MARBRES OU PIERRES DONT IL EST OUESTION DANS LES AUTEURS ANCIENS
On comprenait sous la même dénomination de marmaron en grec , de marmor en latin , mot dont l’étymologie grecque , marmarein [ briller ] , indique l’éclat et le brillant, toutes les pierres plus ou moins dures, susceptibles d’un beau poli , et propres ou à la décoration de l’architecture ou à la sculpture, telles que le marbre, l’albàtre, le porphyre , les granits et d’autres pierres qui, cependant, sont de natures très-differentes. Comme il n’est pas de notre ressort d’en détailler tous les caractères minéralogiques, nous nous bornerons à indiquer ce qui peut aider les amateurs à distinguer à la simple inspection le genre de ces pierres.
Le porphyre. — Le nom de cette pierre prouverait que les premières auxquelles on le donna étaient d’un fond couleur de pourpre [ porplujra en grec] ou rouge amarante foncé. Aussi dans une inscription latine gravée sur du porphyre, et qui date du règne d’Antonin Pic, trouve-t-on que l’on a traduit le nom de poiphyreticœ , qui vient du grec, et que l’on donnait aux colonnes de porphyre, en celui de purpureticæ , qui exprime la même idée en latin et qui rappelait la pourpre [ purpura ]. Le porphyre est très-dur, et ne se laisse pas rayer par le fer; il est plus froid au toucher que le marbre, qui, de son côté, l’est plus que la pierre ou que le stuc; il n’est pas attaqué par l’acide nitrique [eau forte], fait feu au briquet, et est seme de petites taches claires, anguleuses, dans une pâte ou ciment ordinairement d’une couleur foncée uniforme , et qui , leur servant de fond , décide celle du porphyre. Il n’y a pas dans le porphyre, comme dans le granit , de ces parties quartzeuses qui ont une demi-transparence : aussi le porphyre paraît-il à l’œil plus compacte et plus dur que le granit.
Le granit, presque aussi dur que le porphyre, et résistant aux acides, est compose de grains plus ou moins grands, à contours irréguliers, souvent arrondis , de natures differentes , agglomérés l’un contre l’autre sans intermediaire , et dont une partie offre un aspect cristallin , lamelieux ou chatoyant, que n’ont pas les taches du porphyre.
Le marbre fait effervescence avec les acides, est raye par le fer, fait rarement feu avec le briquet; sa contexture, moins serrée que celle du porphyre et du granit, est sans mélangé de pierres d’une autre nature; il n’est translucide qu’en feuilles très-minces , et il se distingue souvent par la variété de ses nuances et leur irrégularité'. ,
L’albÂtre a souvent assez de rapport avec le marbre pour qu’on puisse les confondre : cependant le véritable albâtre oriental , ou albâtre calcaire , de quelque pays qu’il soit , est plus dur que le marbre blanc, le raie, est translucide, même en grande masse; sa cassure est cristalline. 11 offTi ■e , soit blanc, soit coloré, des ondulations, des rubans, des festons, des tourbillons, plus suivis et plus réguliers que ceux du marbre. — L 'albâtre gypseux , tel que celui de Voltcrra, est très-tendre, d’un blanc laiteux, transparent, ne fait pas effervescence avec l’acide nitrique; sa cassure est grenue. — Les brèches sont composées de fragmens de marbres ou de pierres dures , anguleux , plus ou moins grands , liés par un ciment qui forme des veines. — Les brocatelles sont des brèches à petites taches, ressemblant aux étoffes nommées autrefois brocarts; elles renferment souvent des coquilles. — Les poudingucs diffèrent des brèches en ce que leurs fragmens , soit en marbre , soit en pierres dures , sont arrondis; ce sont souvent des cailloux ou silex de diverses espèces, réunis par un ciment de même nature. — Les lumachclles sont formées par un amas de coquilles. — Les marbres coquillicrs , tels que les brocatelles , ne les offrent qu’éparses. — Les marbres madreporiques renferment des débris de madrépores. — Les marbres cipollins sont d’un blanc sale rayé de veines et d’ondulations de talc verdâtre : ces bandes dépendent beaucoup de la manière dont les marbres sont sciés ou débités; on les appelle sciés en passe lorsqu’ils le sont dans le sens de ces bandes , et en contrepasse lorsque c’est perpendiculairement ou obliquement à ces ondulations.
La manière peu précise dont les auteurs anciens décrivent les marbres et les pierres , ne permet que rarement de les reconnaître parmi ceux que nous offrent les monumens : pour plus de facilité, nous les rangerons d’apres les couleurs qu’on semble avoir indiquées , tout en reconnaissant que cette méthode est sujette à bien des méprises.