‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 38 sur 286 · AUX POINTS · texte numérisé non relu

AUX POINTS

Cette machine très-ingénieuse, inventée par M. Gatteaux père, un de nos meilleurs graveurs en médailles, est facile à concevoir : non-seulement elle a pour but de transporter ou d’indiquer avec la plus scrupuleuse exactitude , sur un bloc de marbre ou sur une statue ébauchée ou à retoucher, les points que l’on a marqués sur le modèle que l’on veut reproduire en marbre, mais elle montre encore au sculpteur avec une précision mathématique ce qu’il a de marbre à enlever de son bloc pour arriver en profondeur aux plans des différens points placés sur le modèle. On sait que c’est ce qu’il y a déplus important dans la mise aux points, et qu’il est très- difficile , par les procédés ordinaires, d’obtenir une exactitude rigoureuse pour les enfoncemens ; ce qui dépend et de la moindre oscillation dans les fils à plomb , et de la justesse avec laquelle on mesure, avec le compas ou la sonde, la distance de ces fils à plomb aux points du modèle. Cette machine obvie à tous ces inconvéniens , et ne peut produire aucune erreur dans les mesures ; elle remplace donc parfaitement, dans la plupart des circonstances, les châssis, les aplombs, les opérations de la sonde et du compas; elle abrège le travail en lui donnant toute la justesse possible , et de plus elle a le grand mérite d’étre d’un emploi très-facile.

Cette machine se compose de deux parties séparées ( voxj. pl. 7 ). La première est formée par deux grandes selles cylindriques A B d’environ trois pieds de diamètre , en forme de tambour, d’un pied d’épaisseur , faites de plateaux de fonte ou de forts madriers cerclés de bandes de

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I<m'; elles tournent , dans un plan parfaitement horizontal , sur une base ( d’environ deux pieds et demi de diamètre, sur laquelle elles roulent facilement au moyen de «ralets d’acier. Ces deux selles sont éloignées l’une de l’autre de deux pieds, et la ligne horizontale qu’on ferait passer par leur centre serait parallèle à celle du plan vertical de la machine dont nous parlerons bientôt, et elles en sont à un pied de distance. Par le moyen d’engrenages très-simples D , d’un arbre ou barre de fer E qui va de l’une à l’autre, et d’une vis sans fin F, ces deux selles se communiquent, et tournent en meme temps, et exactement de la même portion d’arc de leurs tambours, à chaque mouvement d’une manivelle ou d’une roue G placée sur le côté extérieur d’une des deux selles ; et ce mécanisme cède à la plus légère impulsion de la main qui le fait agir. C’est sur ces selles que l’on établit d’une manière solide, d’un côté, la figure modèle H où l’on a placé les points, et, de l’autre, le bloc J sur lequel il s’agit de les rapporter. Faisant leur révolution en même temps et du même nombre de parties de deux cercles égaux , il est facile de voir que si ces deux selles supportaient deux figures pareilles et où les points fussent disposés de la même manière, les points de l’une et de l’autre correspondraient sur chaque cercle aux mêmes degrés de la circonférence. II ne s’agit donc que de trouver et de fixer sur le bloc des points qui, sur le cercle qui l’entoure, correspondent exactement à ceux du cercle au milieu duquel est placé le buste ou la statue à copier ; et c’est à l’aide de la seconde partie de la machine que l’on y parvient de la manière la plus aisée.

Cette seconde partie, qui est, à proprement parler , la machine , se compose de deux forts montans perpendiculaires et cylindriques K en fer poli , d’environ trois pouces de diamètre , à cinq pieds l’un de l’autre , et dans un plan parallèle à celui des axes îles supports cylindriques des selles. Fixés par le bas sur des crapaudines L, ils s’élèvent jusqu’aux poutres M du plafond, où ils sont scellés. C’est entre ces montans, assujettis encore par des traverses de fer N qui vont de l’un à l’autre, que se meut verticalement le chariot O ou châssis de la machine. Cette partie est formée de plusieurs autres. Celle du milieu , par le moyen d’un petit appareil de rouages P , d’une chaîne Q fixée fortement en bas et en haut et dont les maillons s’engrènent dans une roue dentée R, et d’un contrepoids S , sert à élever et à abaisser le chariot entre les montans. On le fixe a la hauteur que l’on desire , par un arrêt T qui s’engage dans les dents de la grande roue qui met le tout en mouvement. A la droite de la machine, ou vis-à-vis de la statue à copier, l’extrémité de la traverse supérieure du châssis O' est garnie en contre-bas d’une douille ou pièce de fer cylindrique V , longue d’environ huit pouces , épaisse de trois , et percée d’un trou carre X d’un pouce de large; on fait passer par ce trou une barre de fer Y dont la longueur n’est pas déterminée, et qui finit en pointe trèslongue et très-aiguë. Cette extrémité du châssis tourne sur un pivot en d et en c, au moyen d’une genouillère Z; elle est disposée de manière que la douille V puisse être dirigée à droite ou à gauche par une roue et une vis sans fin. L’appareil de l’autre extrémité du chariot vis-à-vis du

