ET E ES TU I L E H IES
Il s'agit d’abord de fixer les limites de l’enceinte du Louvre, que nous donne non-seulement Sauvai , mais que l’on trouve indiquées dans plusieurs anciens plans de Paris. Si les rues qui bornaient le château de quatre cotes, ne sont pas absolument les mêmes qu’autrefois , cependant les changemens qu’elles ont subis dans leurs alignemens, n’ont pas fait disparaître entièrement leur première direction, qu’il est facile de retrouver telle que l’offrent le plan de la tapisserie et celui de l’abbaye Saint-Victor.
A l’ouest [voyez planche 8 1? ) , le Louvre , ou du moins les bâtimens et les basses-cours qui en dépendaient de ce côte" , s’étendaient jusqu’à la rue Froidmanteau , qui sous Philippe-Auguste était encore hors de l’enceinte de Paris, mais qui sous Charles V, y ayant été renfermée, allait jusqu a la Seine en changeant plusieurs fois de direction. Au nord , les maisons de la rue de Beauvais, qui passait sur la place actuelle de l’Oratoire, bordaient les jardins du Louvre, où venaient aboutir la rue du Chantre, celle du Champ-fleuri, aujourd’hui de la Bibliothèque, et la rue du Coq, alors de Richebourg, qui, dans sa largeur, n’occupait pas en entier tout le terrain de celle d’aujourd’hui. Ces rues étant toutes hors de l’enceinte de Philippe- Auguste, il n’en est pas question dans Guillot. Sous ce roi, la rue d’Osteriche ( continuation de la rue de l’Oratoire) était en dedans des murs de Paris ; et sous Charles V, lorsqu’on les eut reculés , les basses-cours du Louvre les remplacèrent, et elles longèrent cette rue d’Osteriche. De là jusqu’à la rue Froidmanteau , on trouve dans le plan de J ai Ilot , qui passe pour exact, et dans d’autres, environ 100 toises, et il y en avait à peu près autant du bord extérieur du fossé du château vers le midi jusqu’à la rue de Beauvais. Telles étaient alors les limites du Louvre, qui cependant ne remplissait pas tout cet espace. L’emplacement qu’il occupait avec ses dépendances, n’était pas tout-à-fait carré; mais il ne s’en fallait que de quelques toises. Sa longueur était dans le sens de la Seine , et sa largeur allait des fossés de ce coté vers la rue de Beauvais. On peut regarder comme des plans imaginaires ceux qu’a publiés le commissaire de la Mare dans son grand et intéressant ouvrage sur la police de Paris. La disposition qu’il assigne au Louvre, est même fausse : il a interverti la longueur avec la largeur, et il place dans ce château deux cours; ce qui ne se trouve dans aucun ancien plan, et ne peut être appuyé sur aucune autorité, ni justifié par l’inspection des localités.
Sauvai, toujours d’après les Œuvres royaux , donne au Louvre Gt toises | de long sur 587 de large. On pourrait croire, au premier aperçu, que ces dimensions sont celles du corps de ce château; mais, en opérant, le compas à la main, et en discutant les autres mesures, on voit qu’il s’agit de la longueur et de la largeur comprises entre les angles des murs de revêtement des fossés. Ce qui le prouve sans réplique, c’est que Sauvai, qui rapporte de grandes étendues à moins d’un pied près, dit que les fossés de la face principale, qui était du côté de la rivière , et ceux du côté opposé, avaient GO toises de long, et les deux autres, 57. Il faut donc que les mesures citées plus haut aient été prises des bords du fossé; car, si c’eut été celles de la masse du chateau , les fossés se seraient trouvés moins longs que les édifices
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(|ii ils bordaient , tandis que leur longueur devait comprendre celle des bâti mens, et en outre la largeur des lusses de chaque cote. S’ils n’ont pas en longueur les Cl toises^, et en largeur- les 58 toises \ de l’enceinte, c’est évidemment parce qu’il y avait, dans les angles, des tourelles ou des guérites , pl. 8 B * , -t- , qui diminuaient ces dimensions que les Œuvres royaux prenaient pour la longueur et la largeur totales, en dehors de ces tourelles , et en dedans pour la mesure qui restait aux fosses. C’est ce qu’expliquent dans le plan les lignes ponctuées * - et * - * *. Ces fosses étaient à fond de cuve; c’est-à-dire qu’ils se rétrécissaient par le bas, ainsi que ceux du château de la Jalousie, dans le roman de lu Rose, vers 3820 : ce qui venait du huit considérable qu’on donnait aux fortes murailles de ce temps-là, qu’on faisait beaucoup plus larges par le bas; on voit encore ce talus aux murs des fosses du donjon de Vincennes. Il est aussi indique' dans les plans du château de Couci ; on le retrouve au château des d’Harcourt à Lillebonne, et dans d’autres édifices de cette époque.
