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( i ) 11 y avait des feuilles plus faibles ; mais Pline ne dit pas combien on en battait à l'once. Il paraît qu’elles avaient toujours la même grandeur, et que la différence n’était que dans l’épaisseur.
(2 ) Les feuilles d’or de Paris, qu’on appelle au gros, pèsent 30 grains, ou 1.59 gramme les 25 feuilles ou le livret ; il y a 19 livrets 2/jo ou 480 feuilles à l’once. Ces feuilles ont 4 pouces 7 lignes en carré, ou 124.070 millimètres en carré, ou 21 .0070 pouces carrés , ou 153.9351 centimètres; 480 couvriraient une surface de 1 toise 34.02333 pieds carrés, ou 7.38746 mètres carrés. Le tableau offre leur rapport avec les feuilles romaines.
( 3 ) Feuilles dont 25 pèsent entre S et 10 grains ; en prenant 9 pour moyenne proportionnelle , il y en a 1600 a l’once ou dans 30.59 grammes. F.lles ont 3 pouces 7 lignes en carré, ou 97.040 millimètres; ce qui donne 12.840 pouces carrés , ou 97.040 centimètres carrés : 1 600 couvriraient 3 toises 34.6 pieds carrés , ou 15.04430 mètres carrés.
(4) Feuilles de 6300 à l’once et de 4 pouces en carre , 108.280 millimètres , ou de 16 pouccscarrés, ou 1 17.2448 centimètres carrés : 6300 couvriraient une surface de 19.45 t0>scs carrées, ou 73.350 mètres carrés. Ce sont les feuilles les plus minces que l’on fasse.
le bronze, et dans la statue de Lillebonne elle est entièrement superficielle : cette figure doit donc avoir etc dorée à la feuille unie au métal par quelque autre intermédiaire que le mercure. En examinant à la loupe des fragmens, JM . d’Arcety adécouvertde petites raies en différens sens , qui résultent d’une préparation ou d’un léger grattage fait avec le rifloir pour favoriser l’adhérence de l’or sur le bronze. Il a remarqué aussi de très-petites souillures recouvertes d’or : ce qui prouve que l’or était en feuilles ; car , s’il eut été en amalgame , il serait entré dans les soufflures et les aurait tapissées intérieurement sans les masquer. Mais, sans pousser plus loin les recherches sur la dorure de la statue de Lillebonne, je passerai à des considérations d’un plus grand intérêt et qui touchent de plus près à la statuaire.
Le bronze de cette statue s’est trouvé, en général , dans un tel degré d’oxidation , quoiqu’il y eut encore des parties à l’état métallique , qu’il est aussi fragile que du verre. M. Houton-la-Billardière pense, et M. d’Arcet est de cet avis, que c’est l’or dont est recouvert le bronze qui a favorisé et décidé cette oxidation. Ce serait un effet galvanique tel que celui au moyen duquel on décompose l’eau, en mettant en communication l’extrémité en or et l’extrémité en cuivre qui terminent la pile de Volta. L’oxigène de l’eau se porte alors sur le cuivre et l’oxide, tandis que l’hydrogène, n’ayant pas d’action sur l’or, se dégage. M. Vauquelin ne partage pas tout-à-fait cette opinion, et il pense que la présence du plomb et de l’étain dans le bronze a pu déterminer l’oxidation, sans qu’il soit besoin d’admettre l’influence de l’or. Il se fonde sur ce que, l’or revêtant le bronze de la statue sans solution de continuité, il ne pouvait y avoir d’effet analogue à celui de la pile de Volta. Cependant, comme ce savant chimiste ajoute qu’il se pourrait qu’il y eut eu solution de continuité dans l’or de la statue , et qu’en effet il y en avait eu, puisque plusieurs parties étaient brisées ou lésées, il paraît que, cette circonstance étant admise, il se rapprocherait de l’idée ingénieuse de M. la Billardière. Si donc, par quelque événement facile à supposer, l’or appliqué à une statue de bronze vient à être déchiré dans quelques parties, et que l’humidité de la terre fasse éprouver son action au bronze que l’or enle\ é laisse à découvert, alors il peut s’établir un effet galvanique très-puissant qui réduira le métal en un oxide très-friable. Si la statue n’eut pas été dorée , l’humidité et les sels de la terre ne l’auraient pas réduite en cet état : ces agens de destruction n’y auraient produit, selon la qualité du bronze , qu’un oxide qui ne lui eut pas été aussi nuisible, ou, pour parler le langage des antiquaires, il n’en serait résulté qu’une patine plus ou moins belle, et dont la solidité