‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 99 sur 286 · L.v Gloire, par INI. Gros · texte numérisé non relu

L.v Gloire, par INI. Gros

La grande salle à colonnes de marbre blanc veiné qui forme le milieu de cette aile et établit une communication avec celle qui est tournée vers la Seine, sera richement décorée de peintures par M. le baron Gros : on ignore les sujets que doit animer son savant pinceau.

Les grisailles de cette salle sont de M. Fragonard. Il y a représenté des génies qui portent des bannières où sont inscrits les noms des habiles artistes dont les ouvrages forment les richesses du Musée royal.

(1) M. le baron Antoine-Jean Gros, ne' à Paris en 1771 , a e'tudic' sous David. En 1789 il remporta le grand prix. II fut reçu chevalier de la Légion d’honneur en 1808, membre de l’acade'mie des beaux arts en 1816, décoré de l’ordre de Saint-Michel en 1819, et nomme' baron parle Roi en 1825. Parmi les nombreux ouvrages de cet habile chef d’e'cole , on cite les tableaux suivans , dont la plupart sont de vastes compositions exe'cute'cs dans de grandes proportions.

Salon de 1801 : le général Bonaparte à Arcole, — Sapho s’élançant du rocher de Leucate. Ce tableau, qui appartient au ge'ne'ral marquis Dessoles, a e'te' grave' pour la socie'te' des Amis des arts de Paris. Cette même anne'e, M. G ros, réunissant à la peinture historique un genre bien différent, exposa une tableau de famille en miniature. Ce fut en 1804 que parut son grand tableau de la Peste de Jaffa, regardé comme une de ses plus belles productions. En 1806 on vit de lui la Bataille d' Aboukir, qui avait passé à Naples et qu’il a rachetée. Le Champ de bataille d’Eylau après la victoire fit partie du salon de 1808, ainsi que le portrait à cheval du Roi de Weslphalie , et celui du général Lasalle en pied , l’un des ouvrages les plus remarquables de M. Gros. La Prise de Madrid lui fournit pour 1810 le sujet d’un grand tableau, auquel il en joignit deux autres: l’un , le général Bonaparte haranguant les troupes françaises avant la bataille des Pyramides ; l’autre était une grande

esquisse de la Bataille de ÏVagram. Il y eut encore de lui cette année au Louvre deux grands portraits en pied : l’un, du général de division comte Le Grand; l’autre, de son fils, officier de cuirassiers. En 1812 M. Gros mit au salon X Entrevue des empereurs (le France et d’ Autriche ; — François I.er recevant Charlcs-Quint à Saint- Denis (ce tableau a été placé à Saint- Denis) ; — le portrait en pied de M.me la comtesse de Lasalle, et les portraits à cheval du Roi de Naples et du maréchal duc de Bellune. U n’y eut de M. Gros que des portraits au salon de 1814 : le comte de Montbrun , — le général Fournier — et M.me la comtesse Le Grand. On vit de M. Gros au salon de 1817 le Départ de S. M. Louis XVIII dans la nuit du 20 mars ; et en 1819 il représenta le moment où Madame, Duchesse d’Angoulétne , s’embarque , le 15 avril 1815, à Pouillac près de Bordeaux. Les ouvrages que M. Gros fit paraître en 1822, furent, David qui dissipe au son de la harpe les sombres idées qui tourmentaient Saül ; — Ariane à Naxos, consolée par Bacchus de l’abandon de Thésée. En 1 824 , ce maître termina les peintures de la coupole de Sainte-Geneviève, grande et belle composition , à laquelle il travaillait depuis plusieurs années, et dont le succès lui fit conférer par le Roi le titre de baron. Cette même année M. Gros ne mit au salon qu’un très-beau portrait de M. le comte Chaptal, pair de France.

L'Etude et i.e Génie dévoilent À Athènes l’antique Écypte, par M. Picot (l). — A la gauche du tableau, lièro de ses monumens, l’Egypte, immobile sur sou antique trône, paraît absorbée dans ses graves et hautes pensees. Sur la droite, dans un ciel brillant d’un jour pur et doux, s’avance, timide encore, la belle Athènes: l’Etude, et le dieu des arts, son flambeau à la main, guident ses pas incertains, et, secondes par des génies, ils écartent le voile qui dérobait l’Egypte aux regards de la ville de Minerve : elle contemple avec une surprise dont elle ne peut encore se rendre compte les merveilles qui se présentent à ses yeux. Ces monumens vont peut-être lui servir de premiers modèles; mais bientôt elle surpassera ces chefs-d’œuvre, et elle mettra sa gloire à offrir aux beaux arts une nouvelle et plus heureuse patrie.

Les voussures qui accompagnent ce plafond offrent différentes divinités de l’Egypte, ses armes, scs instrumens, les attributs sacrés de ses dieux, et des génies, dont les uns rappellent les usages, les arts et les cérémonies de ce peuple extraordinaire; et les autres déroulent ces papyres, mystérieux depot de son impénétrable mythologie encore plus peut-être que de son histoire et de ses connaissances.

Grisailles. Sculpteur grec copiant une Isis égyptienne, — Phidias sculptant d’après nature, — Apelle choisissant ses modèles, — Origine du dessin , — Origine du chapiteau corinthien , — Orphée chantant, — Poète tragique faisant répéter un rôle à un acteur, — les Barbares renversant les monumcns de la Grèce.

L’Egypte sauvée par Joseph, plafond parM. Abel de Pujol ( voy . p. 540). — Dans sa haute sagesse, le fds de Jacob avait prévu que sept années de stérilité désoleraient l’Egypte, que devaient enrichir sept années d’abondance; par les ordres de ce prudent ministre, les greniers publics avaient été remplis. Le peintre, personnifiant les années de détresse, les offre comme les génies du mal, que la canicule fait naître des vapeurs du Nil desséché par ses feux. Hâves et décharnés, ils se précipitent avec fureur

(1) M. François Picot, né à Paris en 1786, est élève de M. Vincent; il remporta le grand prix en 1813, et reçut en 1824 la décoration de la Légion d’honneur. Il se présenta au salon de 1819 avec deux grands tableaux, l’Amour qui abandonne Psyché pendant son sommeil, et Saphire qui tombe morte devant les Apôtres. L’exposition de 1822 offrit plusieurs ouvrages considérables de M. Picot. L’un avait pour sujet Orcste épuisé par ses fureurs , s’endormant entre les bras d’Electre; — dans un autre tableau on voyait Jésus-Christ baptisé par S. Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain; — le troisième représentait Raphaël peignant sa maîtresse la Fornarina. Outre ces compositions historiques,

il y eut encore du même peintre plusieurs portraits, ceux de S. A. R. M.Sr le duc d’Orléans et de sa famille , et ceux de Talma, et de M. Paul , acteur du théâtre Feydeau. En 1824 M. Picot représenta pour fhôtel-de-ville de Paris S. A. R.

M.gr le Duc d’Angouléme à Chiclana. Il y eut aussi de lui cette année un tableau qui offrait Céphalc cherchant inutilement à rendre Procris à la vie. Ce tableau et l 'Orcste ont reçu les honneurs du musée du Luxembourg. Cette même année, M. Picot termina pour le ministère de l'intérieur une composition qui avait été ébauchée par feu Léon Pallière, et qui avait pour sujet la Délivrance de S. Pierre.

F. T LES TUILERIES

sur la malheureuse Égypte, qui se jette e'pcrdue dans les bras de Joseph en implorant son secours. Pharaon sur son trône, au milieu des monumens de l’antique terre de Mesraïm , confie le salut de son peuple a l’Hebreu Joseph , issu de ces familles patriarcales qui les premières peuplèrent l’Egypte.

Au milieu d’ornemens et de guirlandes soutenues par seize génies , emblèmes de la fertilité dont jouissait l’Egypte lorsque l’inondation arrivait à seize coudées, les voussures offrent dans des compartimens des traits de cette histoire de Joseph, dont le récit présente dans les livres saints tant d’intérêt et de charme. On y voit Joseph gardant ses troupeaux, vendu par ses frères; — ici il explique les songes de Pharaon, — et là ce prince lui remet le gouvernement de l’Egypte.

Les grisailles de cette salle sont de M. Abel de Pujol. Elles représentent, d’après les monumens égyptiens, un Magasin de blé, — une Chasse, — le Retour de la chasse, — le Labourage, — la Pêche, — le Retour de la pêche, — un Laboratoire, — des Marchands allant au marché, — la Vendange, — la Moisson , — des Marchands de lait.

Jules II examine les plans de Saint-Pierre que lui présente le Bramante , par M. Horace Vernet ( voyez p. 556 ). — Le pape, assis et dans l’attitude de la réflexion , considère avec attention les plans que lui présente le célèbre Bramante, et il paraît les approuver. Près de lui, le grave Michel- Ange voit dans l’avenir tout ce que Saint-Pierre devra à son génie, et il suspend déjà à trois cents pieds de terre la coupole du Panthéon. Le jeune et beau Raphaël offre à Jules II les esquisses des admirables compositions dont il embellira le Vatican , dans les magnifiques portiques duquel se passe cette scène. La suite du pape, un prince de sa famille assis à ses côtés, un cardinal, le peintre Frà Bartolomeo, et plusieurs autres personnages, admirent les brillantes conceptions des sublimes artistes qui doivent porter au plus haut degré de gloire Jules II, Rome et les beaux arts.

Les peintures des voussures de cette salle n’offrent que des ornemens qui ont rapport au sujet principal et qui rappellent les belles productions des arts au xv.e et au xvi.° siècles.

