‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 24 sur 286 · STATUES D’OR · texte numérisé non relu

STATUES D’OR

Nous avons déjà vu, dans l’Introduction, que l’or réunissait les qualités que la statuaire pouvait désirer et rechercher dans un métal, et que ce n’était que sa cherté qui en rendait l’emploi aussi rare. Il me semble cependant que la couleur de l’or, surtout lorsqu’il est bruni, n’est pas aussi favorable à la sculpture que celle du bronze et d’autres matières : ses reflets , ses luisans, nuisent au calme des contours , et leur font tort; et c’était l’avis de Pline ( 1 ) , qui lui préférait l’argent comme ayant un éclat plus doux et qui approchait de la clarté du jour. Je doute qu’on puisse alléguer que ce n’est que le manque d’habitude de voir des statues en or qui a lait passer comme en principe qu’elles n’étaient pas d’un goût pur: car, si l’on ne fait pas des statues d’or, on en voit de dorées, et quelques-unes sont exécutées avec soin. L’or y produit le même effet que si elles étaient réellement de ce métal; et si elles plaisent sous le rapport du luxe et de la magnificence , elles ne sont pas aussi satisfaisantes , considérées comme production des arts. Lorsque Pline reproche à Néron d’avoir fait dorer des statues de Lysippe , il n’est pas probable que ce fut parce qu’on en avait altéré les formes et les finesses par l’opération de la dorure : on devait en avoir une assez grande habitude pour que ce travail ne fit courir aucun risque a la pureté des contours. La statue de bronze doré de Lillebonnc est une preuve que les anciens doraient dans la perfection ( 2 ). Ne peut-on pas

( 1 ) Liv. xxxiii , ch. xix.

( 2 ) Comme je me propose de parler , dans un autre endroit, de cette curieuse statue, déterrée fe 24 juillet 1823 par M. Ilofley jeune , a Lillebonnc , arrondissement du Havre , je n’en dirai un mot ici que sous le rapport du bronze, ctplus bas sous celui de fa dorure. On peut voir sur ces dilferens points les analyses de M. Vauquelin, membre de l’academie des sciences,

et de M. Houton-fa-Billardicre , professeur de chimie à Rouen , dans les tomes XXV, p. 395, XXVI, p. 107, XX Vil, p. lit des Annales de chimie et de physique.

M. F. Rever a aussi publie' sur ce sujet deux lettres intéressantes , dont la seconde édition a ete imprimée à Evreux , chez An celle fils, en 1824. Soit que ces savans aient lait leurs analyses avec des fragniens qui contenaient plus ou moins de soudure,

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croire que Pline regardait la couleur du bronze ou celle du marbre comme plus favorable à la sculpture, plus amie de l’œil, que celle de l’or, et qu’il pensait qu’en dorant une statue de bronze, on lui nuisait et on en changeait l’effet? En devenant plus riche, elle perdait tout le charme de sa simplicité. 11 est à remarquer aussi que, chez les anciens, ce n’est qu’à l’e'poque où le mauvais goût commençait à s’introduire dans la sculpture, que, pour imiter l’or, on en revêtit les statues de bronze, auxquelles auparavant on attachait autant de prix que si elles eussent etc d’or.