eut dépendu de la combinaison de l’alliage. Cette observation de M. la Billardière est d’un grand intérêt et fort importante : elle montrerait ou ferait craindre le danger qu’il peut y avoir à dorer des statues ou d’autres ouvrages en bronze destinés à être exposés à l’air ou à etre endommages; l’or dont on les lait briller hâtant leur destruction , ces statues peuvent un jour se trouver dans un état d’oxidation qui ne permette pas d’y hasarder la moindre réparation , vu la fragilité de leur métal. D’un autre coté, ce me semble, on répondrait que si une statue de bronze dore était faite de manière à empêcher l’humidité tic pénétrer dans
l'inferieur , et s’il ne lui arrivait aucun accident qui en enlevât l’or, on pourrait avancer qu’elle serait indestructible, puisque l’Iiuinidite n’a pas d’action sur l’or. Ce métal, protégeant alors le bronze qu’il recouvre, contre l’humidite qu’il empêche de l’atteindre, le mettrait a l’abri de toute oxidation , et lui ferait, pour ainsi dire, partager le beau privilège qu’il possède à un si haut degré d’être inaltérable. Je laisse aux savans à discuter
les opinions de M. la Billardière et de M. Vauquelin, et à établir par des expériences le degré de danger qu’il peut y avoir à dorer les statues de bronze exposées à l’air et destinées à passer à la postérité.
L’or se trouve, dit Pline ( 1 ) , presque toujours allié à l’argent, qui y est dans les proportions de f , -5 , 777. Lorsqu’il n’y en a qu’un cinquième, on nomme ce mélange elcctrum. Si la proportion de l’argent est plus forte, le métal est alors moins malléable et résiste au marteau. Il y avait de l 'elcctrum artificiel. Les anciens estimaient beaucoup ce métal , et il en est plusieurs fois question dans Homère. On trouvait que cet or pâle brillait plus aux lumières que l’or et l’argent; et c’était cette qualité qui avait fait comparer son éclat à celui du soleil [ma ixflap\} et qui lui avait mérité son nom. Pline dit que les vases en elcctrum prenaient les couleurs de l’iris ou de l’arc-en-ciel lorsqu’on y mettait du poison, qui y produisait un pétillement comme celui du feu. C’était probablement quand ces poisons contenaient quelque acide, qui, en se dégageant, agissait avec force et rapidité sur les parties d’argent qui étaient à la surface de ces vases. Hélène avait consacré à Minerve, dans le temple de cette déesse à Linde, ville de l’île de Rhodes, une coupe d 'elcctrum ; et l’on dit que ce précieux monument retraçait la forme gracieuse d’un de ses seins, d’après lequel il avait été modelé (2 ).
On donnait aussi à l’ambre jaune ou succin le nom d 'elcctrum; et il se
( 1 ) Liv. xxxm , ch. xxiii.
(2) Je ne puis , au sujet cle cette of fraude de la belle Hélène, m’empêcher d’en citer une du même genre dont il est faii mention dans une belle inscription grecque trouve'e k Caluno près d’Orope en Bc'otie, Copie'e d’abord par M. Fauvc-I , elle a e'tè publie'e pour la première fois en entier «m 1824, par M. Osann , jeune et savant professeur d’archéologie k Ie'na. Le texte contient 52 lignes d’un côte' et 50 au revers de la pierre. M. Osann y a joint un très-bon commentaire (p. 209- 224 du recueil d’inscriptions grecques et latines qu’il publie sous le titre de Si/l/ogc tnscrtptionum antiquarum Grœ-
carum et Latinarum , &c. Darmstadii ,
1 82 i). Te monument , qui faisait partie des marbres de lord Klgin, est actuellement au musée britannique; il n’est qu’indique au n." 303 du catalogue de ce musée inti-
tulé Synopsis. M. Visconti , dans ses lettres sur les antiquités de lord Elgin (p. 153, n.° 32 ) , ainsi que M. Raoul-Rochette dans son ouvrage sur celles du Bosphore cimmérien ( p. 172 ) et dans ses dissertations sur différens sujets d’archéologie ( p. 90) , le citent , mais sans entrer dans des détails. Cette inscription , du second ou du troisième siècle avant Je'sus-CIirist, en dialecte dorique , ancienne langue de la Béotie, a été trouvée, ainsi qu’on l’a vu plus haut, près d’Orope, l’un des trois endroits où Amphiaraüs , célèbre devin d’Argos , rendait des oracles. On sait qu’il était fils d’Oïclée , ou d’Apollon , et d’Hypcrmnestre; qu’il épousa Eriphyle , sœurd’Adraste , dont il eut Alcméon et Amphiloque. H fit partie de la chasse de Calydon et de l'expédition des Argonautes. Ce fut malgré lui qu’il se rendit k la première guerre de Thèbcs,où il fut englouti
