ET LES T U I L K II I E S
notte face. Dans celle du nord, l'Entrée à Vienne était de M. Descine (l). Le cote tourne vers le Louvre offrait d’abord à droite la Bataille d' Austerlitz , bas-relief de M. Espercieux; celui du milieu, par M. Gérard, présentait
mais il s’est plus exerce sur la terre que sur le marbre, et il existe peu de grands ouvrages de lui, tandis que les cabinets sont remplis de scs terres cuites, dans lesquelles sont rendues avec goût et beaucoup d’adresse de main une foule de scènes trèsjolies , dont des bacchantes, des satyres, des amours, sont ordinairement les personnages. Clodion n'a fait paraître que trèspeu de ses ouvrages au salon du Louvre; quelques-uns deses sujets erotiques eussent peut-être même etc trouvés trop libres pour y être admis , et ce n’étaient pas les moins bien traités. On vit de lui en 1783 une grande statue de Montesquieu ; elle était en marbre, et il la fit pour être agréé à l’académie. Pendant dix-huit ans depuis cette époque il ne parut rien de lui aux expositions. II fit cependant plusieurs ouvrages considérables; car il est question dans Orlandi , imprimé en 1788, d'une grande figure de S.,e Cécile en marbre qu’il exécuta pour la cathédrale de Rouen, et d’un bas-relief qui représentait le martyre de cette sainte et qui était destiné à la même église. On sait qu’il y eut aussi de lui une Sainte-Vierge et un S. Jean, de 8 pieds de proportion, qui furent coulés en plomb et dorés. II éleva aussi à Orsay un monument funèbre qui a été détruit. On cite encore de lui, probablement parmi les ouvrages qu’il fit pendant son séjour à Rome, un Jupiter prêt a lancer la foudre , — le Scamandre desséche par les feux de Vulcain et implorant le secours des dieux, — Hercule en repos, — le Rhin séparant ses eaux , et des modelés en terre cuite des statues de Turenne et du grand Condé destinées pour la place du Pérou a Montpellier. Clodion signala sa rentrée au salon en 1801 par un beau groupe, de forte proportion, qui offrait une scène du Déluge : un homme emporte son fils ; à ses pieds sa femme renversée serre son enfant contre son sein et est entraînée par les flots. Cette année-là il y eut aussi de lui des groupes et des sujets bachiques
en terre cuite. Il ne parut plus rien de cet artiste au Louvre jusqu’en 1800 qu’on y vit une jeune fille assise donnant à manger à de petits oiseaux. Rien en 1810.
En 1812 il exposa une statue en marbre qui avait été commencée par Monot, une jeune fille qui vient de prendre un papillon, et un groupe en terre cuite dont le sujet était Homère aveugle chassé par des pécheurs.
(1) Louis- Pierre Deseine, né à Paris au mois de juillet 1749 et mort le 11 octobre 1822, fut agréé à l’académie en 1785 et n’y fut reçu académicien qu’en 1791. Le grand prix de sculpture que lui fit remporter en 1780 une Scène de déluge en bas-relief, le conduisit à Rome; mais il ne paraît pas qu’il ait retiré de son voyage en Italie et de ses études tout le fruit que l’on eût pu desirer. Les chefsd’œuvre de l’antiquité ne l’inspircrent pas assez pour lui faire oublier les mauvais exemples et les fausses maximes qu’il avait puisés dans les ouvrages du règne de Louis XV. Aussi, quoiqu’il fût entré dans la carrière avec d’heureuses dispositions , ne peut-on pas le citer parmi les sculpteurs qui ont contribué à mettre la sculpture dans la bonne route : il est resté en arrière de ceux qu’il avait eus pour collègues dans ses études, tels que Foucou , Roland , Moitte, De Joux, Chaudet, Boichot , Clodion. Ses ouvrages, soit dans la composition , soit dans le dessin du nu et des draperies, se sont toujours ressentis de la manière lâche , sans caractère et sans style de l’ancienne école des Bouchardon , des Le Moyne , et ne peuvent nullement être olfcrts pour modèles. La première figure de rondebosse par laquelle Deseine se fit connaître, fut en 1785 un Diogène , de 3 pieds et demi de proportion, qui n’a pas été exécuté en marbre. Au salon de 1787 on vit de lui un Bacclius, et plusieurs bustes, parmi lesquels était celui de Vieil. En 1789, têtes d’étude et bustes en plâtre;
