‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 73 sur 286 · LE LO U V HH · texte numérisé non relu

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et sans aucune- utilité pour la distribution intérieure. Les architectes aimaient probablement a les employer, parce qu’ils y trouvaient un moyen d’enrichir leurs façades et d’y multiplier les colonnes. Mais ces corps en saillie, en revenant trop fréquemment, font des ressauts qui ôtent à l’ensemble son calme, et qui, brisant les grandes lignes de l’architecture, nuisent à ses beaux developpemens. D’ailleurs, les petits pavillons du Louvre offrent un juste sujet de blâme dans la manière dont les colonnes des angles se pénétrent, contre toutes les règles, et confondent leurs bases. Maigre’ ces imperfections, auxquelles on pourrait encore ajouter la petitesse des appartenions qui donnaient sur la cour, et qui n’étaient pas bien combinés pour la commodité de l’habitation , le Louvre de Lescot eut été un très-beau palais, où quelques défauts dans l’ordonnance auraient été rachetés parla perfection des détails.

Nous avons vu que , d’un côté, le Louvre se terminait vers la moitié du grand pavillon , et, de l’autre, au milieu de l’entrée qui regarde la Seine ( voyez pl. 9). Ces deux extrémités étaient occupées par des escaliers , dont l’un , C, est encore celui d’Henri II ( pl. 1 1 , x ). La largeur de cette partie du palais permettait de donner à cet escalier assez de développement. De meme que le reste de l’édifice, on le décora de riches sculptures, dont nous nous occuperons plus tard. Celui de l’autre extrémité n’existe plus; mais il devait être beaucoup plus petit, cette aile étant plus étroite : à moins cependant, ce que l’on ignore faute de plans, que Lescot n’ait eu le projet de donner à la partie vers Saint-Germain l’Auxerrois autant de profondeur qu’à celle qui lui est opposée. Mais ceci est de peu d’importance , et nous n’avons aucune donnée pour établir des hypothèses.

Henri II ne borna pas les travaux du Louvre aux bâtimens de la cour ; il fit construire en dehors le gros pavillon que l’on nomma pavillon du Roi, et ou se trouve la grande entrée du Musée royal; il le joignit au Louvre par une petite galerie ou plutôt un corridor étroit ( voyez pl. 9 , E ; pl. 10, C , L), qui, agrandi depuis, est devenu la salle du Candélabre. Ce passage, que l’on décorait alors du nom de galerie, servait de communication des appartenions de Catherine de Médicis avec ceux qu’Henri II y ajoutait. La façade de cette nouvelle aile , tournée vers la Seine , se portait fort en avant de celle du Louvre qui regarde du même côté; et nous avons vu, page 279 , que pour l’élever on avait profité du fossé de Charles V, et que l’on avait abattu une tour qui donnait sur le quai et pouvait avoir été celle de l’écluse, ou avoir fait partie des anciennes fortifications. Le long de ce pavillon du Roi , un espace de terrain assez considérable était occupé par un jardin , comme il l’est encore aujourd’hui, et comme il l’était sous Charles V; et l’on voit que, respectant l’ensemble de son château, l’on en avait en partie conservé les fossés. La vue s’étendait de là sur les rives de la Seine, ornées de maisons de campagne, de jardins , de vignobles ; mais elle était bornée à l’ouest par des églises, des hôpitaux et d’autres édifices qui s’élevaient entre le Louvre et l’emplacement où sont aujourd’hui les Tuileries.

Ce ne fut qu’en 1564 , tandis qu’on travaillait peu au Louvre, que Catherine de Médicis , ne pouvant plus supporter l’idée d’habiter le château des

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Tournelles depuis qu’Henri II y était mort par un funeste accident, résolut de l’abattre, et d’en bâtir un sur un terrain qui, appartenant en 1341 au surintendant des Essarts , passa depuis dans la maison de Villcroi. Cette plaine, nommée jadis la Sablonnicrc , était, en partie, occupée par des fabriques de poteries et des tuileries, dont on ne comptait que trois en 137 2 , et qui depuis s’étaient multipliées; lorsque la Reine y construisit un chateau , le nom qu’elle lui donna rappelait l’ancienne destination du lieu ou on relevait. Catherine de Medicis chargea Philibert de Lorme du plan et des travaux de ce nouveau palais. Sa confiance ne pouvait être mieux placée : cet architecte , qui , dès I’àge de quatorze ans , avait voyage avec fruit en Italie , ou il avait étudie’ les grands maîtres anciens et modernes , se distingua, à son retour en France, par quelques beaux ouvrages qu’il fit à Lyon , sa patrie. Sous le règne de François I.cr, mis à la tète d’une partie des grands travaux d’architecture que ce roi faisait exécuter, il avait donné des preuves de son talent et de son goût dans les demeures royales de Fontainebleau, de Meudon , de Villers-Cotterets , dans les tombeaux des Valois , et en bâtissant en 1548 le château d’Anet pour Diane de Poitiers. De Lorme , ami de Jean Bullant, à qui l’on devait Ecouen , de Jean Goujon, de Germain Pilon , voulut qu’ils concourussent à la grande entreprise qu’il devait diriger. De concert, ces hommes habiles, qui presque tous à la connaissance de l’architecture réunissaient la pratique de la sculpture, élevèrent les Tuileries, palais qui, tel qu’ils l’avaient conçu, alliait, suivant le goût du temps, la convenance et l’élégance des proportions à la richesse des détails.

Ce n’est pas qu’on ne puisse reprocher à de Lorme , ainsi qu’on l’a fait à Lcscot et en général aux architectes de cette époque, d’avoir abusé de cette richesse, et d’avoir nui à la grandeur de l’ensemble par la profusion des ornemens. On voit dans leurs ouvrages qu’étant à-Ia-fois sculpteurs et architectes, ils sacrifiaient souvent à la recherche et au fini de la sculpture la simplicité et la dignité de l’architecture. De Lorme connaissait les monumens antiques de l’Italie et les avait étudiés, mesurés, mais peut-être sans entrer dans l’esprit qui les avait inspirés ; il les avait vus , ainsi que s’exprime Chambrai, avec des yeux encore gothiques. Les accessoires ou les détails, toujours motivés chez les anciens, devenaient chez lui le principal, et faisaient disparaître, en les morcelant, les grandes parties et les belles proportions de l’ordonnance; il n’y avait plus d’espace vide où l’œil put trouver du repos. A cette époque , où l’architecture cherchait à se dégager du fatras gothique qui pendant si long-temps l’avait encombrée, plus elle était surchargée de parure, plus on la trouvait belle; c’était un reste des anciennes habitudes. Les Grecs aimaient à voir Vénus et les Grâces belles de leurs propres attraits et dans toute la pureté de leurs formes divines ; dans d’autres temps , on croyait rehausser leur beauté en les chargeant de riches vétemens, de perles et de pierres précieuses, qui, loin de les parer, dérobaient leurs attraits. Telle était encore l’architecture au temps de de Lorme et de Bullant, qui, élevés au milieu des monumens gothiques, ne pouvaient pas encore, malgré leur génie, goûter tout le charme ou de la simplicité si sage et si élégante ou de la richesse si bien entendue de l’architecture grecque.

Si ritalic, ainsi que le fait remarquer M. Quatremèrede Quincy ( 1 ) , fut moins long-temps et moins fortement sous l’iniluence des mauvais principes, ses artistes avaient-ils autant de mérité que ceux de France à se conserver ou à redevenir plus purs? Entoures des plus beaux monumens de l’antiquité, eleves à la vue de ces admirables modèles, ils devaient se laisser moins entraîner à imiter ceux que leur offrait le goût gothique, et qui étaient si différens des chefs-d’œuvre avec lesquels ils étaient familiarisés. L’habitude de voir de belles choses donne, sans qu’on s’en aperçoive, une sorte d’aversion pour celles d’un caractère oppose; et un enfant qui n’arrêterait jamais ses regards que sur ce que la peinture, la sculpture et l’architecture présentent de plus parfait, acquerrait un tact qui , sans qu’il pût bien s’en rendre compte, lui ferait distinguer au premier coup d’œil ce qui est bon de ce qui est mauvais. Sans pouvoir juger, il sentirait que ce qui ne ressemble pas aux beaux modèles auxquels il est accoutumé, ne peut pas les valoir, et un mauvais ouvrage produirait sur sa vue le même effet qu’un son faux pour une oreille juste et délicate. Il aurait dû en être de même pour les architectes italiens à la vue des monumens gothiques. Et cependant, si l’Italie, par le bonheur de sa situation , fut la première nation chez qui les arts se réveillèrent du long sommeil où ils avaient été ensevelis, si elle fut plus prompte à revenir au bon goût et aux principes des Grecs, elle fut peut-être ensuite une des premières à s’en éloigner, ou à l’étouffer sous des innovations parasites, qui n’étaient pas en harmonie avec les leçons que l’antiquité lui avait transmises dans les monumens.

L’Italie avait reçu et répandu la lumière, et ne tarda pas à l’obscurcir. Ce fut de ces contrées , surtout de la Toscane , que nous vint , avec les Medicis , ce genre d’architecture à bossages et vermiculé, inconnu en France auparavant, et qui fait disparaître sous un amas d’ornemens inutiles les proportions des différentes parties de l’ordonnance. De là nous vinrent aussi, avec les chefsd’œuvre qui illustrèrent ce beau pays dans l’àge d’or de sa littérature, les jeux de mots, l’affectation , le style brillante et tout le clinquant d’esprit qui , pendant long temps , eurent sur la nôtre une si triste influence. Cachées par une enveloppe qui leur était étrangère, et qui les rendait plus lourdes en changeant les rapports de leur grosseur avec leur hauteur, les colonnes perdirent cette élégance et cette pureté de forme que savaient , a moins de frais, leur donner les Grecs. Déjà de Lormc , n’ayant à mettre en œuvre dans la chapelle de Villers-Cotterets que des tambours de pierre de peu d’épaisseur, qui le forçaient à en employer cinq dans la hauteur des colonnes, avait cru dissimuler les joints d’une manière heureuse, en les masquant par des ornemens qui , comme des couronnes, les embrassaient a distances égales. Ces divisions rapetissent à l’œil la colonne et nuisent a la pureté de son profil par la saillie des rinceaux et des feuillages dont le fut est chargé. Il s’était flatté cependant d’avoir inventé un nouvel ordre , qu il nommait ordre français ; il l’employa aux Tuileries , en y épuisant toute la richesse du travail le plus recherché de la sculpture. Mais, comme cesf la

( 1 ) Article Jiullanl , Dictionnaire d'architecture de X Encyclopédie methodu/nc