pourrait que lorsqu’il en est parle clans Homère, ce fut souvent cette belle substance qu’il désignât par le même nom que l’alliage de l’or et de l’argent. Les anciens avaient beaucoup de goût pour l’ambre jaune, qui, comme on lésait, naquit des pleurs que répandirent les soeurs de Phaéton sur les
avec son char. On invoquait ce héros pour connaître l'avenir , ou pour recouvrer la santé. Outre l’or et l’argent monnayes qu’on jetait clans une fontaine sacrc'c pour le remercier de ses consultations , on suspendait dans son temple la représentation en or ou en argent des parties du corps dont on croyait lui devoir la guérison. Cette inscription est un monument curieux de ces ex-voto nommés a.va.Swfxa.m [anathèmes] par les Grecs. L’ assemblée générale des Béotiens décrète qu’on nommera trois magistrats pour faire le relevé exact de toutes ces offrandes , de leur poids, de leur valeur. Celles qui , étant tombées des murailles où on les attachait , sont en mauvais état, seront fondues, ainsi que les vases que le laps de temps a rendus hors d’usage ; et l’on en refera des vases et des ustensiles pour le service du temple. Les noms des donataires et la désignation de leurs offrandes seront inscrits sur une colonne de marbre. Tel est, en abrégé, le contenu du décret que présente la première partie de cette inscription. Alaligne 15, il est question de la manière dont on traitera les offrandes en argent. On les fera passer au feu , et on en séparera l’étain; ce qui indique que ces ex-voto étaient faits de plaques d’argent travaillées au marteau et appliquées sur un fond d’étain, ou que ce métal était allié à l’argent dans une proportion assez considérable , et qu’on savait l’en extraire pour obtenir pur ce dernier métal. La seconde partie de l’inscription offre l’énumération et les noms des offrandes. Il y en a quarante-quatre en or, dont le poids total est de 1985 drachmes. En supposant l’or à 1000 , et valant 3444.44 fr. le kilogramme , ou 3.44 fr. le gramme , la drachme attique, pesant, suivant M. Letronnc , 4.3G grammes, vaudrait en or 15.10 francs. La valeur totale de ces offrandes ne monterait qu’à 29,804.05 fr. Elfes sont pour la plupart très-légères; et if y en a trentc-unc qui ne
pèsent chacune que de 2 à 9 drachmes.
C’étaient les vases qui avaient employé le plus d’or. Il yen a du poids de 92, de 100, de 144, de 17G, de 183 drachmes : deux petits trépieds en pèsent 813 ; et un autre, 149. II est aisé de voir que ce n’étaient que des ouvrages faits au marteau parles procédés du sphyrélaton ; ce que prouvent encore mieux les représentations de différentes parties du corps offertes en ex-voto. Le sein consacré par Philia ne pèse que 8 drachmes ou 109.98 francs; d’autres parties offertes par différons donataires, et qui, développées , présenteraient à peu près la même surface, sont de G et 8 drachmes; une main en pèse 7. Il y a cependant une grande différence entre deux visages ou deux masques : l’un est de 29 drachmes, tandis que l’autre n’est que de 8. Mais celui-ci pouvait ne représenter que la face, et l’on avait peut-être joint à l’autre une partie des cheveux et de la barbe. D’ailleurs rien n’empêche de croire que l’un des donataires ait été plus généreux ou plus reconnaissant que l’autre , et qu’il ait employé une plaque d’or trois fois plus épaisse. Dans tous les cas, celui de ces deux masques qui pesait le plus n’avait que pour 435.51 francs d’or ; ce ne serait que la 19.88 partie d’une plaque d’or d’un pied carré , ou 0.1055 mètre sur 0.001 d’épaisseur , et l’on n’aurait que 7.24 fois un pouce carré , ou 409. 1G7 millimètres carrés. II eût été impossible avec une aussi petite quantité d’or de fondre un masque de grandeur naturelle, qui n’a pu être travaillé que par rctreint au marteau. 11 en est de même pour les autres offrandes. Parmi celles en argent, qui sont peu considérables , et qui ne consistent en grande partie qu’en argent monnayé ou en petits lingots , je ne m’arrêterai qu’à la dernière, qui pesait 144 drachmes , ou G27.84 grammes, ou i liv.
