ET LES T U ! L E R 1 F. S
Elles ne disparurent meme pas lors de la façade de Le Vau, qui ne fit que compléter le plan de Lescot; et ce ne fut que lorsque Perrault fit la sienne du côte delà rivière, que cette salle éprouva le meme sort que les autres parties du Louvre et quelle fut agrandie du côte de la Seine ; mais ces change ni eus n avaient pas encore eu lieu, lorsque cette pièce était occupée par les bains d Anne d Autriche. Perrault n’eleva cette façade qu’après avoir termine celle de la colonnade en 1 G 7 0 ; et cette reine mourut en 1GGG. Ce ne fut meme que près de cent quarante ans après Anne d’Autriche et de nos jours, que Ion a donne à la salle du Tibre la grandeur et la forme qui lui étaient assignées dans Je plan de Perrault.
Anne d’Autriche prodigua dans ses bains les marbres les plus rares, et cette salle semble avoir été destinée à en réunir toujours d’une grande beauté; car il est difficile de voir en ce genre rien de plus magnifique que les colonnes de vert d’Egypte, de vert de mer, de brèche dorée, d’albatre oriental fleuri, qui la décorent aujourd’hui , et dont les couleurs sont aussi riches et aussi variées que le galbe en est pur et le travail soigné. D’après la description que fait Sauvai du marbre qui fut le plus erapïoye' pour les colonnes des bains de la Reine, on peut y reconnaître le grand antique ( noir et blanc pur), marbre très-beau, très-estimé, et qui jusqu’à présent a été réputé comme antique, ou comme un de ceux que les anciens employaient et dont on ne connaît plus les carrières. Nous avons vu, p. 178, qu’on l’avait retrouvé dans le département de l’Ariége, d’où le tiraient probablement les Romains. Je ne serais donc pas éloigné de penser que celui dont on décora les bains d’Anne d’Autriche, ne venait pas des monumens antiques, mais des carrières des Pyrénées, qu’affectionnait Henri IV, et qui, exploitées sous son règne, avaient été depuis négligées au point d’Ôtre ignorées et perdues, jusqu’au moment où elles furent , il y a quelques années, decouvertes de nouveau et rendues aux beaux arts parM. LayerJe-Capel.
Les chapiteaux des colonnes et les autres ornemensdes bains d’Anne d’Autiiche étaient en bronze doré, travaillé avec le plus grand soin par Poissant , que Sauvai nomme à tort Perlant , sculpteur et ciseleur de talent, qui est cite dans les lettres du Poussin et dans les Entretiens de Félibien. Les trumeaux et tout le reste de la salle, ornés de stucs rehaussés d’or par Tritani et Arudini, artistes italiens très-habiles en ce genre de travail, offraient des paysages de Patel et de Fouquières. Celui-ci , élève de Breughel de velours était bon paysagiste et rendait la nature avec vérité; mais son talent, dont cependant Fehbien fait l’éloge, était encore bien moins remarquable que sa vanité, qui lui avait mis dans la tête, depuis qu’il avait reçu des lettres de noblesse, de ne plus peindre qu’une longue épée au côté. Quant à Patel, ce qui nous reste de ses ouvrages et de ceux de son fils, qui travailla avec lu, montre qu’ils mettaient beaucoup de richesse dans leurs compositions quds savaient les varier et que leurs formes avaient de l’élégance.
Ce fut Errard (l) , l’un des meilleurs peintres des règnes de Louis XIII
.1) Charles Errard, peintre et archi- pour Fontainebleau plusieurs plafonds, et tecle, naquit à Nantes en 1G0G. Il fit Louis XIII le chargea de la direction de
LE LOUVRE
et de Louis XIV, qui peignit le plafond dont cette salle était ornée. Il fit
aussi quelques peintures dans les autres pièces de ces bains. On y voyait
en outre une suite de portraits de rois d’Espagne depuis Philippe I.cr
|usqu;i rnilippc IV ; ils étaient ne 1
Nous avons vu ( page 39.'}) qu’à moins grande sous Anne d’Autrieh
toutes les peintures qu’if faisait exécuter dans ce château et au Louvre. Errard fut envoyé par le cardinal de Richelieu à Rome pour y faire mouler plusieurs statues antiques, du nombre desquelles devaient être les admirables colosses de Monte Cavallo, que l'on aurait coulés en bronze pour les placer devant l’entrée du Louvre. II est à regretter qu’on n’ait pas donné de suite à ce projet. Errard étudia les nionumens antiques, et en releva même les mesures; il ne sut cependant pas mettre à profit ces études, lorsqu’il fut chargé d’élever l’église de l’Assomption à Paris, et l’on est forcé de convenir avec Milizia (Memorie degli architelti , t. II, p. 197) que si le portique corinthien de cette église ne manque pas d’élégance , c’est en pure perte pour l'ensemble, et que les colonnes sont écrasées par l’entablement, le fronton, et par le dôme lourd et sans grâce qui surmonte toute cette composition. Peut-être aussi , dit Mil izia , exécuta-t-on mal les plans qu’avait envoyés Errard. En 1648 Errard fut un des douze artistes qui , sous la protection du chancelier Séguier , fondèrent l’académie de peinture. Ce peintre architecte fut nommé directeur de l’académie de Paris, et ensuite de celle de Rome , où il mourut en 1689. II est singulier que Félibien, dans ses Entretiens, ne parle pas d’Errard ; il n’en est pas non plus question dans Orlandi : mais on trouve quelques détails sur ses ouvrages dans l 'Histoire de Fontainebleau par l’abbé Guilbert.
