‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 71 sur 286 · ET L K S T L'I L E R 1 ES · texte numérisé non relu

ET L K S T L'I L E R 1 ES

France à cette époque, et que cite souvent Christine de Pisan , qui avait une grande érudition et connaissait bien ses auteurs. Je croirais volontiers qu’on ne voulait admettre dans la bibliothèque du Louvre que des exemplaires d’une très-belle exécution, et que peut-être il n’y avait pas d’assez beaux manuscrits des auteurs cités par Christine. Ce (pie j’ai rapporté de la minutie que met Gilles Malet à rendre compte de l’extérieur et de la condition des ouvrages, pourrait faire croire qu’il tenait au moins autant a la richesse matérielle des livres qu’à la valeur de ce qu’ils contenaient.

Si nous suivons la destinée de la bibliothèque de Charles V , nous verrons qu’elle éprouva bien des vicissitudes. Depuis la mort de ce roi en 1380, on ne voit pas qu’elle ait reçu d’augmentation avant 1409. Cependant, si l’on en croit Sauvai , lorsqu’on chassa les J uifs en 1 394, on leur confisqua 114 volumes, qui furent apportés à la bibliothèque du Roi ; mais il parait que ce fait n’est pas prouvé , et cette addition ne se trouve pas dans l’inventaire de Gilles Malet, bibliothécaire à cette époque, et qui n’eut pas manqué de l’ajouter à son ancien catalogue. Si d’un coté la bibliothèque du Louvre s’accrut , en 1409, de 20 volumes que lui donna le duc de Guiennc, fils aîné de Charles VI , d’un autre elle essuya plus d’un échec : dès 1410 , à la mort de Gilles Malet, dont Christine de Pisan fait un grand éloge, il manquait à la bibliothèque 200 volumes que Charles V et Charles VI avaient prêtés ou donnés, ou que quelques princes s’étaient appropriés. En tout il ne restait de l’ancien fonds que 730 volumes, qui, ajoutés aux 20 du duc de Guiennc et à environ 200 de nouvelles acquisitions, ne portaient, en 1 4 1 1, la bibliothèque du Roi qu’à 950 ; ce qui différait bien peu des 909 dont Gilles Malet avait rendu compte en 1373 : encore ces livres n’étaient-ils plus en aussi bon état que lorsqu’ils étaient sous sa garde. En 1423 , après la mort de Charles VI, on fit un nouvel inventaire : il ne se trouva plus dans la bibliothèque du Louvre que 853 volumes, estimés par trois libraires 2323 livres 4 sous, qu’on peut évaluer à 17,932 francs 58 centimes; ce qui porte les livres , l’un dans l’autre, à 21 francs et quelque chose de notre monnaie. Cependant il y a de ces énormes manuscrits remplis de miniatures, qui , ayant coûté quelques années de travail, devaient être d’un prix bien plus élevé, s’ils avaient été faits par des personnes qui n’eussent pas eu pour vivre d’autres ressources que ce travail. On ne connaît l’histoire de la bibliothèque de Charles V que jusqu’àl’année 1429. Le duc de Bedford, regent du royaume, ota la garde des livres à Garnier de Saint-Yon, alors bibliothécaire; il paraît qu’il les envoya en Angleterre, où l’on en a retrouvé qui , d’après la signature de Charles V, avaient du lui appartenir. Scion Boivin le cadet, à qui j’ai emprunté une grande partie de ces détails, il est dit dans les registres de la chambre des comptes que ces livres furent achetés par le duc de Bedford 1200 livres, ou 9257 livres 13 sous, le marc d’argent valant alors 7 livres. Tel fut le sort de la bibliothèque de la tour de la librairie du Louvre, et l’on voit que, formée par trois de nos rois, S. Louis, Jean et Charles V, elle n’a pas obtenu, ainsi qu’elle le méritait par son ancienneté, la gloire de fournir un fonds considérable à la bibliothèque royale d’aujourd’hui, qui n’en possède peut-être

LE LOUVRE

(jiK! quelques volumes. II y en a cependant un assez grand nombre qui ont fait partie de la bibliothèque de Blois, et qui, étant dédiés à Charles V, me feraient croire qu’ils peuvent avoir été d’abord dans celle du Louvre ( ) ).

