I. E LOUVRE
au lait, il est plus facile et presque toujours plus avantageux de refaire un édifice que de raccorder d’anciennes constructions avec de nouvelles.
On n’ est pas bien d’accord sur l’époque à laquelle commencèrent les travaux du Louvre sous François I.er, ni sur l’architecte qui fut d’abord charge de les exécuter d’après les projets du Roi. Selon les uns, ce fut en 1528 qu’on mit la première main à cette grande entreprise, et Pierre Lescot fut l’architecte à qui on la confia ( 1 ) ; mais cette date , ainsi que le fait observer d’Argenville, est difficile à concilier avec l’àge de Lescot, qui , né en 1510, n’avait alors que dix-huit ans , et eut été bien jeune pour avoir acquis assez de talent et mérité assez de confiance pour être mis ù la tète de travaux d’un aussi grand intérêt. D’autres auteurs, et parmi eux d’Argenville, croient avec plus de raison que les premiers travaux n’eurent lieu qu’en 1539 , ou meme en 1541 : Lescot avait alors vingt-neuf ou trente-un ans; à cet âge, et dans toute la force de son talent , il pouvait concevoir et diriger des plans importons. Cependant cette époque, pour être admise, éprouve encore des difficultés.
Quoique François I.cr tînt beaucoup à ses projets sur le Louvre, et qu’il y fit de grandes dépenses, cependant les travaux ne prirent pas sous son règne un grand développement, et l’on fit tomber plus de l’ancien château qu’on n’en éleva du nouveau. II paraît que l’on s’occupa surtout de la grande et belle salle des gardes ou des antiques, connue aujourd’hui sous le nom de salle des Caryatides, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, et sur laquelle nous entrerons encore dans quelques détails, lorsque nous décrirons les salles du Musée royal. II suffit, pour le moment, de savoir qu’une inscription placée au-dessus de la porte apprenait que, bâtie par François I.er, cette salle avait été, en partie , ruinée par le temps, vctustatc collapsam , et
( 1 ) Voyez, sur cet architecte, d’Argenville et l’article de M.Quatremère de Quincy dans le Dictionnaire d’architecture de V Encyclopéclie méthodique. 11 est bien singulier que Milizia , Mcmoric dcgli architctti , en donnant pour titre à un de ses articles les noms de Pierre Lescot et de Jean Goujon, ne dise que quelques mots insignifians sur celui-ci, et pas un seul de Pierre Lescot. Dans les autres endroits de son ouvrage où il est question du Louvre, à peine mentionnet-il ce grand architecte. 11 est vrai que cet auteur ne traite guère mieux Jean Bullant, Androuetdu Cerceau, tandis qu’il parle, et souvent au long, d’architectes qui méritent à peine d'être cités. Il paraît que la famille des Lescot était très-ancienne à Paris; on trouve plusieurs personnes de ce nom dans un très-curieux manuscrit de 1313, qui est à la bibliothèque royale. II contient toutes les mes de Paris d’alors ,
ainsi que les principaux habitans qui y demeuraient , et la somme dont chacun contribua pour payer une somme de 10,000 francs [ 197,856 livres , le marc dament valant alors 2 livres 14 sous 7 deniers ] que la ville de Paris donnait à Philippe le Bel. Ce manuscrit mériterait d’être publié; il est très-précieux pour les anciennes familles de Paris et pour l’origine de leurs noms. Parmi plusieurs Lescot inscrits dans le registre , j’en trouve un rue du Champ-Henri [ de la Bibliothèque ] près du Louvre, il côté de celle de Jean Saint-Denis, qui, quelques siècles après, en 1806, a reçu le nom de Pierre Lescot, en l’honneur de ce célèbre architecte. Il serait assez singulier que cet ancien Lescot eût été un de scs ancêtres, et que cette famille eût ainsi habité pendant des siècles près du Louvre, qu’un de ses desccndans devait embellir un jour.