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proportion tics parties entre elles et avec l’ensemble, et, pour les colonnes , le rapport Je la base avec la hauteur, qui constituent les différences entre les ordres, et que les details peuvent altérer, mais ne changent pas ce caractère essentiel, de Lorme, au lieu de créer un nouvel ordre, ce qui d’ailleurs n’est peut-être plus réservé à personne, ne fit que dénaturer l’ancien ionique, en voulant y ajouter une parure qui ne lui convient pas, et qui lui ôte son élégante simplicité et l’harmonie de ses proportions. Plus riches que les colonnes du côté du jardin, qui ne sont qu’en pierre, celles du côté du Carrousel, composées en partie de beau marbre, purent, dans la nouveauté, plaire par la variété et le fini de leur travail; mais, comparées avec les colonnes du temple de Minerve Poliadc et de celui d’Erechthec à Athènes, où l’ionique déploie toute sa grâce, elles ne peuvent pas soutenir le parallèle. On est forcé de convenir, avec Chambrai, que de Lorme, dans ses profils, n’a pas la pureté et la finesse de l’antique, et que le talent de ce grand architecte consistait plus dans la conduite d’un batiment et dans la coupe des pierres, où il était très-habile, que dans la composition des ordres et dans la partie décorative de l’architecture. Cependant les colonnes ioniques qui ornent, du côté du jardin, l’étage inférieur des deux pavillons de de Lorme aux Tuileries , sont mieux que celles du corps du milieu et des deux galeries; la proportion et le galbe en sont plus rapprochés de l’antique, bien qu’on put y desirer plus de pureté et moins de subdivisions dans les cannelures, qui, malgré leurs défauts, sont d’un meilleur goût que celles des colonnes ioniques des autres corps-de-logis. Ici , elles sont interrompues par des bandes et des feuillages, ou plutôt, dans chaque assise des tambours , les cannelures , courtes et terminées dans leurs extrémités comme si elles partaient du haut du fut pour en parcourir toute la longueur, forment un nouveau rang ; ce qui donne à ces colonnes l’air d’être composées de six tronçons de la partie supérieure de fûts ioniques. La rudenture à bâtons plats des assises du bas n’est pas non plus d’un bon effet. On peut trouver encore que les changemens introduits par de Lorme dans la base ionique des anciens, la moins bien combinée de celles qu’ils employaient, ne sont pas très-heureux, et qu’il eut mieux fait, ainsi que l’ont en général pratiqué les architectes de l’antiquité, d’adopter la base attique. Son chapiteau a bien aussi quelque chose de lourd et d’écrasé, et les guirlandes dont il a voulu l’enrichir, le surchargent plutôt qu’elles n’y ajoutent de la grâce. On peut en dire autant de la prodigalité avec laquelle il a répandu les ornemens dans son ordonnance ionique; cette profusion ne lui a plus laissé les moyens de développer dans son second ordre la richesse que réclame le corinthien, et a laquelle cet ordre a surtout droit lorsqu’il est combiné avec l’ionique, qui doit lui céder en magnificence. Le contraire est arrivé à de Lorme : ayant épuisé toutes ses ressources pour orner son ionique , qui eût eu plus de succès a moins de frais, il s’est trouvé forcé de traiter avec une sorte d’avarice son ordre corinthien , pour lequel, d’après les règles, il aurait dû réserver toute la magnificence de l’architecture et de la sculpture.

Le château des Tuileries, tel que l’avait conçu de Lorme, s’il eût été terminé sur son plan, aurait été beaucoup plus vaste qu’il ne l’est aujour-

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d’Iuii , maigre les additions considérables qui y ont etc faites à differentes époques. On le voit d’après les dessins qu’en donne du Cerceau; ils sont d’autant plus précieux , que ce sont les seuls, et que cet habile architecte, qui avait vu commencer les Tuileries , y fut employé après de Lorme : il est à regretter que dans son texte il ne s’étende pas davantage , et qu’il ne nous apprenne presque rien. On serait porté à croire , à la vue du projet de de Lorme, que Catherine de Médicis, en élevant un palais en face du Louvre, voulait, par la grandeur et la magnificence qu’elle comptait y déployer, éclipser celles du monument de François I.er et d’Henri II, et montrer à la France ce que pouvaient le génie des Médicis et la nièce de Léon X.

Les Tuileries ont aujourd’hui 108 toises i de longueur du côté du jardin, et 145 sur le Carrousel. Par le plan de de Lorme, ce palais n’eût eu que 138 toises vers le jardin , et la façade sur la place eût été de 108 toises. II y aurait eu, comme aujourd’hui, cinq pavillons. Celui du milieu ne devait avoir que deux ordres et un très-grand attique; il était terminé par une coupole circulaire , couverte d’ardoises en écailles , et surmontée d’une lanterne en forme de dôme , qui se trouvait à peu près répétée aux quatre coins de l’attique. Des ornemens en fleurs de Iis entouraient le pied de ces coupoles et couronnaient leurs corniches. Les pavillons des angles, delà meme largeur que ceux qui les eussent précédés , n’en auraient été qu’à une distance égale à la longueur de leur façade sur le jardin ; celle en retour eût été de quelques toises plus grande. Ils ne devaient avoir, comme les autres , que trois fenêtres, tandis qu’à présent ils en ont six : la décoration extérieure était telle qu’on la voit encore à la partie exécutée par de Lorme. Vis-à-vis de ce palais, et à une distance d’environ 50 toises, s’en élevait un autre de la même grandeur sur l’emplacement du Carrousel. Pareil au premier pour la décoration extérieure, il n’en différait que par le pavillon du milieu , qui était beaucoup plus grand , et qu’accompagnaient aussi, des deux côtés , des portiques ouverts du côté du Louvre, et qui , destinés sans doute à la circulation publique, n’avaient de communication avec le palais que par l’extrémité qui touchait au grand vestibule d’entrée, beaucoup plus vaste que celui des Tuileries actuelles. 11 paraît qu’une partie des deux pavillons qui suivaient celui du milieu était réservée à des chapelles. Les deux grands corps de batiment des Tuileries étaient liés l’un à l’autre, du côté de la rivière et vers la rue Saint-Honoré, par une ligne d’édifices qui se rattachaient en retraite aux pavillons des angles, au milieu de laquelle un autre avant-corps formait l’entrée. Ces façades n’avaient que 82 toises de longueur, et l’ensemble de tout le palais formait un carré long, dont les petits côtés étaient vers la Seine et vers la rue Saint-Honoré, et dont l’extrémité orientale eût été à environ 8 toises en arrière d’une ligne tirée par le milieu du grand guichet public qui, de la rue de Rivoli, donne dans le Carrousel. Par les entrées latérales dont on vient «le parler, on arrivait de chaque côté «lans une cour bâtie qui, entourée de portiques à colonnes, décrivait un ovale allongé, de 24 toises sur 1 4 : le grand axe était, dans le sens de la longueur des palais. De ces cours, richement decorees

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tic colonnes en dedans et en dehors, on entrait dans des portiques larges Je 30 pieds, et dont le mur de fond était orne de niches. Ce mur s’alignait sur l’angle intérieur des petits pavillons actuels des Tuileries; et les deux façades du palais , ainsi que le portique du nord et celui du midi , formaient une place de 57 toises de long sur 45 de large. Dans l’espace de 24 toises qui séparait les portiques d’avec les bàtimens latéraux extérieurs, de chaque cote de la longueur des cours ovales, il y en avait d’autres, carrées et trèssimples, avec lesquelles elles étaient en communication, et qui probablement étaient destinées aux écuries et au service du palais. Telles sont les dispositions que suggère l’inspection du plan, sur lequel du Cerceau ne donne aucun détail , et qu’il sera bon de voir si l’on veut se faire une idée nette du projet de de Lorme. Il se pourrait bien , au reste , que du Cerceau V eut eu une grande part, en combinant même et en modifiant le plan primitif d’après ses propres conceptions.

Au reste, il est évident qu’en construisant les Tuileries on ne songeait pas à les mettre en accord avec le Louvre : car le côté sur la Seine et celui qui y est opposé étaient à angles droits sur les deux grandes façades des Tuileries; alors la partie tournée vers la rivière aurait coupé obliquement le quai, et se serait éloignée encore plus qu’à présent de l’axe du Louvre. II est probable , d’après le plan , que l’on aurait redressé la rive droite de la Seine pour l’établir parallèlement à la façade tournée de ce côté; on devait aussi en dériver un grand canal qu’on aurait fait passer le long de la façade extérieure sur le Carrousel, entre les Tuileries et le Louvre; il y eut eu un pont devant l’entrée du palais, et un autre sur le quai pour la communication entre les deux parties séparées par le canal. II est à croire que ce projet fut trouvé trop vaste, et que l’on se borna à en exécuter une partie, qui n’était pas très-avancée en 157G, lorsque du Cerceau publia ses plans. II paraît même que Catherine n’habita jamais les Tuileries proprement dites; mais que, dans les bàtimens qui en dépendaient, elle occupait, lorsqu’elle n’était pas au Louvre, un pavillon du côté de la rue Saint-Honoré, et auquel on donna le nom de pavillon de Médicis. On sait d’ailleurs qu’en 1572 cette reine, s’étant dégoûtée des Tuileries , les avait presque abandonnées pour rebâtir , sur l’emplacement où est aujourd’hui la halle au blé, l’ancien hôtel de Neslc, ou de Behaigne [ de Bohème ] , qui prit alors le nom A'hôtcl de la Reine , et, depuis, celui d 'hôtel de Soissons. Les dépenses et les travaux de ce nouveau palais durent faire tort à celui de de Lorme, qui, en mourant en 1570, laissa loin cl’étre terminée l’entreprise qui lui avait été confiée six ans avant cette époque, et que d’autres continuèrent en y apportant des changemens qui n’ont conservé qu’une partie de ses grands projets. Si les Tuileries avaient été exécutées comme de Lorme les avait conçues , malgré les défauts qu’aurait présentés ce palais, il n’est pas douteux qu’il n’eùt offert plus d’accord et un plus bel ensemble que celui d’aujourd’hui. Les parties que l’on y a ajoutées, quelque soin qu’aient pris d’habiles architectes, tels que du Cerceau, du Pérac , Le Vau etd’Orbay, pour les mettre en harmonie avec ce qui existait, ne forment qu’un loin rempli d’incohérences et de disparates; ce qui ne serait pas arrivé si ce palais

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eut etc conduit d’après un seul système. Les changemens se sont portes sur tous les points, meme sur la distribution des fenêtres et sur la disposition des entablemens , et l’on n’a pas pu parvenir à y mettre de l’accord. Nous verrons aussi que la grande galerie du Louvre, combinée d’après d’autres principes que l’architecture des Tuileries, a du encore, en venant s’v joindre, contribuer au désordre.

Ce qui reste «les constructions de de Loi me est peu considérable , et ne consiste que dans les deux ordres des trois pavillons du milieu et dans le rez-de-chaussée des deux corps de batiment qui les réunissent. Les terrasses qui les terminent ont même éprouve des changemens qui doiventy avoir été favorables , d’après ce qu’on voit dans du Cerceau de la disposition «Ionnée au premier étage des arrière-corps du c«')té de la cour et du jardin. On avait cherché à dissimuler en partie la hauteur du comble par des fenêtres élevées, à frontons circulaires brises, et séparées par de grands trumeaux, plus bas, ornés de consoles saillantes, de tables à frontons triangulaires brisés, au-dessus desquels s’élevaient «les écussons, et qui, sur leur corniche, supportaient des figures couchées. Il parait que c’était Bullant qui, dans cette partie, s’était laissé aller à son goût et à sa prodigalité en fait d’ornemens. Cette ligne, ainsi interrompue à chaque instant, et qui n’allait que par ressauts, était d’un mauvais effet et ne s’accordait pas avec l’ordonnance plus sage du rez-de-chaussée. D’un autre coté, si ce qu’on a substitué à cet étage est d’une architecture plus simple et mieux entendue, ce n’est plus en harmonie avec la richesse de l’ionique de de Lorme. Le même changement a eu lieu aux deux pavillons qui touchent les terrasses, et l’on a remplacé par un simple attique la composition trop tourmentée par laquelle de Lorme avait terminé son dernier étage.