Avant d’entrer dans le Louvre, portons nos regards sur ses dehors. Je ferai observer, d’après Sauvai et d’anciens plans, qu’il y avait près de la Seine, du cote de Paris , une porte appelée la porte du Louvre , parce qu’elle conduisait à la principale entrée de ce château, qui donnait alors sur la Seine. Cette porte, pl. 8 B -H, servait en mente temps de défense; elle était flanquée de tours et de tourelles. On ne saurait mettre en doute que, sous Philippe-Auguste, ce ne fut une entrée de Paris : elle s’appuyait à la forte tour que ce prince avait élevee sur le bord de la rivière, et elle conserva cette disposition lorsque Charles V eut renfermé son palais dans l’enceinte de la ville. Cette tour, connue sous le nom de tour du coin sur la Seine devers Paris , sans rien forcer dans les dispositions de mon plan, s’y trouve placée comme dans celui de la tapisserie, et vis-à-vis celle de Ncsle, dont j’ai indiqué l’alignement par un trait ponctué : ce n’est qu’après avoir tracé mon dessin, et pour en vérifier l’exactitude, que j’ai cherché quelle était la ligne d’axe de la tour de Ncsle, et elle s’est trouvée tomber juste sur le milieu de cette tour du coin.
Parmi les tours les plus célèbres du Louvre et de son enceinte, il est question de celle du V in d al, dont on ne désigne pas la place, et sur le nom de laquelle on ne s’explique pas. On sait seulement que c’était une des plus considérables, qu’elle était sur le bord de la Seine , et attachée à une des basses-cours du Louvre. Le plan de l’abbaye Saint-Victor offre un indice île cette disposition dans la tour qui tient à la porte du Louvre vers Paris. J’en ai profité, et je croirais volontiers que cette tour du coin était en meme temps celle du Vindal , et que ce mot d’ailleurs , qui peut avoir été corrompu ou mal écrit dans les manuscrits, était le meme que celui de vindas , par lequel on désignait un treuil ou un cabestan. Il se pourrait alors que ce fut dans cette tour du Vindal qu’on avait placé la prise d’eau pour remplir les fosses du Louvre. Cette tour, par sa position, se trouve au-dessus du courant par rapport aux fossés; et il est assez naturel que, pour pouvoir être maître des eaux et les distribuer à volonté , on ait fait aboutir dans une forte tour le conduit souterrain qui les portait aux fossés du château, et qui pouvait avoir
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la direction que j’indique par un trait ponc tue. Cette tour était très-importante; car en 141 1 un comte de Nevers en était concierge. On peut raisonner de meme pour retrouver la tour de V écluse, qui retenait les eaux : elle devait être au-dessous du courant de la Seine, eu égard aux fossés; et il est à présumer que parmi les tours qui, sur les anciens plans, bordent la rivière vis-à-vis le Louvre, c’était celle qui était le plus a l’ouest et vers laquelle se dirigeait le conduit souterrain que j’ai tracé de + eu K. Il serait aussi très-possible , et peut-être mieux , sans rien changer aux mesures établies, de changer la tourelle +- en une [tins forte tour basse, qui serait alors celle de l’écluse, et qui remplirait la destination qu’il est convenable de lui supposer, La tour du Vindal, qui contenait et protégeait la prise d’eau, devait être sur le bord de la rivière; celle de l’écluse pouvait, sans inconvénient , être sur le fossé. Sous Charles VI, en 139 1 , elle servit de prison à Hugues de Salluces.