ET LES TUILERIES
rétablie par Henri II , (Je 1548 a 1556. Il y aurait eu bien peu de distance de 1539 ou 1541 à 1548, pour que les ravages du temps eussent oblige à reparer cette salle , ou il faudrait qu’elle eut etc bien mal construite ; et peuton supposer ce defaut de solidité dans les ouvrages d’un architecte aussi habile que Lescot, dont les travaux faits depuis plus de deux cent soixante ans subsistent encore intacts? Il serait plus probable que l’ancienne salle basse et les chapelles de Charles Y furent réparées et qu’on en changea la distribution , ou meme qu’on les transforma en une seule salle, en 1528 ou 1529, ainsi que l’indique Corrozet ( p. 1 60 verso ) , et que , le temps l’ayant endommagée, elle fut reprise en entier en 1548 par Pierre Lescot (1 ). Au reste, dans cette supposition , qui donne vingt ans d’existence à cette salle, au lieu de dix lorsqu’elle fut restaurée , on ne peut s’empêcher de trouver que c’est encore un espace de temps bien court pour qu’on puisse comprendre le vetustatc collapsam de l’inscription, et admettre que, de vétuste, cette salle tombait en ruine : vingt ans sont bien peu de chose pour un bâtiment en pierres de taille; c’est sa première jeunesse. Tout ceci me confirme dans l’opinion que cette salle avait fait partie des constructions de Philippe-Auguste. Existant depuis plus de trois cents ans en 1528, elle pouvait avoir besoin de réparations assez grandes pour qu’on ait attribué à François l.er de l’avoir construite, et cette restauration, n’ayant pas été faite comme le demandait l’état des murailles, n’aura pas eu toute la solidité nécessaire. Le temps continua d’y exercer son action destructive , et , vingt ans après avoir été refaites , les voûtes purent menacer de tomber de vétusté; il ne faut donc pas dater cette vétusté de l’époque où cette salle fut réparée par François I.er, mais de celle où elle fut construite par Philippe-Auguste.
Quoi qu’il en soit, ce fut Pierre Lescot qui, sur la fin du règne de François I.el et sous celui d’Henri II, fut chargé des plans et des travaux du Louvre. Il est à regretter qu’il n’existe plus aucun de ces plans , ni même de ceux qui furent faits sous Henri IV : on ne les connaissait déjà plus du temps de Sauvai , qui pense qu’ils avaient été égarés par négligence ou supprimés par malice; il ajoute cependant qu’ils furent en partie suivis par les architectes qui succédèrent à Lescot. Cet habile homme, de la famille d’Alissy, et dont on ne connaît pas la ville natale , avait reçu de la nature toutes les qualités qui peuvent produire un architecte de mérite, le génie des conceptions grandes, riches et sages, et le talent de les exécuter : aussi contribua-t-il à faire faire en France des pas rapides à l’architecture , et à lui imprimer un caractère plus pur et plus rapproché de l’antique que celui qu’elle avait eu jusqu’alors. Ce n’est cependant pas Lescot qui le premier, ou le seul, rendit en France , à cette époque, de si grands services à l’architecture , et à qui l’on puisse faire l’honneur de le regarder comme le restaurateur des principes des anciens. Déjà Bullant, par d’heureux changemens, s’était acquis des droits à sa reconnaissance, en élevant, avant 1540 ,
( 1 ) Il est fâcheux que Corrozet, qui vivait à cette époque et dont l’ouvrage finit en 1559, ne nous ait pas laisse' plus de de'tails sur ce qui regarde le Louvre sous François I.cr et Henri IL
L E LO U V R E
Ecouen. S’éloignant , sans l’abandonner entièrement, cia système ou delà manière gothique de bâtir en vogue avant lui, et se prêtant dans certaines parties au goût qui régnait encore , il s’était rapproché de l’élégante et noble simplicité de l’architecture grecque, quoique souvent il ressemblât à ces néophytes qui, après avoir embrasse avec ardeur une autre religion, sont parfois ramenés par quelques souvenirs vers le culte qu’ils ont quitté. On peut considérer les ouvrages de lîullant comme formant la transition du goût gothique à une architecture plus pure dans son ensemble et mieux motivée dans scs détails. Ce n’est pas aussi que ce bel art, avant Bullant et Lescot, n’eut eu de grandes obligations à Juste de Tours et à Jean Joconde de Vérone, qui , sous Louis XII, avaient commencé à l’épurer et à le faire sortir de l’état de désordre où il était resté jusqu’à cette époque. Ces architectes laissèrent de beaux témoignages de leurs talens et de leur goût , qui tient cependant encore un peu du gothique, le premier dans le mausolée éleve à Louis XII, et le second dans le pont Notre-Dame, et dans le beau château de Gaillon, qu’on lui attribue et qui peut avoir été fait sur ses dessins. Elevé par le cardinal d’Amboisc, ce superbe monument attestait son goût et la protection qu’accordait aux arts ce Mécène des artistes, ce digne ministre du bon roi Louis XII ( 1 ).
