Angleterre en 1749, il y donna un feu d’artifice prodigieux et qui coûta cent mille guinées. AVienneen Autriche il déploya la plus grande magnificence pour le mariage de l’empercuravec l’infante de Parme. Mais

il paraît que ce futàStuttgard, à la cour du duc Charles , qui avait le plus grand goût pour le faste , que Servandoni put donner l’essor le plus libre à la fécondité de son imagination. Dans un opéra qui représentait un triomphe, il fit paraître sur le théâtre quatre cents chevaux qui exécutèrent sans confusion toute sorte d’évolutions militaires. De retour à Paris, il forma le projet de disposer la place Louis XV pour «les fêtes publiques : elle eût été entourée en partie «le portiques et de galeries qui auraient contenu à couvert vingt-cinq mille spectateurs , et qui devaient être décorées de trois cent soixante colonnes et de cinq cent vingt pilastres. Mais ce plan , qui aurait coûté des sommes énormes, ne fut pas adopté. Parmi les belles constructions que l’on doit à Servandoni, on cite le théâtre qu’il fit à Chambord pour le maréchal de Saxe , la façade de l’église Saint-Sulpice à Paris, et, dans l’intérieur, la chapelle de la Vierge, et la tribune de l’orgue, à laquelle il donna pour supports des colonnes corinthiennes. Peutêtre aurait-il mieux fait de ne pas faire entrer trois ordres dans la composition de sa façade : avec moins de richesse et plus de simplicité, elle e«it eu plus de noblesse et un caractère plus mâle. Il serait trop long d’énumérer tous les travaux que fit Servandoni chez le maréchal «le Richelieu , dans !’«*'<> lise Sainte-Croix de la Bretonnerie, à Coulonge en Bourgogne , à Sens, à Lyon, à Bruxelles, en Angleterre, et dont uuo partie n’existe plus. 11 mourut à Paris en 176G. Cet habile homme, qui n’avait pour but que la gloire, s’occupait peu de la fortune ; celle qu’il laissa aurait été plus consi dérable , si son désintéressement , sa générosité, et son goût pour la dépense, lui eussent permis «l’y donner tous scs soins et de retirer des grandes entreprises qui lui furent confiées tous les avantages qu’elles semblaient lui offrir

LE LOUVRE

de I Opéra, et <| ui y lit de superbes décorations : aussi cette immense salle avait-elle pris le nom de salle des machines. Toute la partie décorative en avait ete traitée avec beaucoup de grandeur et de luxe : et ce lut presque en pure perte, car on n’y donnait que rarement des représentations; et comme elle notait pas favorable à la voix, on finit par n’y jouer que des ballets et des pantomimes. Elle était divisée en trois rangs de loges par deux ordres, le corinthien et le composite : chaque rang avait douze colonnes peintes en marbre et dont les bases étaient dorées. Le plafond, richement orne de sculptures, était divise en compartimens dont les figures colorées étaient de Noèl Coypel , d’après les dessins de Le Brun. Suivant les plans donnes par Blondel (l) , on voit que la coupe de cette immense salle n’était pas heureuse; c’était une ellipse très-allongée et presque un carre’ long, termine par une partie circulaire, et il n’y avait que les places en face et au parterre d’où l’on put voir commodément sur la scène. Le fond de la salle était dispose' en amphithéâtre; c’était là que se plaçait la cour. La loge du Roi se trouvait en avant : elle était séparée de l’orchestre par un parterre que remplissaient les gardes-du-corps. Le pourtour de la salle au rezde-chaussée était destiné aux officiers de la maison du Roi , et le reste contenait le public ou les personnes invitées. Lorsque cette salle lut abandonnée, on en distribua le vaste espace, et l’on y trouva la place de la chapelle et îles pièces qui y touchent, d’une nouvelle salle de spectacle que l’on construisit dans l’ancien théâtre, et de plusieurs appartenions. Ce fut dans cette salle, considérablement diminuée, que jouèrent les bouffons italiens sous le nom de théâtre de Monsieur. Depuis on a vu la convention nationale et le conseil des anciens y tenir ses séances.

Il serait inutile de pousser plus loin les excursions dans cette partie des Tuileries : il suffit de rappeler que le grand pavillon occupé par Madame, Duchesse de Berry, le fut autrefois pendant long-temps par la comtesse de Marsan, qui avait été gouvernante des Enfans de France, et dont il a conservé le nom, et que dans cette partie de la cour le comte de Brionne avait un hôtel qui existait encore il y a peu d’années.

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