Les grisailles de cette salle sont dues à M. de Pujol, et retracent dans des médaillons les progrès des arts depuis les Égyptiens jusqu’à Louis XIV.

Charles X prend les arts sous sa protection, plafond par M. le baron Gros.

Nous n’aurons rien à dire des nombreuses et belles salles qui, du côté de la Seine, doublent celles que nous venons de parcourir et avec lesquelles elles se trouvent en communication; on n’y voit encore que les dispositions premières et indispensables, et l’on ne connaît pas d’une manière positive leur destination. Mais, soit qu’on en fasse un vaste et somptueux appartement de représentation, soit qu’on les ajoute au musée Charles X, qui ne peut manquer d’acquérir chaque jour de nouvelles richesses qui se trouveraient trop à l’étroit dans les pièces qui leur sont assignées , quel (pie soit

LE I. OUVRE

cnlm le parti que Ion prendra, on ne peut qu’exprimer le vœu de voir bientôt compléter cette magnifique aile du Louvre, qui, par une suite non intenompue de galeries et de salles de la plus grande beauté, se rattache de plain-pied, dans une étendue de 300 toises, aux appartenons du Roi

aux Tuileries.

Notre excursion dans ces salles du cote de la Seine nous a ramene's dans 1 ti salle dite des »S ej)t (^/icviinccs* J ajouterai a ce qu on a lu sur cette vaste pièce, que l’on doit y placer les copies que Louis XIV avait fait exécuter d’après les plus belles fresques de Raphaël par les meilleurs maîtres de son temps, Bon Boulogne, Jouvenet, de Troy, et qui contiennent la bataille de Constantin contre Maxence, — la Messe de Bolzen , — l’École d’Athènes, — l’Incendie, — Hëliodore chasse' du temple, — la Délivrance de S. Pierre. Ces copies, faites avec le plus grand soin , avaient été' commandées par Colbert pour servir de modèles aux tapisseries des Gobelins; et, d apres la manière dont on y travaillait alors, on n’avait pu se dispenser de couper par bandes ces tableaux. Après avoir servi aux tapisseries, ils avaient été mis en magasin et y étaient restés presque ignorés ou du moins oubliés. Enfin ils attirèrent les regards de M. le baron des Rotours, directeur de la manufacture des Gobelins, qui fit part à M. le comte de borbin de cette decouverte d’autant plus précieuse, que ces peintures, divisées en bandes, étaient bien conservées, et qu’il ne s’agissait que de les réunir et de les rentoiler. Ce fut le parti que prit M. le comte de Forbin, qui confia cette grande restauration aux soins de MM. Maillot et Haquin , restaurateurs des tableaux du Musée royal. L’opération réussit parfaitement, et M. de Forbin a rendu à la magnifique collection du Roi et aux artistes, en leur restituant ces belles copies, un service auquel ajoute beaucoup de prix l’etat où se trouvent les fresques originales : chaque jour voit dépérir ou s’altérer les chefs-d’œuvre de Raphaël, que retracent ces tableaux faits à une époque où ils étaient encore dans toute leur beauté.

Les pièces qui, vers l’escalier du Musée, suivent la grande salle, après avoir fait partie de la salle de spectacle de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche, changèrent de destination et de distribution , et furent données à l’académie de peinture et de sculpture , qui occujiait tout ce corps de bâtiment jusqu’il l’extrémité du pavillon qui fait angle sur la place : nous avons vu dans la note de la page 395 que la maison du directeur de l’académie s’appuyait à cette extrémité.

La première salle, où sont aujourd’hui des vases antiques, servait aux assemblées de l’académie de peinture ; elle était ornée de tableaux et de sculjitures des académiciens : on y avait placé les bustes de Raphaël , de Michel-Ange, d’Annibal Carache , de Pietre de Cortone, du Bernin , d’André Sacchi. H aurait été à désirer qu’on ne se fut pas contenté de leur adresser des hommages, et que l’on eut mieux suivi la route que la plupart de ces grands maîtres avaient tenue, et les exemples qu’ils avaient

laissés.

Le plafond de cette salle est de M. Mauzaissc; il y a représenté le Temps, qui dans sa course rapide élève des monumens et amoncelle des ruines.

ET LES TU ILE H1 ES

La salle ronde qui suit était celle où l’on exposait les ouvrages de sculpture couronnes par l’academie. Il y avait en outre des copies d’antiques, des plâtres moules sur l’antique. On sait que Louis XIV, imitant François I.cr, avait fait mouler eu Italie les chefs-d’œuvre les plus remarquables des anciens, et c’est à lui que l’ccole des beaux arts doit plusieurs plâtres qui lui servent encore aujourd’hui de modèles, tels que l’Hercule Farnèse, les Lutteurs, et plusieurs autres statues dont nous n’avons jamais eu les originaux, et que nous tenons du goût de Louis XIV pour les beaux arts, surtout pour la sculpture, et du désir qu’il avait d’en favoriser les progrès.

Les stucs et la mosaïque de cette salle ont été faits sous la direction de M. Bclloni. Le grand vase bachique, imite' de l’antique, qui s’élève au milieu de cette pièce, est un ouvrage de M. Lange, charge de la restauration des antiques du Musée royal. De M. Mauzaisse sont les grandes figures en grisailles qui imitent à s’y méprendre des bas-reliefs et qui soutiennent les compartimens du plafond. La grande composition qui en remplit la partie supérieure est de M. Blondel; il y a peint la chute d’Icare. L’imprudent voyageur, voulant se frayer une route nouvelle à travers les cieux, n’a pas suivi les sages conseils de son père Dédale ; il s’est trop approché du soleil : la cire qui attachait les plumes de ses ailes se fond à l’ardeur des rayons de Phœbus , dont le char radieux , emporté par ses fougueux coursiers , poursuit sa brillante carrière. Dans un de ces compartimens M. Blondel a représenté Eole. Le dieu des vents, l’espoir et la terreur des navigateurs, frappe le rocher; ses cavernes s’entr’ouvrent : Borée et Aquilon déchaînés s’élancent, et, pour plaire à l’implacable Junon, vont de leur souffle impétueux disperser la Hotte du pieux Enée. Les peintures des autres panneaux sont dues à M. Couder (l). Vénus demande a Vulcain des armes pour Enee. L’artiste divin est auprès de ses fourneaux embrasés; il écoute avec complaisance la déesse de la beauté, et les armes vont être livrées. Un autre compartiment représente la lutte terrible cI’Hercule et d’ANTÉE. Celui-ci, serré par les bras vigoureux et contre la vaste poitrine

(1) M. Louis-Charles-Auguste Couder, né à Paris en 1789, est élève de MM. Régnault et David. Parmi ses ouvrages on cite, en 1817, le Lévite d’Ephraïm trouvant sa femme morte à la porte de sa maison. Ce tableau , qui est au muse'e du Luxembourg , partagea le prix avec le S. Etienne de M. Abel de Pujol. — La Mort de Masaccio. En 1819 M. Couder a peint les trois panneaux de la salle ronde du Musée royal dont il est question ici. On vit de lui au salon de cette année , un Guerrier athénien qui tombe mort aux pieds des magistrats auxquels il vient d’ annoncer la victoire de Marathon ; — Leçon de géographie donnée au collège de Re.ie.hnau par S. A. fl. M.Vr le due d'Or-

léans , à qui appartient ce tableau; — Michel- Ange faisant admirer à ses élèves les beautés du torse du Belvédère. En 1 822 il y eut de M. Couder au salon, Adam et Eve au moment où les anges Ilhuriel et Zéphon chassent Satan, qui, sous la forme d’un serpent, cherchait à corrompre Eve dans son sommeil. Ce tableau a été acquis par le ministre de la maison du Roi, ainsi qu’un portrait de François I.cr à cheval. Un autre tableau représentait Roméo et Juliette. Fai 1824 le sujet traité par M. Couder fut les Adieux de Léonidas à sa famille lorsqu’il s’en sépare pour aller combattre et mourir aux Therinopyles. Ce tableau fait partie du musée du Luxembourg.

LE LOUVRE

de soi) redoutable ennemi, est sur le point de suffoquer. Le dernier tableau offre le Combat d’Achille contre le Xanthe et le Simoïs. L’intrépide Ids de riietis soutient avec audace un combat inégal que lui livrent les divinités de ces fleuves pour venger l’honneur de leurs ondes, que le héros avait souillées par I’alFreux carnage des Troyens.

Les autres salles de l’ancienne academie, qui servaient aux études des élèves, n’existent plus; elles ont été remplacées par l’escalier du Musée royal. On se rappelle les avoir vues il y a vingt ans : on y arrivait par un escalier sombre et tournant qui subsiste encore dans l’angle du pavillon A , pl. 1 0.