Tels sont les détails où j’ai cru devoir entrer sur l’ancien état du Louvre. .! ai pris quelque plaisir à m’y arrêter et à chercher dans le beau palais de nos rois des traces et des souvenirs de ce qu’il pouvait être autrefois ; on me le pardonnera sans doute. Si l’on tient à honneur pour un vaisseau célèbre par plusieurs faits glorieux de conserver encore quelques parties de sa première charpente, et si, malgré les ravages des tempêtes et de la guerre, on regarde toujours comme le même bâtiment celui qu’auraient mené au combat, à la gloi re , les Tourville, les du Quesne, les du Guay-Trouin , les Forbin, avec quel intérêt ne doit-on pas parcourir les salles élevées par Philippe- Auguste, par Charles V? Ce sont les mêmes murailles qui si souvent ont retenti de chants d’allégresse en l’honneur du vainqueur de Bouvines; c’est dans cette même enceinte que le sage Charles V méditait avec sa rare prudence les projets qui devaient rendre et conserver à la France son éclat et sa force, et que le bon connétable du Guesclin , Clisson , Boucicaut, venaient suspendre les trophées qu’ils avaient enlevés aux ennemis de la France.

II ne paraît pas que Charles VI ait beaucoup travaillé à l’embellissement du Louvre tel que l’avait laissé Charles V; il ne s’en occupa que sous le rapport des fortifications, et, pour les agrandir, il détruisit le jardin du Roi et de la Reine du coté de la rivière, et, en 1382, la tour du bois, qu’il

( 1 ) Parmi les beaux manuscrits du xiv.c siècle, remplis de peintures, que l’on peut voir à la bibliothèque royale, je citerai comme devant avoir appartenu à Charles V les livres suivans : les Heures de S. Louis; son admirable petite Bible sans peintures. N.os6712, 6715, la Cité de Dieu de S. Augustin , traduite par Raoul de Presle , dèdie'e au roi Charles V, dont il était conseiller et poète. 6718 , les trois premières Décades de Tite-Live , mises en français par François - Pierre Baleux ou Berehorius, prieur de Saint-Eloi , de'die'esau roi Jean, dont on voit le portrait , ainsi que celui du traducteur; ce livre doit avoir appartenu à Charles V. 6719 , première Décade de Tite-Live, traduite par le même, dédiée au roi Jean. 6722, Commentaires de. César, dédies au roi Jean , que la première peinture repre'sente dans la salle du Trône, très-riche, orne'e de buffets ou dressoirs, de statues et de tapisseries. 6723 , deux livres des Histoires de la vie de Jules-César. 6624 , Va/ère le Grand [ Maxime ] , traduit en français par Simon de Hcsdin et Nicolas de Go-

nesse , de'die' au roi Charles V. 6760 , Chroniques de Froissant. 6793 , deux volumes du Roman de Lancelot du Lac, finis le jour de Pâques fleuries, en mars 1344; le t. l.cr et le t. III, cotés 6792, 6794, paraissent être du xm.e siècle. 6802, le livre des Propriétés des choses , dédié à Charles V en 1367: on y voit son portrait et ceiui du traducteur. 6870 , le même , traduit par ordre de Charles V.

6819, la Bible historiaux ou Histoires cscoldtres, traduite par Guiard des MouIins> chanoine de Saint-Pierre d’Aire, en 1294. 6832 , Jean Bocace , Des cas des hommes illustres, 2 volumes, xiv.e siècle. S’il n’est pas positif que ces manuscrits aient lait partie de la bibliothèque de Charles V au Louvre , parce qu’on ne les trouve pas assez, clairement indiqués dans l’inventaire de Gilles Malet, cependant il n’y a presque pas lieu de douter qu’ils n’aient appartenu à quelqu’une des bibliothèques que Charles V avait à Fontainebleau , à Creil et dans scs différons châteaux , et ils suffisent pour nous donner une idée de ce que pouvait être celle du Louvre.

ET LES TUILERIES

avait fait élever, et dont nous avons déjà parle, ainsi que des statues dont Charles VII orna le portail de la grande entrée sur la Seine. Louis XI et Charles VIII habitèrent peu le Louvre, qu’ils ne regardaient presque plus que comme une forteresse dans laquelle on conservait des munitions et des machines de guerre. Sous Louis XII, on s’en occupa peu , du moins comme palais.

Mes recherches sur le Louvre ayant pour but principal les arts et surtout l’architecture et la sculpture, je ne me crois pas oblige d’entrer dans le détail des événemens qui s’y sont passes jusqu’à l’époque ou nous sommes arrivés , en rapportant l’histoire de ce château. Ayant servi de demeure à plusieurs de nos rois , il doit avoir été témoin de contrats de mariage entre différens princes, de traités et d’une partie des grandes transactions qui ont eu lieu à diverses époques , et que l’on trouve au long dans Sauvai et dans Piganiol de la Force, auxquels je renvoie ceux qui désireraient les connaître. Je me bornerai, quand je donnerai la description des salles du 31 usée royal , à parler des événemens qui y ont un rapport direct.