Les talens de Lescot lui avaient mérité de grandes faveurs ; il devint chanoine de la cathédrale de Paris ; François I.cr lui donna l’abbaye de Clagny près de Versailles et celle de Clermont, et souvent même dans les anciens écrivains , entre autres dans Vigenère , il n’est désigné que par le nom de Clagny. Lescot fut conseiller des i'ois François I.cv, Henri II , François II, Charles IX et Henri III. Pour que la beauté de la sculpture, dans le monument qu’il allait élever à la gloire du Roi, de la France et des arts, répondit à la magnificence de l’architecture, Lescot s’associa dans les travaux du Louvre Jean Goujon, le plus habile sculpteur français de cette époque, et sans doute l’un des plus gracieux qui aient existé depuis la renaissance des arts, et dont le talent était le plus en harmonie avec les riches conceptions de l’architecture. L’abbé de Clagny eut aussi recours à Paul Ponce, dont le ciseau vigoureux et les compositions nobles et fières rappellent le style de Michel-Ange, et permettent de croire qu’il fut élève de ce grand maître, dont il suivit les principes. La réunion d’artistes de ce mérite devait produire d’heureux résultats, et la partie du Louvre qu’on leur doit, prouve à quel point de beauté ils auraient porté ce palais s’ils eussent pu le terminer.
D’après le plan ordonné par François I.cv et conçu par Lescot , le Louvre devait, selon Sauvai, former un édifice carré qui renfermait une cour de 32 toises ; ce n’était pas le quart de la grandeur qu’elle a aujourd’hui.
( 1 ) Sur Jean Joconclc, homme extraordinaire , qui rendit de grands services à l'architecture, à la littérature, aux antiquités, voyez Vasari , t. X , p. 40, et la préface de Guili. délia Vallc ; Mili'/.ia , t. 1, p. 222; M. Quatrcmèrc de Quincy, Dic-
tionnaire d’architecture de Y Encyclopédie méthodique , au mot Giocondo. Voyez le même ouvrage pour Jean Bullant ; il n’y est pas question de Jean Juste de Tours. M. le comte Cicognara , Storia ixc. t. IV, p. 420, en parle avec eloge.
Mais je crois que cet auteur se trompe; car on eut alors diminue la cour du Louvre de Charles V, cjui , comme nous l’avons vu , avait 3 1 toises ' de long sur 32 toises 5 pieds «le large, et il est très-probable qu’on ne changea rien à ces dimensions. Il se trompe encore lorsque, page 20, il dit que la cour aura G4 toises en œuvre. A la manière dont cette phrase est placée , on croirait qu’il s’agit de l’époque de François I.cr; ce qui ne se peut pas. Ainsi Sauvai a en vue la cour du Louvre quadruplée par Louis XIII et Louis XIV, et l’on verra que cette mesure est encore fautive ; car la cour d’à présent, dont la longueur et la largeur sont en sens opposé de ces dimensions dans celle de Charles V, a G4 toises de long sur G3 de large. La partie du Louvre de Lescot tournée vers l’onest se terminait au nord par un pavillon qui allait jusqu’au milieu de celui de l’horloge. Il n’est pas hors de propos de faire remarquer que dans le plan de cet architecte les tours rondes de Raimond du Temple furent remplacées par des pavillons carrés, qu’on disposa plus régulièrement que les tours, et auxquels on donna moins de saillie. Du côté de la Seine, l’extrémité orientale de cette façade répondait à la moitié de celle d’à présent ; mais cette partie de l’édifice avait beaucoup moins de profondeur qu’elle n’en a actuellement ( voyez l’ancien et le nouveau plan, pi. 9 et 11 ). Le mur de cette aile, ainsi que je crois l’avoir prouvé, page 277, a appartenu en partie au Louvre de Charles V, et c’est aujourd’hui celui qui sépare les grandes salles du Musée royal des antiques, du côté de la rivière, d’avec les petites qui donnent sur la cour, et qui formèrent les appartemens de Catherine de Médicis. Je me borne à les indiquer, devant y revenir lors qu’il sera question des différentes parties du Louvre. On voit, par un plan d’Androuet du Cerceau de 1570 ( v oij. pl. 9 ), que Lescot ne termina que les deux ailes dont nous venons de parler. L’entrée principale du palais n’était plus , comme autrefois , sur la rivière ; elle fut mise du côté de Saint- Germain l’Auxerrois : on ignore la disposition que lui aurait donnée Lescot. François I.er ne reconstruisait pas le Louvre en entier; il l’agrandissait en quelques parties, ou plutôt, en y mettant de la régularité, il embellissait le palais vénéré de Philippe-Auguste et de Charles V. Les nouvelles constructions que l’on y ajouta furent obligées de se régler sur ce que l’on conserva des anciennes, à l’ouest et au midi. Ainsi Michel-Ange, en projetant le plan de Saint-Pierre, respecta l’ancienne et petite basilique, qui devint, pour ainsi dire, le sanctuaire de la nouvelle église, et il entoura de toutes les pompes de l’architecture ce premier et modeste monument. II en fut de même du Louvre; les murailles massives de Philippe-Auguste et de Charles V servirent, pour ainsi dire, de base à l’élégant palais de Lescot.