(1) Diego Velasquez de Sylva , d’une famille distinguée de Séville , naquit en 1596. Des ses premières années , ayant annoncé les plus grandes dispositions pour la peinture, on le confia à Herrera , habile peintre, qui lui donna tous ses soins. If reçut ensuite des conseils de Pacheco , un des meilleurs peintres qu’il y eut en
masquez (1).
u'tir de la salle du Tibre, beaucoup
qu’elle ne l’est aujourdhui, celles du
Espagne , dont l’école était alors si florissante. Velasquez étudia beaucoup la nature : son goût le portait à peindre le paysage, les animaux, les fruits; cependant il s’éleva jusqu’au genre historique et il fit des portraits : un de ses tableaux , qu’il peignit très-jeune encore, fut jugé digne d’être placé dans un des châteaux du roi d’Espagne. L’école romaine et le coloris de celle de Venise devinrent les principaux objets de ses études; et la manière dont il en profita, lui mérita des succès. Rubens, étant venu avec le titre d’ambassadeur à Madrid, se lia avec le jeune Velasquez; il encouragea ses efforts et lui promit des succès. Pour donner à ses talens tout le développement dont ils étaient susceptibles, Philippe IV le fit partir pour l’Italie, et le chargea de lui faire une collection de tableaux et de statues. S’étant arrêté à Venise , Velasquez y copia la belle Descente de croix du Tintoret. Arrivé à Rome, il y fut reçu de la manière la plus honorable parle cardinal Barberini, qui lui offrit sa table et sa voiture. Le séjour de Rome fut très-utile au jeune peintre , qui , se livrant avec ardeur au travail, dessina la plus grande partie des ouvrages de Raphaël , le Jugement dernier de Michel-Ange , et les meilleurs tableaux des grands maîtres; il laissa aussi à Rome un grand nombre de beaux portraits. A son retour en Espagne , il fut créé chevalier de la Clef d’or. Après y avoir passé quelque temps, et y avoir porté sa réputation au plus haut point, il repassa en Italie , où il reçut l’accueil qu’on eût fait à un grand d’Espagne. II y peignit un portrait d'innocent X, que Lanzi ( Stona , t. Il, pag. 191 ) compare à ceux de Léon X et de Paul III par Raphaël et le Titien.
Enfin Velasquez, comblé d’honneurs et de richesses, revint à Madrid, où il mourut en 1660.
ET LES TUILERIES
Héros combattant , de la Pallas (pi. 56, 58) , qui forment une si belle suite jusqu’à la salle de la Melpomène, sont une création nouvelle due à MM. Raimond, Pereier et Fontaine, qui en ont fait la distribution et en ont aussi compose' et exécuté toute la partie décorative. Perrault avait laisse tout à faire dans le grand espace renferme entre la nouvelle façade sur la Seine et celle du levant, qu’il masqua sans la détruire entièrement. On eut donc a construire toutes les voûtes et à établir, au moyen de grandes arcades, les communications entre les différentes salles. Ces travaux, auxquels les anciennes constructions du levant, du côte de la salle du Tibre, opposaient de grands obstacles, présentèrent une foule de difficultés qui furent habilement surmontées et dont aujourd’hui l’on n’aperçoit plus les traces. Ce ne fut pas non plus sans peine que l’on mit de la régularité dans les divisions architectoniques des murailles : l’une appartenait au Louvre de Lescot, l’autre à celui de Perrault, qui, ne songeant qu’à sa façade, lui avait donné des proportions qui ne pouvaient plus s’accorder avec ce qu’avaient fait ses prédécesseurs, et qu’il aurait changées s’il eut exécuté ses plans. Nos architectes en conçurent un qui convenait à la distribution de ces salles : ils se servirent, en les régularisant, des ouvertures de l’ancienne façade, qui forme aujourd hui le mur de refend de cette aile, pour y faire, en correspondance avec les fenêtres, des arcades propres à recevoir les statues et les autres rnonumens . S il eut été possible de les faire à jour et de mettre en communication les unes avec les autres les salles des deux parties de cette aile, cette disposition aurait peut-être donné à tout cet ensemble un aspect plus grandiose; mais cela n’était pas praticable, les fenêtres du côté de la cour n’étant ni de la même grandeur ni sur le même axe que celles qui regardent la Seine. La suite des salles de cette partie du Louvre offre une magnificence réelle et bien entendue, et c’est autant dans l’intérêt des monumens que pour ajouter à la richesse de l’architecture que l’on a revêtu les murailles d’un marbre dont la couleur douce à l’œil forme aux statues un fond qui s’harmonise bien avec le marbre statuaire. C’est un luxe solide, digne du palais des Rois de France. On attendavec impatience le moment où, pour l’honneur des chefsd’œuvre antiques que possède la couronne, elle déploiera ce luxe dans toutes les salles du Louvre qui en sont susceptibles. L’ombre du bon Henri, qui prenait tant à cœur les marbrières île France, sourirait de plaisir en voyant celles de ses Pyrénées fournir, avec une abondance qu’on ne pourrait epuiser, leurs plus riches marbres pour achever et orner ce Louvre qu’il s’était plu à embellir.