Quoiqu’il y ait quelques erreurs dans ee que Pline dit sur l’or, principalement sur sa pesanteur qu’il croit moindre que celle du plomb, cependant on voit que de son temps on connaissait bien toutes les propriétés qui rendent l’or le plus précieux des métaux. Je n’entrerai pas dans les details très-circonstanciés que donne notre auteur ( 1 ) sur les differentes manières de l’extraire de la terre par le lavage, ou par d’autres moyens qui ressemblent à ceux qu’on emploie aujourd’hui. Dans le sujet qui nous occupe, nous n’avons besoin que de l’or prêt à être employé. C’était, comme à présent, en le faisant passer plusieurs fois au feu que les anciens le portaient au dernier degré de pureté, qu’il acquérait, dit Pline, sans rien perdre de son poids. Dans celte opération, de même qu’aujourd’hui , on se servait du plomb; et il paraît que le tasconium , espèce d’argile ou de terre absorbante qu’on employait pour les creusets, produisait le même résultat que les os calcines dont nous faisons nos coupelles. Mais il est étonnant que Pline dise que l’or, qui résistait au feu de charbon le plus ardent, se fondait à un feu île paille; ce qu’il répète dans un autre passage. L’or ainsi purifie s’appelait obrussa et obnjzum : les Grecs le nommaient ^pvtroç à.7ricpdtiç, ou or qui a été recuit au feu. Celui de Gaule, nommé albicratcnse , passait pour être de la nature la plus pure : il ne contenait qu’un trente-sixieme d’argent.

Les anciens tiraient un grand parti de l’extrême malléabilité et de la ductilité de l’or pour le réduire en feuilles ou en fil; et l’on voit par ce qui nous reste de leurs dorures ou de leurs tissus, qu’ils y employaient ce métal très-pur. Souvent leurs tissus étaient entièrement de fils d’or sans laine: Pline (2) cite la tunique dont se revêtit Tarquin l’Ancien dans son triomphe, et un manteau que portait Agrippine la jeune, comme ayant etc faits île cette manière. Réduit en feuilles, l’or en produisait jusqu’à sept cent

soit que le métal de la statue n’ait pas été' exactement combiné , les résultats qu’ils ont obtenus ne sont pas lout-à-fait d'accord. M. Vauquclin a trouvé que le bronze contenait de 91.477 à 91 .880 de cuivre , de zinc 8.d à 8.5 , d’étain et de plomb de 0.02 a 0.021. L'analyse n'a donné à M. la Billardièrc que 95 de cuivre pur et 5 détain; et M. d’Arcct a obtenu 82.519 de cuivre, 9.196 d’étain, 6.896 de plomb el 1 ,270 de zinc, cl en outre

0.082 d’or et 0.042 d’argent , qui n’étaient qu’accidentellement alliés au bronze. D’après toutes les recherches qui ont été faites sur les différons alliages dont il a été question à la page 65 , il paraît que celui-ci était loin d’être bon, que le zinc y était dans une proportion beaucoup trop faible , et que le plomb y entrait pour une trop forte partie.

( 1 ) Liv. xxxm , ehap. xxi.

( 2 1 Ibid . ehap. xtx

cinquante par once. Ces feuilles avaient quatre doigts en carre : les plus fortes se nommaient bractcœ Prœncstinœ , feuilles de Pre'ncste [ Palestrinc ] , parce que l’on s’en était servi dans cette ville pour dorer la statue de la déesse Fortune, on appelait quœstoriœ celles qui étaient plus faibles. Ces feuilles s’employaient dans la dorure sur les métaux , le bois, le marbre; et les objets dores que le temps a conserves , prouvent que du temps des Romains la dorure était plus forte qu’elle ne l’est chez les modernes : car je ne remonterai pas aux premières époques, où l’on voit par la Bible et par Homère que la dorure était un placage qui devait être très-épais. Mais, outre les feuilles pour dorer, les Romains en avaient aussi de plus épaisses destinées à faire les feuillages des couronnes. On en a trouvé dans les fouilles de Pompéi ; elles sont beaucoup plus fortes que notre paillon. R est aisé de reconnaître qu’elles n’ont pas été faites au laminoir, et l’on y aperçoit les traces des coups de marteau. C’est de ces feuilles que sont fabriques en grande partie les boucles d’oreilles, les fibules et d’autres bijoux que l’on déterre à Pompéi et à Herculanum. Quelquefois, pour leur donner du soutien, on en a rempli l’intérieur avec de la poix ou du mastic; ce qui rentre absolument dans les procédés du spbv. élaton , ou du travail par retreint. Ces feuilles d’or épaisses n’auraient pu servir à dorer ou à plaquer des statues ; il eut été difficile de les appliquer surtout dans les parties bombées. On sait par Pline ( 1 ) que, de même qu’à présent, on dorait sur l’argent et sur le cuivre au moyen de l’amalgame de mercure, ou hydrargyrum , argent liquide : il en indique le procédé. Mais cependant on n’employait plus guère de son temps le mercure que pour l’argent; et par économie, au lieu de se servir de l’ hydrargyrum , qui était rare, on avait recours , pour dorer le cuivre, à d’autres méthodes dont le résultat était moins solide (2).

