‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 101 sur 286 · JARDIN DES TUILERIES · texte numérisé non relu

JARDIN DES TUILERIES

Le jardin des Tuileries est certainement une des parties les plus remarquables de ce palais et celle qui lui donne le plus de magnificence. En le voyant distribué avec tant de goût et avec une régularité qui joint à l’elégance l’avantage d’étre en harmonie avec l’architecture d’un grand palais, on ne se douterait pas de toutes les peines que la combinaison de son ensemble et de ses détails a coûtées à Le Nôtre. D’après ce qu’on rapporte de la disposition générale qu’offrait ce vaste espace lorsque cet habile homme fut chargé par Louis XIV d’y tracer des jardins , il parait

(1) Arch. franc, loin. IV.

ET LES TUILERIES

que le parti qu’il en tira fut un tour de force et la plus difficile des entreprises qui lui méritèrent sa haute réputation. Le niveau du terrain et les pentes necessaires à l'écoulement des eaux opposèrent de grands obstacles. Trouvant des ressources dans son génie et animé par la présence île Louis XIV, que son goût particulier pour les jardins amenait sans cesse au milieu des ouvriers et cpii s’entretenait avec lui île ses travaux, Le Notre sut vaincre toutes les difficultés. Peu de personnes peutêtre savent qu’il existe une différence de niveau considérable entre la partie du nord et la partie méridionale du jardin dans presque toute sa longueur, et que le pied de la terrasse de la rue de Rivoli est à la hauteur de la partie supérieure de celle qui longe la Seine. Cette différence était encore plus forte autrefois, et il était impossible de la faire disparaître entièrement; il y eut cependant des terres déplacées et rapportées en immense quantité. Ce fut par le moyen de ses distributions, des bois qu’il planta, des allées qu’il dirigea dans differens sens et cependant de manière que leur répartition régulière répondit à des divisions du château, que Le Notre parvint à dissimuler cette différence de niveau et à faire paraître le jardin sur un plan horizontal, tandis qu’au fait l’ensemble en est incline. On abattit des maisons qui bordaient le jardin du coté du quai; la terrasse qu’il éleva dans cette partie lui fut d’un grand secours, ainsi que celles en fer-àcheval qui terminent l’extrémité, où était autrefois un pont tournant fait avec beaucoup d’art, et qui ouvrait ou fermait l’entrée du jardin. Cette partie touchait alors aux bastions de la ville, et elle ne fut réunie au jardin que Iorsqu’après la mort d’un valet-dc-chambre du Roi, nommé Renard, on eut repris un jardin que Louis XIII lui avait concédé dans un des bastions, et qui, du temps de la Fronde, servait de promenade et de lieu de rendezvous et de plaisir à la jeunesse de la cour. Le Nôtre anima son jardin par les eaux qu’on y amena à grands frais et qu’il distribua en grands bassins; les plus habiles sculpteurs furent appelés à contribuer à l’orner, ou de leurs ouvrages originaux , ou de belles copies en marbre et de répétitions en bronze des chefs-d’œuvre les plus remarquables de l’antiquité. Comme je dois, dans le cours de cet ouvrage, faire connaître toutes ces statues, je me dispenserai d’en parler dans ce moment.

Au reste, l’aspect du jardin des Tuileries a bien changé depuis l’époque de sa création : les bois qu’avait plantés Le Nôtre sont devenus une haute et majestueuse futaie; le jardin, dégagé des édifices qui le déparaient au nord et au couchant, a reçu un développement qu’il n’avait pas alors; les parterres, remplis des fleurs les plus belles, sont fermés par des grillages de fer qui ont remplacé des barrières de bois; les terrasses, rendues libres dans toute leur longueur, ont été bordées d’arbres, et une nouvelle forêt élève déjà ses masses de verdure au-dessus fie celles du midi et de l’ouest. Tous ces embellissemens ont eu lieu de nos jours , et l’on n’a guère à regretter un théâtre de charmille qui existait autrefois dans le bois du nord, un écho et d’autres détails dont on encombrait autrefois les jardins et qui n’ajoutaient pas à leur beauté.

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