De la salle ronde on passe dans la galerie d’Apollon, dont , comme on le sait, on doit la construction à Henri IV. La grille qui en ferme l’entrëc vient, ainsi que celle dont il a ete question p. 5G0, du château de Maisons : elle ne lui cède en rien en beauté’ ; l’habile ouvrier ne s’est pas servi pour elle du même modèle que pour l’autre, et il en a varie’ avec goût la composition et les details. Depuis I’ëpoquc où cette galerie, qui ne fut d’abord qu’une terrasse au-dessus des appartemens de Charles IX, a ete’ terminée et ajoutée à ceux d’Henri IV, elle a subi bien des changemens dans sa décoration et dans sa distribution , si ce n’est dans sa forme primitive. Ce furent d’abord du Breuil , Porbus, Buncl, qui furent chargés de l’orner de plafonds et de tableaux. Us y peignirent entre les fenêtres et dans les trumeaux qui y font face les portraits en pied des Rois et des Reines de France depuis S. Louis jusqu’à Henri IV. Us étaient de grandeur naturelle. Buuel et sa femme, à qui ce grand travail fut confié, y apportèrent un grand soin. Us firent dans toute la France des voyages pour y rechercher les portraits, les costumes anciens et tout ce qui pouvait contribuer à donner à leurs ouvrages le caractère du temps où vivaient les princes et les autres personnages qu’ils avaient à représenter : car on ne leur avait pas seulement demandé de peindre les Rois et les Reines, ils devaient leur associer les portraits en buste des hommes célèbres qui avaient contribué à illustrer leurs règnes. C’était une iconographie qui offrait un haut intérêt, et l’on se plaisait à voir nos Rois entourés des grands capitaines, des sages magistrats, des savans distingués, auxquels la France avait du sa gloire. Aussi Sauvai fait-il un grand éloge de cette collection , qu’il avait vue encore dans son entier; et ce qu’il ajoute, qu’on ne pouvait s’empêcher de rire en voyant cette variété de costumes bizarres, fait croire qu’on avait mis beaucoup d’exactitude à les recueillir. Parmi ces portraits on remarquait celui de Marie de Médicis par Bunel et par sa femme ; c’était elle qui avait fait ceux des Reines. Les tableaux du plafond étaient de du Breuil, ou plutôt il n’y avait de lui que la composition et le dessin : il en faisait les cartons; et comme il peignait moins bien qu’il ne dessinait, ce qu’il avait tracé était peint par Bunel et Arthus Flamand. Les sujets avaient été tirés de la mythologie et de l’ancien Testament : on y citait un très-beau combat des géans. Il serait superflu de s’étendre davantage sur ces peintures, qui depuis long-temps ont péri et dont aucune gravure ne retrace le souvenir. Ces productions des meilleurs peintres

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,1e l'ecole tic Fontainebleau n’existèrent qu’environ cinquante ans, et furent entièrement consumées lors de l’incendie de cette aile du Louvre en 1G61.

Nous voici à la seconde époque de la galerie d’Apollon, qui, de ce qu’elle était sous Henri IV et sous Louis XIII, n’avait conservé que scs murailles, qui meme avaient été endommagées par le feu; et c’est de cette époque que doivent dater les disparates qu’offre, dans l’architecture de son étage supérieur, la façade qui donne sur le jardin de l’Infante. Louis XIV, voulant réparer cette aile de son palais, chargea Le Brun de cette entreprise; c’était lui qui devait exécuter en grande partie les peintures dont la nouvelle galerie devait être décorée, ou c’était d’après ses dessins que les artistes qu’il y emploierait avaient à travailler.

A l’époque où nous nous trouvons, les arts en France et tout ce qui y avait rapport étaient soumis au génie de Le Brun, qui, comme premier peintre du Roi, avait un grand pouvoir, et qui l’exerçait avec une sorte de despotisme. De même que le Bernin en Italie, il tenait à faire exécuter ses idées par les artistes qu’il avait à ses ordres. Ce n’est pas qu’il n’eut beaucoup de mérite, et certainement beaucoup plus que ne lui en accorde M. le comte Cicognara, qui prétend (l) que sans le burin d’Audran Le Brun serait oublié par la juste postérité. II est douteux qu’elle puisse ratifier ce jugement plus que sévère; et, malgré bien des défauts, de la pesanteur dans les formes, un ton souvent lourd et rouge dans le coloris, qui du reste a souffert, on trouvera toujours de la grandeur et de la chaleur dans un grand nombre des compositions de Le Brun , surtout dans ses batailles d’Alexandre , l’Entrée à Babylone, la Famille de Darius. Il y règne une sorte de pompe et de prestige qui séduit dans de vastes sujets; et enfin, au temps où il florissait, l’Italie n’avait pas de peintres qu’elle put lui opposer et qui joignissent moins de défauts à autant de qualités. Mais, sans discuter ici sur son talent et sans le comparer avec celui d’autres peintres , il est certain que la direction qu’il exerçait sur les beaux arts leur fit tort; s’ils doivent éviter la licence et s’il leur faut des règles, ils demandent aussi de la liberté. Le Brun ne leur en laissait pas. Il voyait tout en peintre, et voulait assujettir la sculpture aux compositions de la peinture et surtout aux siennes. Aussi les productions des arts prirent-elles toutes la même physionomie , et c’est toujours Le Brun et son genre de composition que l’on retrouve dans les ouvrages que, sous son règne, il permit à la peinture et à la sculpture de produire : on eut dit qu’on ne voyait plus la nature qu’à travers un prisme magique qui lui imprimait partout un caractère uniforme, et que le génie de Le Brun venait se placer entre elfe et l’artiste pour exercer sa funeste influence.

On aimait beaucoup alors ce genre de décoration à grandes figures de ronde-bosse dont la sculpture chargeait les corniches et les entablemens de l’architecture; l’Algarde l’avait mis en vogue en Italie, et nous en avons parlé lorsque, nous trouvant dans les salles du musée des antiques, nous y avons examiné les figures de Michel Anguier. Le Brun adopta

(1) Storia &r. t. VI, p. 260.

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|MHir la galerie d’Apollon le même système de décoration ; il en composa et dessina les ligures, et Girardon , les Marsy etRegnaiddin fnrcnl charges de les exécuter. Pris séparément, la plupart de ces personnages, auxquels peu de personnes font attention , sont bien, d’un bon mouvement et d’un dessin assez pur; mais ils encombrent la corniche : la composition en est plus compliquée que celle des figures d’Anguier , qui ont aussi plus de légèreté, et les figures dictées par Le Brun sentent plus le peintre que le sculpteur (l).

Certainement le costume du siècle de Louis XTV a etc très-funeste aux beaux arts : mais il le fut surtout à la peinture; car, maigre ce qu’en dit M. le comte Cicognara (2) , il n’eut pas une aussi fatale influence sur la sculpture. A l’exception de quelques statues de Louis XIV, des princes de sa famille et de generaux, on ne voit pas que les perruques, et le genre de draperies ou des costumes d’alors, se soient introduits dans la sculpture. Le théâtre, la cour, l’usage de modes ridicules, n’avaient pas autant influé sur nos artistes qu’on aurait du le craindre, et il paraît qu’ils avaient étudié en Italie la sculpture antique avec assez de fruit pour résister à ce mauvais goût. II fallait une sorte de courage : le costume était alors si éloigné de celui que les modèles de l’antiquité offraient , que l’on devait le trouver d’une simplicité bien bizarre; et un sculpteur pouvait hésiter à représenter ses figures sans vêtemens , ou vêtues d’étoffes légères, lorsque de tous côtés il voyait dégrader les beautés des formes humaines par un tas de costumes sans goût, qu’on trouvait charmans, et dont on affublait au théâtre ces dieux et ces héros , ces nymphes , sujets les plus fréquens des compositions de la peinture et de la sculpture.

Louis XIV avait à cœur que les figures de grande proportion qui orneraient sa galerie d’Apollon fussent faites avec soin : aussi promit-il une prime de trois cents louis, qui en feraient près de six cents aujourd’hui, à celui des quatre sculpteurs qui réussirait le mieux. Ce fut Girardon (3) qui

(t) Je crois devoir avertir que, dans les planches de cet ouvrage, ces figures ont des poses en sens inverse de celles quelles ont dans les compositions originales; ce qui vient de ce qu’ayant etc dessinées lorsque la galerie d’Apollon , qu’on répare , était déjà entièrement remplie d’éehafaudages, il n’a pas ètè possible de les dessiner d’après les plâtres, et quelles ont etc' copiées d’après d’anciennes gravures assez bien faites , mais qui datent d’une époque où l’on ne gravait pas au miroir. Le dessin, reporté sur la planche dans le sens où il avait été fait, produisait une gravure qui se trouvait dans le sens opposé.

(2) Sloria Sic. t. VI , p. 275-279.