En parcourant les salles qui donnent sur la Seine, on est frappé de la beauté des colonnes qui les décorent et qui sont toutes des matières les plus riches • les unes sont en granit rose d’Égypte, d’autres en albâtre oriental rubané et fleuri, ou en brèche arlequine très-rare. Mais les plus remarquables de ces colonnes par leur grandeur et la perfection du marbre sont les huit en vert antique de la plus belle qualité; elles viennent de Fontainebleau et du château d’Ecouen, et il est probable qu’elles sont en France depuis très-longtemps et qu’clles faisaient partie des objets précieux que François I.er et Henri IV firent venir d’Italie. (Foy. sur ce marbre brèche la page 17 8.) Dans
LE LOUVRE
la salle de la Melpotnène ( pi. 1 1 , P, et pl. 56) , qui termine cette belle suite, on a prodigue avec goût les plus beaux marbres. La partie circulaire, commencée par M. Raimond, a etc terminée par MM. Percier et Fontaine, qui l’ont enrichie de grandes dalles d’une superbe brèche violette. Mais c’est dans le pave qui est aux pieds de la statue que l’on a fait le plus riche emploi des marbres les plus précieux et des substances vitrifiées et changées en émaux. A l’exemple des anciens et de Rome moderne, on a décoré cette salle d’un magnifique pavé en mosaïque, dont le dessin, du à M. le baron Gérard, aujourd’hui premier peintre du Roi, a été peint par MM. Franque et exécuté par M. Belloni (l) avec une grande exactitude dans les formes et dans la couleur. Cette peinture en mosaïque peut être mise à coté de celles de Rome et au-dessus de la plupart de celles qui nous restent de l’antiquité, et, de même que les autres ouvrages sortis des ateliers de M. Belloni, elle prouve que cet art, importé en France par cet artiste romain , s’y est naturalisé, et que, lorsqu’on voudra, on pourra, comme à Rome, reproduire les chefsd’œuvre de nos grands maîtres et perpétuer le souvenir de leurs talens dans des copies fidèles, et qui résisteront mieux au temps que les productions de la peinture.
On voit représentée sur cette mosaïque (pl. 57), avec tous les tons de la palette, Minerve montée sur son char attelé de quatre beaux coursiers. La déesse de la valeur et de la sagesse les guide d’une main, de l’autre elle tient une Victoire; la Paix et l’Abondance la suivent. Quatre fleuves, le Nil, le Danube, le Po et le Niémen, couchés et appuyés sur leurs urnes, sont entourés d’accessoires qui les caractérisent, de couronnes, de trophées
(t) M. François Belloni est ne' à Rome en 1772. II se livra d’abord aux arts plutôt par goût que pour en suivre la carrière. La mosaïque était alors , sous Pie VI, fort en honneur à Rome. M. Belloni reçut dans eet art des leçons de deux artistes habiles en ce genre, de Vechis et de Nochia, qui étaient employés aux immenses et superbes tableaux en mosaïque duVatican. Mais ce lut en France que M. Belloni exerça le plus son talent, et depuis plusieurs années il est chargé des mosaïques et des riches pavés il compartimens du Louvre. Ses principaux ouvrages, dont plusieurs ont été exposés aux divers salons, sont, après la grande mosaïque de la salle de Melpomène , un grand portrait de Sa Majesté Louis XVIII , et la majeure partie des belles cheminées ornées de mosaïques placées a Saint-Cloud, au Louvre et dans plusieurs beaux hôtels de Paris. M. Belloni a aussi exécuté en pierres dures, telles que des agates, des jaspes, des cailloux, des
mosaïques dans le goût de celles qui ont donné tant de réputation aux ateliers de Florence , et il a employé de la même manière les pierres tendres; au moyen de certaines préparations il a coloré d une manière durable le marbre blanc , et a imité par cette ingénieuse ruse difiérens marbres de couleur. C’est aussi lui qui, surmontant de grandes difficultés d’exécution , a restauré la belle mosaïque antique trouvée il Lyon par M. Macorse , et il a rendu le même service il d’autres mosaïques découvertes dans cette ville. Ces précieux monumetis ont été savamment expliqués et publiés avec de belles planches par M. Artaud, directeur de l’intéressant musée de Lyon. Les petites pierres qui forment ces mosaïques ne tenaient plus les unes aux autres, l’humidité en ayant altéré le ciment : pour les réunir et les réparer, M. Belloni a été obligé d’avoir recours aux procédés dont on se sert pour rentoiler un tableau , et qui lui ont très-bien réussi.