L’époque à laquelle nous sommes parvenus, vit le Louvre changer encore de face ; son architecture devint plus régulière et s’embellit de tout ce que cet art, ramené à un goût plus pur par les maîtres habiles qui l’illustrèrent sous Louis XII , acquit encore de perfectionnement sous les règnes de François I.er et d’Henri II. Les arts brillaient alors du plus vif éclat en Italie ; et la protection que François I.er et Henri II leur accordaient, attirait et naturalisait en France les artistes italiens et leurs chefs-d’œuvre. Si d’abord ils se présentèrent comme des maîtres , bientôt aussi les élèves qu’ils formèrent purent souvent devenir leurs rivaux. Fixés dans leur nouvelle patrie, les arts retrouvèrent dans la magnificence et le goût éclairé de nos rois toute la faveur et le zèle qui les élevèrent à un si haut point à Florence et à Rome sous les Medicis ; et ces arts régénérés, se rappelant les temps fortunés de l’antique Grèce, crurent voir en France briller de nouveau pour eux les siècles de Périclès, d’Alexandre le Grand, des Ptolémées et d’Auguste. A entendre cependant quelques écrivains étrangers, cette France n’eut été qu’une terre étrangère aux arts , où ils ne vivaient ou ne végétaient qu’à regret , ainsi que des plantes exotiques arrachées à de plus beaux climats. 3Iais il faut bien qu’elle n’ait pas été considérée ainsi dans les beaux temps de l’Italie; car des maîtres tels que Léonard de Vinci, Primatice , le Rosso , Paul-Ponce Trebati , Benvenuto Cellini , Nicolo del Abbate, dont l’Italie ne prononce les noms qu’avec respect, auraient-ils abandonne leur patrie, cette terre chérie des arts , pour venir dans un pays dont la fatale influence eut refroidi leur imagination , et , pour ainsi dire, paralysé leur talent.' Pourrait-on supposer que le vil appât du gain, ou l’espoir de quelques honneurs, eut pu les décider à sacrifier ainsi leur gloire? Recherchés par des papes tels que Jules II et Léon X, par les Médicis, les Farnese , et par toutes les plus illustres maisons souveraines de l’Italie , comblés de distinctions dans leur belle patrie, ils venaient cependant en chercher une nouvelle en h rance, ou les retenait encore plus par sa bienveillance que par scs largesses ce roi tout-à-fait Français , qui , dans sa générosité

envers eux, ulluit toujours au-delà do ses promesses et de leurs espérances. \Te pouvant plus se détacher d’un souverain dont ils recevaient un si bienveillant accueil, ils vivaient honore's de scs bienfaits et mouraient heureux entre ses bras.

Si Jules II et Leon X, dans leurs règnes si courts et si brillans pour les arts, ont ajoute à la beauté de l’Italie par la découverte des monumens et des statues antiques, n’était-ce pas leur propre pays qu’ils enrichissaient, et l’Italie, sous le rapport des arts, ne devait-elle pas beaucoup de reconnaissance à François I.er, à un prince étranger qui favorisait ces précieuses découvertes par les acquisitions qu’il faisait et qui, sans appauvrir un pays , mine inépuisable de monumens, répandaient au loin l’amour des arts et leur offraient des guides? Ne pourrait-on pas ajouter d’ailleurs que, par la protection que François I.or accordait en France et en Italie aux arts et aux artistes, il avait, pour ainsi dire, acquis le droit de partager avec Rome les admirables débris de l’antiquité? Ou bien il aurait fallu qu’on n’en sentît pas alors tout le mérite, puisqu’on souffrait qu’il enrichît ses palais de chefs-d’œuvre d’une beauté comparable à celle de ce que l’Italie conservait de plus estimé; et que c’était pour ce grand prince, le père des sciences et des arts , que les peintres et les sculpteurs les plus célèbres de Rome et de Florence exécutaient leurs plus beaux ouvrages.

