‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 104 sur 286 · LE LO LTV HE · texte numérisé non relu

LE LO LTV HE

plus sensible le defaut des Tuileries, qui est d’offrir dans leurs masses irrégulières une ligne trop longue en proportion de leur élévation.

On ne donna pas de suite au projet du Bernin , et il subit le sort de eeux que cet habile homme avait conçus pour le Louvre. Quand on n’eut pas eu de reproches à faire à ses plans, il est plus que probable qu’ils n’auraient pas etc adoptes par Perrault, qui lui succéda : aussi prit-il dans les siens le contre-pied de ceux de son prédécesseur. On eut dit qu’il avait pris pour programme de faire disparaître le Louvre et les Tuileries : il encombrait d’édifices élevés et de toutes les formes l’intervalle entre les deux palais, et l’on compte dans ses plans jusqu’à vingt places ou cours grandes ou petites, carrées, octogones, rondes, elliptiques; et toute cette profusion ne dissimulait que maladroitement et imparfaitement le manque de parallélisme des façades et l’angle que forment leurs axes.

Ce projet ne fut heureusement pas plus exécuté que celui du Bernin, et il se passa bien des années pendant lesquelles, ne s’occupant pas du Louvre, on songeait encore bien moins à détruire une quantité de beaux hôtels pour le réunir aux Tuileries. Çà et là cependant il paraissait quelques projets qui semblaient faits plutôt pour exercer les architectes que pour être mis à exécution. Ceux que Desgodets fit en 1728 sur une très-grande échelle étaient fondés sur le programme d’un édit de Louis XIII du 1 1 mars 1G24 et sur un arrêt du conseil du 20 août 1G67. Ces plans sont certainement plus sages et mieux combinés que ceux de Perrault; mais ils ont aussi l’inconvénient d’offrir de trop petites divisions, et d’établir devant la façade de l’ancien château des Tuileries une cour dont les bàtimens au midi auraient masqué la galerie du Louvre et resserré la place dans une trop petite enceinte. II y avait cependant de très -bonnes choses dans le projet de cet habile architecte, surtout dans la partie que traverse l’axe du Louvre : il établissait une galerie du côté de la rue Saint-Honoré, parallèle à la première partie de celle du Louvre et de la même longueur, et au moyen de bàtimens réguliers et de grandes cours de derrière il sauvait la différence de niveau et laissait une grande place devant ce palais. Après ce projet on ne peut guère offrir ceux de Bellanger en 1787 et en 1802 : dans les premiers, il ne cache pas les irrégularités du plan; et dans les seconds, c’est une ville qu’il élève entre le Louvre et les Tuileries, de petites places, de petites rues, des carrefours, et enfin il ne remplit en rien les conditions du programme.

Il serait trop long et même superflu de passer en revue tous les plans qui depuis vingt-cinq ans ont été faits en grand nombre (l) pour la réunion du Louvre et des Tuileries , surtout puisque je ne puis les mettre sous les yeux du lecteur pour lui en faire faire la comparaison; et d’ailleurs, avec quelques modifications, ils rentrent en général dans les idées du Bernin et de Perrault. On pourrait en citer plusieurs où l’on trouve de bonnes conceptions; mais dans d’autres elles sont loin d’être aussi sages. Ce sont des

(1) On a réuni ces plans , au nombre de a gravés, rue Saint-Hyacinthe, n.° 17; quarante-sept, dans deux grandes feuilles : M. Bance, rue Saint-Denis, n.° 2 14 ; M. Marelles se vendent chez M. Drouet, qui les tinet, rue du Coq Saint-Honoré, n.° 15.

ET LES TUILERIES

cirques, clés édifices de formes irrégulières et des constructions qui, prises séparément, n’eussent peut-être pas été d’un mauvais effet, mais qui, considérées dans leur ensemble, ne sont en rapport ni avec le Louvre ni avec les Tuileries , et ne remédient à aucun des défauts que l’on voudrait masquer. Parmi ces projets on en trouvera trois très-remarquables. Dans deux, pour rectifier la façade des Tuileries, on en refait une autre, et dans l’autre on tranche encore plus dans le vif, on abat toute la galerie du Louvre, tout ce palais et le pont des Arts, pour avoir le plaisir de les reconstruire perpendiculairement aux Tuileries. L’innocent aurait souffert pour le coupable; car le Louvre et sa galerie sont à angle droit, et c’était aux Tuileries, comme nouveau venu, à se régler sur ces dispositions

Le projet sur lequel il est intéressant de jeter un coup d’œil est celui qui, après de profondes et nombreuses discussions établies depuis 1800 jusqu’à 1813 en présence des plans et de modèles en relief, fut enfin adopté pour la réunion du Louvre aux Tuileries. On peut voir dans le tableau chronologique qui suit, les vicissitudes que ce projet, qui est du à MM. Percier et Fontaine, a éprouvées, ainsi que les époques où en a commencé l’exécution, et la planche 110 en offre avec une grande exactitude l’ensemble et les détails (l). Les planches 110 bis et 110 ter en rendront encore mieux compte; et ces vues, prises en perspective cavalière, l’une du côté des Tuileries dans le jardin, l’autre du côté de la colonnade du Louvre, expliqueront ce que le plan aurait pu laisser d’incertain.

Dans leur premier projet, MM. Percier et Fontaine conduisaient presque jusque sur l’alignement de la façade du Louvre la galerie que l’on a élevée en face de celle qui règne le long de la Seine ; mais , d’après les modifications apportées à leurs plans et qui concilient l’économie avec d’autres considérations, cette galerie ne sera poussée que deux arcades au-delà du point où elle est actuellement arrivée , et elle n’aura que vingt-huit arcades du côté du Carrousel. Son extrémité orientale sera terminée par un grand pavillon. De ce pavillon , pour former le quatrième côté de la place du Carrousel, partira une autre grande galerie parallèle au château des Tuileries et qui ira joindre le pavillon du campanille. Elle sera de la même hauteur et recevra la même décoration que celles auxquelles elfe est unie. La manière dont ses divisions sont réparties est très-ingénieuse, et prouve que sortir des règles est quelquefois un grand effet de l’art. Ordinairement les pleins et les vides sont combinés de façon que ce soit une arcade qui reponde au milieu de l’édifice. Ici nous avons quarante-six arcades : ainsi c’est un pilastre qui forme le milieu. La grandeur des ouvertures des arcades était commandée par celles qui existent déjà, et d’ailleurs cette irrégularité servira à dissimuler celle de la direction des axes du Louvre et des Tuileries, dont l’un traverse la vingt-deuxième arcade, et l’autre la vingt-troisième, en partant du campanille. Pour mieux masquer ce défaut,

(1) Le dessin que présente la planche par M. Morcy, e'fève de M. Achille Leclerc, 110 et qui a etc' grave' par M. Thierry, a d’après le grand plan de MM. Percier et e'té réduit avec le soin le plus scrupuleux Fontaine, grave' par M. llilion.

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