En descendant la rivière, la ligne des fortifications de l’enceinte offrait la tour du bois, qui n’a pas pu entrer dans mon plan , et qui , entourée de fossés et très-forte , servit de prison d’état jusqu’en 1 3 82 qu’elle fut détruite par Charles VI , qui l’avait fait élever la première année de son règne. Elle terminait de ce coté l’enceinte des murs de Charles V. D’après le plan de Saint-Victor , gravé par d’Heulland , il y aurait eu en K une porte, qui devait être la Porte-Neuve, et qui conduisait à Paris, le long de la Seine, et en dehors du mur d’enceinte du Louvre. Le plan de la tapisserie ne donne pas tout-à-fait cette disposition : mais elle est probable etconforme au système de fortification de cette époque ; on se trouvait par-là forcé , pour entrer au Louvre, de faire un long circuit, et de passer par la porte vers Paris. Le château était plus isolé. II avait même , dans cette partie, une double enceinte ; car, dans les plans, à coté de cette principale porte, on en voit une autre plus petite , L. La grande porte H tenait à une des basses-cours du Louvre , et peut avoir particulièrement été destinée au service du château, tandis que l’autre était pour les personnes qui venaient de la campagne. D’ailleurs, un coup d’œil jeté sur les anciens plans et sur l’état actuel du terrain du jardin de l’Infante fait reconnaître qu’il y eut toujours là une différence de niveau , et il est à croire que la partie le long de la rivière était dominée par celle qui était plus près du château. Pour établir cette double enceinte, on profita de l’élévation qu’avait le terrain au-dessus du reste de la rive , beaucoup plus basse alors qu’elle ne l’est aujourd’hui. On se rappelle que, lorsque l’on construisit le pont des Arts, on fut obligé de relever le quai de huit à neuf pieds. Parmi les jolies vues des rives de la Seine gravées avec tant d’esprit par Israèd Silvestre sous Louis XIV, il y en a plusieurs où l’on retrouve cette élévation du terrain sur le bord de la Seine, avec des restes de murs et de tours. Jecroirais cependant volontiers que cette élévation n’existait pas ainsi du temps de Philippe-Auguste, ou qu’elle allait en talus jusqu’à la Seine; car on ne; la voit pas indiquée dans le tableau de Saint-Germain des Prés, 0,1 1 (!u reste, par un défaut de perspective, le Louvre est trop près de la Seine; et Ion sait que sous ce roi il y avait devant l’entrée du château, de ce cote, un grand terrain, libre de constructions, qui allait jusqu’à la Seine .
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et ou se faisaient des joutes. Ce sera Charles V qui, s’aidant de la disposition du terrain, l’aura relevé pour y faire des jardins et établir sa double enceinte. On l’aura borde de demi-tours creuses très-basses, M, qui ne servaient en grande partie qu’à soutenir les terres, quoiqu’elles entrassent aussi dans le système de défense comme des espèces de bastions. Des vues prises par Silvestre sur ce bord de la Seine offrent des tours très-basses qui peuvent avoir été de ce genre, et des restes des anciennes.