bloc est à peu près semblable à celui que l’on vient de décrire. La pièce de fer V\ percée de meme que l’autre, en suit exactement le mouvement par le moyen d’une barre ** qui va de l’une à l’autre; mais elle est dentée et ajustée de manière à pouvoir tourner sur elle-même comme l’arbre d’un tour. Le trou carré sert de ce cote-ci, comme de l’autre, à placer la barre pointue ou la sonde dont il a été question, ou a la remplacer par un grand foret Y' , que, par le moyen d’un rouage a et d’une manivelle b , on fait mouvoir avec rapidité , mais que l’on est obligé de pousser pour le porter en avant et creuser des trous hémisphériques auxquels leur forme a fait donner par les sculpteurs italiens le nom de concolini ou petites conques.

Voici la manière de se servir de la machine et de la laire agir. Lorsque l’on veut transporter sur le bloc un des points du modèle, on lait mouvoir les selles ; on élève ou l’on abaisse le chariot , et l’on en tourne l’extrémité de droite jusqu’à ce que ce point puisse être atteint par la sonde Y dont il a été question , et qu’on a passée au travers de la douille V : on fait arriver la sonde juste sur ce point, jusqu’à le toucher; mais, par le moyen d’une petite lame de fer-blanc , on en empêche le contact immédiat. Une virole f , qu’on fixe avec une vis , indique la longueur dont la sonde sort en arrière de la douille. On retire cette sonde et on la transporte à l’autre extrémité O du châssis, et l’on voit à l’instant, par l’intervalle entre la virole et la douille V’ , ce qu’il y a de trop de marbre dans le bloc, ou ce qu’il faut en enlever pour pouvoir y placer le point à la même distance du châssis ou à la même longueur de sonde que celle que l’on a trouvée pour le point de la statue modèle. Ici la ligne ponctuée g h (fig. 2 ) indique la différence qu’il y a entre le point i sur le front du modèle et le point g ou arrive la sonde sur le bloc ; ii faudra donc en enlever de g en h pour arriver à la profondeur où ce point doit être placé dans le marbre; et cette ligne g h est égale à g' h', distance de la virole à la douille V, que la perspective de la machine ne permet pas de voir , et que j’ai ponctuée en h' , en présentant ainsi , pour plus de clarté, la même sonde dans les deux positions où elle ne se trouve qu’alternativement dans la suite des opérations.

Si, pour trouver le point, il faut faire tomber beaucoup de marbre, on y procède à l’outil, jusqu’à ce qu’on soit parvenu à une très-petite distance de l’endroit où il doit être placé ; ce qu’indique une nouvelle épreuve que I on fait avec la sonde. On fait alors mouvoir le foret ou trépan ; lorsqu’il a perce son trou , dont le fond ne touche pas encore la place où sera le point, on replace la première sonde, que l’on fait pénétrer jusqu’à ce que le point se trouve à une distance du châssis parfaitement égale à celle qu il y a de l’autre côté entre ce châssis et le point du modèle. Par le moyen de la virole ou de la bague, en éloignant plus ou moins du modèle l’extrémité de la sonde, le sculpteur est maître, s’il trouve quelques parties trop faibles, de conserver dans sa copie plus d’épaisseur de marbre. On sent qu’en plaçant ainsi un grand nombre de points dans tous les sens sur le bloc, ils se trouveront dans la même disposition et à la même distance

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I un de 1 autre que sur le modèle, et, leur éloignement du châssis étant parfaitement le même dans le modèle et dans le bloc, on obtient avec la plus grande exactitude tous les plans, les élévations et les enfoncemens de la statue qu’on copie. En opérant ainsi, il y a beaucoup plus d’économie de temps et de travail qu’en suivant la méthode ordinaire.

Je ne dois pas oublier de faire observer que les sondes et le foret, étant perpendiculaires au châssis , ne peuvent donner que les points qui se présentent dans cette position , et ils ne sauraient atteindre ceux qui sont sur la tête , les épaules, ou dans toute partie horizontale. M. Gatteaux a pourvu à cette difficulté par des barres dont l’extrémité, coudée obliquement dans un plan vertical, est percée en manière de douille (fig. 3, *); on y fait entrer de petites sondes ou des forets, que l’on peut alors diriger sur les points qu’ils dominent, et ils servent à les tracer, à les percer avec le violon et à les fixer. Il y a d’ailleurs dans la plupart des statues , surtout lorsqu’elles sont nues, assises, et qu’il y a des dessous à travailler, des parties que l’on ne peut pas mettre aux points par les moyens qu’offrent les châssis, les aplombs et les machines : c’est à l’habileté et à l’adresse du sculpteur et du praticien à trouver des expédiens qu’ils puissent employer avec succès et que suggèrent les circonstances.

