MARBRES BLANCS CITÉS PAR LES AUTEURS ANCIENS
Marbres. — Du Bosphore , blanc grisâtre. — Conchytc dcMégare, près du promontoire Amphiale , blanc , tendre et mêlé de coquilles ; il parait quon en faisait des statues. — Corali/iquc . il se trouvait peut-être en
D E LA SC U L l* T URli.
Phrygie, auprès du llcuve Coralius ; blanc d’ivoire mat, bans doute trèscompacte. — D' Alexandrin Troasen Phrygie, d’un beau blanc; les morceaux ,|u’on en exploitait n’excédaient pas deux coudées [ environ trois pieds ] : il paraît qu’on l’a nommé aussi Sangarius lapis , pierre du Sangaré, fleuve de Phrygie. — D’Ephesc , très-blanc, tiré du mont Prion ( l ). — Du mont Flymettc, près d’Athènes , d’un blanc grisâtre ; il était célèbre du temps de Xénophon : l’orateur L. Crassus lut le premier Romain qui, l’an de Rome 6G2 [ 92 ans av. J. C. 1 , orna sa maison du mont Palatin de six colonnes de ce marbre, hautes de douze pieds; ce qui le fit surnommer la Vénus Palatine par Marcus Rrutus. — De Lcsbos , d’un blanc jaunâtre; il y en avait aussi de noir. — De Luni, blanc tirant sur le bleu , d’un grain très-fin , selon Pline ( 2 ) : les carrières en f urent découvertes près de Carrare , vers le temps de Jules-César, et firent tort à celles de Parus et du mont Pentélès; il paraît cependant , d’après Strabon (3), qu’elles étaient connues et exploitées avant cette époque. — De Mylasa en Carie , d’un très - beau blanc. — -L 'onyx ou om/chites , trouvé en Cappadoce du temps de Marc- Antoine, paraît avoir été une espèce d’albàtre oriental qui avait du rapport avec le phengite. — De Paros, l’une des îles Cyclades , marbre blanc le plus célébré chez les anciens; Hérodote en parle , et ce pourrait être celui qu’Anacréon appelle lygdinos , en lui donnant le nom de Lygdos, promontoire de Paros : on le nommait lycknite, parce qu’on en exploitait les carrières à la lueur de la lampe [ lychnos ]. C’est sans doute aussi la pierre de Marpesc célébrée par Virgile : il y avait dans Parcs une montagne de ce nom. — Pcntélique , tiré du mont Pentélès , près d’Athènes (4), blanc, trèsestimé : Pline n’en dit rien, quoiqu’un grand nombre des monumens de l’Attique, et, entre autres, le Parthénon et une multitude de statues, fussent faits de ce marbre célèbre , dont nous parlerons encore. Il semble que le marbre du mont Phellius , en Attique, était du même genre. — Phengite , trouve en Cappadoce sous Néron; c’était probablement un albâtre blanc, veiné de jaune, presque aussi transparent que la pierre spéculaire. D’après un passage de Suétone dans la Vie de Néron, il semblerait qu’en appliquant le phengite sur les murailles , on en faisait des espèces de miroirs ou de glaces, et qu’on bâtit avec cette pierre des temples où la lumière pénétrait à travers les murs. — De Phigalic en Arcadie, gris, veiné de rougeâtre.— Poros, ainsi nommé à cause de sa légèreté et de sa porosité; il ressemblait au Paros. Le temple de Delphes et celui de Jupiter à Olympie étaient de ce marbre : le Paros et le Poros sont les seuls marbres grecs dont parle Hérodote. — Synnadiquc , de Synnas ou de Docimium en Phrygie; on le nommait aussi marbre de Phrygie ou de Mygdonie. Le blanc ressemblait a l’alhatre ou à l’alabastrite ; il était très-estimé. Il y en avait aussi, selon Stacc , de blanc et pourpre, à taches rondes et ovales; c’est peut-être la brèche violette. — De Tcos , gris. — De Thasos , blanc. 11 paraît , d’après
(1) Voyez Pvxodore, Tabl. chronolog.
G 12 ans avant J. C.
(2) Liv. xxxvi , cli. i\
( 3 ) Liv. v, ch. xxn.
( 4 ) Voyez Byzcs , Tabl. chronolog'.
G00 ans avant J. C.
Pline, que le blanc de ce marbre tirait sur le jaune. On l’employa dans la sculpture, de même «pie celui de Lcsbos : il était très-recherche" sous Néron et sous Domitien 5 011 en consacra deux statues à Adrien dans le temple de Jupiter Olympien. — De Tyr ou du Liban , très-blanc; il servit à Salomon pour le temple de Jérusalem, et He'rode Atticus en lit un grand emploi.
Marbres JAUNES. — Alabastrites. Une ville d’Egypte, entre Antinopolis et Cynopolis, avait reçu son nom de la grande quantité' de ce marbre qu’on V trouvait. Il e'tait blanc jaunâtre veine, et tirant sur la couleur du miel. Il fut d’abord, selon Pline, nomme' onyx; c’est notre alb.àtre calcaire oriental. Philostrate (l) rend très-bien compte de la manière dont l’albâtre se forme dans des grottes des montagnes dePhrygie, par l’infiltration et le depot des eaux chargées de parties terreuses. O11 faisait de cet albâtre les parties drapées des statues, des colonnes, des vases pour les parfums. O11 trouve souvent dans les tombeaux des vases de cette belle matière ; mais il y a aussi de très- petits vases à parfums en véritable onyx ou en sardoine. — Marbre de Corinthe , jaune. — De Jérusalem. On trouva près de cette ville, du temps de Justinien, un marbre qu’on dit être couleur de feu , sans doute jaune rouge éclatant. — De Macédoine. II paraît que c’est notre jaune antique. — De Mélos ou d’Acynthos, jaune. — De Numidic. II était d’un rouge vif et jaune. On voit que , du temps de Sénèque et de Pline , on cherchait à imiter ce marbre par des incrustations, ou en peignant d’autres marbres. — Schistos , marbre jaune d’Espagne, qui, probablement comme les schistes, se divisait facilement en feuilles.