4 onces 4 gros 15 grains. On donne à cet ex-voto le nom de KTMA : ce motsignilic
bords de l’Gridan. Pline ( I ) ne croit pas à une pareille origine : après avoir discute (ort au long plusieurs sentirnens, il pense rjue le succin se trouvait dans des îles de la mer du Nord , oit on l’appelait glcssum, et que c’était une résine comme celle du pin et la gomme «lu cerisier. C’est a peu (très l’opinion que l’on en a aujourd’hui : elle est «I autant plus probable, que certaines résines, et, entre autres, celle du courbari , arbre de la Guianc , ressemblent tellement à l’ambre par la couleur, la transparence, la dureté, et les insectes qu’elles renferment, qu’on pourrait les prendre l’une pour l’autre. Les anciens faisaient de cette brillante résine des bijoux et de petits objets. Les ruines antiques en offrent quelquefois; et il s’y en trouve meme d’un assez grand volume. Les beaux cabinets de M. le duc de Blacas et «le M. le comte de Pourtalès-Gorgier possèdent des morceaux d’ambre antique, travaillés «le ronde-bosse et en bas-relief, d’une assez forte dimension : le monument de cette espèce que l’on voit dans la collection Pourtalès, porte le caractère d’une haute antiquité. Les grands morceaux modernes d’ambre, tels que ceux du musée de Berlin, autorisent à croire que les anciens, ainsi qu’ils le rapportent, purent en faire des statues pour imiter celles qui étaient en or. D’ailleurs ils n’en indiquent pas la grandeur, quoique Pline cite un morceau qui pesait treize livres [ 8 livres 5 onces 2 gros de notre poids] ; et il est probable que ces statues étaient de pièces «le rapport. Le même auteur dit qu’on attachait un tel prix au succin , qu’une petite figure «le cette substance valait autant que vingt esclaves. Les chapitres xi et xii de son xxxvn.c livre sont très-curieux sur ce sujet.
Il est reconnu que les anciens ont fait un grand usage de l’or «lans leurs statues, et il nous reste à entrer dans quelques détails sur les moiles «l’opération auxquels ils ont pu avoir recours pour exécuter avec ce métal «les figures de toutes dimensions, et souvent même de proportions colossales. Le procédé «le la fonte massive dans «les moules est trop dispendieux et demande une trop grande quantité de métal pour que l’on puisse admettre qu’il ait été fréquemment pratiqué dans la confection «les statues d’or. Cette méthode dut n’avoir lieu qu’à «les époques très-reculées , lorsque l’art était encore ilans son enfance, ou quand il se présentait «les circonstances où l’on se croyait obligé, par cjuelques motifs religieux ou de reconnaissance envers les dieux ou envers les rois , de leur offrir «les statues d’une valeur considérable, et où le prix «le la matière devait être en proportion «les bienfaits que l’on avait reçus ou «pie l’on espérait. A en croire Lucien, dans son Jupiter Tragédien (2), où Mercure assigne d’une manière si plaisante les degrés «le préséance des dieux dans l’olympe d’après la grandeur et la valeur intrinsèque et matérielle de leurs simulacres, il n’y aurait
flot ou vague. Je croirais volontiers que «'était l’image en argent d’une vague qu Afpliiades avait consacrc'e à Amphiaraüs en reconnaissance de quelque naufrage dont il se serait sauve' en invoquant son assistance ; on plutôt cette vague rappelait qii’Alpliiadcs avait dû le réta-
blissement de sa santit à des eaux mine'ralcs qui étaient auprès d’un des temples d’Ampliiaraüs, et dont , suivant Athtmec (t. II , p. 46 ) , les médecins Erasistrate cl Evcbior recommandaient l’usage.
( t ) Liv. xxxvn , eh. xi.
(2) Pag. 281 et 282.
DK LA SCULPTURE.
eu de massives en or que des divinités de peuples barbares, lelles que la Bondis «les Thraces , Anubis, Altis, Mithras, fkc. « Créées par Phidias et » par les plus habiles statuaires, les divinités des Grecs, bien supérieures y sous le rapport de l’art, ne sont, pour la plupart, dit Mercure, qu’en bois, »en marbre, en bronze, et quelques-unes en ivoire. S’il s’en trouve «pii y ont l’air d’étre en or, elles n’en ont que l’apparence et ne sont que » légèrement revêtues de ce métal précieux, et il n’y en a que ce qu’il y faut pour leur donner de l’éclat. « Ce qui prouve , d’une part, qu attachant un grand prix à ce métal dans les statues, on voulait faire croire qu’elles en étaient faites, et, de l’autre, qu’on cherchait à l’employer avec économie, en se bornant souvent à l’appliquer sur un fond d’une autre matière.