Il serait inutile d’entrer dans des détails plus circonstanciés sur l’ancien palais des Tuileries, ou plutôt sur ce qu’il devait être : mais on ne peut que regretter qu’il n’ait pas été terminé, du moins dans son vaste ensemble, ainsi que l’avait conçu de Lorme; c’eut été l’un des plus grands et des plus beaux palais de l’Europe , quoiqu’on eut pu lui reprocher, ainsi qu’aux Tuileries d’aujourd’hui , d’être mieux combiné pour la représentation du souverain que pour la commodité de l’habitation. Il suffira d’ajouter que Philibert de Lorme avait construit dans le pavillon du milieu un très-grand escalier tournant, ou une vis; les marches avaient 9 pieds de long, et le vide du milieu était de la même grandeur : la rampe de cet escalier était suspendue. Enfin , d’après ce que rapportent les auteurs, et entre autres du Cerceau , cet ouvrage, de la plus grande hardiesse, était d’une beauté d’exécution qu’on ne se lassait pas d’admirer. De Lorme y avait développé à un haut degré tout son talent pour le trait ou pour la coupe des pierres. L’entrée principale des Tuileries, à cette époque hors de Paris, était, lorsqu’on eut abandonné le grand projet de de Lorme, du côté des jardins d’aujourd’hui; ceux qu’on appelait le parterre, occupaient 1’emplacement de la cour actuelle, et s’étendaient vers Paris jusqu’à l’ancien mur d’enceinte de Charles V; et l’on avait l’intention de les joindre à un grand jardin que l’on projetait entre les Tuileries et le Louvre. On devait , à cet effet,

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acheter et abattre les maisons et les autres édifices qui séparaient les deux palais (l).

Ce fut vers l’époque où l’on devait les Tuileries que Charles IX, ou, sous son nom, Catherine de Médicis, prolongea le pavillon du Roi au Louvre , et y ajouta les salles de l’aile perpendiculaire à la Seine, depuis le vestibule du Musée des antiques jusqu’à la salle «lu Centaure. Mais il paraîtrait, d’apres le plan de du Cerceau ( voyez pl. 9 ) , «pie l’on ne fit pas alors le pavillon circulaire du vestibule ( pl. 10 C ) , que le mur de face de ce corps avance" de bâtiment était sur l’alignement qui passerait par les lettres c , d , et que c’est la muraille où l’on a perce en c l’arcade qui, du vestibule rond C, donne entrée dans la salle des Empereurs. Le plan de du Cerceau montre que la partie tournée vers la place n’était pas terminée, et que l’on voulait en ajouter une en retour à l’autre extrémité sur la rivière, et dont le plan offre le commencement. A cette époque aussi cette grande aile n’avait de largeur que celle des salles du Musée E, F, G, H, I, pl. 10; elle était, des deux cotés, percée de fenêtres dont les axes se répondaient, mais qui étaient beaucoup plus étroites du côté du couchant, vers les Tuileries, qu’au levant. En décrivant les salles du Musée, j’indiquerai les changemens qui ont eu lieu dans cette aile. Selon Sauvai, un architecte nommé Clutmbiche fut chargé des travaux exécutés dans cette partie sous Catherine de Médicis : aussi trouve-t-on à l’architecture, du côté du jardin de l’Infante, un caractère différent de celle du Louvre de Lescot , et de ce qui a été bâti depuis, du côté de la rivière, par d’autres architectes dont nous parlerons, et qui ajoutèrent de nouvelles constructions au pavillon ou à l’aile de Charles IX. On ne voit pas ce qui put engager Catherine de Médicis à confier la direction de ces travaux à Chambiche , tandis que Lescot , qui ne mourut qu’en 1590, était dans toute la force de son talent, et que son Louvre aurait du lui assurer l’exécution de tous les édifices qui s’y rattachaient. D’autres attribuent une partie de cette aile à du Cerceau et à BuIIant, et cette opinion me paraîtrait plus probable que celle de Sauvai , qui est le seul à citer Chambiche; du moins n’ai-je trouvé son nom nulle part.

L’aile dont nous venons de parler n’avait qu’un rez-de-chaussée; elle était couverte par un toit en terrasse, qui rappelait à Catherine de Médicis les terrasses d’Italie et servait de lieu de promenade à Charles IX. Il paraît que ce ne fut que sous Henri IV que l’on termina, dans cette partie du Louvre , les deux gros pavillons ( DDA-KK. , pl. 10) , dont l’étage inférieur est occupé en entier par la salle de la Diane à la biche, l’administration du Musée, le grand et le petit escalier; et le premier, par le grand salon d’exposition et d’autres pièces. Henri IV acheva aussi l’aile de Charles IX; on lui doit la galerie d’Apollon , qui remplaça la terrasse ; et du côté de la petite cour du Musée, cette aile fut doublée, pour agrandir les appartemens de la Reine et

( 1 ) Voyez sur de Lorme et les Tuileries, Milizia, Memorie degli architetti, t. I.cr, p. 350 ; Androuet du Cerceau, Les •plus excellais lia tînt eus de France , t. II; J. F. Blondel, Architecture française ,

in-fol. t. IV, p. 71 etsuiv. ; d’Argcnviüe, Vies des fameux architectes et sculpteurs ; M. Quatremère de Quincy , articles de Lorme ci Ionique du Dictionnaire d'architecture de l’ Encyclopédie méthodique.

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leurs dépendances. Sauvai donne les travaux de cette partie à deux architectes nommes Plain et Fournier, dont les noms ne sont cites par aucun auteur. D’autres, avec plus de raison , les attribuent à Androuet du Cerceau, qui, en 1578, avait commence’ le Pont-neuf, et qui fut employé’ pour ces constructions nouvelles, dont on ne connaît pas précisément l’époque. Mais les travaux entrepris par Henri IV ne peuvent dater que de quelques années après son avènement au trône, lorsque la France fut assez tranquille pour que ce grand roi put s’occuper de l’embellissement de Paris , qui ne lui ouvrit ses portes qu’en 1594; et ce ne fut qu’en 159G , au plus tôt, que l’on travailla au Louvre. Henri IV a du employer un architecte de talent tel que du Cerceau, qui , d’ailleurs, ayant ètè persécute pour son attachement à l’ancienne religion d’Henri IV et de Sully , avait plus d’un titre pour qu’on lui accordât en dedommagement quelque grande entreprise.

H est assez probable, d’après l’inspection du plan de du Cerceau, que dans cette partie du Louvre tournée vers la Seine et où commence la grande galerie, on suivit en grande partie, peut-être jusqu’au lanternon, les plans de Scrlio de Bologne ( 1 ) , qu’on sait être venu en France et avoir été bien accueilli par François I.er et par Henri IL Quoiqu’on eut préféré pour le corps du château les plans de Lescot aux siens, et qu’il eut eu la modestie, bien rare, de trouver qu’ils valaient mieux, on peut cependant d’autant plus croire qu’on le chargea de la partie qui longe la Seine, que d’autres architectes, employés à cette grande entreprise du vivant même de Lescot, ne s’assujettirent pas au style d’architecture qu’il avait mis en usage. Nous verrons même que, sans s inquiéter des disparates qui devaient en résulter, chacun des architectes qui se succédèrent, ou même qui travaillèrent en même temps, voulut faire des changemens, qu’il regardait comme des améliorations , et mettre du sien dans les parties qui lui étaient confiées. Les dispositions de 1’e’tage inférieur du Louvre, du côté de la rivière, à partir du pavillon de Charles IX, rappellent assez certaines constructions de Fontainebleau et du nord de l’Italie, dont avait été chargé Serlio, pour rendre probable qu’il fut pour beaucoup dans l’exécution de cette partie du Louvre, ou que du moins il la commença, et que d’autres la poursuivirent en y apportant des modifications qui lui donnèrent un autre caractère. Si Serlio doit être compté au nombre des architectes du Louvre, ce ne put être toutefois que dans le commencement de la reconstruction de ce palais; car cet habile homme mourut en 1552, et il passa les dernières années de sa vie à Lyon et à Fontainebleau , tourmenté par la goutte, jouissant d’une grande considération , et cependant réduit à un état voisin de l’indigence. Milizia ne dit qu’un mot de ce célèbre architecte, qui a laissé sur son art et sur la perspective des ouvrages recommandables et que l’on consulte encore avec fruit.

Au reste, tous les architectes et tous les écrivains qui se sont occupés de recherches sur le Louvre, conviennent que, faute de documens, cette histoire, surtout celle de la partie où nous nous trouvons à présent, est,

( 1 ) Voyez , sur Serlio , Milizia , Memoric degli architctti , t. I er, p. 347.

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pour ainsi dire, inextricable, et que des constructions faites à peu près à la même époque offrent un mélange de style et une incohérence qui font que l’on peut les attribuer à un architecte aussi bien qu’à un autre, sans que rien puisse faire saisir un fil qui guide d’une manière sure à travers ce labyrinthe.

A l’époque où nous sommes arrivés, cette partie du Louvre, par l’addition des deux pavillons , offrait un grand édifice qui ne tenait au corps du palais que par une étroite communication ( voyez pi. 9, E, et pl. 10 ), et qui, du coté des Tuileries , était formé d’un batiment flanqué de deux grands avant-corps séparés par une cour, celle du Musée, faite en terrasse, et beaucoup plus élevée que les terrains adjacens. Il est à regretter qu’en construisant cette aile du Louvre on ait agi comme si elle eût dû toujours être isolée, et qu’on n’ait probablement pas eu l’idée qu’un jour ce palais, qui était dans Paris, pourrait être joint aux Tuileries, alors château de plaisance hors de la ville. Si le plan de ce vaste ensemble eut été conçu tout d’un jet, on aurait sans doute relevé le terrain du quai, pour le mettre, dans tout cet intervalle, de niveau avec celui des Tuileries, et même avec le sol de l’ancien Louvre. On aurait épargné pour l’avenir bien des peines aux architectes , à qui il est impossible, sans élever des bâtimens en avant de cette partie du Louvre , de sauver la grande différence de niveau qui existe entre le sol des Tuileries et celui sur lequel sont construits ces pavillons du Louvre et ce qui en fait la suite.

Arrêtons-nous quelques instans pour jeter un coup d’œil sur l’aspect qu’offraient quelques parties du Louvre à l’époque des augmentations considérables qu’Henri IV fit à ce palais. Si , du coté des Tuileries, ce que l’on devait à Henri II et à Lescot présentait un édifice d’une architecture sans faste, mais assez régulière, il n’en était pas de même du côté de Saint-Germain I’Auxerrois. On n’avait pas encore travaillé à cette façade. François I.*1' avait bien, il est vrai, fait disparaître plusieurs des anciennes tours; mais il en restait encore assez pour donner au Louvre l’aspect d’une forteresse ou d’une prison. L’on voit, par le plan de Quesnel de 1G09, qu’il y avait encore au Louvre plusieurs des tours du château de Philippe-Auguste ou de Charles V, et, entre autres, celle du milieu vers le grand jardin : celles vers Saint-Nicolas, de la grande et de la petite chapelle ( pl. 8, A , V, a, b), n’existaient plus, et avaient été remplacées par une façade qui, depuis qu’elle fut élevée par Henri II, a encore subi bien des changemens. Un dessin que l’on trouve dans un manuscrit de la bibliothèque royale (l) , présente l’autre tour du coin sur la Seine , et on la voit , ainsi que les deux tours basses du côté de Saint-Germain , dans un petit tableau assez ancien appartenant à M. Bourdillon, qui possède de précieux et très-anciens manuscrits, et, entre autres, un poème du xn.e siècle sur la bataille de Roncevaux, production du plus grand intérêt, et que cet amateur éclairé espère publier bientôt, avec une traduction très-bien faite.