(3) Gikakdon naquit à Troycs en 1030

de Nicolas Girardon, fondeur. Dès sapins tendre jeunesse, il annonça de grandes dispositions pour la sculpture. Son père , ayant inutilement essayé d’en faire un procureur, le mit ensuite en apprentissage chez un menuisier sculpteur, nommé Bandesson, en le priant de le dégoûter du dessin et de la sculpture. Malgré tous ces obstacles , Girardon lit de grands progrès; et se trouvant à Troyes, l’une des villes de France où la sculpture a été le plus tôt en honneur et où elle a été cultivée avec le plus de succès, il étudia les sculptures des bons maîtres du xvi.c siècle qui y sont répandues , entre autres celles de Gentil de Troycs et de Dominique de Florence, élèves de maître Roux et du Primatice. Protégé ensuite par le chancelier Séguier,

ET LES TUILERIES

l’obtint : peut-être aussi Le Brun le favorisa-t-il pour reconnaître la docilité avec laquelle il suivait ses modèles; car on ne voit pas (pl. 106, n.° 4; pl. 108, n.° 2) que ses ligures aient une supériorité bien marquée sur celles de ses compétiteurs : du reste, elles sont bien modelées; le dessin de ses satyres a de la fermeté, et les jeunes gens ne manquent pas d’élégance. Il y a aussi de l’expression et de la fermeté dans les captifs et les autres figures de Balthasar Marsy (l); ses scènes sont meme mieux composées et ont plus d’intérêt que celles de Girardon (pl. 10G, 1, 2, 3; pl. 107, 4). 11 est vrai «pie cette partie de l’éloge qu’on peut en faire revient à Le Brun. Les figures de femmes par le même sculpteur ont de la légèreté, surtout celles de droite (pl. 108, 4) : elles sont dans le style de celles de Michel Anguier, son maître. On voit que ce fut Balthasar qui fit la plus grande partie des sculptures de la galerie. Au reste, comme il travaillait presque toujours de

Girardon alla à Rome, et voyagea avec fruit; à son retour il travailla chez, les Anguier. 11 avait du talent, et il en aurait développe sans doute davantage , si , se liant plus à lui-même, et courant moins après la fortune etles faveurs , il ne se fùtpas tant attache' à la manière de dessiner de Le Brun, qui devint son unique guide, dont il recherchait la protection par tous les moyens, et qui lui donnait non-seulement les sujets de ses compositions , mais même les dessins d’après lesquels il devait les exécuter. Aussi peut-on souvent reprochera ses draperies d’être lourdes, et il ses figures de manquer d’élégance dans leurs formes et de fermeté dans leur exécution. Girardon modelait avec facilité et esprit; mais il était moins heureux dans le travail du marbre. II donnait cependant beaucoup d’expression à ses têtes : ce que l’on peut voir dans le mausolée du cardinal de Richelieu, placé à la Sorbonne, lequel passait avec raison pour le plus bel ouvrage de Girardon , qui n’y était que pour l’exécution; car la composition était de Le Brun. Versailles, Trianon, sont remplis de statues et de bas-reliefs de ce maître : on y remarque quatre statues des Bains tV Apollon , l’Enlèvement de Proserpine , une figure de l’Hiver, et plusieurs autres. La statue équestre de Louis XIV sur la place Vendôme était de Girardon ; elle avait 21 pieds de haut, et, selon d’Argenvillc, c’était la première qui eût été fondue d’un seul jet. Girardon avait d’abord

fait pour la même place une autre statue qu’on trouva trop petite; elle fut donnée au maréchal de Boufflcrs, qui, avec la permission de Louis XIV, en fit présent à la ville de Beauvais : les écoliers vinrent la chercher à une lieue et demie de la ville, et la traînèrent en triomphe, ainsi que nous avons vu faire à Paris pour la statue d’Henri IV. Parmi les productions de Girardon, on citait le mausolée de la princesse de Conti à Saint-André des Arcs , et ceux du marquis de Louvois aux Capucines et de M.me de Lamoignon à Saint- Leu. Il fit aussi plusieurs beaux ouvrages pour la ville de Troycs.

Nommé à l’académie en 1G57, Girardon en devint chancelier en 1G95. Après la mort de Le Brun , il lui succéda dans la direction générale de tous les ouvrages de sculpture, et, comme son prédécesseur, il exerça sur les artistes un pouvoir trop étendu, qui contraignit leurs talcns et fit grand tort aux arts. Girardon

eut une nombreuse école, dans laquelle on distingue Robert le Lorrain, Granier, Frémin , Jean Joly de Troyes, Nourrisson et Charpentier, H mourut en 1715 le même jour que Louis XIV.

(1) Gaspar et Balthasar Marsy, nés à Cambrai, le premier en 1G24, et le second en 1G28 , vinrent eu 1G48 à Paris. Ces deux frères, liés par la plus intime amitié , unirent leurs travaux et leurs chances de fortune. Leurs premiers essais dans la carrière de la sculpture

concert avec son frère Gaspar, il est probable qu’ils se sont aides l’un l’autre dans leur tache. Celle de Gaspar ( pl. 108, l, 3) paraît la plus légère; elle ne consiste qu’en quatre ligures où l’on retrouve le meme style et la meme manière d’ajustement que dans celles de son frère. Les autres personnages sont de Thomas Regnauldin (l) : ses captifs ne sont peut-être pas aussi bien que ceux de Balthasar Marsy; et quant aux autres scènes, elles n’ont rien qui les fasse remarquer (pl. 107, n.‘,s 1,2,3).

Le Brun, que les grandes entreprises n’clfrayaient pas, s’êtait chargé d’orner de tableaux de sa main les plafonds et les panneaux de la galerie d’Apollon Mais, soit que ses autres travaux l’aient détourné de ceux du Louvre, soit par d’autres raisons, il n’exécuta qu’une partie du projet qu’il avait forme. 11 avait du peindre dans le plafond le Soleil sur son char avec tout ce qui composait sa brillante cour, l’Aurore, les Saisons, la Nuit; c’était une suite de tableaux entourés de riches ornemens. A l’extrémité de

furent chez un sculpteur en bois; niais bientôt Sarrazin , Buister, les Anguier, Van Opstai, s’aperçurent des talens de ces jeunes artistes, et leur procurèrent des ouvrages qui leur offraient plus de ressources et comme études et comme moyens d’existence. S’étant fait avantageusement connaître, les Marsy ne tardèrent pas à être employe's à l’hôtel de la Vrillière et dans d’autres grands édifices de Paris.

Outre les figures qu’ils firent dans la galerie d’Apollon au Louvre, en concurrence avec Girardon et Regnauldin , ils exécutèrent plusieurs ouvrages considérables dans les jardins de Versailles. C’est d’eux que sont, autour de la pièce du Dragon, les enfans, en bronze , portés par des cygnes ; au bassin de Latone, cette déesse métamorphosant des paysans en grenouilles ; aux bains d’Apollon, un groupe de Tritons qui donnent à boire aux chevaux de ce dieu. On voit encore à Versailles d’autres productions de ces deux sculpteurs, et ils firent à Saint-Germain en Laie le tombeau de Casimir roi de Pologne.

Gaspar exécuta seul, d’après les dessins de Le Brun, plusieurs figures en marbre pour les jardins de Versailles, telles que le Midi , le Point du jour, désignés par un coq et par une étoile; l’Afrique, et dans le bosquet d ’Encelade, ce géant accablé sous des rochers. Les statues de la Valeur et de la Libéralité , qui décoraient le mausolée de Turcnnc à Saint-Denis, étaient

de Gaspar Marsy. De sa main est aussi le bas-relief de la porte Saint -Martin du côté du faubourg , lequel représente Mars armé de Vécu de France poursuivant un aigle. L’ Enlèvement d'Orithye par Borée, que l’on voit aux Tuileries, est un ouvrage de Gaspar Marsy, qui fut reçu à l’académie en 1G57, professeur en 1659, et adjoint à recteur en 1675; il mourut en 1681. Balthasar fut de l’académie en 1671.

( Voyez d’Argenville ; Félibien , t. IV, p. 329. M. Cicognara, t. VI, p. 300, ne cite de ces habiles sculpteurs que le groupe des Bains d’Apollon.

(1) Thomas Regnauldin, né à Moulins en 1627, fut élève de François Anguier, et travailla beaucoup aux ouvrages exécutés sous Louis XIV. Reçu à l’académie en 1675, il mouruten 1706. Quoiqu’il ait poussé sa carrière jusqu’à un âge très-avance', il a laissé peu d’ouvrages. On voit de lui dans les Bains d’Apollon à Versailles trois nymphes d’après les dessins de Le Brun. En général, ce sculpteur est lourd et maniéré ; ce fut probablement aussi sous la direction du premier peintre du Roi que Regnauldin fit pour les Tuileries le groupe de Cybèle enlevée par Saturne. II avait décoré de deux Renommées le dessus de la porte de l’hôtel de Hollande, vieille rue du Temple, et il exécuta en marbre pour l’hôpital de Sainte-Catherine une statue de cette sainte. ( Voyez d’Argenville. )

ET LES TUILERIES

la galerie vers le nord, dans la partie cintrée au-dessus de la corniche, il aurait représente le Soir, et, à l’autre extrémité vers le midi, le Réveil des eaux, ou le Triomphe d’Amphitrite. 11 lit ce dernier tableau. Ce sujet y est développé avec une grande richesse de composition ; la souveraine des mers, entourée de toutes les divinités dont les peuplait la brillante imagination des Grecs, est portée en pompe au milieu des ondes par les tritons et les néréides. Le Brun avait développé tout son talent dans ce tableau, et c’était parmi les nombreuses productions de son fertile pinceau une de celles où il avait le mieux réussi et dont on faisait le plus d’éloge : malheureusement ce beau morceau et les autres qu’il avait exécutés dans la galerie d’Apollon, ont été dégradés par le temps; et l’état où ils se trouvent actuellement ne permet pas d’en parler d’une manière plus positive , surtout sous le rapport du coloris et de l’effet. Mais on peut faire observer que dans des galeries voûtées , et où les parties cintrées des extrémités sont éclairées en dessous, le jour n’étant pas franc, ces places sont peu favorables à la peinture.