L E LO U V RE
Hercule, Minerve, la dresse Salas et la Victoire soutenant les emblèmes île lu l' i mire ; et le dernier, de la main de M. Cartcllicr, retraçait la Capitulation (/ l Im. Deux des victoires qui ornent les arcades sont de Taunay : les quatre belles figures de fleuves sculptées en bas-relief des deux cotes du passage sont de Hoichot (l), qui a su les disposer avec art et avec goût dans ces places peu propres au développement d’une ligure; leur style ne manque
île ux esquisses en terre cuite qui ont etc reproduites eu marbre de grandeur naturelle,/' Harmonie, — Bacchus et //Vie, groupe qui fut placé à Chantilly. Le morceau de réception de Dcseinc fut, en 1791 , un Mutins Scévola, ligure eu marbre de 15 pieds et demi de proportion. Il fit paraître au salon de 1798 une / estale alimentant le feu sacré ; des hustes , parmi lesquels on remarquait celui de Montaigne , qui ne fut exécuté en marbre , a la demande du ministre de 1 intérieur, qu’en 1819, ainsi qu’un buste de Winckelmann , que Deseine avait fait en 1800. Il y eut de lui cette même année au salon ceux d 'Abélard et d Héloïse , destinés au musée des IVtits-Augustins. En 1804, 1806, 1808, il n’y eut de Deseine, à l’exposition du Louvre , que des projets de monumens en
I honneur de Bossuet et du cardinal de Belloy, et un grand nombre de bustes, le comte Portalis , l’abbé Sieard , Thouret , le pape Pie VII , M.me Cottin , le duc de Luynes , Sic. Cet artiste saisissait bien la ressemblance , et son talent était plus propre au portrait qu’aux grandes compositions de la sculpture : aussi , dans le monument du cardinal de Belloy pour Notre-Dame, et dans les bas-reliefs qu’il fit pour le Calvaire et pour Saint-Roch , les têtes sont-elles ce qu’il y a de mieux.
II exposa en 1810 le modèle d’une grande statue du chancelier de l’Hôpital , placée devant le palais des Députés; en 1812, la statue du comte Portalis en marbre, et parmi d’autres bustes, celui du cardinal Mauri. Nommé en 1814 sculpteur de S. A. S. M.g1' le prince de Coudé, Descinc se consacra, pour ainsi dire, à représenter les augustes personnages de la famille royale. Il parut de lui plusieurs bustes de Louis XVI , de Louis XVII , de Louis XVIII, du prince de Coudé, de
M.gr le due de Bourbon et du duc d’Enghicn. Lorsqu’on voulut en 1817 élever un monument à la mémoire de ce valeureux et infortuné prince, à ce dernier rejeton de 1 illustre maison de Coudé, on chargea de cet important travail Deseine, qui , sentant la grandeur du sujet qui lui était confié, le conçut en homme profondément ému et de la perte qu’avait faite la France, et du crime quelle ne partagea pas et qui lui ravit ce jeune héros : mais je crois devoir jeter un voile sur la manière dont il rendit son idée. Quant à la figure du prince et à tout son ensemble, Deseine ne l’avait pas connu , du moins à l’âge où il l’a représenté, et il n’a trouvé que des guides peu sûrs dans les portraits qui lui ont été fournis. Ce monument funèbre , placé dans la chapelle de Vincennes , n’est pas en entier de la main de Deseine : il a été terminé par M. Amédée Durand, qui a exécuté la statue de la Religion , où l’on trouve une tout autre école que dans les autres figures. Aux productions que j’ai citées on doit ajouter une statue colossale du général Colbert , mort en Espagne; celle de M. de Pansemonl , évêque de Vannes ; les chanceliers d’ Aguesseau et de V Hôpital , pour la cour de cassation ; six feuilles des bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme. Peu de temps avant sa mort , Deseine mit au salon un bas-relief dont le sujet était la Bienfaisance répandant ses dons sur les vieillards et sur la maternité.