Le Louvre, tel que le trouva François Ier, avait été très-négligé depuis long-temps, et il n’offrait pas une habitation digne du goût et de la grandeur de ce monarque. Lorsqu’en 1539 il voulut y recevoir Charles- Quint, on fut oblige de faire à ce château de grandes réparations, pour pouvoir y déployer une magnificence digne des deux souverains. Il y eut des changemens nécessaires dans la disposition des principaux appartemens; on abattit même plusieurs parties de bâtimens, probablement la porte du Louvre du côté de Paris, pour établir des lices où l’on donna des joutes et des tournois sur le bord de la rivière. Enfin de grandes dépenses mirent ce château en état de loger Charles-Quint et sa suite, le Roi et la Reine, le Dauphin et la Dauphine, le Roi et la Reine de Navarre, les enfans de France, le cardinal de Tournon, le connétable Anne de Montmorency et la duchesse d’Etampes. II est vrai que, par le détail des pièces de leurs appartemens, oji voit qu’alors les princes se contentaient de Iogemens assez modestes. Les Œuvres royaux, cites par Sauvai, et qui étaient remplis des détails des frais que coûta cette réception , rapportaient, pour en donner une idée relevée, qu’on avait doré toutes les girouettes du Louvre, et qu’on avait attaché des chandeliers de laiton aux murs des escaliers, des salles basses et des antichambres du palais ; mais peut-être la matière avait-elle acquis de la valeur par le dessin et la ciselure de Benvenuto Cellini. Ce fut probablement aussi à son talent que l’on dut un Hercule en argent de t; pieds de haut, qui plantait en terre avec effort deux grandes colonnes du même métal, statue qui fut offerte à Cluirles-Quint par le prévôt des marchands.

La principale entrée du Louvre ne fut plus sur la Seine ; on la mit du côté de Saint-Germain l’Auxerrois. 11 est cependant probable qu’on

ET LES TUILERIES

laissa cette porte telle qu’elle était sous Charles VI, et c’est du moins ce que l’on peut inférer du genre d’architecture de cette entrée, qui existait encore du temps de Sauvai, et dont nous avons parle p. 283. Ces changemens , qui notaient que partiels , donnèrent à François I.er Fidec* d’en faire de plus considérables , et de rebâtir le Louvre sur un nouveau plan En 1 o2 , , pour dégager la cour et rendre du jour aux appartemens , on avait déjà détruit la grosse tour, et plusieurs autres depuis eurent le même soit . cependant, selon Sauvai, il en existait encore six en 1724 ; mais il n indique pas leurs places. En combinant ce qu’il rapporte avec ce qu’on trouve dans des plans, on voit que ces tours devaient être celles du coin vers le grand jardin, et les autres de ce coté jusqu’à la tour du coin sur la rivière. Quant à la grosse tour, lorsqu’on la démolit, il fallut, à partir du 28 février 1527, quatre mois pour terminer ce pénible travail; il fut entrepris par Jean aux Bœufs, couvreur ordinaire du Roi , et on le lui pava 2500 livres, qui feraient aujourd’hui 10,188 francs 18 centimes, le marc daigent \alant alors 13 francs 5 sous. Quoiqu’on eut aplani le lieu où s élevait la tour de Philippe-Auguste, les traces en subsistèrent pendant long-temps, et le terrain était plus bas que le reste de la cour. Plus de cent ans après, il y avait en cet endroit une espèce de creux où les eaux croupissaient, et qui existait encore en lG20ou 1640; on ne manquait pas de croire parmi le peuple qu’il y avait là un abîme sans fond. Si l’on creusait dans cet emplacement , il est assez vraisemblable qu’on trouverait encore des restes des immenses fondations de cette tour, qu’on peut croire, vu leur solidité, n avoir pas été arrachées entièrement.

Nous voici à la seconde époque du Louvre, qui , depuis les temps les plus reculés, et depuis Philippe-Auguste et Charles V, avait reçu bien des accroissemens dans son ensemble, bien des modifications dans ses distributions et dans ses destinations , mais qui cependant, ayant toujours conservé la même forme générale, servait à nos rois alternativement ou tout-à-Ia-fois de forteresse et de château. Cet antique manoir va changer entièrement de face, et n offrira presque plus rien de son ancien état. François I.er donnait tous ses soins aux embellissemens de Paris ( 1 ) ; son goût éclairé pour les arts, tandis que les Médicis les faisaient fleurir en Italie , les encourageait en France par la faveur qu’il leur accordait et par sa libéralité ; et les artistes italiens , accueillis, comblés de biens et d’honneurs en France, ne croyaient pas avoir changé de patrie. Voyant les grands changemens qu’exigeait le Louvre, et les difficultés qui s’opposaient à leur exécution, François I.cr résolut de 1 abattre en grande partie et de le reconstruire sur un nouveau plan ; et

( 1 ) On voit, par ses ordonnances , qu’il veillait se'vèrement a la propreté de Paris : des tombereaux fermés emportaient les immondices considérables que l’on était obligé de réunir devant les portes des maisons; les servantes étaient tenues de balayer les rues, et il paraît que, dans certaines rues , il y avait un ruisseau d’eau

courante où elles portaient les moindres ordures dans des paniers , et qui les entraînait à la rivière. François I.er, dans sa sollicitude pour Paris , ne permettait pas que les maisons fussent trop élevées , et qu’on détruisît les jardins , qu’il regardait avec raison comme un moyen de salubrité pour une grande ville.

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