Cependant, maigre le trait mordant du critique, on sait par d’autres auteurs qu’à differentes époques on fit en Grèce des statues qui coûtèrent une quantité considérable d’or , et que la beauté du travail rendait aussi remarquables que la richesse de la matière. Parmi les statues qu’on peut croire avoir été d’or massif, je ne citerai que celle d’Anaïtis , déesse de Phrygie, dont parle Pline (t), et qui paraît remonter à une antiquité antérieure à celle «les moules à noyau. Elle ne fut pas travaillée au marteau par les procédés du sphyrélaton , puisque Pline «lit qu’elle était absolument pleine , nulld inanitate , et qu’elle avait été faite avant qu’on en eut exécuté aucune en bronze au marteau ; ce qu’il appelle holosphy raton. 11 est probable qu’ainsi que toutes les statues de ces époques reculées, celle d’Anaïtis était «Irapée; quoique l’on put admettre, d’après l’anecdote rapportée par Pline, qu’elle avait les jambes nues, ou du moins l’une des «leux. Cette idole, pendant la guerre contre les Parthes, avait été enlevée par un soldat d’Antoine; et ce riche butin lui procura une assez grande fortune pour que quelques années après il fut en état de donner un souper splendide à Auguste , qui passait à Bologne. L’empereur, ignorant l’origine de l’opulence de ce vétéran , et lui parlant de ses campagnes , lui «lemanda s’il était vrai que celui qui avait osé porter la main sur la statue d’Anaïtis, eut été frappé d’aveuglement et fut tombé mort. « Vous soupez » aujourd’hui aux frais d’une des jambes «le la «Iéesse, «lit le vétéran; et » c’est à cette capture que je dois tout ce que je possède. » Il me semble que c’est une espèce d’indication que les jambes étaient en partie nues, ou qu’elles pouvaient le paraître , comme celles des figures égyptiennes légèrement drapées. II est à croire que cette statue était de petite dimension. Je la suppose de la grandeur de la jolie Cérès drapée du Vatican, qui, en comptant la plinthe, a 3 pieds 10 pouces 10 lignes de hauteur. En la mesurant au moyen de l’eau, on trouve que son volume est, à très-peu «le chose près, d’un pied cube, ou 0.03428 mètre : elle aurait pesé en or fondu 1348 livres ou G59.84GO kilogrammes; et à raison de 3444.44 francs le kilogramme, ou 1686.0533 francs la livre d’or , elle aurait valu 2,273,7 1 3 francs , somme plus que suflisante pour faire vivre long-temps dans l’opulence le vétéran qui avait enlevé la statue «le la déesse.
( 1 ) Liv. xxxv, ch. xxxiv.
Maigre l’exemple que je viens de citer, et quelques autres qu’on pourrait y ajouter , il est cependant probable que les auteurs anciens nous donnent souvent comme massives des statues qui ne passaient pour l’étre que par la comparaison avec d’autres plus légères, qui, exécutées par le procède du spbvrèlaton, étaient moins riches en matière. On a pu regarder alors comme massives des statues coulées creuses, mais qui, par la nature de l’opération du moulage, meme à noyau , devaient être beaucoup plus épaisses et d’un poids plus considérable que celles qui se travaillaient au marteau ( I ). On peut donc croire avec M. Quatremère de Quiney, dans son Jupiter Olympien , que les anciens ont souvent et presque toujours
entendu par des statues massives en un certain poids convenu, qu’il pense
( 1 ) Désirant savoir exactement re que vaudrait une statue de la Venus de Médicis en or forgé , de l’épaisseur d’une pièce de 20 francs, je l’ai fait mesurer de la manière la plus rigoureuse par un habile géomètre. En y comprenant la plinthe et le dauphin , elle a de surface 23.3G2 pieds carrés , ou 2.4047 mètres carrés. Toutes les courbes ont été réduites et calculées ; et l’on pourra juger de l’exactitude apportée dans ce travail lorsqu’on saura que , la partie droite et la gauche ayant été mesurées séparément , le pied , la jambe , fa cuisse, le bras et la main gauches ont produit 0.47G7 mètre carré, et les mêmes parties de droite, 0.4788, parce que de ce côté quelques lignes sont plus développées que de l’autre , à cause de l’attitude légèrement penchée vers la gauche, et d’ailleurs la différence n’est que de 0.0021 mètre. Voici les résultats que j’ai obtenus :
J’admets que dans cette statue l’or serait partout de la même épaisseur, et qu’il est à 1000 , valant 3444.44 francs le kilogramme et 3.44 francs le gramme ; si l’or n’était qu’à 900 , il vaudrait 3100 francs, et l’on n’aurait qu’à retrancher un dixième de la valeur que nous trouverons. Nous avons vu , pag. 77, le poids et la valeur du pied cube d’or forgé.