Le plan de l’abbé de Clagny, sagement entendu, réunissait tout ce que demandaient les convenances : l’étage inférieur et une partie du premier étaient destines à l’habitation du Roi et «le sa famille ; on y avait réservé de g rands appartemens pour les réceptions et pour les jours de représentation ; l’élévation des deux ordres d’architecture, la richesse de leurs décorations, annonçaient cette destination. Pour ajouter à l’agrément et à la
facilite des communications, un large balcon régnait au premier otage, tout autour delà cour, et formait aux grands appartenions une espèce de terrasse. Dans l’attique devaient loger les personnes qui faisaient le service auprès du Roi; ayant moins de hauteur que les deux autres étages, il les amortissait bien, et l’édifice était juste dans ses proportions et en harmonie dans ses détails. On pouvait reprocher au toit sa trop grande hauteur, qui écrasait le bâtiment; mais c’était un reste de l’ancien goût gothique, et de ces exigences de l’époque et des localités, dont Lescot n’avait pas pu s’affranchir. C’était d’ailleurs un moyen d’augmenter l’habitation , et de loger une grande quantité de personnes attachées à la cour : et combien n’y en a-t-il pas encore à présent qui habitent les palais des rois et que ferait frémir le projet de diminuer la hauteur de la toiture! Il est probable que c’était pour dissimuler, autant que possible, une partie de cette élévation, que Lescot avait couronné son attique de la balustrade richement ornée qui existe encore aujourd’hui ( voyez planche 12 ), et qui, accompagnant bien le reste des ornemens , rappelle ces antéfixes , de formes variées , dont les anciens ornaient le bord de leurs toits. Pour que rien ne manquât à l’élégance de l’édifice , Lescot avait décoré le haut du comble, ainsi que l’offrent l’ouvrage de du Cerceau , et , ici , la planche que l’on vient de citer, par une large et riche bordure en plomb, formée d’une crépine de feuilles d’eau, d’oves et de glands retenus par un gros câble; le tout était terminé par des guirlandes supportées de distance en distance par des tètes de lion surmontées d’un croissant. Ces emblèmes de Diane de Poitiers, dont Henri II avait la galanterie ou la faiblesse d’orner tous les édifices qu’il faisait élever, indiquent que cette partie du Louvre fut achevée du vivant de ce prince : car après sa mort on n’aurait pas employé de semblables ornemens ; Catherine de Médicis , qui chassa de sa cour la maîtresse d’Henri II , n’eut pas souffert qu’on élevât à celle qui l’avait outragée , de tels trophées dans la demeure des rois ( 1 ).