Des plans indiquent aussi qu’à la tète du pont du Louvre, de ce coté, il y avait encore une porte, P, qui en défendait les approches. C’était ainsi que celui du donjon de Vincennes était fortifié; et ordinairement la porte, au lieu d’étre en face de celle d’entrée, était pratiquée dans un des côtés de cet ouvrage avancé. Ce château, bâti, de même que la Bastille, par Charles V, devait, dans sa construction et dans plusieurs de ses dispositions, avoir beaucoup de rapport avec le Louvre. A cette porte fortifiée venaient se joindre, à droite, les petits jardins du Roi et de la Reine (levers la rivière et devers Saint- Nicolas, O, P; ils suivaient sans doute les contours des fossés, qui alors les séparaient du Louvre. II est à remarquer qu’il y a toujours eu des jardins dans cette partie , dont l’exposition au midi leur était favorable ; et l’on verra que ceux d’aujourd’hui sont sur le même emplacement que ceux de Charles V et de Jeanne de Bourbon. En combinant le plan du Louvre, tel qu’il pouvait être à cette époque, j’ai cherché à représenter cette partie importante de l’enceinte, de manière à être d’accord avec les indications vagues des plans, avec ce que rapportent les auteurs, et avec les inductions que l’on peut tirer des peintures des anciens monumens français du xiv.e siècle. M ais , dans un sujet où l’on n’est appuyé que par des documens très-incomplets et très-peu certains, il y aurait eu de la témérité à vouloir entrer dans tous les détails. Je me borne à la masse du plan de ces portes, quoiqu’il soit possible , sans trop se hasarder, d’en indiquer la distribution. On sait qu’outre la porte principale il y avait encore en arrière ou une herse ou des guichets, et que, lorsque la première entrée était forcée, on pouvait encore opposer de la résistance en laissant tomber la herse. Cette sorte de clôture était aussi fort en usage chez les anciens ; il s’en retrouve des traces positives dans la principale porte d’enceinte de Pompéi , où se voient encore les coulisses dans lesquelles glissait la herse. Plusieurs anciens châteaux en ont conservé de pareilles, et l’on en remarque tous les détails dans une porte de Château-Thierry, de très-ancienne construction. Il est d’ailleurs impossible de ne pas les reconnaître dans celles que Guillaume de Lorris donne au château de la Jalousie , lorsqu’il dit , vers 3839 :
Si a bonnes portes coulans
Pour faire ceus de fors doulans,
Et por eus prendre et retenir ,
S’il osoient avant venir.
Les fossés du Louvre n’étaient pas tous delà même largeur; ce dont s’étonne Sauvai, et ce qui cependant s’explique facilement si l’on fait attention à leur position. Celui de la façade principale, Q, n’avait que cinq toises et demie,
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sans doute à cause du voisinage de la rivière, de la double enceinte, et pour laisser plus de place aux jardins. Dans la partie orientale, les murs de Philippe-Auguste, très-rapprochès du Louvre, s’ètaient opposes à ce qu’on donnât au lossè,Q', de ce côte, plus de six toises deux pieds; lorsqu’ils furent abattus, on ne l’élargit pas, alin de conserver entre ce fossé et la rue d’Osteriche, qui fut mise à découvert, assez de terrain pour établir les tours et les bâtimens qui faisaient partie de ce qu’on appelait les basses-cours , R, où se trouvait réuni , à la portée du château , tout ce qui dépendait du service.
De même que des habitations de campagne ou de belles fermes, les palais de nos rois renfermaient alors tout ce qui pouvait servir à l’entretien de la maison et de la table du Roi. Elle était ordinairement frugale. Charles V buvait du vin de son cru , que lui fournissaient ses treilles ou ses vignes du château de Beauté près de Vincennes, du Louvre, du Palais dans la Cité, de l’hôtel Saint-Paul , dont le vignoble et les vergers , plantés par Charles V, ont été remplacés par les rues de Beautreillis et de la Cerisaie. Il y avait aussi des vignes aux Tournelles, dont le jardin , de vingt arpens, appartint depuis au chancelier de France Pierre d’Orgemont. Les domaines envoyaient le gibier , la volaille que l’on engraissait dans le Louvre. Aussi trouvait-on dans les basses-cours les galliniers ou poulaillers, la saucerie, l’épicerie, le bûcher, le charbonnier, le garde-manger, l’endroit où l’on faisait l’hypocras, la bouteiilerie ou l’échansonnerie , les celliers ou la cave, la paneterie ou la boulangerie, la pâtisserie , le fruitier, dépendances qui devaient tenir aux cuisines et aux offices. L’écurie, la fauconnerie, la vénerie, la maréchaussée et tout ce qui avait rapport à lâchasse, avaient aussi leurs basses-cours; et l’on cite la tour de la fauconnerie, ainsi que celle de la taillerie , où se confectionnait vraisemblablement et se conservait, de même que dans la lingerie, la fourrerie, la pelleterie et la lavanderie, une partie de ce qui concernait la garde-robe du Roi et de la Reine. Des officiers, dont les places devinrent des charges très-importantes, étaient capitaines ou gouverneurs de toutes ces tours, qui , de même que les autres, faisaient partie des fortifications du Louvre. On a vu de très-grands personnages revêtus de ces commandemeiis. C’étaient eux qui avaient la direction du détail de tous ces difterens services ; ils réglaient les distributions que l’on faisait en vin, en pain et en autres comestibles, aux commensaux du Roi, ou , comme s’exprime Christine de Pisan , à ceux qui recevaient leurs vivres de la maison le Roij , du tonneau le Roy. Par un manuscrit de 1313 , qui donne toutes les rues de Paris , et auquel j’aurai plus tard l’occasion de revenir, on voit cependant que toutes les personnes attachées au service du Roi et des pr inces ne logeaient pas au Louvre, ni même dans les basses-cours ; et Ion trouve, entre autres, que des queux, ou cuisiniers, de la Reine de Navarre et d’autres princes, avaient leurs demeures dans la rue du Champfleuri et dans d’autres rues près du Louvre.