Le liait d’une pièce de 20 francs a un millimètre /- ou 0.4873 ligne d’épaisseur. Je dois cette mesure, ainsi que d’au très doeumens, à l’obligeance de M.d’Arcet ; et le nommer, c’est dire qu’ils sont de la plus grande exactitude. Un millimètre et un
or, aurum solidum , celles qui avaient avoir pu être de cent livres ( 2 ).
dixième, ou 0.001 .1, sont contenus 295.31 fois dans un pied ou 0.324.84 mètre.
Ainsi , en divisant par 295.31 le poids du pied cube , on aura 2.24G5 kilogrammes, ou 4 livres 9 onces 3 gros G3 grains, pour le poids d’une plaque d’or d’un pied carré , ou 0.1055 mètre ; et en multipliant 2.24G5 kilogrammes par 3444.44 francs, valeur du kilogramme d’or à 1000, on trouvera que cette plaque d’or vau t 7738. OG francs. Nous avons vu que la surface de la Vénus de Médicis était de 23.3G2 pieds carrés; en les multipliant par 7738. OG, on aurait 180,802.03 francs pour la valeur de cette statue en or au titre que j’ai indiqué et de l’épaisseur d’un millimètre et un dixième. Comme il serait très-possible, en la faisant au marteau, d’y mettre moitié moins de métal et de lui donner du soutien en coulant du mastic dans le creux de la statue , ainsi que le pratiquaient les anciens pour ces bijoux très-légers en or et travaillés au marteau qu’on trouve à Pompe'i, on voit qu’une masse d’or de 90,400 fr. , ou tout au plus de 100,000, suffisait pour faire de ce métal précieux , au moyen du marteau , une statue telle que la Vénus de Médicis. Dans le premier cas , elle aurait pesé 52.410 kilogrammes, et dans le second, 2G.205 kilogrammes.
(2) Pour appuyer son opinion sur l’expression d 'aurum solidum employée par les anciens, M. Quatremère de Quiney allègue un Tait cité par Cicéron (t/c Divi nul. 1. i, e. xxtv ), d’après le récit de Cœlius cl de Silénus. Il v avait dans le
DE LA SCUI.PTl l(K.
Scion le savant académicien, cette quantité' d’or aurait suffi pour une statue d’une grandeur ordinaire. En fixant ce poids, M. Quatremèic lire ses inductions de plusieurs passages des auteurs anciens. Sans ajouter loi à l’existence, du moins frequente, de statues véritablement massives en or, ne pourrait-on pas cependant être plus généreux sur la quantité’ de ce métal précieux (pii suffisait pour faire passer une statue d’or pour massive , oàofôu'mv, 7roiF^pvavv | entièrement en or ) , par opposition avec celles qui u 'étaient (pie dorees ou plaquées en or, ou faites de lames d’or très-minces, auxquelles on pouvait donner de la force au moyen d’une aine ou d’un noyau ! Une statue de la Venus de Medieis, qui n’a que quatre pieds neuf pouces,
temple de Junon Laciniennc , à Crotonc , une colonne en or massif [aurum sulidum ] qu’Annibal voulut enlever; ce dont il lut détourné' par un songe que fui envoya Junon. Le général carthaginois , pour savoir si cette colonne e'tait massive, ou seulement dore'e ou plaque'e, l’avait fait percer ; et avec l’or qu’on retira du trou , il consacra une petite génisse en or.