Marbres noirs. — D’Alabanda et de Milet en Carie, noir, tirant sur le pourpre. — De Chios , d’un beau noir, transparent et marqué de taches de différentes couleurs; la belle villa d’Asinius Pollion, à Sorrente, était, selon Stace , très-riche en marbres de cette espèce. — De Lucullus ou de Numidic, très-beau noir , apporté à Rome, d’abord par M. Lépidus, ensuite par L. Lucullus , qui en fit un tel usage, qu’on lui donna le nom de ce riche Romain. Scaurus orna l’atrium de sa maison de trois cent soixante colonnes de ce marbre, hautes de 38 pieds. — De Lydie. O11 nommait marbre ou pierre de Lydie la pierre de touche ; elle était aussi appelée basanites , d’un mot grec qui signifie éprouver. Cette pierre n’est pas un marbre, mais un basalte. — Le marbre noir du promontoire Ténare en Laconie avait une grande célébrité.
Marbres rouges. — On ne reconnaît pas bien le rouge antique parmi les descriptions de marbres données par les auteurs anciens ; peut-être etait-ce celui de Libye. — Un marbre de Lydie était rouge et blanc.
Marbres verts. — D’ Auguste , vert onde et par taches ; peut-être le vert de mer ou d’Egypte. — De Carystc, tiré du mont Ocha, près de
( I ) Icon. liv. 1 , chap. su,
cette ville d’Eubée. Il était vert ou mélangé de cette couleur ; c’était peut-être le cipollin vert. Mamurra lut le premier Romain qui , du temps de Jules-César, lit venir des colonnes de ce marbre; Herode Atticus s’en servait beaucoup dans ses monumens. — Emeraudes. Il paraît que les émeraudes , ou smaragdes , dont les anciens faisaient des statues et des colonnes, n’étaient que du spath fluor vert, de même que du spath fluor jaune a passe pour de la topaze; peut-être aussi était-ce du verre coloré. On sait que les anciens étaient très-habiles dans l’art de faire le verre , et qu’ils l’employaient même en grandes masses , telles que les colonnes dont Seaurus orna son théâtre. — Du Taxjgète, montagne de Laconie; on l’appelait aussi marbre de Lacédémone : il était vert. D’après ce que disent les auteurs , il a plus de rapport avec le vert poireau qu’avec le vert antique; c’était peut-être \e prasinum. Ce marbre était exploité du temps de Strabon. — De Ténare en Laconie. D’après le même auteur, il avait été employé plus tard que celui du Taygète : il paraît qu’il était vert foncé, presque noir. — De Tibère, découvert sous cet empereur ; il était vert , veiné de raies déliées et très-mêlees : il ressemblait au marbre d’Auguste. — Le marbre de Thessalonique semble avoir été vert, et c’est probablement notre vert antique.
Marbres de diverses couleurs. — Du mont Atrax , sur le Pénée, en Thessalie. II paraît qu’il y en avait de plusieurs couleurs , entre autres de blanc et noir; du vert, couleur de poireau : celui-ci fut employé dans l’église de Sainte-Sophie. — Celtique , noir veiné de blanc ; ce doit être le grand et le petit antique. — De Chios. Théophraste est le premier auteur qui en parle ; il était noir , nuancé de plusieurs couleurs. Une autre espèce semble avoir eu du rapport avec le marbre de Caryste. Pline (l) croit que ce fut de Chios que l’on tira les premiers marbres de plusieurs couleurs, et il ajoute que Ménandre, qui traita avec un grand soin tout ce qui a rapport aux différens marbres , est le premier auteur qui ait parlé des marbres de couleurs variées , et qu’il n’en dit que peu de chose : Pline ne donne pas l’époque de ce Ménandre. — De Jassos, île de Carie , veiné de rouge et de blanc, tirant sur le jaune; on le nommait aussi marbre de Carie. — Le Lesbos était plus pale que le marbre de Chios. — De Proconncse , l’une des îles Sporades, dans la mer de Marmara , qui a du son nom à la grande quantité de marbres | marin or a j que renferment ses des. Ce marbre est aussi nommé marbre de Cijziquc, parce qu’on l’y avait beaucoup employé ; beau blanc , veiné de noir : il devait être dans le genre du grand antique ; il était très-estimé. Le palais de Mausole a Halicarnasse , bâti en briques, était revêtu avec ce marbre. — Celui de Troadc était blanc , tacheté de noir. — De Rhodes, jaune, semé de taches <1 or ou de pyrites ; c’était peut-être une espèce de portor. Le Lysimaclius paraît avoir eu des rapports avec le marbre précédent.
Marbres sans indication de couleur. — D'Albano. — Du mont Cijbelc
( I ) Liv. \xxvi , chap. v