M ais revenons au Louvre sous Henri IV. On n’arrivait à la porte d’entrée

( 1 ) Singularités de l architecture , kc. supplément, n.° 153.

LE I.OUVIIE

que par un pont-levis, flanque' des deux tours dont on vient de parler; il s’abattait encore sur l’ancien fosse’ de Charles V. A l’extremitc de cette

façade orientale vers la Seine, l’architecture élégante de Lescot venait se rattacher aux constructions gothiques de Philippe-Auguste et de Charles V. Près de riches sculptures , d’ordres décorés avec recherche, de portes et de fenêtres ornées dans le goût florentin , l’intérieur de la cour offrait des murs chargés d’ornemens gothiques, des portes écrasées, et des fenêtres petites , étroites, percées eà et là sans régularité, et où le jour ne pénétrait qu’avec peine. Vers la rivière, la façade n’était pas terminée, et il est à croire que Lescot v avait suivi le même système que dans la partie extérieure de l’aile tournée vers le couchant, et que l’architecture en était très-simple. Dans le coté du nord, l’aile du château de Charles V existait encore en entier; François I.er et Henri II n’y avaient pas touché : ainsi l’on se figure aisément l’effet singulier, mais piquant, que devaient produire les ogives, les galeries suspendues, les tourelles, et les ornemens fantastiques, les statues de Raimond du Temple, de Jean de Saint-Romain, à coté des arcs en plein cintre, des corniches bien profilées, des ordres grecs, et de tout le luxe de l’architecture et de la sculpture de Lescot, de Goujon et de Paul Ponce. Tel était le Louvre lorsqu’Henri IV tourna vers ce palais ces hautes pensées qu’inspiraient sans cesse à ce bon roi le bien de la France et l’embellissement de sa capitale.

On dut à ce monarque l’agrandissement de ce palais; il forma et commença à exécuter le beau projet de le mettre en communication avec les Tuileries , au moyen d’une grande galerie le long de la Seine. Plusieurs architectes cependant attribuent à Henri II le commencement de la galerie, à partir du gros pavillon sur la rivière, jusqu’au premier petit guichet, connu sous le nom de guichet de Matignon ; ce qui n’est pas hors de vraisemblance, ainsi que nous l’avons fait observer plus haut. Ou peut même croire que ce roi avait poussé les travaux de la partie inférieure de cette galerie jusqu’au pavillon du campanille, ou guichet de Lesdiguièrcs. S’il en était ainsi, ce ne fut donc que pour ajouter une aile au Louvre; car ce ne pouvait pas être dans le dessein d’aller rejoindre les Tuileries, puisque ce château, dont le terrain avait été acquis en 1525 par François I.cr, ne fut bâti que quelques années après la mort de Henri II. Si, sous Charles IX et Henri III, on eut l’intention d’unir le Louvre aux Tuileries, on ne s’en occupa guère, et les travaux peu avancés avaient même été abandonnés. Mais il se pourrait très-bien que ce qui avait été lait sous Henri II, le long de la Seine, à la suite du gros pavillon, ait donné à Henri IV l’idée de prolonger les Tuileries jusque

sur cet alignement, et de les réunir ensuite au Louvre en continuant, comme galerie, le bâtiment commencé par Henri II dans un autre dessein. Et en effet, la disposition extérieure et intérieure du plan me porterait à croire que cette aile devait se terminer au pavillon du campanille , où l’on aurait répété la masse d’édifices élevée à l’autre extrémité près du Louvre. Ou eut mis en regard et réuni par une galerie deux palais (pii auraient pu servir au Roi et à la Reine de demeure habituelle, tandisqucle Louvre, auquel on pouvait communiquer, eut été destiné en partie à la

ET LES TU ILE U [ES

représentation pour les grands jours. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque ce dernier palais n’était encore et ne devait meme être que le quart et meme moins de ce qu’il est aujourd’hui, puisque les deux façades qui existaient alors , n’avaient en longueur que la moitié tout au plus de celles d’à présent, et que meme celle du cote de la rivière ne s’étendait en profondeur que jusqu’au mur de refend des salles du Musée des antiques situées dans cette aile du Louvre. Ce double palais, ainsi conç u par Henri II , eut eu sur la Seine un développement au moins deux fois plus grand que le Louvre d’alors, et eut produit un très-bel effet. Ce qui me porterait encore à admettre cette supposition , c’est qu’en relevant les mesures du plan des Tuileries de Philibert donné par du Cerceau , je vois que l’extrémité de la façade du coté de la rivière se serait avancée exactement à la hauteur, quoiqu’un peu de biais , de l’alignement de la façade extérieure du pavillon du campanille, en laissant entre cette façade et celle du corps de bâtiment qui eut regardé les Tuileries , un espace de 50 toises. Connue il n’y en aurait eu à peu près qu’une et demie de manque de parallélisme, auquel probablement on ne pensait pas alors, entre les deux extrémités du pavillon et les parties correspondantes de la grande façade des Tuileries, qui devait être moins longue qu’à présent, ce défaut eut été d’autant moins sensible , que le corps-de-logis en retraite qui aurait suivi le pavillon d’angle des Tuileries, aurait contribué à le rendre moins apparent, et que le large canal qui eut coulé devant la façade aurait encore servi à le diminuer. Toutes ces dispositions, qui n’ont certainement pas été faites sans intention , se réunissent pour me persuader qu’à l’époque où Henri II fit travailler au Louvre , l’ensemble de ce palais devait se terminer au pavillon du campanille , et que ce fut Henri IV qui changea ce plan , en allongeant les Tuileries pour établir sur une même ligne la grande galerie qui mit en communication ce palais avec le Louvre. Quoi qu’il en soit de cette idée ou de cette hypothèse sur les projets antérieurs à ceux d’Henri IV, ce ne fut qu’en 159 G que ce prince reprit les travaux du Louvre; il les poussa avec cette ardeur qu’il mettait dans toutes ses entreprises : on voit par ses lettres à Sully qu’il les avait fort à cœur, de même que ceux qu’il faisait exécuter à Saint-Germain en Laie.

Si Henri II commença la partie de la galerie qui tient au Louvre, ce fut certainement Henri IV qui en fit terminer les sculptures. Uu examen scrupuleux des ornemens des colonnes et des autres détails de cette façade ne m’y a rien fait découvrir qui rappelle Henri IL Parmi les ornemens de ces bossages vermicides ( voy . pl. 14 ) , auxquels on peut reprocher une profusion tout-à-fait dans le goût de ce genre d’architecture que les Médicis avaient apporté de Florence, on remarque des H enlacées de branches d’olivier, qui, au premier coup d’œil, présentant des D, formeraient des Henri- Diane, ce chiffre adopté et prodigué par Henri II ; mais, dans les tambours au-dessous de ceux qui portent des H , on voit quatre lignes perpendiculaires qui ne sont que des 1, et qui, en indiquant le nombre 4, complètent le chiffre d’Henri IV.

Les autres ornemens que l’on distingue entre les enlacemens de fcuil-

LE LOUVRE

lagcs,sont des balances , une massue, une épée et deux sceptres, attribut «le la royauté. Le sceptre convient aussi bien à Henri II qu’à Henri IV; cependant les deux sceptres ne peuvent-ils pas être les insignes des royaumes de France et de Navarre, et designer Henri IV d’une manière qui empêcherait de confondre ses travaux avec ceux d’Henri II ? J’he'sitais à admettre cette explication : mais, en examinant les ornemens et les trophe'es sculptes sur les clefs des arcades de la façade opposée à celle du bord de la Seine, j’y ai remarque' des bandelettes qui entourent la même épée et les deux sceptres , et qui portent pour devise duos protegit unus ; et il n’y a plus de doute qu’elle n’appartienne à Henri IV, dont la vaillante épée protégeait à-la-fois le sceptre de France et celui de Navarre ( voij. pl. 14 ) ; et d’ailleurs j’ai vu, depuis, que les mêmes ornemens et la même devise se trouvaient à Fontainebleau dans des parties faites sous Henri IV, et qu’il avait pris pour devise celle qui vient d’être rapportée. Allons plus loin. Dans le tambour inférieur des colonnes et des pilastres (même planche) , on voit six I placés à des distances inégales l’un de l’autre et entremêlés de fleurs , de feuillages et de coquilles qui peuvent offrir plusieurs emblèmes. Au premier abord, la sculpture étant en général très-fruste, on ne devine pas ce que doivent signifier ces I; mais, en s’en éloignant un peu , il est aisé de reconnaître que la fleur qui orne l’intervalle de chaque couple , est ajustée de manière à former des M , et que ces lettres désignent clairement fa reine Marie de Médicis. Henri IV l’épousa en 1G00, lorsqu’il commençait à faire travailler au Louvre , et il est assez probable qu’il ait fait mettre son chiffre sur le monument qu’il élevait ; les fleurs , les coquilles , pouvaient être des emblèmes flatteurs pour la princesse , qui était jeune et jolie, et qui en 1G01 donna à Henri IV et à la France un dauphin, Louis XIII; et je ne serais pas éloigné de penser que les trois M pussent se traduire par Marie Médicis mère : cependant je ne tiens pas à cette opinion.

Parmi les ornemens de cette façade, on doit arrêter l’attention sur l’emploi élégant que l’on y a fait des fleurs de Iis dans les chapiteaux de proportion dorique , dont elles forment le quart de rond ; le milieu est occupé par une tête d’ange ailée ( voy , pl. 14 ). C’est ici le moment de consigner un fait qui n’est peut-être pas assez connu pour l’honneur de deux des chefs de notre école actuelle d’architecture. C’est à MM. Percicr et Fontaine, dont les noms, par un heureux accord, se trouvent réunis dans une foule de beaux ouvrages, que l’on doit la conservation de ces chapiteaux, ainsi que des ornemens de ce genre des Tuileries, du Louvre, et des trophées de la porte Saint-Denis. Pendant les crises les plus violentes de la révolution , il fut question de détruire tout ce qui pouvait retracer le règne «les Bourbons; ces édifices devaient être dépouillés des insignes qui en avaient fait si long-temps la gloire, et dont un grand nombre rappelait les victoires de l’ancienne France. On réunit un conseil d’architectes pour aviser aux moyens les plus prompts de les faire disparaître; il ne s’agissait de rien moins que de porter le marteau sur ces ornemens. MM. Percicr et Fontaine s’y opposèrent, et firent valoir avec tant de chaleur et de talent leurs

ET LES TUILERIES

raisons pour conserver des monumens honneur de l’architecture française , qu’on voulut bien se borner à les masquer , pour qu’ils n’offusquassent plus la vue des partisans de la république. Les chapiteaux et les ornemens proscrits du Louvre et des Tuileries furent, par un procédé ingénieux, recouverts de plâtre mêle de cendres ; ils disparurent. Quelques années après, une partie de ces enveloppes tomba , et les fleurs de lis se remontrèrent ça et là; les temps étaient plus calmes, et l’on ne songea plus à de nouvelles attaques. C’est donc à MM. Percier et Fontaine que l’on a l’obligation de voir encore intacts ces monumens auxquels depuis ils rendirent de plus importons services. Mais, pour en revenir à la façade dont nous nous occupions, j’y ferai observer, au sujet des pilastres, une singularité que m’a indiquée M. Percier , que dénonce aussi Blondel, et dont on retrouve des exemples aux Tuileries, sous les portiques, et à l’hôtel de Longueville. Leurs bases sont arasées ou ne sont pas profilées comme à l’ordinaire; on en a supprimé le tore et les autres moulures sur la face, et elles sont taillées tout droit. Ce fut sans doute pour laisser aux pilastres la saillie qu’ils doivent avoir sur le nu du mur, et pour éviter en même temps celle qu’on aurait été obligé de donner au soubassement qui les supporte, si le tore avait eu la saillie que les règles exigent. Cette méthode défectueuse ôte du caractère aux pilastres; et si nous la citons, ce n’est pas pour la recommander.