M. Quatremère croit que cette colonne n’était qu’un cylindre creux de ce métal. Je ne puis être de son avis, cl je pense au contraire quelle devait être massive. H fallait d’abord que l’or qu’on retira du trou produisît un lingot assez fort pour qu’on pût en faire une petite génisse à placer au haut d’une colonne. En supposant le métal de la colonne assez épais, d un pouce, par exemple, et le trou de trépan, d’un demi-pouce de diamètre, y aurait-il eu assez d’or pour faire cette statue , à moins qu’elle n’eût été extrêmement petite? Dans mon hypothèse, on n’aurait eu qu’environ un cinquième de pouce cube d’or, ou une valeur de 2G3 f r. ; la génisse aurait été bien peu de chose. En doublant et même en triplant ces proportions, cette offrande , peu digne de la déesse , aurait-elle sulli pour expier le sacrilège d Annibal ! On ne peut même pas admettre qu’on ait eu besoin de percer la colonne de part en part pour s’assurer si elle était pleine ou vide, et qu’on ait employé l’or retire des deux côtés , puisqu’une fois que le trépan en aurait eu percé un, en arrivant au vide, on se serait aperçu que la colonne était creuse, et il eût été inutile d’aller plus avant, il faut d’ailleurs qu’on n’ait pas pu déplacer
facilement celte colonne ; car son poids aurait indiqué si elle était massive ou vide. Si elle était restée debout et qu’on l’eût percée dans cette position , dans le cas où elle aurait été creuse, une grande partie de l’or enlevé par le trépan se serait perdue sans doute en tombant dans le vide ; ou si elle eût eu un noyau de plomb, ou de quelque autre métal, la limaille en aurait bientôt averti. Je croirais donc que cette colonne formait un gros lingot qui faisait une des richesses du trésor du temple. En lui donnant six pieds de hauteur et six pouces de diamètre, dimension bien suffisante pour que cette masse d’or eût été une magnifique offrande, capable de tenter la cupidité d’Annibal , et qui méritait que la déesse et ses prêtres attachassent un grand prix à la conserver, clic aurait contenu 203G.376 pouces cubes d’or, et vaudrait 2,G79,GG4 francs. La puissante Crotone était assez riche pour que le temple de Junon Laciniennc pût posséder une colonne d’or d’une valeur double de celle-ci , qui cependant me semble convenir au récit de Cicéron , et donner lieu de croire que V aurum soliclum dont il parle dans cette circonstance , est bien une masse solide d’or. Le lingot qu’on aurait retiré du trou que fit faire Annibal dans cette colonne, eût été six fois plus considérable que celui que j’ai supposé d’abord ; il aurait contenu 1 pouce 24G lignes cubes, valant 1578 francs : il eût suffi pour faire, par les procédés du sphyrélaton , une statue de génisse , petite, il est vrai , mais susceptible par sa dimension d’être placée sur le sommet d’une colonne de six piedsde hauteur, et d’\ attirer les regards.
coulée on bronze avec (.unie la légèreté qu’il est possible d’obtenir sans nuire à la solidité, pèse 200 livres; comme la pesanteur spécifique de l’or fondu est à celle du cuivre comme 10.2581 est à 8.7880, si cette statue était fondue en or de la meme épaisseur, elle poserait 438.28 livres. En la supposant coulée , je doute qu’on puisse lui donner moitié moins de force; ce qui porterait encore son poids à 219.14 livres. Peut-être alors serait-il très-diflicile que le métal put pénétrer dans toutes les parties du moule, si on ne laissait entre son creux et le noyau qu’un très-petit intervalle; ce qui aurait d’autant plus d’inconvéniens, qu’une statue, surtout en or, métal qui ne vient pas très-net à la fonte, quelque bien qu’elle ait réussi , a encore besoin d’être réparée , et qu’elle doit avoir assez d’épaisseur pour supporter cette opération , sans risquer d’être percée ; ce qui arrive lorsque le métal est par trop mince; et il l’est déjà extrêmement en certaines parties dans une statue de la Vénus de Médicis en bronze qui ne pèse que 200 livres.
La ressource de travailler ou de repousser au marteau les pièces d’une statue qu’on aurait fondue, n’en diminuerait pas le poids: le métal se trouverait ï'efoulé, plus mince; mais il y en aurait, sauf quelque déchet, à peu près la même quantité en moins d’espace, et la pesanteur serait, à peu de chose près, la même. Il est inutile de faire observer que j’ai pris pour exemple une statue de petite dimension et nue, et les draperies, quelque légères qu’on les coulât, devaient employer une plus grande quantité de matière que le nu. Il est donc plus que probable qu’il y eut peu de circonstances où l’on n’eut pas recours au procédé du martelage ou du sphyrélaton pour faire les statues en or, ou ce qui était de ce métal dans celles dont une grande partie était en ivoire ou en toute autre matière. Par ce moyen, en donnant à des plaques d’or une épaisseur convenable, on pouvait leur faire prendre par le retreint toutes les formes que l’on desirait. Après avoir fait séparément toutes les parties d’une statue , il était aisé de les assembler, et l’on était libre de mettre dans l’emploi de la matière une économie incompatible avec les procédés de la fonte. Au reste , quoi qu’il en soit du poids que l’on donnait ou que l’on pouvait donner aux statues d’or , ce qui est plus intéressant sous le rapport de la richesse d’un pays ou de son luxe que sous le point de vue de l’art, il n’y a rien de particulier à faire connaître sur des ouvrages de ce genre, qui, fondus ou faits au marteau, devaient être exécutés au moyen de la même suite d’opérations que s’ils eussent été de bronze.
