‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 86 sur 286 · F. T F F- S T F II, FRIES · texte numérisé non relu

F. T F F- S T F II, FRIES

<lc M. Lange, à qui ccttc restauration difficile avait été confiée. La manière dont on les a placées est tout-à-fait d’accord avec le style d’ornement noble et sévère employé autrefois dans la décoration des cheminées des grands appartenions.

Il y a lieu de croire, d’après leur style, que ces deux statues sont de Jean Goujon ou de son école. La CÉRÈs, ou la Flore, car c’est à la restauration, qui a suppléé la tète, qu’elle doit ce caractère, est charmante de souplesse et de grâce, du moins de cette grâce que Goujon s était créée , qui n’est pas celle de l’antique , mais qui a plus de naturel et moins d’affectation que ce qu’on trouve dans les ouvrages florentins. La pose est simple, et plaît par son abandon. Quoiqu’il y ait bien quelques reproches à faire aux draperies dans certaines parties, et que les plis qui tombent du haut de la cuisse droite ne soient ni bien motivés ni heureusement agencés, cependant on ne peut disconvenir que le corps ne soit drapé avec goût, et que la robe ne suive avec grâce les contours élégans de cette jolie déesse. Il est aisé de voir que Jean Goujon s’était inspiré de l’antique ; les costumes de son temps ne ressemblaient jias à celui qu’il avait adopté. Mais, en étudiant l’antique, il n’en avait pas apprécié tous les effets et les savantes combinaisons : il s’en éloigne ici, si cette statue est de lui, en relevant et en attachant avec une agrafe la robe sur chaque cuisse; ce qu’on ne voit jamais dans les ouvrages grecs. Peut-être dut-il cette mauvaise méthode, de même que celle de former un gros nœud avec la draperie sur le milieu de la ceinture , à Benvenuto Cellini ; car, parmi tous les sculpteurs italiens du xvi.e siècle , dont on voit les ouvrages dans celui de M. le comte Cicognara, je ne trouve que ce sculpteur ( 1 ) qui ait suivi dans ses draperies ces deux manières vicieuses. La première n’est employée qu’une lois par un sculpteur dont on ne donne ])as le nom , dans une figure d’ange ( pl. 88); et la seconde, dans un seul personnage d’un bas-relief d’Augustin Busti (pl. 76); tandis que sur six bas-reliefs de Cellini il y en a quatre auxquels on peut reprocher l’un ou l’autre de ces défauts de goût , ou tous les deux à-la-fois. En disposant ainsi la draperie, on se prive du contraste heureux que produit une partie drapée près d’une autre qu’on découvre. Peut-être croyait-on que cette altération du costume antique était compensée par l’avantage de montrer sans voiles les formes gracieuses des jambes; mais ici l’on pourrait trouver que le statuaire n’a pas tout-àfait atteint son but , et que les jambes delà Flore sont croisées d’une manière trop uniforme et peut-être trop droite pour la pose du haut du corps. Au reste, je ne trouve ce genre de draperie ni dans les figures des œils-debœuf du Louvre, ni dans aucune autre production de Jean Goujon, et c est ce qui me porte à douter très-fortement que cette Flore soit de lui.

Quoiqu ily ait du méritedans la partie supérieure du Bacchus, cependant, en général, cette figure est lourde et manque de finesse dans ses attaches, surtout dans les genoux. La grâce étant un des principaux caractères de Jean Goujon, il devait mieux réussir dans les figures île femmes que dans

(1) iv.c livraison, pl. 67.

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celles d hommes , dont il rendait peut-être les formes avec trop de mollesse. On est aussi force” de reconnaître que la draperie , maintenue par le baudrier , ( oupe le corps d une maniéré peu agréable, et que le ceinturon , qui la relève sur le devant, ne produit pas un bon effet; et comme dans l’ouvrage de M. le comte Cicognara je ne trouve que deux exemples de ce genre de draperie, mieux motives même que dans le Bacchus, l’un dans une figure de Jean de Bologne (pl. (54), et l’autre dans une caryatide de Vittoria ( pl. 75), on peut en inférer que ce n’était pas une pratique en usage dans les écoles d’Italie du xvi.c siècle. D’après les principes du goût, on sait que la sculpture doit éviter dans les draperies ces lignes tranchées et presque horizontales, qui divisent, pour ainsi dire, le corps en deux parties égales.