(1) Guillaume Boichot, né à Chàlonssur-Saone au mois d’août 1735, agréé à l’académie en 1789, est mort le 9 décembre 1815. Boichot, qui, comme peintre et comme sculpteur, a fait honneur à notre école, était fils d'un coutelier; mais, doué par la nature de grandes dispositions pour les beaux arts, il se sentait peu de goût pour l'état de son père. Dès lu plus tendre
ET LES TUILERIES
pas <Ic grandeur, et elles sont cxecutees, ainsi que leurs accessoires de bon choix, avec soin et beaucoup de fermeté.
Quant aux statues de militaires français qui surmontent l’entablement de l’arc de triomphe, maigre l’exactitude observée dans leur costume, on ne peut que plaindre les statuaires qui ont etc forces d’employer leurs talons à de pareilles représentations. Rien certainement n’est d’un meilleur effet
jeunesse, l’amour très-vif qu’il ressentait pour le dessin et pour la peinture, lui faisait imiter tout ce qu’il voyait; il se hasarda même , sans le secours d’aucun maître, à copier il l’huile plusieurs tableaux, et il y réussit assez bien pour que M. Barault , conseiller au pre'sidial de Ornions et amateur ze'Ie' , s’intéressât à ses progrès et cultivât ses talens naissans. Boiehot étudia l’anatomie , et s’exerça aussi à peindre le paysage d’après nature; il s’occupa même d’architecture. II n’avait cependant atteint que sa quinzième année lorsque scs parens se décidèrent à le vouer à la sculpture. Les premières leçons qu’il reçut dans cet art n’étaient pas faites pour l’encourager et pour développer ses talens : elles lui furent données par un assez médiocre sculpteur de Paris, qui ne faisait que l’ornement, et qui, étant allé s’établir à Châlons, employait le jeune Boiehot à faire les modèles des statues qu’il entreprenait pour des églises de village. Après avoir ainsi passé quelques années qui auraient pu lui être plus utiles, il vint enfin à Paris, et entra dans l’atelier de Challe, sculpteur de l’académie. Ce n’e'tait pas encore un bon maître , et il n’était pas propre à former le goût de Boiehot, qui sentit l’insuffisance de ses leçons , et qui , n’ayant pas réussi a remporter le grand prix, fit deux fois à ses frais le voyage de Rome , où son talent acquit assez de maturité pour qu’à son retour, en 1771, il trouvât à 1 exercer avec avantage. Il travadla beaucoup au château de Verdun pour le marquis de Pons, qui eut de lui plusieurs grandes statues et des peintures : car les premiers goûts de Boiehot ne l’avaient pas abandonné, et, faisant marcher de front la peinture et la sculpture , il maniait tour à tour le crayon et le pinceau avec autant de facilité et de plaisir que le ciseau : aussi fit-il pour des églises de Châlons et
de Dijon des tableaux et des bas-reliefs considérables. On citait à Saint-Marcel de Châlons la première Prédication de S. Pierre, tableau de 18 pieds sur 10; de grandes figures d'anges en ronde-bosse pour un sarcophage, et un bas -relief de 12 pieds sur 8; S. Pierre guérissant un boiteux , qu’il fit à Paris pour l’église de Montmartre. Ces travaux conduisirent Boiehot ii l’académie de peinture , par laquelle il fut agréé en 1789. Quelques années après, ce sculpteur, qui avait étudié l’antique avec fruit, fut chargé de faire un grand bas-relief pour le fronton du Panthéon. On vit de lui en 179ô le modèle d’un Hercule qui terrasse l’hydre: cette statue colossale, de 15 pieds de proportion, était destinée au même édifice, et devait, ainsi que trois autres, être coulée en bronze. Boiehot fit aussi quelques bas-reliefs pour la colonne de la place Vendôme. Parmi ses ouvrages on cite une statue de S. Roch pour l’église de ce nom; celle de la Prudence , pour le palais du Temple; un beau buste de Micliel- Ange en marbre; Télèphe s’arrachant de la cuisse une Jlèche lancée par Achille (1789); les bustes de 31. Denon et de Bernardin de Saint-Pierre (1804); celui du général Watrin (180G). II paraît que depuis, pendant plusieurs années, Boichot se livra plus au dessin qu’à la sculpture; les sujets tirés de l’antiquité et propres à être reproduits en bas - relief lui plaisaient le plus , et if a laissé un assez grand nombre de dessins, parmi lesquels , aux salons du Louvre, on a remarqué une Pompe isiaque , — une Réunion de divinités champêtres, — Achille plongé dans les eaux du Styx , — — le Jugement de Pans, — Mars et Vénus surpris par Vulcain. Enfin on peut dire, à la louange de cet artiste estimable , qu’il a été un des premiers a faire entrer notre école de