II est à croire qu’après la mort de Le Brun (1689), qui survécut six ans à Colbert, les travaux de la galerie d’Apollon éprouvèrent le meme sort que ceux du reste du Louvre , et qu’ils furent suspendus pour ne plus être repris que longtemps après. Cette belle pièce, où la sculpture, les ornemens dorés, les panneaux surmontés de frontons et richement décorés, brillaient de toutes parts, devint une salle d’exposition où l’on plaça de beaux tableaux; entre autres, ceux de Le Brun : on y mit aussi des plâtres moulés sur l’antique, que venaient étudier les élèves de l’académie. Cette galerie reçut même des distributions; une partie fut changée en ateliers : ces ateliers achevèrent de la dégrader; on avait pu en établir un nombre assez grand dans une étendue de près de 200 pieds de long sur 2 8 de large , éclairée par douze fenêtres. C’est ainsi qu’une protection peu éclairée ou peu réfléchie accordée aux arts, en dénaturant la destination des monumens, peut altérer et détruire de beaux produits des arts. Tel était en 1755, et longtemps après, l’état de la galerie d’Apollon. Mais en 17 64 on songea à retirer de l’abandon où elle se trouvait depuis tant d’années cette belle partie des appartemens d’Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV ; on s’occupa de la réparer et de la débarrasser des distributions qui l’obstruaient : cette galerie fut donnée à l’académie de peinture. Le plafond attira d’abord son attention , et il fut décidé , sans doute par M. de Marigny, alors directeur général des bâtimens , à qui les arts eurent de grandes obligations, qu’à l’avenir les académiciens, pour leur morceau de réception, seraient tenus de faire un tableau pour un des compartimens de ce plafond, et l’on devait de cette manière compléter toute la décoration de la galerie. Ce procédé eut été long, puisque le nombre des académiciens était limité, et qu’il n’y avait d’appelés à remplir cette tache que les peintres nouvellement admis dans le sein de l’académie. Aussi paraît-il que de 1764 à 1781 il n’y eut que quatre grands cartouches qui furent remplis successivement par Lagrenée le jeune, Taraval , l)u rameau et Callet.

LE LOUVRE

L’Automne, par Taraval (1).

LEte, par Durameau (2). — Gérés et ses compagnes se préparent à la moisson : le soleil, près d’atteindre le signe de la Vierge, est dans toute son ardeur; les zéphyrs la tempèrent par leur souffle, et rafraîchissent la déesse. Ce grand tableau eut du succès au salon de 1775 : on en louait la composition, le coloris suave et lumineux, la noblesse des têtes; mais on aurait désiré’ que le dessin fut en general moins lourd.

(1) Hugues Taraval, ne en 1728, fut reçu à l’académic de peinture en 17G9, et adjoint il professeur en 1778. Il était aussi membre de facade'niic des beaux arts de Stockholm; il mourut en 1785. Ses ouvrages, peu connus aujourd’hui, étaient autrefois cite's avec éloge, et il eut pour élèves plusieurs peintres qui se sont distingues. Parmi plusieurs de ses tableaux , on remarqua, au salon de 1773, le Mariage de S. Louis, — Procris blessée par Céphale ; — en 1775, un grand tableau de l 'Assomption de la Sainte- Vierge, — une Sainte Famille. Outre un ton jaune, on reprochait à ces tableaux, bien composes, des incorrections de dessin et de ne pas être assez faits. En 1777 on cita avec éloge le Triomphe d’Amphitrilc. En 1779 il n’y eut de Taraval que de petits tableaux, une nouvelle Mariée, ou jeune Grecque sortant du bain, — un Pacha auquel on amène de belles esclaves ; — un Chimiste et un Médecin d’urines. En 1781 , on vit de lui au salon , la Sibylle de Cumes , — une Nativité, — Diane surprise par Actéon, — et Télémaque dans l’ile de Calypso.

Le sujet qu’il traita en 1783 dans un tableau de 8 pieds de largeur sur 10 de hauteur fut le Sacrifice de Noé au sortir de l'arche ; on en louait le dessin et le coloris. Peu de temps avant sa mort , en 1785, Taraval exposa un tableau de 10 pieds en carre' qui représentait Hercule enfant étouffant les serpens.

(2) Durameau naquit à Paris en 1733.

Reçu à l’académie de peinture en 1774, deux ans après il lut adjoint à professeur, et il devint premier peintre de la chambre et du cabinet du Roi. Ce peintre aimait les grandes compositions, et on cite de lui des

tableaux de dimension considérable : eu 1773, S. Louis lavant les pieds aux pauvres ; — en 1775, l’Été (19 pieds sur 10). La Continence de Bayard, qui parut en 1777 (10 pieds sur 7), plut par sa composition; mais on reprochait de la raideur au dessin , et à la figure de Bayard de manquer de dignité. Au salon de 1779, le Combat d’Entcllc et de Darès , que Durameau lit pour le Roi d’après la belle description de Virgile , avait 18 pieds de long sur 10 de haut. Un autre de ses ouvrages qui parut en même temps , offrait la Piété filiale de Cléobis et de Biton, deux jeunes Grecs qui , s’attelant au char de leur mère , grande prêtresse de Junon , la conduisirent au temple de cette déesse. En 1783 on vit de Durameau à l’exposition Herminie qui, revêtue de l’armure de Clorinde , est reçue par un vieillard et ses trois fils ; ce tableau avait 8 pieds sur 10. Celui de 1789 était de 30 pieds de long sur 14 de haut : il y avait pris pour sujet la Séance des étals généraux à Versailles le 5 mai 1789. Si ce grand ouvrage était terminé et que ce ne fût pas l’esquisse que l’on eût portée sur le livret du salon, il prouverait que Durameau avait le travail très-facile, car l’exposition eut lieu au mois de septembre. Outre ce tableau , il parut encore de lui Jésus-Christ guérissant un paralytique , — Jésus -Christ chassant les vendeurs du Temple , tableau destiné à Fontainebleau. On revit a ce même salon le Combat d’Entclle et de Darès; ce qui ferait croire que celui qui lut exposé en 1779 n’était qu’une esquisse du tableau que le Roi lui avait commandé et qu’il n’aurait exécuté en grand que long-temps après.

ET LES TUILERIES

L’Hiveh, par Lagrcne'c le jeune (l). — Éole déchaîné les vents qui répandent la neige et les frimas; le Temps parait inactif et engourdi, et un (louve appuyé sur son urne voit à regret son onde arrêtée et changée en glaçons. Des lettres écrites sur le salon de 1775, où parut ce grand tableau , font l’eloge de la composition et du ton general de la couleur. On y loue

(1) Jean-Jacques Lagrenée, qu’on surnomma le jeune pour (e distinguer de son frère, dont il fut e'Iève , est ne il Paris en 1740. Agréé à l’académie en 1771, il y fut reçu en 1774 , et il y devint professeur en 1781. Lagrcne'c avait une grande facilite', dont quelquefois il abusait; ce qui lui mérita le reproche de ne pas toujours soigner assez son dessin. Ses compositions sont remplies de feu et d’esprit. En général, son coloris avait de la finesse et de l’harmonie , quoique souvent aussi il donnât dans le rose, ou que ses couleurs fussent trop heurtées. On aurait aussi désiré que dans ses petits tableaux ses figures eussent été rendues avec plus de soin. Parmi les productions de ce peintre qui furent exposées au Louvre , il y en eut un assez bon nombre de grande dimension; c’est à celles-là plutôt qu’à ses tableaux de chevalet que je m’arrêterai, en indiquant les années où elles ont paru On vit de Lagrenée, au salon de 1771, S. Paul prêchant devant l'Aréopage (14 pieds sur 10), et la Présentation au Templefl 1 pieds sur 0 ) ; en 1773, le Baptême de Jésus- Christ , pour la cathédrale d’Auxerre.

A l’exposition de 1777, on parla avantageusement de la manière riche et simple dontLagrenée, dans un tableau de 10 pieds carrés, représenta Albinus fuyant de Rome et offrant son char aux vestales.

On üt aussi un grand éloge de ses petits ouvrages, et on alla jusqu’à le comparer à 1 Albanc pour la grâce qu’il avait donnée à ses figures de femmes et d’enfans dans le Jugement de Paris, — Vénus animant la statue de Pygmalion , — Télémaque et Calypso, — des En fan s renversés par une chèvre. En 1779 il prit pour sujet la scène terrible dont Jubellius Taurea effraya Rome lorsqu’il se tua avec sa femme et ses enf ans pour se soustraire aux supplices auxquels les Romains livraient les sénateurs de Capoue révoltée. On remarqua

de Lagrcne'c, au même salon, un beau Christ sur la croix , et parmi beaucoup de petits tableaux, une Diane au bain,

— un Repos en Egypte, — Mercure changeant Aglaure en statue, — l’Arche dans le temple de Dagvn. Dans l’année où ce peintre fut nommé professeur à l’académie (1781), il fit paraître plusieurs grands tableaux, le Martyre de S. Etienne et la Conversion de S. Paul , et pour Fontainebleau , le Baptême de Jésus-Christ et les Noces de Cana , — Mercure, sous les auspices de Louis N VI, répandant l’abondance sur la France.

En 1783, l’Automne (10 pieds carrés),

— S. Jean prêchant dans le désert. Ce fut cette année que Lagrenée exposa pour la première fois des peintures collées sur glace et entourées d’ornemens en or, genre qu’il a perfectionné depuis, et où il s’acquit de la réputation par l’élégance de ses compositions et de ses dessins. Le tableau qu’il mit au salon offrait les génies des arts, la Justice, la Bienfaisance, qui inauguraient le buste du comte d’Angivillcrs dans la grande galerie du Louvre, où il avait fondé le Muséum. Les grands tableaux de Lagrenée en 1785 et 1787 furent Moïse sauvé des eaux , — Ulysse chez Circé , — Jésus-Christ enfant en prière. II fit pour le Roi, en 1789, Achille reconnu par Ulysse au milieu des filles de Lycomède , ■ — et Télémaque à qui Mentor repr oche le plaisir que lui cause la beauté desvétemens que lui préparent les nymphes de Calypso, tableau de 10 pieds carrés. Dans les années suivantes, il n’y eut de Lagrenée au salon jusqu’en 1804 que de petits ouvrages : Psyché triste et pensive dans le palais enchanté (1798), — des tableaux peints sur marbre, Archimède Sortant du bain et traçant sur sa cuisse des figures de géométrie, — Apollon et Diane tuant les enfans de Niobé. Ce peintre est mort en 1821.

