FONTE MASSIVE OU EN PLEIN
Cette espèce de fonte grossière ne devait être exécutée qu’avec des moules à creux perdu , en argile , que l’on prenait sur le modèle en terre ou en bois. On pouvait, après avoir laissé sécher le moule, détruire le modèle, s’il était en argile , à travers les trous ménagés dans la base ou dans d’autres parties. S’il était en bois, comme dans les deux cas, le moule devait être cuit; il était facile de retirer de son intérieur le modèle réduit en charbon ou en cendres. Rien n’empêchait non plus de faire le moule en deux pièces, dans le sens de son épaisseur, et de les réunir comme deux coques. Je croirais même volontiers que, dans le principe, on put se contenter d’une de ces coques, celle , par exemple, de la partie antérieure de la statue que l’on moulait ou que l’on estampait dans l’argile, que l’on faisait ensuite durcir au feu. On enterrait cette espèce de moule de manière à pouvoir le remplir de métal fondu. Cette opération ressemblait à celle qui est en usage à présent pour couler la gueuse dans les hauts fourneaux. En supposant le moule d’une seule pièce, c’est-à-dire, une masse creuse et fermée de tous côtés, il était nécessaire, après l’avoir cuit, de l’enterrer ou de le disposer de façon qu’il put résister à la chaleur et au poids du métal qui agissait en diflerens sens, et que l’on y coulait par une ouverture pratiquée à cet effet. On ne dut pas réussir du premier coup dans ce moulage grossier, et des expériences malheureuses apprirent sans doute que, pour éviter les accidens et les soufflures , il était indispensable de ménager des events qui permissent à l’air refoulé par la matière en fusion, de sortir du moule, qu’il avait souvent brisé avant cette découverte. Ou conçoit que cette manière de mouler ne devait produire que des statues massives, et il est probable qu’à l’époque où on l’employait, leurs membres n’étaient pas sépares du corps et qu’on les fondait d’une seule pièce.
Par la manière dont s’exprime Moïse dans i 'Exode, cet ouvrage le plus
D E I, A S C U L ll T U R E
curieux qui existe, lie fut-ce que sous le rapport des arts qu’il offre à une époque anterieure de plusieurs siècles aux temps historiques des Grecs > on voit que le veau d’or des Israélites dans le désert était un ouvrage fondu ’ et il est probable qu’il l’avait été par les procédés de cette première manière de fondre. Le texte des Septante , ch. xxxn, verset 4, porte expressément qu’Aaron , après avoir reçu des femmes des Hébreux leurs boucles d’oreilles et leurs orneinens en or, forma | t7r\oanv \ un modèle d’après le dessin , ou avec art, et qu’il en lit un veau en fonte; et au verset 24, le grand prêtre , s’excusant auprès de Moïse d’avoir fait cette idole, lui dit : « J’ai rnis au feu » cet or, et il en est sorti ce veau. » Ainsi c’était un ouvrage de fonte , de même que les statues des dieux fondues dont il est question au chapitre xxxiv, verset 17, et qui sont mises en opposition avec les idoles sculptées du verset 1.4, que Dieu ordonna de brûler, et qui vraisemblablement étaient de bois, à moins qu’on ne l’entende de statues de métal qu’on aurait lait fondre pour les détruire. On ne peut cependant guère admettre ce sens : l’écrivain sacré, dans ce passage , emploie pour chaque objet le terme qui convient h; mieux à la manière de le détruire : Vous renverserez les autels , vous briserez les statues, vous couperez les bois sacres. Ces expressions sont précisés; et celle dont Dieu se sert dans son arrêt contre les idoles sculptées, qu’il faut brûler et réduire en cendres, prouve qu’elles étaient en bois : le mot grec ne pourrait pas s’appliquer aussi bien à la fusion des métaux.