L E LOUVRE
<|iie nos guerriers et leur équipement :i une revue et surtout sur un thfimp de I > :i t :t 1 1 1 e ÿ nuus il n en est pus de munie <lc lu sculpture, et elle en tire beaucoup moins bien porti que la victoire. Ces statues en marbre sont un chasseur de cavalerie, par Foucou; un grenadier de ligne , par Darde! (l); un dragon, par Corbet (2); un carabinier, par Cbinard (3); un sapeur, par M. Dumont; un cuirassier, par Taunaj; un canonnier, par M. Bridan lils; un carabinier de ligne, par M. Moutoni (4). Les bas-reliefs qui ont
sculpture dans la bonne route et à l’y maintenir par scs exemples.
(1) Dardel. Au salon de 1791 on vit de lui un groupe qui représentait Turenne. couvrant la France de son bouclier ; jusqu’en 1812 il ne parut plus rien de ce sculpteur. A l’exposition de 18 1 4 il y eut de lui une Minerve pacifique , — Henri IV pleurant dans les bras de la Victoire , — le grand Coudé qui d'une main place une couronne sur la tète de Louis XIV et de l’autre en dépose une sur l’urne funèbre de Louis XIII ; la France semble renaître en voyant un héros près du monarque enfant; — Biaise Pascal tenant en main un flambeau avec lequel il trace la cycloïdc.
(2) Charles-Louis Corbet, ne' à Douai en 1756, fut élève de Berruer, académicien, et mourut en 1808. On vit de lui aux expositions du Louvre, en 1798, un buste du général Bonaparte ; en 1 800 celui de la République française. Au salon de 1802 il fit paraître une statue d’ Homère que conduit une j cime fille qui écoute ses chants et porte sa lyre. Outre plusieurs bustes et des têtes d’e'tude, on vit de Corbet en 1806 la statue du général Caffarclli du Falga , — la Mort de Socrate, — et un jeune Faune qui joue avec une chèvre qu'il a affublée de son manteau. Peu de temps avant sa mort il mit au salon une statue de Bonaparte en grand costume, une branche d’olivier à la main.
(3) Jean Chinard, né à Lyon le 12 février 1756 et élève de Biaise, remporta le grand prix en 1786. II fut associe' à l’institut. Ce sculpteur mit pour la première fois ausalon enl797,mais ce ne furentquedcs portraits et des esquisses. En 1800 on vit de lui un groupe en plaire, Persée délivrant Andromède , — la Justice , modèle
en plâtre; et parmi plusieurs bustes, celui d’une femme célèbre alors par sa beauté et qu’il représenta avec les attributs de Diane préparant ses traits. Au salon de 1802, Chinard mit une Hébè versant le nectar d Jupiter métamorphosé en aigle , ce groupe était de grandeur naturelle; des bustes, des esquisses. Il n’y eut rien de ce sculpteur en 1804 : mais, aux expositions de 1806 et de 18o8, il fit paraître quelques bustes en marbre de la famille de Bonaparte ; il y en eut d’autres de plusieurs femmes avec les attributs de Diane, de Sapho, de Psyché, et celui du général Desaix ; en outre, un bas-relief en marbre destiné à un arc de triomphe â Bordeaux, et dont le sujet était honneur et patrie. Chinard fut plus varié dans ses ouvrages en 1810. Parmi les productions de la sculpture exposées au Louvre, on distingua son Othryade mourant sur son bouclier, — Psyché sortant du bain, — Niobé f rappée par Apollon , — l’Amour troublé par Psyché dans son sommeil,
— la Victoire distribuant des couronnes ,
— l'Illusion du bonheur, et il reproduisit le groupe à! Andromède. Chinard se montra moins fécond au salon de 1812; il n’y eut en grande figure que le modèle d’une statue pour le pont Louis XVI, le général Cervoni. Parmi plusieurs bustes on remarqua ceux du comte de Bondy et du général Paraguay d’Hilliers. Ce sculpteur, mort le 19 mai 1813, a laissé la réputation d’un homme de talent.