LE LO U VUE

particulièrement la figure du fleuve; mais on trouve lourd et peu correct le dessin d’Eole et du Temps.

IjE Printemps, par Callet (I). — Zêphire et More couronnent Cy bêle ; les amours et les habitans de la terre, par leurs danses et par leurs jeux, célèbrent le retour du printemps.

Depuis long-temps la galerie d’Apollon menaçait ruine de toutes parts;

(I) Antoine -François Callet naquit à Paris en 1742. Agréé à l'academie en 1779, il y fut reçu en 1780. Ce peintre, qui ne manquait pas de talent, surtout pour la grande machine, aimait beaucoup l'allégorie;mais celles qu’il mettait dans ses compositions, n’étant pas toujours trèsclaires , avaient besoin de longues interprétations. Il y avait souvent aussi de la confusion dans la manière dont il disposait ses personnages ordinairement trèsnombreux; son dessin, qui avait la prétention .à une grande vigueur, n’e'tait pas sans exagération , et son coloris était dur. Voici les principaux ouvrages de Callet : en 1779, le tableau qu’il présenta à l'académie pour en être agréé, fut un portrait de M.gr Comte d’ Artois , aujourd’hui S. M. Charles X. Le Printemps , qu’il fit pour la galerie d’Apollon , fut son morceau de réception en 1781 , et l’on vit de lui , cette même année, Hercule sur le bûcher, et un portrait du comte de Vergennes. Aux salons de 1783 et de 1785, il fit paraître deux grands tableaux :

l’Hiver, ou les Saturnales qui avaient lieu dans cette saison ; — Achille traînant le corps d’Hector autour des murs de Troie. En 1787 et 1789, il ajouta à ses deux premiers tableaux des Saisons

l’Automne ou les fêtes de Bacchus, et /

l’Eté, caractérisé par celles de Cérès , et il compléta les portraits de nos princes par ceux de Louis XVI et de Monsieur.

Le sujet que Callet traita en 1791 fut les Dames romaines rendant , lors du printemps, hommage à la déesse Lucine. Celui de 1795 était Vénus blessée par Diomède. Ce peintre sans doute se reposa , car il n’y eut rien de lui à l’exposition de 1798. 11 mit a celle de 1799 Marcus Curlius se

dévouant pour sa patrie. A partir de 1800, Callet se livra presque entièrement aux grandes compositions allégoriques : cette année, ce fut le Dix-huit Brumaire , ou la France sauvée , qui exerça son imagination; il n’en présenta cependant que l’esquisse , et le grand tableau parut en 1801. Quinze renommées, représentant les armées françaises, élevaient sur un pavois la France entourée des productions des arts que ses victoires lui avaient fait conquérir; Hercule foulait aux pieds ses ennemis, la Discorde prenait la fuite, et le signe du Sagittaire dans le ciel indiquait que ce tableau offrait le 18 brumaire. Au salon de 1804, on vit de Callet l 'Entrée triomphante du premier consul à Lyon; Minerve conduisait son char, et il était entouré de la Victoire et d’une foule d’autres personnages allégoriques. Les expositions de 1806 et de 1808 n’offrirent presque rien de Callet; celle de 1810 vit de lui une allégorie qui faisait allusion au traité de Presbourg; une autre au mariage qui unit alors la France à l’Autriche. La France , les Arts , les Muses , Apollon , recevaient l’archiduchesse conduite par l’Amour et par l’Hymen, sous l’égide de Mars; l’Autriche s’éloignait affligée. La mythologie lui fournit deux sujets, Erigonc et Ganymède. En 18)2 et 1814, il n’y eut de Callet que des dessins. En 1817 il représenta, dans le style allégorique, l’arrivée de Louis XVIII. Le lloi, soutenu par la Justice et la Prudence, prend possession de la couronne; la Discorde fuit. Telles sont les principales productions de Callet, qui a laissé la réputation d’un peintre laborieux et dune imagination plus active que bien réglée. Il mourut en 1823.

ET LES TUILERIES

les ornemcns en plâtre sc détachaient, et les peintures, altérées par l'humidité, étaient méconnaissables. Tout cet ensemble exigeait une grande réparation. Enfin en 182(>, sous le ministère de M. le duc de Doudeauvillc et l’administration de M. le vicomte de la Rochefoucauld, elle lut décidée : il ne s’agissait tic rien moins que de reprendre dans son entier le berceau de la voûte en bois, qui est dans le plus mauvais état, et de conserver, autant que possible, tout ce qui, dans les ornemcns de cette galerie, mérite d’être respecté. M. Fontaine a déjà, pour obtenir ce résultat, lait toutes les dispositions nécessaires : toutes les parties de l’architecture sont etayees; un échafaudage habilement combiné soutient de tous cotés la voûte et la

maintient, afin de pouvoir en opérer la restauration par la partie extérieure; enfin tout annonce que si pendant quelque temps on prive de la galerie d’Apollon le public, ce n’est que pour la lui rendre entièrement et solidement réparée et plus belle qu’elle n’a jamais été.

Le grand salon d’exposition faisait partie des constructions d’Henri IV. Ce ne fut que sous Louis XIV qu’il fut consacré aux ouvrages des académiciens, qui auparavant, ainsi que nous l’avons déjà dit, étaient offerts au public dans la salle ronde qui précède la galerie d’Apollon. On les y trouvait sans doute trop à l’étroit, et ils gagnèrent beaucoup à passer dans cette salle, vaste dans toutes ses dimensions, et dont la lumière est trèsbelle. Pendant long-temps l’exposition eut lieu tous les ans à la fin d’aout ou au commencement de septembre; elle durait un mois, et quelquefois seulement trois semaines : comme elle n’était destinée qu’aux productions des membres de l’académie, elle n’était pas nombreuse, et le local était plus que suffisant pour la contenir. On fixa ensuite à deux ans l’intervalle d’un salon à l’autre; cet usage subsista jusqu’en 1791 : de 1798 à 1802 il y en eut tous les ans, et depuis il fut réglé qu’il serait ouvert tous les deux ans, pendant deux mois. Les années où les intervalles furent plus longs n’ont été que des exceptions amenées par des circonstances particulières. Mais, depuis la suppression de l’académie de peinture, de sculpture et d’architecture, tous les artistes , pourvu qu’ils en soient jugés dignes par un jury, étant admis à faire paraître leurs ouvrages au salon, leurs productions se sont accrues à un point prodigieux, et avec lequel cette salle, quelque grande qu’elle soit, ne s’est plus trouvée en proportion : chaque année a vu s’étendre l’espace destiné à l’exposition, et l’immense récolte que deux ans de travail de notre école font sortir actuellement de ses innombrables ateliers, n a pas assez de la plus grande partie du Louvre pour faire briller toutes ses richesses.

Le plafond de la petite salle qui sert d’entrée au grand salon est de M. Meynier.

Triomphe de la Peinture. — Le génie des arts élève vers le ciel le Poussin, Le Brun et Le Sueur; il repousse le Temps, et semble lui ordonner de respecter les ouvrages de ces grands maîtres, qu’ApoIIon va couronner de lauriers et qu’attendent au céleste séjour Michel-Ange et Raphaël, tandis que l’Histoire inscrit les hauts faits du siècle de Louis XIV,

qu'ont illustre par leurs belles productions les peintres qui ont mérité ces honneurs.

Il acte' trop question, p. 354, de ce qui a rapport à la construction de la grande galerie du Louvre pour qu’il soit besoin de revenir sur ce sujet. On se rappellera qu’IIenri I V en avait presque termine le bâtiment en 1608, et qu’il fut achevé sous Louis XIII et sous la régence d’Anne d’Autriche, qui donna aux travaux beaucoup d’activité. 11 parait qu’au point où Henri IV laissa cette immense galerie, la partie décorative de l’intérieur était entièrement à faire; et ce ne fut, comme on le verra plus bas, que longtemps après sa mort que l’on s’en occupa. Le Mercier, à qui Louis XIII ou le cardinal de Richelieu faisait continuer et agrandir le palais du Louvre, fut aussi charge de finir cette galerie. Décorer d’une manière convenable une étendue de 1332 pieds de long sur 3G pieds de large, mettre de l’harmonie dans ce vaste ensemble et dans ses parties, n’était pas une entreprise facile, et peut-être demandait-elle encore plus de talent et de goût que ne pouvait en avoir Le Mercier, qui réussissait mieux dans l’architecture extérieure des édifices que dans les dispositions et la décoration de l’intérieur. C’est du moins ce que l’on peut inférer des lettres du Poussin (l).