On peut encore relever, dans le second ordre de cette façade, une irrégularité de construction dont on ne peut guère se rendre raison. Les intervalles entre les fenêtres ou les pilastres sont occupés par de grands panneaux dont l’encadrement eut été décoré de sculptures dont plusieurs même sont commencées; la disposition de ces pierres en bossage indique que ces tables ou ces cadres auraient été remplis par des bas-reliefs. Au lieu de distribuer régulièrement, d’après les distances des fenêtres que l’on comptait ménager , les pilastres et les encadremens , de manière que ce fussent des pilastres qui terminassent chaque extrémité de la galerie , ce sont des demi-encadremens , qui , taillés net à l’extérieur, n’ont de bordures que de trois côtés, et qui ne se raccordent en aucune manière avec les côtés des gros pavillons qui enclavent la galerie. Ces licences produisent un effet désagréable , que rien n’autorise, et qu’on ne se permettrait pas aujourd’hui. On ne conçoit pas davantage que les fenêtres ne soient ni de la même hauteur, ni sur la même ligne, dans la galerie et dans les pavillons qui la flanquent. Le pavillon de Charles IX , les deux grands corps et la galerie, ayant été faits, pour ainsi dire, en même temps, il est singulier qu’ils soient de genres différens d’architecture. Ce n’étaient pas les localités qui l’exigeaient, et ce manque d’accord provient ou du goût particulier des princes qui ordonnaient ces constructions, ou surtout de ce que chaque architecte, voulant introduire ses idées, ne s’astreignait pas à suivre le plan de celui qui l’avait précédé.

La partie de la galerie qui n’est pas terminée, et qui occupe l'espace entre le guichet de Matignon et celui de Lesdiguières , offre le sujet d’une pareille remarque; la manière dont sont préparées les pierres des chapiteaux , des

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colonnes et des pilastres, n’annonce pas qu’ils dussent recevoir les mêmes ornemens que ceux de la première partie de la galerie. On ne voit pas à quoi pourrait servir l’espèce de médaillon ovale qui pend au-dessous du quart de rond ; il n’y a rien dans les autres chapiteaux qui réponde à cette préparation de la pierre. Il se pourrait, il est vrai, que Serlio et du Cerceau, à qui l’on doit, à ce qu’il paraît , d’avoir monté le mur de face de l’étage inférieur de cette galerie, eussent changé leur premier dessin des chapiteaux, et qu’en les décorant ils eussent supprimé ces médaillons destinés sans doute à devenir des couronnes , et qui ne sont restés qu’aux endroits qu’ils n’ont pas termines. Nous verrons d’ailleurs qu’il est probable que ce fut un autre architecte qui acheva ou qui avança cette partie. II n’y avait ici pour ce changement aucune difficulté, et ce n’était que de la pierre à abattre : mais il n’en est pas de même au premier étage; les consoles dont il est décoré ont, dans la partie terminée de la galerie, beaucoup plus de saillie que les pierres préparées de l’autre coté pour les répéter, et dont on n’aurait pas pu en tirer de la même grandeur. Tout ceci prouve que, malheureusement, en travaillant à terminer le Louvre, on ne s’assujettit jamais à mettre de l’unité dans l’ensemble et dans les détails de ce palais, qui eut été sans contredit encore plus beau , si l’on n’avait suivi qu’un seul plan : car ce sont les plans bien combinés dans leurs distributions et dans leurs élévations qui impriment aux monumens le vrai caractère de la beauté; les ornemens ne sont que les accessoires; quelque riches qu’ils soient, ils ne font que masquer et non disparaître les défauts d’ensemble et de proportion. II en est d’un édifice comme d’une statue : quelque bien qu’en soient traités les détails, si elle pèche par l’attitude, par les proportions, ou par le manque d’accord entre ses parties , elle perd une grande partie de ses titres à notre admiration. L’architecture, surtout celle qui inspire les grandes conceptions monumentales faites pour tenir une place dans l’histoire des peuples , est un art plus sévère que la peinture et même que la sculpture, et elle ne permet pas les écarts.

Pour terminer ce qui regarde cette première partie delà galerie, j’ajouterai qu’elle ne produit plus sans doute le même effet que lorsqu’elle fut construite. Les monumens et toutes les productions de la sculpture perdent presque toujours, lorsque, par le changement des localités, on les présente sous un point de vue différent de celui pour lequel ils ont été faits ; on détruit 1 équilibre entre l’ensemble et les parties, et l’on en fait disparaître l’accord. Le premier ordre de cette galerie s’appuyait autrefoissur un soubassement élevé; ce dont on peut juger d’après les guichets de ce coté, enterres aujourd’hui de plusieurs pieds. Ce soubassement donnait plus de légèreté a l’ordonnance qu’il supportait. Des parties qui paraissent trop fortes à présent, telles que le bandeau qui le couronnait, étaient mieux en proportion avec le reste. On peut faire remarquer ici la manière dont sont traites les ornemens vermiculés des bossages; tous sur le même plan, ils sont laits à très-peu de frais et heurtés, et l’on s’est, pour ainsi dire, contenté d’en creuser les contours et de donner de la vivacité et de l’effet aux détails au moyen du trépan. Par cette simplicité dans l’exécution , peut-être avait-on

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ou l’intention tl’allier avec l’e'conomie du travail une sorte de richesse ou de profusion dans les details, tels qu’on les aimait alors.

On attribue ordinairement la construction de la partie de la galerie que nous venons d’examiner à Metezeau, non sans doute à Clément, qui ne naquit que dans les dernières années du xvi.c siècle, de qui l’on cite l’hôtel de Longueville, et qui en 1(127 lit la belle digue qui rendit possible la prise de la Rochelle , mais à son père , qui travailla pour Henri IV. Cependant je serais porté à croire que ce fut Etienne du Pérac qui construisit ou du moins décora en partie cette portion de la galerie. On sait qu’il fut employé par Henri le Grand, qui ne s’occupa du Louvre que vers l’époque de son mariage avec Marie de Médicis. Cette princesse devait accorder sa protection à du Pérac, qui, ayant passé quelques années en Italie, s’y était fait avantageusement connaître par ses dessins et par ses gravures , dont, en 1593, il avait dédié une partie à M arie de Médicis, et qui du reste, si ce sont ceux dont on a un recueil aux manuscrits de la bibliothèque royale, n.° 487, sont peu satisfaisans. Du Cerceau ne quitta la France qu’en 1598 ou 1599; ce n’est que vers ce temps que du Pérac put lui succéder dans les travaux du Louvre : étant mort à trente-deux ans en 1002, cette année est le terme de ses travaux. 11 me paraîtrait donc qu’outre les plans qu’il peut avoir donnés pour la galerie, il doit avoir fait exécuter les ornemens qui sont terminés dans la première partie, et dont il est possible que Serlio eut préparé la masse longtemps auparavant dans le goût llorentin , afin de plaire à Catherine de Médicis. C’eut été de même pour llattcr Marie de Médicis que du Pérac , qu’elle protégeait, aurait placé sur cette façade le chiffre et les emblèmes de cette princesse. La mort le surprit avant qu’il eut pu faire terminer la décoration de cette aile; et c’est ce qui fait que, dans ce qui reste de la partie qui n’est pas achevée, on retrouve les pierres ébauchées par Serlio pour des ornemens différens de ceux qui furent exécutés par du Pérac. Il est trèsvraisemblable que Métézeau continua, dans la galerie de ce côté, les travaux commencés depuis le gros pavillon par cet architecte. Ne peut-on pas croire aussi qu’étant chargé de terminer toute la longueur de la galerie, il porta du côté des Tuileries, où il avait achevé le pavillon de Flore, commencé par du Cerceau, toute l’activité des travaux? Il y en eut sans doute moins à l’autre extrémité; et Métézeau, qui suivit dans la nouvelle partie un plan différent de celui de ses prédécesseurs, y mit sans doute plus d’intérêt qu’à finir ce qu’à sa mort du Pérac avait laissé incomplet du côté du Louvre, et qu’on aurait du achever d’après ses dessins. Ce qui me ferait aussi penser qu’on avait beaucoup plus à coeur de pousser la construction de la grande galerie que de s’occuper des ornemens extérieurs, c’est que, commencée en I59G au plus tôt, elle devait être finie ou fort avancée en 1G08, puisqu’au rapport de Péréfixc , « le Roi montrant un jour sa ga- » lerie du Louvre à don Pèche, ambassadeur d’Espagne, et lui demandant » son avis, l’Escurial est tout autre chose, dit don Pèdre. Je le crois, re- » partit le Roi; mais y a-t-il un Paris au bout comme à mes galeries? •> Les travaux entrepris au Louvre et aux Tuileries par Henri IV7 furent continues par Marie de Médicis pendant sa régence, et Métézeau poursuivit

LE LOUVRE

non-seulement ce qu’il avait commence, mais la partie dont avait etc charge du Perac, qui, outre ce qu’il avait fait au Louvre, avait aussi élevé une partie de l’aile droite qu’on avait ajoutée aux Tuileries ; car il paraît que c’est à du Cerceau et à lui qu’on doit attribuer le pavillon Marsan et ce qui en fait la suite jusqu’au premier pavillon de de Lorme. Les ornemens de cette partie, de même que ceux de l’autre aile, offrent le chiflrc d’Henri IV uni à celui de Marie de Medicis. Il est probable que les constructions se ralentirent, lorsque, vers 1615 , la régente forma le projet de se faire élever un palais au Luxembourg. Quoique Métezeau eut présenté de beaux plans, ce ne furent pas les siens que l’on adopta, et l’on donna la préférence à ceux de Jacques tle Brosse ; mais ceci est étranger à notre sujet. Métézeau vécut encore assez long-temps pour terminer la galerie du Louvre dont la construction lui avait etc confiée. Peut-être aussi son fils Clément fut-il associé à ses travaux et lui succéda-t-il ; ce qui a pu mettre de la confusion dans les époques de ceux du Louvre et des Tuileries , dont l’un et l’autre auront été chargés.