Nous avons vu que Lescot, dans la décoration du Louvre, s’était associé les talens de Jean Goujon et de Paul Ponce : celui-ci se chargea des sculptures des petits frontons de f attique; et Jean Goujon, de celles qui ornent
( 1 ) On peut faire fa même observation en sens inverse , au sujet de fa grande colonne qu’on voit encore à fa baffe au blé, et qui faisait partie du bel hôtel de fa Reine ou de Soissons , bâti par Jean Bulfant pour Catherine de Médicis. Ce qui prouve que ce n’était pas elfe qui avait fait élever cette colonne pour servir il ses observations astronomiques ou astrologiques, c’est quelle est ornée des chiffres d'Henri II , unis à ceux de Diane de Poitiers et à d’antres emblèmes qui rappellent l’amour de ce prince pour cette célèbre maîtresse. Certainement Catherine de Médicis la détestait trop pour orner un
monument avec des allusions qui fui retraçaient tous scs chagrins et celle qui les avait causés. Ainsi, quoiqu’il passe pour constant que Catherine de Médicis fit bâtir le grand hôtel de Soissons après fa mort d’Henri H , if est assez probable qu’il était déjà commencé du vivant de ce prince , ou que du moins la grande colonne était déjà terminée, et que ce fut lui qui la décora des chiffres et «les ornemens dont il surchargeait tous les édifices élevés par ses ordres. Voy. l’article Huilant, dans le Dictionnaire d’architecture de X'Encyclopcdie méthodique , par M. Quatremère de Quincy.
j ES TUILERIES.
ET I
les œils-de-bœuf. L un et l’autre les exécutèrent avec autantdc soin (jue de talent, et je me reserve de les décrire lorsque je passerai aux détails de la sculpture extérieure du Louvre. Peut-être a-t-on reproché avec raison à l’architecte d’avoir trop multiplié les orneniens, et d’en avoir surchargé son édifice , dont l’ensemble aurait gagné s’il y eut eu plus de repos, et qu’on eut été plus sobre de détails, très-beaux sans doute, mais qui, par leur grandeur, nuisent à celle des différentes parties où ils sont prodigués. L’attiquc surtout, qui, par sa position et sa destination, a moins d’importance que les autres parties de l’édifice, est trop riche, et c’est dans la décoration des étages consacrés particulièrement à l’habitation du souverain que Lcscot aurait pu déployer d’une manière plus convenable toute la magnificence delà sculpture. Il a fallu souvent aussi avoir recours à des attitudes forcées , pour pouvoir faire entrer dans les frontons circulaires et dans les panneaux de I’attique des figures d’une aussi forte proportion. Leur grandeur contraste avec la petitesse des statues qui devaient être placées dans les niches entre les colonnes, et c’était réunir des géans et des pygmées. On pourrait objecter que le Parthénon et d’autres beaux monumens grecs offrent dans les frontons des figures considérablement plus grandes que celles de la frise : oui; mais peut-être des ornemens eussent produit un meilleur effet dans cette partie , et il y aurait eu plus d’accord. Quant aux bas-reliefs de la frise extérieure de la cella du Parthénon, il n’y a pas d’inconvénient à ce que les figures y soient plus petites que celles du fronton : étant sur un plan plus reculé, elles exigent qu’on s’en rapproche pour les voir, et, ne les embrassant pas du même coup d’œil que les figures du fronton , l’on n’est pas frappé de la différence de leurs proportions. Il me semble aussi que s’il doit ou s’il peut y en avoir une entre les représentations de figures humaines dont on orne un édifice , il est convenable que les statues soient plus grandes que les bas-reliefs; et c’est le contraire dans l’ordonnance de Lescot, où les petites statues des niches seraient écrasées par les grandes figures des œils-de-bœuf et des autres bas-reliefs.
Ce grand architecte avait peut-être aussi trop négligé les façades extérieures, pour répandre sur celles de l’intérieur de la cour toutes les richesses de l’architecture et de la sculpture; il en avait agi sans doute ainsi par un bon principe, pour ménager la surprise, et afin que la beauté de l’intérieur du palais produisît plus d’effet. C’était, au reste, dans le système de cette époque: on le reconnaît à Fontainebleau, où les cours sont plus ornées que les parties extérieures, et au château d’Ecouen , bâti à peu près en même temps que le Louvre par Jean Bullant, et où l’on retrouve le même caractère d’architecture, la même recherche dans les détails. Parmi ceux qui se sont conservés dans ce qui reste de ce beau monument élevé par le connétable Anne de Montmorency, ce héros qui , dans les loisirs de la retraite, se plaisait a embellir le pays que pendant tant d’années il avait si bien servi de son épée, on doit faire remarquer les meneaux ou mon tans des fenêtres en pierre, sculptés avec une grande élégance : ils donnent l’idée de ceux qui étaient autrefois aux fenêtres du Louvre. On voit aussi a Ecouen de ces petits pavillons ou avant-corps, trop multipliés au Louvre