( ette salle du Tribunal avait autrefois ou du moins était destinée à avoir la décoration d’architecture que nous lui voyons aujourd’hui; car on la trouve indiquée en partie par du Cerceau. Quelques-unes des dispositions quon y avait laites ont cependant éprouvé des changemens considérables. Lescot en avait tenu le sol environ trois pieds au-dessus de celui de la grande salle, ou l’on descendait par six marches. Cet exhaussement nuisait à la grandeur de la voûte. MM. P ercier et Fontaine l’ont rétablie en abaissant le pave au niveau de la salle des Caryatides, et en faisant porter les colonnes sur un soubassement qui, en se continuant du coté de la fenêtre, divise cette salle en deux parties, l’une carrée, l’autre demi- circulaire , et l’on a ménagé dans celle-ci un arrière-cabinet décoré avec élégance. La partie carrée a opposé, en raison de la projection des voûtes , de grandes difficultés a la régularité que l’on voulait y mettre. II n’y arrivait que peu de jour, qu’elle recevait du couchant. Pour y faire circuler toute la lumière dont on pouvait disposer, on a été obligé d’évider dans le haut les cotés des arcades; ce que l’on n’aurait pas fait si l’on eût été maître de ménager une autre fenêtre pour éclairer cette salle : mais, si l’on avait ouvert celle qui donne sur la cour, elle ne se serait pas trouvée dans l’axe de la salle. Du côté de celle des Caryatides, l’ordonnance que l’on voit dans du Cerceau a été changée; on a supprimé des frontons triangulaires qui couronnaient la corniche de chaque côté de l’entrée , et dont l’effet n’était pas agréable. Avant de quitter cette première salle pour passer dans celle des Caryatides , je ferai observer, en faveur des personnes qui se plaisent aux effets piquans et pittoresques , que c’est surtout quelques heures après midi que tout cet ensemble offre le plus beau coup d’œil; les colonnes et les statues du premier plan, dans l’ombre et dans la demi-teinte, se détachent alors avec vigueur sur un fond d’un beau ton de couleur et d’une grande richesse de détails que met dans toute leur valeur la lumière brillante et dorée du soleil sur son déclin.

Si la salle des Caryatides, où nous entrons, est remarquable par sa grandeur (l), elle l’est encore plus par la richesse de son architecture et par

(1) La longueur totale des deux salles est de 140 pieds, dont 2(5 pour la largeur de ia première , 4 pour le massif des colonnes, et 1 10 pour la salle des Caryatides, dont la largeur est de 40 pieds. La lon-

gueur de la salle d’entrée jusqu'à l’embrasure de la fenêtre est de 53 pieds , sur lesquels l’hémicycle en a 12, en y comprenant le soubassement des colonnes. 11 reste 40 pieds pour la partie rarréc de fa salle

ET LES TUILERIES

l’execution tics orncmens; rien n’a été négligé pour les porter à la perfection, et il n’est guère possible de pousser plus loin la recherche dans le travail de la pierre; c’est à M. Mouret fils que l’on doit l’execution de ces orncmens. Quant à l’ordonnance generale, on trouverait, peut-être avec raison, que Lescot l’a un peu trop écrasée. La voûte surbaissée ne laisse pas assez de hauteur à la salle en proportion de ses autres dimensions, et le caractère d’élégance qu’il y a déployé demandait plus d’élévation et de développement dans la courbe. Ceci serait encore une preuve que Lescot n’a pas construit cette salle à neuf, qu’il n’a fait que réparer celle qui existait avant lui, et qu’il n’a pu s’étendre comme il l’aurait désiré : car, s’il eut rebâti entièrement les murs dans toute la hauteur de l’édifice, rien ne l’aurait restreint dans ses élévations , tandis qu’au contraire il a été arrêté par les étages supérieurs du château de Charles V, que l’on ne détruisait pas en entier. Il est évident que, comme l’ancienne salle basse, dont il a été question page 298, était plus étroite et plus petite que la salle des Caryatides, et qu’en outre il y avait une galerie de communication qui longeait cette pièce par derrière, il y avait assez de hauteur pour les voûtes de cette distribution; mais, lorsque Lescot, voulant réunir ces pièces et la petite chapelle (pl. 8, B) pour en faire une seule grande salle, s’empara de tout ce vaste espace et fit porter sa voûte sur les deux murs de face, il fut obligé de la surbaisser, puisque le plancher du premier étage ne lui permettait pas de s’élever et de donner plus de hauteur à sa courbe. Cet habile architecte tira tout le parti possible de sa position; mais il fut gêné dans ses développemens par les anciennes dispositions de Raimond du Temple, qui peut-être, de son côté, avait bien calculé ses hauteurs et ses largeurs d’après les dimensions plus petites des salles qu’il avait à construire.