Nous avons vu que Métézeau, ainsi que ceux qui avaient agrandi les Tuileries, s’était éloigné du style d’architecture de Philibert de Lorme. Il adopta, pour les parties qu’on ajoutait à ce palais, de grands pilastres composites qui , embrassant deux étages , présentent , dans les pavillons, des façades où les fenêtres, trop longues et trop multipliées, ne laissent entre elles que d’étroits trumeaux, et sont en outre en nombre pair, tandis que, dans les arrière-corps contigus aux pavillons, les pilastres , inégalement espacés par deux et par quatre, offrent d’immenses trumeaux occupés par de petites niches. Un défaut plus grave que l’on trouve dans les pavillons, et qui se répète dans la grande galerie, est celui d’avoir fait pénétrer les fenêtres dans l’entablement, et d’avoir par-là divisé l’architrave et la frise en petites parties. Outre le mauvais effet que produit cette disposition vicieuse, il y a même un vrai contre-sens à interrompre des parties aussi essentielles que l’architrave et la frise, qui , par leur position , sont destinées à supporter le poids des parties supérieures de l’édifice; et les règles, ainsi que le bon goût, exigent, ne fut-ce que pour rassurer l’œil sur la solidité, qu’elle s’y trouve non-seulement par le fait, mais même par l’apparence. Il serait inutile de pousser plus loin les observations sur l’architecture des Tuileries. Plusieurs parties, entre autres les arrière-corps écrasés qui bordaient les terrasses entre les pavillons, n’existent plus; et les remarques que l’on pourrait faire sur la masse et sur les détails, ne trouveraient plus leur application.

L’époque de Louis XIII, à laquelle nous sommes arrivés, apporta de grands changemens dans le Louvre; et d’un château peu considérable il devint une des habitations royales les plus vastes de l’Europe. Henri IV avait conçu le projet d’augmenter ce palais, Louis XIII le mit à exécution. Chaque jour Paris recevait, en s’accroissant, de nouveaux embellissemens : dans les dernières années du règne d’Henri IV, le Pont-neuf ( 1004 ) et l’hotel de ville ( 1005), monumens remarquables de cette époque, avaient été termines; en 1 0 1 0 Marie de Médicis avait fait faire de grandes plantations qui prirent le nom de Cours In Heine ; en 1024 les murs de la ville de ce coté avaient été reculés au-delà de l’extrémité de l’emplacement qu’occupe

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aujourd'hui le jardin des Tuileries. Le cardinal de Richelieu avait reconstruit, en 1029 , sur un nouveau plan donne' par Le Mercier, premier architecte du Roi, sous le nom de Sorbonne, l’ecole célébré où avait professe' Robert Sorbon du temps de S. Louis ; presque en meme temps ce ministre faisait jeter par le même architecte les fondations de ce magnifique palais connu d’abord sous les noms de palais de Richelieu et de palais Cardinal, et qui , depuis , après bien des changcmcns, des agrandissemens et des cmbellissemens , ayant etc habite par Louis XIII , à qui Richelieu l’avait lègue, et par Anne d’Autriche, prit le titre de Palais-Royal,

Le Mercier avait la confiance de Richelieu, dont il construisait la somptueuse demeure, et qui depuis le choisit pour élever son magnifique chateau ; il le chargea donc de l’exécution des nouveaux plans pour le palais de nos rois ( 1 ). Par ce projet, on doublait les deux côtés commencés du Louvre, et l’on en ajoutait deux autres qui enfermaient la cour dans un carré presque parfait et qui avait quatre fois plus de superficie que dans le palais de François I.er et d’Henri II. La principale entrée était tournée vers les Tuileries, et cette nouvelle disposition s’accordait avec la manière dont on les avait rattachées au Louvre par la grande galerie. Jusqu’alors il n’y avait pas proprement d’entrée au Louvre, ou du moins on n’y arrivait plus dans la cour que du côté de Saint - Germain l’Auxerrois, par une des portes de l’ancien château de Charles V; il n’y avait d’accès dans le palais que par les escaliers qui se trouvaient aux extrémités des deux ailes qu’avait bâties Pierre Lescot, et par l’escalier extérieur construit par Raimond du Temple dans le corps-de-logis septentrional du Louvre de Charles V. Les appartemens de la Reine avaient aussi une petite porte sur la cour. A moins de supposer que Lescot, pour conserver dans toute sa grandeur la salle des gardes, ait préféré de placer ses escaliers dans les pavillons d’angle du palais , cette disposition ferait croire que l’intention de François I.er et d’Henri II était de doubler un jour les façades de leur palais ; les escaliers en auraient alors occupé le milieu. Ce qui pourrait encore faire pencher vers cette opinion, c’est que dans les parties élevées par Lescot il n’y en avait pas qui l’emportassent sur les autres en élévation ; et l’on sait qu’alors il était presque de règle et de convenance, surtout dans un édifice royal, que le milieu des façades formât un pavillon beaucoup plus haut que le reste du bâtiment. Le Mercier suivit aussi cette idée.

Dans quelques parties, cet architecte se régla sur les plans de Lescot; dans d’autres, il s’en éloigna. Ayant à doubler de longueur les côtés du carré, il pensa qu’ils étaient trop longs pour que le milieu n’en fut pas décoré par un pavillon qui dominât les autres parties du palais. La grandeur de cette aile de 1 édifice lui offrait d’ailleurs les moyens de déployer la richesse de l’architecture dans de vastes vestibules à colonnes qui serviraient d’entrée au Louvre. Mais Le Mercier donna trop d’élévation à ce pavillon , qui écrase les

(1) Outre les édifices indiqués ci-des- né vers la fin du xvi.e siècle à Pontoise, sus, on citait de Le Mercier l’église de et avait, pendant plusieurs années , étudié Saint-Roch , le portail de celle de Ruel et les monumens antiques et ceux de Mieliel- 1 église de l’Annonciade de Tours. Il était Ange. Voyez d’Argenville , t. I.er, p. 33i>.

LE LOUVRE

«leux corps-dc-Iogis qu’il dépassé, et le dernier ordre n’est pas en proportion av ec I atlique de Lescot ( voij, pi. 13 ). Les magnifiques caryatides dont il le décora, partagent ce defaut; elles sont trop colossales pour la hauteur à laquelle il les a placées. On doit aussi lui reprocher ce fronton circulaire, enchâsse entre deux frontons triangulaires : ce qui, inutile et meme vicieux comme construction, n’est pas d’ailleurs d’un bon elfet ; car si cette partie dans les édifices représente le pignon ou l’extrémité du toit, on ne voit pas comment on pourrait motiver ou justifier l’emploi d’un triple comble, ou d’un toit qui en renferme deux autres. Le comble de ce pavillon, d’une hauteur hors de proportion avec le reste de l'édifice, le surcharge; et, d’un autre cote, les fenêtres en attique ou mezzanines, placées entre deux rangs de lenétres très-elevêes, paraissent avoir été écrasées par la masse du dernier ordre, affaissé sous le poids du toit qui le surmonte. Malgré ces défauts, et en les admettant comme inhérens à ce genre d’architecture si différent des principes de simplicité et d’élégance de l’antique, on ne peut disconvenir que ce coté du Louvre n’offre un aspect grand et imposant. Si le pavillon et les caryatides eussent été moins élevés, et qu’on les eut répétés dans les autres cotés, cette disposition, en harmonie avec la partie de Lescot , eut sans doute produit un bon effet. Mais je laisse à décider aux maîtres de l’art jusqu’à quel point dans la décoration d’un grand monument on peut employer comme supports des figures humaines de ronde bosse, à qui l’on donne l’apparence de la vie, et qui sont condamnées à se tenir éternellement en équilibre à une grande élévation, et à soutenir, sans avoir l’air de s’en apercevoir, des masses avec le poids desquelles leurs forces ne peuvent être nullement en rapport. Plus la vérité de l’imitation fait approcher ces statues de la nature, plus on souffre de les voir ainsi surchargées et exposées à se précipiter de la hauteur où on les a si imprudemment placées. Il me semble que les caryatides ne devraient être employées que dans des parties légères et détachées du corps des étages inférieurs, telles que des tribunes ou des galeries dont la légèreté donnerait plus de vraisemblance à la possibilité ou à la réalité de ces élégans supports. Cette opinion , que m’avait suggérée la vue des caryatides du Louvre, a d’ailleurs pour appui le bel article Caryatides de M. Quatremère de Quincy, dans le Dictionnaire d’architecture de l 'Encyclopédie méthodique. Lorsque je décrirai les sculptures de la cour du Louvre, j’aurai occasion d’attirer encore l’attention sur les belles caryatides de Jacques Sarrazin.

Le Mercier n’éleva que les étages inférieurs des trois autres cotés de la cour, et il ne les termina pas : il fit cependant du coté de la rue du Coq une partie de la façade, à partir de l’angle occidental; elle est simple, mais ne manque ni de beauté ni de caractère. Ce fut alors que, pour bâtir cette aile, on abattit la partie septentrionale du château de Charles V, dont on combla le fossé, et dont les jardins disparurent; l’ancienne forme du Louvre fut entièrement changée. Dans cette aile de Le Mercier, le grand vestibule du pavillon de l’horloge se lail remarquer par une conception noble cl sage, et par une distribution bien entendue des colonnes ioniques accouplées, qui, lui servant en même temps de soutien et d’ornement,

et les tuileries.

forment une entrée convenable à un somptueux palais. Il paraît cependant que Le Mercier ne lit que les dispositions principales de ce vestibule, et que la décoration en est due aux architectes qui lui succédèrent. Suivant d’ArgenvilIe ( 1 ), le vestibule du palais Farncse à Rome par Michel-Ange aurait inspire à notre architecte l’idee de celui du Louvre, et son chapiteau ionique serait le même qu’a employé Michel-Ange.

Tandis que Louis XIII agrandissait le Louvre, Anne d’Autriche embellissait de peintures et de sculptures la partie où se trouvaient ses appartenions, qui , comme on l’a déjà dit , avaient été ceux de Catherine et de Marie de Médicis, et sur les détails desquels nous aurons à revenir. Ce fut alors aussi que la Reine fit construire une assez grande salle de spectacle dans le pavillon qu’occupe aujourd’hui la première partie du bel escalier du Musée royal. Cette salle en remplissait la cage (planche 10, D , d d ) , et le reste de la largeur du pavillon , A. Le fond de sa partie circulaire s’appuyait au gros mur qui sépare à présent l’escalier et la galerie d’Apollon. Toutes ces dispositions ont été changées : de circulaire, ce mur de fond est devenu droit; et en supprimant deux escaliers qui étaient ménagés dans son épaisseur, on a rétabli les angles du carré et agrandi cet espace. L’entrée de ce théâtre et du palais de la Reine était, à ce qu’il paraît, où est maintenant la porte qui donne dans la petite cour du Musée. Une construction que d’autres masquent à présent, formée de deux lignes courbes et de deux droites indiquées dans le plan, retrace une partie du vestibule; elle était repétée de l’autre côté, et l’on voit qu’il était à peu près ovale. Ce théâtre, pendant long-temps celui de la cour, ne fut abandonné que lorsque Louis XIV eut fait faire l’immense salle de spectacle des Tuileries.