Les plans ne nous offrent aucun document sur la distribution de la partie du Louvre qui renfermait les basses-cours, quoiqu’on en trouve une légère trace dans celui de Quesnel. Les détails dans lesquels entre Sauvai,
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ne peuvent même nous éclairer sur ce point, puisqu’il n’inilique pas les localités. Il parait certain , d’après les plans , que ces basses-cours s’appuyaient vers le nord à une tour , S , et à des restes des murs de Philippe-Auguste. La basse-cour du cote de l’hdtel «lu Petit-Bourbon était une des principales ; et la plus grande, vers la rue d’Osterichc , avait huit toises «le long sur sept toises deux pieds et demi de large. II y en avait de très - petites ; ce dont on peut juger par des plans d’anciens châteaux, où elles n’ont que quelques pieds de large et de long. Je n’ai pas cru devoir ni même pouvoir assigner positivement la place et la forme de toutes ces basses-cours et de leurs tours ; et la disposition «pie j’ai hasardée, sans en donner de détails, ne sert qu’à montrer que l’étendue de terrain entre la rue d’Osteriehe et le fossé du Louvre suffisait pour les contenir.
Du côté du nord , on avait eu le champ libre pour donner au fossé Q" une plus grande largeur. II n’est pas probable que la rue de Beauvais , dont il est question au xm.c siècle , ait existé sous Philippe-Auguste. Il est à croire qu’elle se sera formée lorsque , ce prince ayant donné au Louvre plus d’importance que ses prédécesseurs, on aura peu à peu construit dans la campagne des maisons auprès du château, et le nom de Byauvoir ou Beauvoir que porta d’abord cette rue, dut lui venir des jardins sur lesquels elle donnait et qui lui offraient une belle vue; son nom même serait une preuve que cette rue ne fut établie qu’après les jardins. Dans tous les cas, étant hors de Paris, ainsi que celles «pii venaient la rejoindre , telles que les rues du Coq, du Champ-fleuri, qui traversaient des prés, elle était peu importante, et laissait d’ailleurs entre elle et le Louvre assez d’intervalle pour qu’on ait pu donner au fossé huit toises de largeur, et le border extérieurement d’un jardin, T, qu’on appelait le grand Jardin ou le grand Parc. Depuis une des tours, S, de l’enceinte de Philippe-Auguste, il s’étendait tout le long du fossé, et formait même un retour de six toises sur celui qui était du côté de la rue Froidmanteau. C’est ce qui est rapporté par Sauvai d’après les Œuvres rouaux, et on le trouve d’accord avec les indications conservées par les plans. Ainsi l’on s’est singulièrement mépris, lorsqu’on a cru que ce jardin n’avait que six toises et demie de long sur six de large. En ne lui supposant que ces dimensions, comment eut -il pu contenir les distributions dont Sauvai nous a transmis les détails, et qu’on a de la peine à v faire entrer en lui donnant même beaucoup plus d’étendue ? ce qui est très-admissible; car cet auteur désigne bien les limites de ce jardin du côté de la rue Froidmanteau et vers l’église de Saint -Honore , mais il ne s’explique pas aussi clairement sur sa largeur entre le fossé du Louvre et la rue de Beauvais, dont on connaît l’emplacement d’une manière positive. Elle était au moins à .'H) toises du fossé; et, en admettant que les maisons , du côte du Louvre , en fussent d’une grandeur convenable, qu’il y eut même de petits jardins, et que le tout occupât une quinzaine de toises, il en serait resté encore plus de quinze pour la largeur du grand jardin du Louvre sous Charles V. C’est à peu près la largeur que je lui ai donnée ; mais il se pourrait qu’elle lut plus considérable, et que l«' mur du jardin «u'it fait un des côtes de la rue de Beauvais.