Quelqu’elégant que soit le style que Lescot a introduit dans la décoration de la salle, peut-être n’a-t-il pas toute la pureté qu’on lui désirerait. Tenant au dorique par la simplicité du profil de la base et par la partie supérieure du chapiteau, la richesse de la première et celle de l’entablement le rapprochent du corinthien, dont il n’offre pas les élégantes proportions dans le profil du chapiteau , ni l’agréable fusellement dans la colonne. Ceci dépendait de Lescot; mais il n’en était pas ainsi des socles, qu’il n’aurait pu faire plus élevés pour donner plus de hauteur à sa voûte et de grâce à l’ensemble que si le local le lui eut permis. Peut-être aussi les colonnes, accouplées quatre à quatre sans nécessité, présentent-elles des masses trop fortes ; et 1 on pourrait retrouver dans cette disposition quelques restes des habitudes de I architecture gothique, dont on cherchait alors à s’affranchir, mais qui exerçait encore assez d’empire pour qu’on eut quelque peine à s’en defendre. Autrefois entre ces colonnes groupées il y avait aussi des niches destinées a des statues et qui ont été supprimées. Enfin, si l’on peut relever quelques légers défauts dans l’ordonnance de cette salle , ils sont bien rachetés par des beautés qui la placent au premier rang parmi les productions de l’architecture du xvi.e siècle; et cette pièce magnifique, le plus riche ornement du Louvre, fait le plus grand honneur aux talens de Lescot

LE LOUVRE

rl des habiles architectes qui , plus de deux cents ans après lui, ont achevé ce qu’il avait commence.

De toutes les parties de cotte salle qui étaient restées incomplètes, celle qui est occupée par la tribune est peut-être ce qui a présenté le plus de difficultés. Tout y était à faire pour en assurer la solidité; le goût exigeait

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aussi que la décoration répondit par la richesse à la beauté des caryatides de Jean Goujon, et, en fait d’ornemens , il n’y avait de termine' qu’une portion de l’entablement qu’elles soutiennent (pi. 44 et 45 ) : on l’a continué en suivant le même dessin, et l’exécution ne laisse rien à désirer. La balustrade n’existait pas, et l’on ne s’est pas réglé pour la faire sur celle que l’on trouve dans les plans de du Cerceau , et qui est plus lourde et moins bien sous tous les rapports. Quant au fond de la salle, on avait le champ libre; la muraille était nue, et l’on a été obligé de la reprendre et de la soutenir pour y établir un cintre qui , servant à soulager la construction, se prêtait à un genre de décoration d’un beau caractère, le seul que put admettre le peu d’élévation de cette partie de la salle. Il s’agissait aussi de disposer tout cet ensemble de manière qu’il fut d’accord avec l’ordon nan.ee générale, et que, malgré la saillie de la tribune, on put, à une distance convenable , voir dans la partie demi-circulaire tout le bas-relief qui devait y être placé. Ces obstacles étaient réels, et il a fallu toute l’adresse de MM. Percier et Fontaine pour parvenir à les surmonter , et à produire un tout si bien ordonné et si régulier, que dans son ensemble et dans ses détails il semble avoir été conçu et exécuté d’un seul jet.

Ce fut, certes, un coup de fortune pour les architectes chargés de l’achèvement de la salle des Caryatides, de pouvoir faire entrer dans la composition de la tribune les superbes bas-reliefs en bronze qu’ils y ont placés, et qui à tous leurs mérites ajoutent celui d’être d’André Riccio et de Benvenuto Cellini, tous deux contemporains de Lescot, ainsi que de Jean Goujon, qui eut probablement de fréquens rapports avec le dernier de ces sculpteurs. Par le rapprochement heureux de leurs ouvrages , on est à portée de comparer sous plusieurs rapports le style de ces grands maîtres, que, d’un accord unanime, l’Italie et la France mettent au rang de ceux qui au xvi.c siècle ont fait le plus d’honneur à leurs pays et aux arts.

Si l’on voulait suivre ici la marche chronologique, on aurait à s’occuper d’abord des bas-reliefs de la porte, magnifique production d’André Riccio, qui terminait sa brillante carrière lorsque Benvenuto Cellini et Jean Goujon n’étaient encore que peu avancés dans la leur. Mais ce serait faire passer l’accessoire avant la partie principale, et les caryatides ont assez d’importance pour attirer nos premiers hommages. Lorsque Jean Goujon conçut l’idée d’employer ce genre élégant de support dans l’ordonnance de sa tribune, on connaissait peu de statues; de cette espèce dans les monumens antiques de l’Italie, où il n’en était pas resté debout, et dans les édifices modernes; ce n’était tout au plus que par le récit de quelques voyageurs que notre habile sculpteur aurait pu savoir qu’il en existait au temple de Minerve Poliade à Athènes : car ce ne fut que bien long-temps après lui que l’on dégagea ces belles figures du mur où Leroy les vit encastrées dans

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