(4) Je dois ajouter à ce qui a été dit, p. 413 , sur M. Antoine Mouton dit Moutoni (et non Montoni), qu’il est né en 1765 et fut élève de Julien ; il remporta le grand prix en 1799. Pendant son séjour il Rome, il fit un groupe qui eut de la réputation et y est resté; il représentait
ET LES TUILERIES
ete supprimes sont remplaces par d’autres compositions <pii retracent les actions mémorables de la guerre d’Espagne, si heureusement et si glorieusement commencée et terminée par S. A. R. M."r le Dauphin. Ces bas-reliefs sont. Mx'' le Duc d’Angouléme congédiant les envoyés de Cadix , par M. Pradier (t); Y Entrevue de Son Altesse 1 loyale et du Roi d’Espagne à Cadix, parM. Cortot ; la Capitulation de Ballestcros , par M. Petitot fils; l’Entrée à Madrid, par M. Roman; et la Reddition de Pampclunc, par M. Raggi (2).
Thésée vainqueur d’Hippolytc , remettes Amazones. De ce sculpteur sont plusieurs bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme, et une grande partie du modèle de l’Eléphant colossal qui était destiné a la fontaine de la place de la Bastille.
(1) M. James Pradier, né en 1792 à Genève , y a commencé ses études; à lage de dix-sept ans il vint se perfectionner à Paris sous la direction de MM. Lcinot et Gérard, et en 1812 il remporta le grand prix de sculpture. On a vu de M. Pradier, au salon de 1819, une Nymphe en marbre, et un groupe qui représentait un Centaure et une Bacchante. En 1822, un fils de Niobé, blessé par Apollon et cherchant, un genou appuyé à terre, a arracher la flèche qui lui traverse l'épaule , attira l’attention du public; cette figure de ronde-bosse était en marbre. II y eut aussi de lui à la môme exposition un buste de M. Charles Bonnet. Celui de Louis XVIII couronné d’olivier se fit remarquer au salon de 1824, et fut acquis par Sa Majesté. M. Pradier fit pa- . raître en même temps une statue de Psyché. En 1827 il a été nommé membre de l’académie.
(2) M. Nicolas- Bernard Raggi, né à Carrare en 1791, est élève de M. Bosio. En 1824 il reçut de la main du Roi la croix de la Légion d’honneur. Le premier ouvrage de M. Raggi qui parut au salon du Louvre, fut, en 1817, un jeune Discobole prêt à lancer son disque. Mais en 1819 il se présenta avec des productions plus considérables , Henri IV en bronze : cette figure, de 9 pieds de proportion, offre le bon Roi à pied, armé de toutes pièces; il tend la main droite vers son peuple en signe d’amitié, et, posant la gauche sur son épée, il semble lui dire
qu’il est prêt à le défendre et à répandre son sangpour lui. Cette statue, la première du grand Henri qui ait paru depuis 1814. a été faite aux frais de M. le comte de Digeon pour la ville de Nérac. On vit de M. Raggi , cette môme année , un modèle de la statue de Montesquieu méditant sur l'esprit des lois , et l’Amour qui s’approche du lit de Psyché endormie ; ce groupe a mérité à son auteur une médaille d’or. En 1822, la ville de Grenoble a demandé à M. Raggi, pour la place de Saint-André, une statue de Bayard mourant. Le chevalier sans peur et sans reproche, blessé à mort, s’appuie contre un tronc d’arbre : il tient son épée, et en baise la poignée, qui a la forme d’une croix. Cette figure, de 11 pieds de proportion, est en bronze. De la môme dimension était un groupe de M. Raggi qui se fit remarquer au salon de 1824, et dont le sujet était Hercule trouvant sur le bord de la mer le corps du malheureux et imprudent Icare. Cet ouvrage valut à son auteur la décoration de la Légion d’honneur. On vit aussi de lui au môme salon un buste de Ducis , dont le ministre de l’intérieur a fait acquisition. II a fait depuis, pour une chapelle de Saint-Etienne du Mont, une Sainte-Vierge tenant l'Enfant Jésus : ce groupe a 7 pieds de haut. Le département de la Gironde lui a commandé pour Bordeaux une statue de Louis XVI en bronze, de 18 pieds de proportion. Le monarque est en pied, revêtu de son manteau royal : près de lui sont placés les insignes de la royauté. Dans le moment présent, M. Raggi s’occupe d’une statue équestre de Louis XIV en bronze , de 14 pieds de proportion, pour la ville de Rennes.
