IVOIRE
J 'aurais peut-être déjà dû parler de l’ivoire, cette belle substance, qui, selon Pline, était la plus convenable aux statues des dieux, et dont le travail, par ses procédés, a beaucoup de rapport avec celui du bois, et remonte de même à une haute antiquité ; mais je n’ai pas cru devoir interrompre le fil de ce que j’avais à dire sur les métaux, qui d’ailleurs furent presque toujours unis à l’ivoire dans les ouvrages dont il est question dans les temps les plus recules. Ce n’est pas que cette élégante matière, qui se met en oeuvre sans de grandes difficultés, ne fût pas employée ou seule ou avec le bois; mais il est probable que ce ne fut presque jamais que pour les têtes et les extrémités des statues , ou pour quelques autres parties du corps , et qu’on ne s’en servait pas pour les draperies, qui se faisaient en bois et plus fréquemment encore en étoiles véritables ou en métal.
Quoique l’emploi de l’ivoire soit très-ancien , cependant il n’en est question ni dans le livre de Job, ni dans le Pcntateuque , et ce n’est que vers l’époque de David et de Salomon que les livres saints en parlent : le commerce avec les Indes et l’Ethiopie avait acquis plus d’étendue , et ce dut en être une des principales branches. On voit au chapitre x du livre 11 des /fois , que l’ivoire faisait partie des denrées précieuses que Salomon tirait de l’Orient; cependant il ne figure point parmi les présens que lui apporte !a reine de Saba. Il se pourrait même que l’on n’en eût pas alors une grande quantité; il n’en est pas fait mention dans la description des magnifiques ouvrages que Salomon fit exécuter dans le temple de Jérusalem et dans son palais Le trône seul de ce roi était en ivoire, rehaussé par des ornemens en or de la plus grande richesse. C’est peut-être la première notion que nous offrent les auteurs anciens de la réunion de l’ivoire et de l’or, que nous verrons bientôt chez les Grecs produire les plus merveilleux ouvrages de l’art. 11 est bien vrai qu’il en est question dans X Iliade et X Odyssée , dont les sujets sont
( I ) Voyez Brunck , Anal. 1.11, pag. 488, v
anterieurs à la construction du temple de Salomon. Mais est-il certain qu’llomère, qui était à peu près contemporain de ce prince, et qui sans doute connaissait des ouvrages en ivoire, n’ait pas attribue aux Grecs et aux Trovens du temps du siège de Troie les connaissances qu’il avait et qui leur étaient encore étrangères? 11 me semble que nous pouvons hésiter à croire que le travail de l’ivoire ait été pratiqué à celte époque dans la Grèce , où tout démontre que les arts étaient alors à peine dans leur première enfance. Je me réserve de parler avec plus de detail de l’ivoire, lorsqu’il sera question des statues d’or dont il formait une partie considérable. 11 me suffisait d’indiquer ici cette belle matière comme l’une de celles que la sculpture employa les premières, lorsque, le travail du bois et le perfectionnement des instrumens l’ayant rendue plus entreprenante et plus adroite, elle put mettre plus de fini et de recherche dans scs ouvrages.