L’argent, ce métal le plus précieux après l’or, a trop de rapport avec lui, surtout dans la statuaire, pour que je les sépare l’un de l’autre, et que je passe l’argent sous silence après avoir parlé des statues d’or. 11 s’en faut de beaucoup que Pline ( I ) entre sur l’argent dans autant de détails que sur l’or; en en traitant, il a surtout en vue l’emploi que l’on en fit pour la monnaie et pour toute espèce d’objets inventés par le luxe, qui était monte a un tel point, qu’on fabriquait en argent les lits, les baignoires et les tables.
( I ) Liv. xxxm , c!i. x u ii - i.i v.
Les miroirs de ce métal étaient plus estimes que ceux de Blindes, qui n’étaient que de cuivre allie d’etain. On en faisait de tous les genres, et souvent la bizarrerie y avait beaucoup de part : les uns, à facettes, multipliaient les objets ; d’autres , concaves ou convexes, ou de toutes les formes , changeaient celles des figures.
Pline dit que les Egyptiens ne ciselaient pas l’argent, mais qu’ils le teignaient; ce qui indique que par des préparations particulières, combinées peut-être avec le mat et le bruni, on lui faisait prendre diverses teintes, et que c’était ainsi qu’ils peignaient, pour ainsi dire, leur Anubis sur leurs vases, sans employer la ressource des couleurs. II paraît que pour les statues on préférait l’argent dont l’éclat avait été amorti par l’alliage d’un tiers de cuivre de Chypre, nommé coronarium ( voy. p. 63 ), et de soufre en quantité égale à l’argent. Ce métal est un des moins propres à la fonte; il coule gras, vient mal, et a toujours besoin de beaucoup de réparations. Les auteurs anciens citent quelques statues d’argent , mais en petit nombre. II est probable que si on l’employait moins que l’or à cet usage, c’est que, d’un côté, il n’était pas assez précieux pour le luxe ou pour la reconnaissance , et que, de l’autre, il n’offrait pas assez d’agrément au travail de la statuaire, qui ne lui trouvait ni les brillans avantages de l’or, ni les qualités solides du bronze.
TOREUTIQUE.
STATUAIRE POLYCHROME, C H R YSÉLÉP H A NTINE.
Les considérations auxquelles nous nous sommes livres sur l’emploi de l’or en statues chez les anciens , nous mènent naturellement à jeter un coup d’œil sur les plus brillantes productions de la statuaire , ces ouvrages prodigieux, ces colosses d’or et d’ivoire, dont l’antiquité ne parle qu’avec admiration, et que la beauté’ de leur travail rendait aussi précieux que la richesse de leur matière. Ne les ayant présentés dans l’Introduction que sous le rapport du goût, il convient de les envisager ici du coté de leur exécution , et d’entrer dans quelques détails à cet egard. On ne peut plus contester l’existence d’un grand nombre de statues de ce genre : le fait étant positif , il ne s’agit plus de discuter s’il était possible, mais de rechercher par quels procédés on était parvenu à le rendre possible. Les monumens ne nous offrent rien qui puisse nous guider et nous fournir des lumières pour éclaircir cette question , et les ouvrages en ivoire ou en or que l’on trouve dans les ruines de Pompéi et d’Herculanum ne sont pas de nature, vu leur peu d’importance, à nous être de quelque utilité dans la discussion de ce sujet.
Dans son bel ouvrage sur la statuaire en matières de différentes couleurs, principal objet de son Jupiter Olympien , M. Quatremère de Quincy a enrichi la langue de la sculpture de plusieurs mots qu’il a très-ingénieusement formes du grec, et qui, par leur composition , désignent d’une manière précise les diverses branches de la statuaire à plusieurs couleurs, qu’il nomme polychrome [ de ttdav , plusieurs, et de yyu'ujx , couleur ]. Parmi ces termes, celui tle statuaire chrysclêphantinc indique qu’elle s’exécutait en or et en ivoire [%vmç , or ; i ai (paç , éléphant , ivoire]. Avant de traiter ce qui concerne ces colosses d’or et d’ivoire, il est indispensable de faire connaître l’art qui enfantait ces chefs-d’œuvre : cet art était la Tokeutique.