LE LOUVRE
Au-dessus de l’are de triomphe doit être place un quadrige en bronze dore que montera la déesse de la paix. Ce monument, qui retracera les souvenirs attachés au retour de nos Rois, est confié à M. Bosio (1), premier sculpteur du Roi, et sera fondu par M. Crosatier.
Pour terminer cette histoire des changemens successifs qu’ont éprouvés le Louvre et les Tuileries depuis leur origine, il ne me reste qu’à jeter un coup d’œil sur celui qui doit opérer leur entière réunion et compléter ce grand ensemble. Lorsque l’on construisit ces châteaux , dont l’un , le Louvre, long-temps hors de Paris, y fut enfermé plus de cent ans avant que l’on
(1) M. François Bosio , ne à Monaco le 19 mars 1709, après avoir fait scs premières études à Carrare et à Rome, vint à Paris en 1785 , et fut élève de Pajou, à qui le prince de Monaco le confia. Ayant quitté la France au commencement de scs troubles, il ne revint s’établir à Paris qu’en 18t)8.En 1815 il reçut la décoration de la ' Légion d’honneur, et en fut fait officier en 1824. Nommé à l’académie des beaux arts en 1816, il fut en 1821 créé chevalier de Saint-Michel, et premier sculpteur du Roi en 1822. Le nombre des ouvrages exécutés par ce maître et qui ont paru aux différons salons est trop considérable pour pouvoir trouver place ici , et je suis obligé de tne borner à n’en rappeler que les principaux. Ce fut en 1808, à son retour d’Italie , qu’il exposa pour la première fois au Louvre, et l'on y vit l 'Amour s'envolant en lançant scs traits. Au salon de 1810, il présenta l’Amour séduisant l’Innocence; les bustes de l’ empereur , de f impératrice , du roi et de la reine de Westphalie , delà reine de Hollande , de la princesse Borghèse, du prince de Talleyratul , de la duchesse de Bovigo et de M. Denon. Plusieurs des mêmes personnages reparurent en 1812, et on remarqua le modèle eu plâtre de 1 ’Aristée. Celui de l'Hercule combattant Achéloiis métamorphosé en serpent lit partie de l’exposition de 1814, ainsi qu’un buste de Louis XV111, qui, en 1818, fit f acquisition de Y Aristée que M. Bosio avait exécuté en marbre et qui est placé au Louvre : nous le donnerons dans la suite de cet ouvrage.
Le Roi lut avait aussi commandé un buste de S. A. S. M.gr le due d’Enghien. On vit aussi cette année , du même statuaire, une jolie figure d’ Hyacinthe à demi couché , appuyé sur son palet; il attend son tour de se livrera ce jeu, qui lui fut si fatal. Un sujet gracieux du même genre, la nymphe Sa/macis, se fit distinguer au salon de 1819, où il y eut encore de M. Bosio les bustes du général Clairette , du comte de Cazes, de M. Boutard et de M. Bertm. Ce fut en 1822 qu’il exécuta en marbre des carrières de Saint-Béat dans les Pyrénées la charmante statue A' Henri IV enfant, que le ministre de l’intérieurdestinait à la ville de Pau : Sa Majesté la fit placer au Louvre ; M. Bosio en a fait une répétition pour Pau. Le buste de M. le marquis de Lauriston est de la même époque. Le groupe d’Hercule , coulé en bronze par M. Carbonneau , fut exposé en 1824, et il attend dans la cour du Musée royal qu’on lui ait donné une destination. Outre une tète de Vierge, il v eut au même salon un buste de S. A. II. Madame Elisabeth en marbre des Pyrénées, et un buste de S. M. Charles X, et, comme tête d’étude en marbre , la tète de la nymphe Salmacis. Je terminerai cette longue liste par l’ouvrage le plus important de M. Bosio, sa statue équestre de Louis XIV, jetée en bronze par M. Carbonneau , et qui a été érigée en 1823 sur la place des Victoires. C’est aussi à ce statuaire qu'a été confié le monument consacré à Louis XV III comme législateur, et qui doit être élevé sur la place du palais Bourbon.