La dorure des anciens ne faisant pas essentiellement partie de mon sujet, et n’en étant qu’un accessoire , je ne vais la présenter que dans ses rapports avec la statuaire. Je ne dirai même qu’un mot sur les procédés qui ont du être mis en oeuvre pour dorer la statue de Lillebonne , l’un des meilleurs exemples que l’on puisse citer de la dorure antique sur métaux; car on sait que celle des chevaux de Venise, avant qu’on l’eût réparée à Paris, et celle d’un Hercule du Vatican, étaient en trop mauvais état pour se prêter à des recherches exactes. Il n’en est pas ainsi de la statue de Lillebonne, dont une grande partie est très-bien conservée, et où l’or est aussi

(1 ) Liv. xxxiii , ch. xx , xxxii , xlii.

(2) Je suppose l’or au titre de 1000, valant 3444.44 francs te kilogramme , ou (080.0533 francs la livre; 105.35 francs fonce ou 30.59 grammes; 3.444 francs te gramme , ou 0.18.128 centimes te grain.

Si for n’était qu’à 900 , titre de nos monnaies d’or, te kilogramme ne vaudrait que 3100 francs , et l’on n’aurait qu’à retrancher un dixième des valeurs que je donnerai. Mais l’alliage nuit à la malle'ahililè

et à la ductilité' de l’or, et, pour être étendu au degré auquel on parvient par le battage, il demande à être de la plus grande pureté. Quoique l’on ne trouve jamais l’or des anciens à 1000, et qu’il soit presque toujours allié d’un peu d’argent, cependant il est ordinairement pur ou à 1000, à un ou deux millièmes près. La pesanteur spécifique de l’or forgé étant 19.361 7, le poids du pied cube, ou 0.03428 mètre cube, est de 1355 livres 5 onces 60 grains,

intact que s’il venoit detre applique. Il paraît positif qu’il ne l’a pas etc au moyen de l’amalgame. Les diverses analyses n’ont pas produit un atome de mercure; et s’il se fut volatilise, il aurait etc possible d’en reconnaître l’existence. On sait à quel point de précision les habiles chimistes que j’ai cites portent leurs analyses. D’ailleurs la dorure par l’amalgame pénétre

ou GG3. 2405 kilogrammes, et sa valeur, de 2,284,515.52 francs. Le pouce cube, ou 1 9.83G3 centimètres cubes , pèse 12 onces 4 gros 28 grains, ou 383.92 grammes, et vaut 1322.22 francs. La livre romaine était de 12 onces, qui, d’après les nouvelles recherches de M. Letronnc, valaient lOdc nos onces 5 gros 53 grains, ou G173 grains, ou 327.187 grammes; l’once romaine , 7 gros 9.333 grains , on 513.333 grains, ou 27.265G grammes.

Le pied romain , de 12 onces ou pouces , avait 10 pouces 10.772 lignes du pied de roi , ou 0.295 millimètres ; l’once , 10.8979G lignes à 0.000008 près, ou 24.5833 millimètres à 0.0003 près; le dactyle ou doigt, seizième partie du pied romain ou trois quarts de l’once, avait 8.1 7325 lig. du pied de roi, ou 1 8.4375 millimètres. Telles sont les données qui m’ont servi de bases dans les calculs dont j’offre les résultats dans le tableau suivant :

Ta BLE a u comparatif clcs Feuilles d’or chez les Romains avec celles que l'on bat à Paris pour dorer sur le bois ou sur les métaux.

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