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Ce prince aimait beaucoup les Ileurs, les fruits, le jardinage, et il est probable qu’ainsi que Chiklebert, il s’amusait souvent à enter ses pommiers. Aussi son jardin du Louvre, de même que celui de l’hotel Saint-Paul et les autres, e’tail-il rempli d’arbres fruitiers de toutes les espèces que l’on cultivait alors , tels que des cerisiers de plusieurs sortes, des poiriers, des pruniers, des iiguiers et d’autres, sur lesquels Sauvai donne des details, en en marquant même les prix; et il paraît que c’était au Pont-au-Change que se trouvait le marché aux arbres et. aux fruits. Le potager était très-bien fourni de légumes; il y croissait toute sorte de Heurs, soit en plates-bandes et en bordures, soit en carreaux: on aimait beaucoup alors le romarin, la sauge, la marjolaine, la lavande, la giroflée, les roses. Il y avait aussi de grandes treilles disposées en tonnelle et en pavillon , dont les treillages en losange étaient ornés de fleurs de lis. Ceux des coins étaient alternativement ronds et carrés, terminés par une espèce de clocher surmonté d’une boule dorée et d’une girouette aux armes de France. Il fallait qu’ils fussent assez grands, puisqu’ils renfermaient des bancs de gazon, des sièges, et un préau ou gazon. Au milieu du jardin jaillissait une fontaine, et probablement un jet d’eau. On y voyait aussi une grande volière d’oiseaux rares, et surtout de tourterelles et de perroquets ou papegauts , pour lesquels Charles V avait une grande prédilection : aussi avait-il à l’hôtel Saint-Paul une superbe cage octogone en fil d’archal , peinte en vert, pour son perroquet, et on l’appelait la cage au papegaut du liai ( 1 ). Un sauvoir ou vivier servait à conserver le poisson en abondance. Ce n’était pas seulement sous le rapport de l’agrément que ce jardin était soigné; mais, ainsi que nous l’avons vu, il était d’un grand secours pour la table du Roi. Je ne puis m’empêcher de faire remarquer que la description de ces jardins a beaucoup de rapport avec celle que Pline le jeune nous donne de son Laurentum , et qui se trouve confirmée par les peintures de Pompéi qui offrent des jardins. Dans un très-petit espace, ce ne sont que bosquets , des ifs , des cyprès et d’autres arbres taillés et alignés, des statues et des vignes, de petites allées droites enfermees dans des bordures de buis de toute sorte de formes, et qui laissent à peine la place pour se promener ; ce qui n’empêchait pas Pline et Charles V d’être contens de leurs jardins.
Du côté de la rue Froidmanteau , le terrain , libre en partie, avait permis de s’étendre : aussi le fossé Q'" avait-il 7 toises de largeur, et l’on verra plus bas que j’ai eu des raisons d’en courber la direction à l’extrémité du côté de la Seine. C’était là, selon Sauvai, que se trouvaient placés les établissemens de l’artillerie, U, composés d’une basse-cour où étaient un hangar , a , pour les pièces de canon, un ouvroer, b, ou atelier de l’artillerie, un pavillon de 1 toises en carré, c, et du logement, d, du maître de l’artillerie, qui avait un jardin et des étuves ou des bains. Sa maison , près de la rue Froidmanteau, avait 14 toises de long sur 4 tic large : du moins elle était ainsi en 1391;eten I430on démolit un hôtel, de sept travées de face, à un étage , situé du cote de la rue Siant-Thomas. En distribuant tout cet ensemble
( 1 ) Sauvai , t. 1 1 , p. 28,