Cet habile homme était à Rome, lorsqu’au mois de janvier 1G39 il reçut des lettres, non-seulement du cardinal de Richelieu et du directeur général des bâtimens Sublet de Noyers, mais même de Louis XIII, qui le pressaient de la manière la plus flatteuse de venir à Paris employer au service du Roi les talens qu’il avait cultivés en Italie et qui y avaient porté sa réputation à un si haut point. On lui offrait toute sorte d’avantages; un logement agréable et commode lui était assigné à son choix, soit au Louvre, soit aux Tuileries : on poussa, ce qui est assez remarquable, la déférence pour lui jusqu’à l’assurer formellement que , dans les travaux qu’il exécuterait ou qu’il dirigerait, il ne serait pas tenu , sans doute pour qu’il eût moins de fatigue, à travailler de sa main aux voûtes et aux plafonds. Ces propositions, plusieurs fois réitérées avec instance, n’avaient pendant long-temps pu décider le Poussin à quitter Rome, et les ouvrages qu’il avait entrepris , et sa femme qu’il chérissait. Il craignait d’ailleurs de ne pas être à Paris secondé dans ses plans comme il pouvait le desirer; et le Poussin était du petit nombre de ces artistes à qui le succès et la perfection de leurs ouvrages sont bien plus à cœur que les avantages qu’ils peuvent en retirer. Enfin M. de Chantelou , en qui le Poussin avait toute confiance, lit un voyage en Italie, et, l’enlevant, pour ainsi dire, afin de l’arracher à ses irrésolutions, il le conduisit à Paris à la fin de 1G40. L’accueil du Roi, et celui du cardinal, qui, de joie de l’avoir attiré en France, l’embrassa, eurent lieu de le satisfaire; les frais de son déplacement et de son voyage lui furent largement payés; on lui assigna un traitement; une maison meublée, située dans le jardin des Tuileries, lut mise à sa disposition, et au mois de mars 1641 il reçut le brevet de premier peintre du Roi.

(1) Voy. les lettres du Poussin, et les extraits qu’en donne Félibicn, t. lV,p.34 et suiv.

ET LES TUILERIES

Apres avoir laisse le Poussin prendre quelque temps de repos et avoir concerte avec lui ce qu’on desirait qu'il lit pour la grande galerie du Louvre, où l’on voulait déployer une grande magnificence, il fut charge d’en commencer les travaux. Comme la galerie devait être conservée dans sa longueur sans être interrompue par des divisions, te plan du Poussin était d’orner chaque travée de manière qu’elle lit un ensemble complet, et de combiner les peintures et les ornemens de la voûte, ainsi que le tableau qu’il comptait mettre dans chaque panneau, de sorte que d’un cote de la galerie on put saisir, au vrai point de distance, toute la décoration du cote’ oppose. Les lois de la perspective étaient sacrées pour lui : elles lui paraissaient exiger qu’on ne plaçât pas dans ces panneaux, qui ont 24 pieds de large sur 22 pieds de haut, des tableaux qui eussent presque cette grandeur, hors de proportion avec la largeur de la galerie. Ceux qu’il y destinait ne devaient avoir que 12 pieds sur 9. Les encadremcns de ces panneaux auraient été riches et en stucs blancs rehaussés d’or; mais il ne voulait pas qu’ils fussent lourds , ni les profils trop saillans. II avait été décidé que ces quatre-vingt-seize tableaux seraient de la main de Fouquières, qui devait y peindre les plus beaux sites des villes de France. Ce peintre avait un grand talent, mais ses prétentions étaient intolérables : chargé de ce travail important, il se regardait comme le maître de la galerie, où tout devait se subordonner à ses ouvrages; probablement meme avait-il déjà, avant l’arrivée du Poussin, exécuté quelques-uns de ces paysages, et il se refusait d’en régler les grandeurs d’après les plans du premier peintre du Roi. Ce fut déjà pour le Poussin des entraves dans son entreprise.

D’un autre côté, Le Mercier, chargé de l’exécution des premiers travaux, avait trop surbaissé la voûte; un plus grand développement de la courbe eut mieux fait et l’eut rendue plus légère : il l’avait en outre surchargée de compartimens massifs et trop rapprochés, d’ornemens trop saillans, de mauvais goût, et, dans les panneaux, des parties lourdes s’appuyaient sur des parties faibles. Cet architecte avait meme fait soutenir la corniche par de grandes consoles dont le nombre et la disposition ne se répondaient pas dans les deux côtés de la galerie. Ses divisions n’avaient pas la régularité qu’exigeait le Poussin et qui lui était nécessaire. Ce grand peintre trouvait incommode pour le spectateur que les peintures fussent dans le haut de la voûte au-dessus de sa tête, et il pensait qu’il était plus convenable de placer les compartimens ornés de sujets à la naissance du cintre, au-dessus des tableaux des trumeaux : il comptait y figurer en grisailles des bas-reliefs où il aurait représenté toute la vie d’Hercule et dont il avait déjà fait en partie les cartons. Les défauts qui nuisaient à la galerie obligèrent à rectifier ou a détruire les ornemens de Le Mercier. Le Poussin avait sous sa direction des hommes habiles, des Italiens qui entendaient parfaitement la sculpture d’ornement : c’étaient Arudini , Bianchi, pour les stucs; et, pour les rehaussés d’or, Tritani, Ponti , artistes dont nous avons déjà parlé lorsqu’il a été question des appartenions d’Anne d’Autriche. Mais ces auxiliaires n’étaient pas assez forts pour lui faire surmonter les obstacles et les dégoûts que lui suscitaient des antagonistes plus puissans et qui se prétendaient scs rivaux

LE LOU VUE

on talent. Simon Vouet et son école, Le Mercier et le vaniteux Fouquières, lui causaient toute sorte <!e desagrémens. Ils lui reprochaient surtout de n’avoir pas mis assez de richesse dans son projet : ils voulaient de la profusion, tandis que le Poussin n’avait d’autre Imt que de diminuer les frais de décoration de la galerie et de l’orner avec une nohlc et élégante simplicité. Ces travaux d’ailleurs demandaient moins de temps, et c’était, selon lui, un point important dans un pays où les bons ouvriers étaient rares, et où souvent, au bout de quelques années, on se plaît à détruire ce que l’on a eu beaucoup de peine à établir. Enfin de dégoûts en dégoûts on fatigua la patience du Poussin. Voyant qu’il ne parviendrait pas, au milieu de toutes ces contrariétés, à terminer ce qu’il avait entrepris, il demanda un conge pour l’Italie, où il retourna au mois de septembre 1G42. D’après ses engagemens il comptait cependant revenir à Paris et y ramener sa femme; mais la mort du cardinal de Richelieu (4 décembre 1G42) et celle de Louis XIII (14 mai 1G43) lui firent changer de projet et le délièrent de ses promesses. Les travaux de la galerie se trouvèrent ou suspendus ou continués avec lenteur et négligence. On eut recours encore au Poussin. Souvent dans ses lettres il répond aux instances qu’on employait pour le ravoir. Plusieurs fois on se llatta d’y parvenir : mais, soit qu’il craignît de s’exposer à de nouvelles intrigues, soit que chaque jour il s’attachât davantage à l’Italie, où il était aimé et considéré, et où il avait tous ses intérêts, il ne revint plus à Paris ; et s’il fut de quelque utilité à la grande galerie du Louvre , ce ne fut que par ses conseils et par quelques dessins qu’il envoyait de temps en temps et qu’on n’exécuta pas (1). II en fut de même des tableaux dont était chargé Fouquières; cette belle suite, qui aurait offert beaucoup d’intérêt, ne fut pas continuée. La galerie même changea de destination. Ce ne lut plus une communication libre entre le Louvre et les Tuileries; on y plaça des plans en relief des villes fortes de France. II y en avait en 1698 cent soixante-dix : ils avaient été faits avec un grand soin par un ingénieur habile en ce genre d’ouvrages, nommé Berthier. Cent vingt existaient encore en 1755, et ont fait le fonds de la belle collection réunie aujourd’hui aux Invalides et à laquelle ont beaucoup travaillé MM. Boitard avec une habileté et une adresse qui laissent bien en arrière, sous tous les rapports, ce qu’il y a de mieux parmi les anciens modèles. II faut que vers 1720 ces plans en relief aient été transportés hors de la grande galerie du Louvre; car, lors du séjour que lit au Louvre l’infante qui devait épouser Louis XV, ils n’y étaient plus.

(1) Une partie de ces dessins fut grave'e en 1G78 par Pcsne , qui les dédia à Michel Anguier. Us représentent Minerve, qui, pendant le sommeil de Junon, a approché du sein de cette déesse Hercule enfant, — Hercule jeune apprenant à tirer de l’arc, — Hercule jeune à cheval, — Hercule menant un quadrige, — ce héros vainqueur des fils d’Actor, — Hercule

combattant Achéloiis métamorphosé en serpent , — Hésione délivrée par ce héros , — H ercule consultant la pythie,

— son triomphe sur le lion de Néme'e ,

— sur Cacus , — des génies d’HercuIe qui portent son carquois et sa massue : tels sont les sujets qu’offre l’œuvre de Pcsne au cabinet des estampes de la Bibliothèque du Roi.