La machine de M. Gatteaux offre encore le grand avantage de pouvoir transposer une statue; c’est-à-dire que, changeant tout l’ensemble et les détails de droite à gauche, on en fait, pour ainsi dire, la contreépreuve. Pour obtenir ce curieux résultat , il suffit de faire un changement dans l’appareil de rouages des selles, afin de les faire tourner l’une à droite et l’autre à gauche; et l’on dispose les sondes et les genouillères de manière qu’elles divergent également, au lieu de se mouvoir dans une direction parallèle. Les points du modèle se reportent alors sur la contre-partie dans un sens inverse , avec autant de justesse et de facilité que dans l’autre opération.

La commission de sculpture de l’académie des beaux-arts, dans sa séance du 23 septembre 1819, après avoir fait au ministre de l’intérieur le rapport le plus favorable sur la machine de M. Gatteaux, exprime avec raison le désir de la voir employer dans les travaux de sculpture commandés par le Gouvernement. L’ébauche et la mise aux points des statues y gagneraient beaucoup sur le temps et sur les frais. Le sculpteur , ayant moins besoin du praticien, dont les honoraires absorbent la plus grande partie du prix payé pour une statue, pourrait se charger de travaux à meilleur marché , et cependant y trouver mieux son compte. 11 y aurait du bénéfice pour lui , ainsi que pour le Gouvernement, qui, par cette économie, se serait bientôt remboursé îles frais d’établissement de la machine, qui pour les statues de six pieds pourraient s’élever à sept mille francs, et à neuf mille pour les figures colossales; et, suivant l’expression de M. Quatremère de Quincy dans son rapport , on réunirait trois grands avantages qu’il est rare de trouver ensemble , la célérité, l’exactitude et l’économie.

On pourrait inventer et l’on a en effet employé plusieurs autres procédés mécaniques pour abréger l’opération de la mise aux points. Les sculp-

tcurs italiens se servent d’un instrument très-simple, qui ne coûte presque rien, que peut exécuter le menuisier le moins habile, et qui permet de mettre aux points un buste ou une statue sans avoir besoin de placer le bloc à cote du modèle et dans la même disposition ; on sc contente, pour lu commodité des mesures , d’incliner fortement en arrière ou de coucher à moitié l’ouvrage à copier et le bloc. Celte machine, si l’on peut donner ce nom à un instrument aussi simple, joint à ces avantages celui de dispenser des châssis et des aplombs. Sa forme est celle d’une double croix, dont la grandeur dépend îles ouvrages auxquels on la destine : pour un buste il n en faut pas une de la même dimension que pour une statue. Quoiqu’il soit important en général que les instrumens soient bien faits , cependant celuici n’exige pas une grande perfection , parce que, servant à reporter , sans autre intermédiaire, les mesures du modèle sur le bloc, il les donne sur l’un delà même manière que sur l’autre. Les châssis au contraire peuvent, malgré toutes les précautions, se déranger; et, le bois dont ils sont faits étant susceptible de travailler par l’action de la sécheresse ou de l'humidité , il peut arriver qu’ils se déjettent, et dans des proportions inégales; ce qui changerait les mesures tracées sur leurs côtés. Ces cadres sont sujets aussi à perdre le parallélisme de leurs plans ; le terrain peut s'affaisser sous le poids du bloc de marbre , lorsqu’il est considérable ; le niveau et les aplombs ne se trouvent plus alors les mêmes , et l’on est obligé de les vérifier et de les rectifier pendant le cours de l’opération de la mise aux points.

La double croix ( voij. pl. 1 , fig. 29 ) consiste en un montant ou une forte règle de bois A B , garnie, vers le tiers supérieur de sa longueur, sur une des faces, d’une pointe d’acier n de deux ou trois pouces de long. Dans le bas est fixée horizontalement une traverse C D , à laquelle , à quelques pouces de chaque côté du montant, sont adaptées des pointes b c pareilles à celle du haut. Une règle E F, parallèle à celle d’en bas, est ajustée de manière à pouvoir, à volonté, couler le long du montant; et à l’une ou à l’autre de ses extrémités , selon le besoin , il y a une autre règle G H qui lui est perpendiculaire , et qui, par le moyen d’une coulisse, peut se rapprocher ou s’éloigner du montant vertical , tandis que la règle horizontale mobile placée entre la pointe supérieure et les inférieures peut s’abaisser vers celles-ci ou s’élever vers l’autre. II est aisé de voir que cette double croix fera l’ofiiee d’un compas à trois pointes, et qu’elle transportera les points du modèle sur le bloc, au moyen de triangles qui leur assigneront leurs places, dont on pourra vérifier l’exactitude, en partant de points déjà reconnus justes, et les prenant pour sommets des nouveaux triangles. Avec le secours du compas, on prend la distance des points du modèle aux côtés des deux règles mobiles qui remplacent les châssis et les aplombs. Les mesures horizontales , verticales et de profondeur, se combinant donc avec la plus grande justesse, indiquent ce qu’il faut enlever de marbre pour pouvoir placer le point. En répétant sur tous ceux dont on a besoin cette opération trèssimple, on les obtient avec une précision mathématique, comme lorsqu’on se sert des carreaux pour copier un tableau; car, au fait, c’est à ce principe mis en pratique dans tous les sens de l’étendue que se réduit

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