ET LES TUILERIES
fit passer les murs de la ville au-delà de l’emplacement des Tuileries, ou était loin de penser qu’ils fussent destines à dépendre un jour l’un de l’autre : aussi , en les élevant, ne songea-t-on qu’à la régularité (pic devait isolement avoir chacune de ces habitations royales. Séparées, comme elles l’ctaient lorsque Catherine de Medicis lit construire les Tuileries, par des maisons nombreuses, des jardins, les murailles de Paris, peu importait que la façade de la maison de plaisance ne fut pas parallèle à celle du château royal, et que les axes de leurs entrées, qu’on avait cependant placées l’une en face de l’autre, ne se répondissent pas exactement. Dans la position où étaient les choses, il n’y avait pas encore là de disparate, et l’on ne pouvait (pie difficilement prévoir l’embarras où jetterait un jour ce défaut d’alignement ou de parallélisme. Mais, lorsqu’Henri IV, agrandissant les Tuileries, voulut de l’extrémité sur la Seine faire passer une galerie qui allât rejoindre la partie qu’en dehors du Louvre avaient commencée Henri II et continuée Charles IX, on dut bien voir alors que ce défaut apporterait de l’irrégularité dans les constructions, et qu’il n’était jias possible que la grande galerie du Louvre vint s’unir à angle droit à l’extrémité des Tuileries, que l’on avait prolongées. Le mal était sans remède : mais sans doute alors ne le trouva-t-on pas aussi grave qu’il a paru depuis. Et au fait, à cette époque cette galerie n’était qu’une communication pour aller à couvert et d’une manière sure dans des temps de troubles du Louvre aux Tuileries, qui étaient encore hors de Paris.
Quand les murs de la ville furent transportés à l’extrémité actuelle du jardin des Tuileries, on eut le champ plus libre; mais la vue ne l’était guère davantage. II existait une ville entre les deux palais ; la distance de l’un à l’autre et la hauteur des édifices qui les séparaient ne permettaient pas de saisir d’un coup d’œil les défauts de leurs plans. Ce fut lorsque Louis XIV s’occupa de l’agrandissement du Louvre et des vastes projets qui s’y rattachaient, que les relevés exacts du Bernin et de Perrault montrèrent de la manière la plus positive tous les obstacles que l’on rencontrerait si, d’après les intentions de Louis XIV, on voulait établir entre les deux palais d’autres communications que celle de la grande galerie. On connut alors toute l’irrégularité du terrain qui les sépare et celle de leurs façades. Cette irrégularité n’effraya pas le Bernin : il pensa qu’elle disparaîtrait dans l’immensité de l’espace, et que si on le dégageait entièrement des édifices qui le remplissaient, il en résulterait une vaste place qui conviendrait aux deux palais, et qui serait propre ou à des évolutions militaires ou à des fêtes publiques. Mais peut-être le Bernin , emporté par la grandeur de ses idées, n’avait-il pas réfléchi à la différence des niveaux. Les deux cotés de cette place, dans ses extrémités nord et sud vers le Louvre, sont à plus de 9 pieds au-dessous du milieu de leur intervalle; et pour que des Tuileries au Louvre le terrain eut été de plain-pied dans toute son étendue, il aurait fallu enterrer en partie plusieurs des arcades de la grande galerie du coté de ce dernier palais. Et d’ailleurs cette vaste place, terminée d’un cote par cette galerie et de l’autre par celle que le Bernin projetait depuis le pavillon du nord jusqu’au Louvre, eut rendu encore