ET LE S TUILERIES

II parait que le sort de la grande galerie était d’être négligée, et au fait sa grandeur imposait un entretien dillicile et coûteux : il est à croire que, tandis qu’on s’occupait du Louvre, et depuis pendant les guerres de Louis XIV, ou lorsqu’il créait son pompeux Versailles, ou qu’il élevait tant d’autres demeures royales qui lui avaient fait abandonner l’habitation du Louvre et des Tuileries, la grande galerie dut être délaissée. Si le Poussin se plaignait du mauvais état où il avait trouve les combles, scs plaintes auraient encore etc bien mieux fondées quelques années après qu’il eut quitte Paris. L’humiditè avait pénétre à un tel point à travers les toits, que la plus grande partie des peintures de la voûte avait été endommagée. On craignit même pour les tableaux de Le Brun, et surtout pour ses batailles d’Alexandre, qui avaient été placées dans celte galerie, quoiqu’elles fussent d’une proportion qui n’y convenait pas : on les transporta dans la galerie d’Apollon. Au commencement du xvm.e siècle, probablement vers 1710, il fut question de mettre la bibliothèque du Roi dans la grande galerie. Ce projet fut débattu et présenta bien des inconvéniens. Comme elle ne pouvait pas en occuper toute l’immense longueur, on n’en aurait pris qu’une partie : mais la largeur n’eut pas été suffisante pour une bibliothèque, qui demandait de grandes armoires et des tables, et autour de laquelle, pour disposer les livres d’une manière commode, on voulait établir une galerie supérieure et en saillie sur les côtés ; ce qui aurait encore rétréci l’espace et aurait rendu les pièces moins claires. On ne donna pas de suite à ce projet; peut-être cependant aurait-il été repris sans l’arrivée en 17 22 de l’infante d’Espagne qu’on destinait pour femme à Louis XV. Pour loger les personnes attachées à son service, on s’empara d’une partie de la grande galerie du côté du Louvre et l’on y fit des appartemens : le reste servait de passage à la jeune princesse pour aller du Louvre, où elle habitait, aux Tuileries. On plaçait alors un immense tapis de la Savonnerie, qui n’était composé que de sept pièces, dont, au reste, on ne peut pas connaître les dimensions, puisque l’on ignore l’étendue occupée par les appartemens de la maison de l’infante.

Si l’on ne supprima pas ces distributions aussitôt après le départ de cette princesse, il est à croire que lorsque le marquis de Mariguy, qui prenait tant d’intérêt au Louvre, fut revêtu de la charge de directeur général des batimens, en 1754, il s’occupa de la grande galerie et la rétablit dans toute sa longueur; car en 1755 on y replaça, au nombre de cent vingt, ce qui restait en bon état des modèles des places fortes de France. On voit qu’il y avait aussi des tableaux, puisque dans cette même année on en donna à l’évêque de Meaux plusieurs de Raphaël qui étaient dans la galerie.

Le comte d’Angivillers, qui succéda presque immédiatement àM. de Marigny dans la direction des bàtimens , et qui la conserva de 1775 à la lin de 17 89, avait formé pour la grande galerie un projet qui depuis a reçu 1 exécution que ce directeur général, aussi zélé qu’éclairé, n’avait pas eu le temps de réaliser. II comptait réunir tout ce que la couronne possédait de beau en peinture et en sculpture, et le placer sous le nom de muséum dans cette galerie, qui depuis lui était devenue un trésor immense des chefs-

LE LO U VUE

<1 œuvre les plus remarquables de la peinture. Ce lut en 1 79G que l’on forma cette vaste collection, qui prit le nom que lui avait destine' M. d’Angivillcrs. Quelques années après, M. Dcnon , directeur general du Musée, et MM. Percier et Fontaine, améliorèrent la distribution de la grande galerie : ils la divisèrent par travées , et, les éclairant par en haut, ils y répandirent une lumière plus favorable aux tableaux que celle des fenêtres, quoiqu'elle ne soit pas encore telle qu’on aurait pu se la ménager, si cette galerie eut été faite dès le principe pour être un musée, et si les constructions ne s’étaient pas opposées aux dispositions que l’on aurait voulu y exécuter. Au milieu de la galerie, un salon carré, encadré de deux côtés par un soubassement et tic belles colonnes, forme un repos dans cette prodigieuse longueur. De côté et d’autre, des cippes de marbres rares , et les bustes des grands artistes dont on admire les ouvrages dans ce temple des arts, exécutés par les meilleurs sculpteurs de notre école moderne , ajoutent à la beauté de la galerie et à l’intérêt de cette collection royale , que depuis dix ans M. le comte de Forbin, directeur général des musées royaux, s’efforce de consoler de ses pertes par des arrangemens bien entendus et par des acquisitions de tableaux ou anciens ou de peintres modernes , auxquels après leur mort leurs talens ont mérité cette espèce d’apothéose.

Pour compléter ce qui regarde cette vaste et belle partie du Louvre, il ne me reste qu’à dire un mot sur ce qui occupait autrefois au-dessous de la grande galerie les nombreuses pièces où sont placées aujourd’hui la bibliothèque particulière du Roi, dont M. Valéry est le conservateur, et les archives du Conseil d’état, confiées aux soins de M. Bary. On sait que, par une ordonnance de 1G08, Henri IV, à qui étaient chers, et la gloire de la France, et les arts qui en font la plus belle partie, avait assigné, sous fa galerie qu’il venait d’élever, des logemens spacieux et commodes aux artistes de talent attachés à son service, ou aux fabricans , tels que joailliers, orfèvres, horlogers, dont les professions avaient rapport aux arts et qui s’y étaient distingués. Ce grand prince non-seulement avait pour but dans cet établissement d’honorer les artistes et de leur accorder une faveur utile à leur bien être, mais il songeait encore à encourager l’amour et le progrès des arts. Les ateliers de ces hommes habiles en différons genres devaient servir d’école et fournir des modèles. Les jeunes gens y étaient admis et s’y formaient; c’était en quelque sorte une réunion d’académies où la pratique marchait à côté de la théorie. C’est donc à notre bon Henri que les artistes devaient ces ateliers royaux et ces honneurs du Louvre, qui leur furent conservés par les Rois scs successeurs, et dont ils ont joui pendant long-temps : il y a peu d’années qu’on voyait encore sur d’anciennes portes les noms d’artistes et d’ouvriers du Roi à qui ces logemens avaient été accordés, et c’était devenu des titres de famille.

Cependant, sous Louis XIV, de nouvelles institutions qui avaient les arts pour objet, ayant exigé de nouvelles distributions dans les bàtimens de la couronne , on fut obligé de diminuer le nombre des logemens concédés aux artistes; il est vrai aussi que l’intérêt général des arts y trouvait son bénéfice.

F. T LES TUILERIES

En 1 640, Louis XIII fonda l’etablissement connu sous le nom d 'Imprimerie royale, pour y reunir les types royaux qui avaient été graves par les ordres de François I.or, ou acquis par lui-même de Savary de Brèves, son ambassadeur à Constantinople. Ces types jusqu’alors avaient ete confies à des imprimeurs particuliers pour servir aux éditions qui portent sur le frontispice, typis regiis. Sebastien Cramoisy fut nomme le directeur et Tricbet du Fresne le correcteur de l’imprimerie royale, sous l’autorité de Sublct de Noyers, marquis de Dangu, surintendant des bûtimens. L’importance qu’on attachait aux ouvrages qu’on y imprimait est attestée par le choix qu’on fit du Poussin pour en dessiner les frontispices : non-seulement ce grand peintre les composait, mais encore il ne s’en rapportait qu’à lui-même de leur exécution. On voit par ses lettres que quelques-uns de ces dessins lui demandèrent un temps assez considérable. Richelieu plaça l’imprimerie royale au Louvre : elle y occupait plusieurs pièces près du troisième guichet. Elle y est restée, en prenant des accroissemens successifs, jusqu’au commencement de la révolution, époque où elle fut transportée à l’hôtel de Toulouse [maintenant la Banque de France], rue tle la Vrillière, d’où, en 1 809 > elle a été transférée au palais Cardinal ( de Rohan ) , vieille rue du Temple.

Près de l’emplacement qu’occupait l’imprimerie royale, était le cabinet des médailles, que Colbert avait établi sous la grande galerie; les chambres qui le contenaient étaient élégamment ornées de peintures, d’ornemens en relief et de bustes en bronze et en marbre. On y trouvait réunis et classés dans de belles armoires vitrées tous les poinçons et tous les coins qui avaient ete gravés en France depuis les premiers règnes de nos Rois, ou du moins tous ceux qu’on avait pu recueillir. On y avait rangé avec ordre la collection des monnaies, des médailles et des jetons depuis l’époque où ils n’étaient frappés qu’au moyen de marteaux dans les moulins de la monnaie placés dans une petite île de la Seine près du Pont-neuf, jusqu’à celle où l’on inventa et l’on perfectionna le balancier, et où Varin grava les belles et grandes ipédailles qui font encore par la franchise et la facilité de leur travail l’admiration des connaisseurs. Cette suite était très-nombreuse; elle fait aujourd’hui partie de celle de l’hôtel des monnaies et des médailles. Varin, à qui l’on confia la garde de ce dépôt, fut aussi chargé jusqu’à sa mort, arrivée en tC7 2 , de tout ce qui avait rapport au travail des médailles* L’histoire numismatique de Louis XIII et de Louis XIV l’occupa pendant plus de trente ans, et elle fut continuée au Louvre dans les mêmes modules, ainsi que celle des règnes suivans, par les successeurs de Varin, Ballin, l’abbé Bizot, Petit, Delaunay, Robert de Cotte, jusqu’au moment où la monnaie des médailles quitta ce palais, et c’est de ce Louvre dont l’origine se confond, pour ainsi dire, avec celle de la monarchie, que sont sortis en grande partie les monumens numismatiques qui en ont consacré la gloire.

Au cabinet des médailles était jointe une collection qui contenait plus de dix mille dessins originaux de la plupart des meilleurs maîtres d’Italie et des autres écoles depuis la renaissance des arts; elle fait aujourd’hui l’ancien fonds de celle du Musee royal, qui a été portée à un nombre beaucoup plus considérable.

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