Tel était l’ensemble du Louvre et des Tuileries, lorsqu’en 1GG0 Louis XIV projeta de terminer le premier de ces palais. II est à remarquer que ce fut cette même année que Le Mercier mourut pauvre, après tous les travaux qu’il avait fait exécuter au Louvre avec un grand talent. Pour que les travaux reçussent toute l’activité qu’ils exigeaient, il parut une ordonnance rapportée par Félibien, et qu’on eut lieu de trouver au moins sévère; elle défendait de bâtir à Paris sous peine d’amende , sans la permission du Roi. Le Vau ( 2 ) , premier architecte du Roi, continua le long de la Seine la façade de Lescot. Comme il élevait alors le collège Mazarin , il est assez naturel qu’il ait songé à mettre ces deux édifices en rapport l’un avec l’autre. Aussi l’entrée du Louvre, de ce côté, répond-elle à celle de l’église, et elles sont sur le même axe : c’était pour l’embellissement des deux rives de la Seine une heureuse

( 1 ) Tome I.er, page 343.

(2) Louis Le Vau, ne' en 1G12 , directeur des bâtimens du Roi en 1G53, mort en 1670. Cet architecte, d’un grand talent, e'Ieva un grand nombre de beaux édifices, parmi lesquels on citait le château de Vaux - le -Vicomte pour le surintendant Fouquet, et celui du Raincy. II commença à rebâtir sur un nouveau plan l’eglisc de

Saint-Sulpice à Paris , continuée depuis par Gittard, Servandoni , Oppenort ; on lui devait plusieurs hôtels remarquables , entre autres , ceux de Lambert dans file Saint-Louis , de Pons , de Pontchartrain , de Colbert. En 1GG0 il fut charge de construire à Vinccnnes le grand corps-de-logis où e'taicnt les appartenions du Roi et de la Reine. Pour donner plus d’elevation à

Liée, dont on sent tout l’avantage aujourd’hui, puisque le pont des Arts lie, pour ainsi dire, le Louvre au palais des quatre academies. La façade du Louvre sur la Seine, construite par Lescot et par Le Vau, ne ressemblait pas a ce qui existe à présent; elle était beaucoup moins élevée, et se composait de plusieurs pavillons en avant-corps : il s’en fallait de plus de six toises qu’elle ne fut aussi avancée vers la rivière que la façade actuelle. Les deux pavillons des extrémités et celui du milieu étaient à peu près delà même largeur et de la même hauteur; ainsi que celui de l’horloge, construit par Le Mercier , ils avaient trois fenêtres à chaque étage : mais l’architecture des pavillons d’angle était très-simple , tandis que Le Vau avait répandu dans celui du milieu une grande richesse de décoration. Il s’était éloigné de la composition de Le Mercier. Un très-grand ordre corinthien, olFrant de face six colonnes, dont celles des angles étaient accouplées, embrassait les deux étages inférieurs ; un attique , où l’on n’avait pas pratiqué de fenêtres , surmontait cet ordre; au droit des colonnes, des piédestaux qui, avec leurs bases et leurs corniches, occupaient toute la hauteur de fattique, supportaient des statues; et l’on avait orné de bas-reliefs les tables des intervalles. Au-dessus de cet attique, de même qu’au pavillon de Le Mercier, s’élevait un dernier étage à grand fronton , et terminé par un dôme élevé. Mais Le Vau, dans son ordonnance, avait supprimé les caryatides; et, comme les entre-colonnemens de son grand ordre, pour donner plus de largeur à la porte qu’aux fenêtres, n’avaient pas été espacés egalement, les fenêtres de l’étage supérieur s’en étaient ressenties; et quoiqu’il eut surbaissé le cintre de celle du milieu , tandis que celles de côté étaient à plein cintre , cependant , malgré cette licence , son arc coupait encore la partie inférieure de la corniche sur laquelle reposait le fronton. Trop de petites divisions d’avant et d’arrière corps, des toits trop élevés, et qui, par leurs distributions, semblaient faire cinq édifices à côté l’un de l’autre, nuisaient à l’ensemble de cette façade, qui n’offrait pas le beau développement de celle d’aujourd’hui. On peut en faire la comparaison dans les ouvrages de Blondel et de Marot. Mais, d’après d’anciens dessins et des restes de construction qui existaient encore en place, lorsqu’on fit les salles de cette partie du Musée et de cette aile du Louvre, le style des ornemens était de bon goût, et la sculpture très-bien traitée. On retrouve le mur de cette façade de Le Vau dans le mur de re-

fend de cette partie du Louvre, et les niches ainsi que des passages des salies du Héros combattant, de la Pallas et de la Melpomène, répondent aux ouvertures des anciennes fenêtres. Il paraîtrait aussi que le bâtiment

fa frise de son ordre dorique de fa cour , if augmenta d’un module la hauteur de fa colonne, et nuisit par-là au caractère grave de cet ordre. Une méthode que Le Vau employa au château de Vaux, est encore plus répréhensible: les ailes de la façade étaient décorées de grands pilastres ioniques qui embrassaient les deux étages, tandis que

le corps-de-Iogis du milieu offrait, dans la même hauteur, le dorique et l’ionique.

Le Vau abusait des ornemens et des statues , ainsi qu’on le voit aux Quatre-ISations et au dernier étage du grand pavillon des Tuileries. Lambert et dOrbay lurent élèves de Le Vau. Voyez Milizia , t. 11 , p. 21 I ; d’Argcnville , t 1er, p. 375.

jES tuileries.

où est aujourd’hui la salle du Candélabre, appartenait à cette ancienne aile du Louvre, et qu’il formait arrière-corps au pavillon de cette extrémité. C’étaient encore les constructions de Charles V qui avaient servi en grande partie de base à celles de Lescot et de Le Vau.

Pendant qu’on travaillait avec ardeur au Louvre, le G février 1 GG 1 , le feu v prit avec violence; il gagnait déjà la grande galerie, qu’on fut obligé de couper pour arrêter les progrès de l’incendie. Le dommage ne lut pas considérable, et l’on s’occupa de le réparer. Le Vau, aidé de son gendre d’Orbay, et sous l’intendance tic M. de Ratabon , élevait à-la-fois toutes les parties du Louvre; et la façade de Saint-Germain I’Auxerrois était déjà à quelques pieds hors de terre. Il travaillait en même temps aux Tuileries, où il ajouta au grand pavillon du milieu le dernier étage , formé d’une belle ordonnance composite et d’un attique; le tout fut surmonté d’un énorme dôme quadrangulaire ; et l’on chargea de mauvaises statues, qui y sont encore , l’entablement. Par les additions et par la balustrade ornée de vases dont Le Vau couronna les pavillons de ce côté , il acheva de changer complètement l’ordonnance de de Lorme, qui n’aurait, pour ainsi dire, rien retrouvé du caractère particulier qu’il avait donné aux Tuileries.

Ces travaux se poursuivaient avec l’activité dont était doué Le Vau , lorsque Colbert, en 1664, fut nommé surintendant des bâtimens. Ce ministre, dont les idées étaient aussi magnifiques lorsqu’il s’agissait des beaux-arts et des embellissemens de Paris , qu’elles étaient grandes et utiles lorsqu’elles créaient de nouvelles ressources à l’industrie et au commerce de la France, Colbert, dont les hautes pensées embrassaient à-la-fois et le palais du Roi et le canal que Louis XIV, à la même époque, faisait ouvrir dans le Languedoc pour réunir la Méditerranée à l’Océan , ne trouva pas la façade commencée par Le Vau en harmonie avec la magnificence à laquelle il voulait porter le Louvre; elle n’annoneait pas assez la demeure des rois de France, et Colbert voulait y déployer tout le luxe de l’architecture. Il était à regretter que ces réflexions n’eussent pas été faites plus tôt, et que le projet de Le Vau, adopté sans examen, eut déjà coûté des sommes considérables; mais ces considérations n’arrêtèrent pas un ministre qui savait que la postérité n’entre pas dans les comptes d’économie des monumens qu’on lui lègue, et qu’elle n’est sensible qu’à leur beauté. Les travaux furent suspendus; cependant on ne les condamna pas encore sans appel. Colbert, ne s’en rapportant pas a ses propres lumières, eut recours à celles des architectes de Paris. II les invita donc à un concours, et ce fut le premier que l’on établit poulies projets des édifices élevés par le gouvernement. La gloire de l’emporter sur ses émulés, les intérêts de fortune attachés au succès, sont de puissans aiguillons pour le talent, et il doit produire tout ce qu’on peut attendre de ses efforts. C’est le moyen le plus sûr de distinguer le mérite et la manière la plus juste d’accorder les avantages de grandes entreprises aux artistes les plus capables de les concevoir et de les exécuter. Phidias, dans toute la lorcc de son talent, concourut bien avec Polyclète et d’autres statuaires pour une statue qui devait être placée dans le temple d’Éphèse : son exemple doit faire taire tous les amours-propres; il ne remporta pas

LE LOUVRE

le prix, cl n en est pas moins reste le plus habile statuaire de l’antiquité. Tous les artistes les plus renommes des beaux siècles de l’Italie entraient egalement en lice dans les concours pour les grandes entreprises, et, vaincus, ils n’en éprouvaient que plus d’ardeur pour mériter un jour la victoire.

Pour juger avec plus de connaissance de cause le projet de Le Vau, on en lit faire un modèle en bois; il fut expose', et l’on demanda aux architectes de joindre à leurs critiques les plans qu’ils voulaient substituer à celui qu’on soumettait à leur jugement. Cette épreuve ne fut pas favorable au premier architecte du Roi. Il n’y eut presque qu’une voix pour décider que la façade mesquine et sans caractère n’était pas digne du Louvre. C’était attaquer du coté le plus sensible un jeune monarque tel que Louis XIV, animé des plus nobles pensées, et dont le génie ne trouvait de beauté que dans ce qui est grand et imposant. Colbert partageait et secondait ses idées. Le plan de Le Vau fut rejeté. Mais , si les architectes de Paris eurent assez de talent pour en signaler les défauts et pour faire triompher la justesse de leurs observations, il paraît qu’ils n’en avaient pas assez pour proposer des projets qui l’emportassent d’une manière incontestable sur ceux qu’ils repoussaient. Colbert fut loin d’être satisfait : cependant, parmi un grand nombre de compositions mesquines ou bizarres, un plan attira son attention par le grand aspect de sa conception ; et ce dessin n’était pas d’un architecte de profession , mais d’un médecin , de Claude Perrault , à qui l’animosité et les injustes satires de Boileau auraient donné une célébrité peu agréable, si, par un heureux concours de circonstances, il n’en eut pas acquis et mérité une très-belle.

Perrault ne suivait pas la carrière de l’architecture; mais il était né avec les dispositions les plus favorables pour se faire un grand nom dans cet art, qu’il ne cultivait que comme un amusement des loisirs que lui laissait sa profession. Outre la supériorité du plan de Perrault sur tous ceux qui avaient été présentés, il avait encore le grand avantage d’étre fortement appuyé auprès de Colbert par Charles Perrault, premier commis de son ministère, et qui ne négligea rien pour mettre dans toute leur valeur les conceptions de son frère. Il devait d’ailleurs s’y intéresser d’autant plus , s’il est vrai, comme il le prétend dans ses mémoires, qu’il était pour une grande partie dans le projet de la façade. Ainsi, d’un coté, quelques écrivains, entre autres Boileau dans ses lettres, qu’il a désavouées depuis, soutenaient que le plan n’était pas de Claude Perrault, mais de Le Vau ou de tout autre; et, d’un autre côté, Perrault était, pour ainsi dire, attaqué parles siens, et sous main son frère revendiquait en partie l’honneur d’un projet dont il sollicitait avec chaleur l’exécution au nom de Claude Perrault. Quoique le plan plut à Colbert autant que celui de Le Vau lui convenait peu , il voulut cependant, avant de rejeter définitivement l’un et d’adopter l’autre, s’appuyer de nouvelles autorités et consulter les architectes d’Italie. Nicolas Poussin était alors à Rome, et, par ses talens, sa réputation et ses relations, il était plus que personne en position de seconder les intentions du ministre. Colbert lui envoya le plan de Le Vau, en le chargeant de recueillir à ce sujet les opinions des plus habiles maîtres italiens, et de les

ET LES TUILERIES

en°u,ver à présenter leurs propres idées. Il est assez singulier que, voulant éclaircir la question, l’on n’ait pas en même temps établi la discussion sur le dessin de Perrault. 11 se pourrait que son frère ainsi que lui, en reconnaissant la partie faible, eussent craint de le soumettre au jugement des architectes de Rome; ce qu’il y a de certain, c’est que le plan n’y fut pas envoyé. Le Poussin s’acquitta de sa mission. Le projet de Le Vau fut loin d’obtenir les suffrages. On pouvait s’y attendre. D’un cote, la jalousie, et, de l’autre, le désir de faire adopter leurs idées et d’être chargés de cette grande entreprise, devaient avoir une grande influence sur la decision des artistes italiens. C’est ce qui arriva. Blâmé sur tous les points, le plan de Le Vau fut renvoyé accablé de critiques.

Le cavalier Bernin à cette époque jouissait en Italie, et même dans toute l’Europe, d’une réputation colossale, et tenait à Rome le premier rang comme architecte et comme sculpteur; et l’on peut bien croire, sans trop se hasarder, qu’il fut pour beaucoup dans le jugement sévère qu’on porta contre Le Vau. On ne peut guère supposer qu’il ait pu être jaloux de cet architecte, qui, malgré de grands talens , n’avait pas une assez haute renommée pour offusquer ou inquiéter la gloire de Bernin : mais les plans raisonnables et sans faste, et c’était dans la circonstance le plus grand reproche que l’on put faire à ceux de Le Vau, ne pouvaient être du goût du cavalier, dont le génie ardent et entreprenant n’admettait en architecture que les conceptions les plus vastes, et où souvent des idées extraordinaires , hors des règles et même bizarres, se trouvaient à coté de beautés du premier ordre. Lorsqu’on apprit à la cour le jugement des artistes d’Italie, Louis XIV et Colbert n’osèrent pas continuer un monument désapprouvé par un artiste tel que Bernin, dont on avait à Paris, sur la foi de sa renommée, la plus haute opinion. Cependant aucun des nombreux projets que l’on reçut de Rome ne satisfaisait le monarque ni son ministre. II paraît que, se livrant à toute la fougue d’une imagination peu réglée, les artistes italiens n’avaient enfanté que des productions pour la plupart fantastiques , et qui ne remplissaient pas les conditions requises.

Entraîné par les beautés qu’il trouvait au projet de Perrault, et pressé par les sollicitations de son frère, controleur général des bâtimens, il est à croire que Colbert était disposé à faire exécuter le nouveau plan du Louvre. Mais on ne restait pas inactif à Rome ; on s’y agitait en faveur de Bernin. Le es irdinal Chigi , depuis Alexandre VII, l’appuyait de tout son crédit, et il est probable que c’était d’après ses instructions que l’abbé Benedetti , ami de Colbert, ne cessait de vanter à ce ministre le génie, les talens et les grandes productions du cavalier Bernin (l). Il avait à citer, à l’appui des éloges qu’il faisait de cet homme extraordinaire, de superbes monumens, tels que la colonnade de Saint-Pierre, le baldaquin, la chaire de cette basilique, l’escalier du Vatican, la place Navone, et tant d’autres

( 1 ) / oyez, sur le cavalier Bernin , Bal- ment : if y a beaucoup de faits et de rendinucci dans ses Notizie de’ professori del seignemens; mais c’est un long panegydisegno , Florence, 1728 , t. II, rique sans critique. On apprend mieux

p. 54. II a aussi écrit sa vie séparé- à connaître et à juger Bernin , sous le

édifices dont il avait embelli Rome et plusieurs villes de l’Italie. L’architecte

auquel 1 enlise de Saint-Pierre devait ses magnifiques portiques, semblait

offri*1 plus de garantie pour le succès qu’un médecin , doue sans doute de

(aient pour l’architecture, mais que le manque d’études approfondies et de

pratique devait faire considérer par les gens de l’art comme un amateur

qui improvisait, pour ainsi dire, de l’architecture, sans en combiner toutes

les parties, et encore moins les moyens d’exécution. Les amis du cavalier

Bernin et leurs louanges pompeuses produisirent l’effet qu’ils en avaient

espéré : ils persuadèrent à Colbert que cet architecte était seul capable

de se tirer avec honneur d’une entreprise où tant d’autres avaient échoué.

Non-seulement Louis XIV approuva le projet que son ministre lui soumit

d’attirer le Bernin à Paris , et de lui confier la façade et l’achèvement

du Louvre, mais même il chargea son ambassadeur, le duc de Créqui , de faire toutes les démarches pour le déterminer à accepter cette brillante entreprise.

Quoique le Bernin fut dans sa soixante-huitième année, et que le changement de climat put lui faire craindre pour sa santé et même pour son talent, on n’eut pas de peine à l’engager à se rendre au désir de Louis XIV. Ce n’était pas auprès du cavalier seul qu’il s’agissait de réussir dans cette négociation ; il fallait décider à se séparer de lui le Pape et Rome , qui semblaient ne pouvoir se passer de ce célèbre artiste. Déjà, en 1G44, il avait refusé les propositions les plus avantageuses que lui avait faites le cardinal Mazarin ; ou plutôt le pape Urbain VIII [Pamfili], qui s’estimait heureux qu’un aussi grand homme vécut sous son règne, ne put consentir à ce qu’il abandonnât Rome, pour laquelle , disait-il, le Bernin était fait, et qui était faite pour lui. Par sa libéralité et son amitié, il l’avait dédommagé des 1200 écus ( environ 72,000 francs d’aujourd’hui) de pension que lui proposait Mazarin. Mais ce n’était plus un ministre qui parlait au nom de son souverain, c’était un roi dont les idées grandes et l’amour pour les arts étaient en harmonie avec les vastes conceptions du Bernin ; c’était Louis XIV lui-même, qui, avec la grâce qui lui était particulière, lui écrivait une lettre aussi flatteuse que pressante , et qui contenait les offres les plus brillantes , pour l’engager à venir embellir son palais. Les instances du Roi auprès du Pape ne furent pas moins vives pour qu’il lui accordât la faveur de se dessaisir pendant quelque temps du Bernin , et de lui permettre d’aller jouir à Paris , à la cour la plus pompeuse , de tous les avantages qui lui étaient promis. La visite, en grande cérémonie, que lui fit l’ambassadeur de France pour lui remettre la lettre du plus puissant roi de l’Europe , aurait seule sufli pour lui faire prendre un parti que lui conseillait son ambition, et qu’il eut peut-être accepté avec joie. Pour son séjour à Paris, on lui accordait les distinctions les plus honorables; son amour-propre et sa fortune y trouvaient leur intérêt. Le pape Alexandre VII

rapport de ses ouvrages et de sa longue influence sur les arts , dans Mitizia , Mcmorie dcgli architctti ; M. Quatremère de Quincv, Dictionnaire d’architecture de

l'Encycfope'dic méthodique; et M. le comte Cicognara, Storia délia scultura , t VI, p. 1 14 fin-Sd Lanzi parle aussi du Bernin , Storia délia pitlura , t. 11 . p. 213.

ET LES TUILE III ES

ne s’opposa point à celle qui attendait son favori; il consentit à son depart. Le Bernin quitta Rome. Si l’on décrivait son voyage, on croirait voir une marche triomphale : un prince victorieux n’aurait pas été mieux accueilli au retour de ses conquêtes. 11 suffira de dire qu’à Florence et à Turin, le grand duc de Toscane, Ferdinand-Côme de Me'dicis, et le duc de Savoie, lui préparèrent des entrées solennelles et le comblèrent de présens. Les grandes villes le recevaient avec des honneurs si extraordinaires, que, malgré le plaisir que devait y trouver sa vanité , il ne put s’empêcher de témoigner sa surprise. On allait au-devant de lui , et il était complimenté par les premiers magistrats des villes où il passait : partout des personnes attachées au service de la maison du Roi étaient chargées de veiller à ce que les hôtels où il descendait fussent fournis de tout ce qui pouvait lui plaire, et à ce que sa table fut bien servie. M. de Chantelou, maître-d’hotel du Roi, vint à la rencontre du Bernin à quelques lieues de Paris, et l’établit, ainsi que son fils Paul, Mathias de Rossi et Jules César, ses élèves, à l’hôtel de Frontenac, meublé avec luxe par le garde-meuble de la couronne. Le 4 juin 1665 le Bernin fut présenté , à Saint-Germain en Laie , à Louis XIV, qui lui fit l’accueil le plus flatteur, et s’entretint long-temps avec lui de ses projets sur le Louvre, et des arts , que ce prince entendait si bien. Il lui assigna 3000 louis d’or de traitement (1), et, en outre, une table de plusieurs couverts. Mathias de Rossi eut 6000 livres.

A peine arrivé à Paris, Bernin se mit à vérifier ses plans sur le terrain , et à s’assurer de l’exactitude des alignemens et des nivellemens qui lui avaient été envoyés. Mathias, chargé de cette opération, trouva des irrégularités dans les mesures et dans les alignemens pris par les architectes de Paris, et ne manqua pas d’en témoigner sa surprise : ses remarques malignes, ou qu’on faisait passer pour telles, achevèrent d’exaspérer contre le Bernin les architectes, qui n’avaient pu de sang-froid le voir venir s’emparer des magnifiques travaux auxquels ils croyaient avoir des droits ; ils furent humiliés d’être accusés d’une inexactitude qui pouvait faire soupçonner ou leur talent ou leur bonne foi. Les partisans de Perrault aigrissaient encore les esprits et excitaient le mécontentement. Le cavalier ne fut pas long-temps à s’apercevoir que la brillante entreprise à laquelle il avait aspiré, lui causerait peut-être plus de désagrément que de gloire, et qu’on lui disputerait pied à pied tout ce qui pourrait donner lieu à quelque discussion. Cependant , les premières dispositions préparatoires étant terminées , il s’agissait de mettre la main à l’œuvre et d’exécuter le plan de Bernin. Après y avoir fait quelques changemens , il l’avait soumis à Louis XIV et à Colbert; et l’on en fit, sans épargner la dépense , un modèle très-grand en relief. Colbert n’en fut pas émerveillé , et les Perrault prirent le soin de lui en montrer et d’en exagérer les défauts. Mais, après avoir fait venir avec tant d’éclat un homme tel que Bernin, on ne pouvait

( 1 ) A cette e'poque , le fouis d’or valait 11 livres. Le marc d’argent e'tait à peu près de 29 livres 10 sous; aujourd’hui if est de 54 francs 39 centimes : fe louis

vaudrait à présent 20 francs 28 centimes. Ainsi les 3000 louis valaient environ 65,810 francs d’aujourd’hui ; et les 6000 livres, 11,040 francs.

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