ET LES TUILERIES
d’armes: des guirlandes enrichissent les encadremens disposés autour du tableau principal; une grecque ou un méandre de couleurs variées et à l’eflet termine par une riche bordure cette magnifique mosaïque. Je ferai remarquer quelle n’est pas exécutée en entier de la même manière, que les sujets sont en petits cubes ou en fragmens, comme en général les mosaïques antiques, et que ce sont des émaux ou des pâtes de verre coloriées et opaques, tandis que la plupart des ornemens, entre autres la bordure, sont composés de plaques et de marbres divers, travaillés dans le genre des mosaïques de Florence en pierres dures. Les anciens pratiquaient aussi ce genre de travail avec beaucoup d’adresse dans de grandes mosaïques ornementales en marbre, telles que celles que j’ai vu déterrer dans le temple de Sérapis à Pouzzoles, et recomposer par M. le chanoine Jorio, savant et infatigable amateur d’antiquités, aux talens et au zèle de qui pour les découvertes mon amitié aime à rendre ici l’hommage qu’ils méritent.
La salle du Candélabre (L, pl. 10), où l’on entre en sortant de celle du Tibre, ne faisait pas partie des bâtimens du Louvre à la première et à la seconde époque de ce château. On voit par le plan (pi. 8, B) que l’emplacement où elle se trouve était occupé par le fossé, du temps de Charles V; et lorsque, sous François I.er, Lescot agrandit le Louvre et en refit en partie les constructions, il s’arrêta de ce cote au fossé et n’éleva rien au-delà. Sous Henri II et sous Charles IX, lorsqu’on eut ajouté, en dehors du Louvre et du fossé, la grande aile perpendiculaire à la Seine ( pl. 10, de E en I ) , on voulut la mettre en communication avec le palais et l’on en établit une à travers le fossé. Mais on voit par le plan (pl. 9 , E ) que ce n’était alors qu’un passage, une galerie, qui n’avait que 7 pieds de large, et il est probable aussi que cette construction ne s’élevait pas en masse du fond du fossé, et que c’était un pont couvert. II est même à croire et presque certain que ce petit corps de logis n’avait qu’un étage, puisque ce passage, lorsqu’il fut établi, était à l’extrémité d’une aile qui n’en avait aussi qu’un et qui était terminée en terrasse. Par le plan de du Cerceau que je donne (pl. 9), on voit que cette galerie avait été faite avant le gros pavillon ( G , pl. 10), qui n’était que commencé et auquel on ne comptait pas donner la forme qu’on lui voit aujourd’hui. On peut même remarquer que les deux murailles d’angle de cette aile du coté de la place sont pleines et qu’il n’y a pas d’ouvertures. Ce grand bâtiment qui allait vers la Seine était entièrement réservé au Roi et à la Reine, qui pouvaient y passer de leurs appartenions au rez-de-chaussée et au premier étage du Louvre. Ce fut sous Henri IV et sous Louis XIII, lorsqu’on agrandit les appartenions de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche pour y faire de beaux bains et une salle de spectacle , que de ce passage on fit une grande salle, et que l’on etendit du coté de la place la façade en lui donnant la grandeur et la forme qu’elle a présentement, quoiqu’il paraisse que ce ne fut qu’à plusieurs reprises, et qu’il y eut quelques changemens apportés au premier plan, que l’on attribue en partie à du Cerceau, Aussi de ce coté tout porte le caractère de constructions ajoutées après coup, et l’on voit que par la disposition des salles C et L ( pl. 10) on a été forcé de mettre les portes dans les angles de la salle L pour établir une communication directe avec la longue
LE LOUVRE
suite clés appartenons de la Reine (de V en Q,pl.n), les seuls qui existassent alors dans cette aile. Le mur de lace de la salle du Candélabre, du cote de la Seine, occupe la même place que dans le plan de du Cerceau (pl. 9, E); il était dans l’alignement de la façade de Lescot, et fut conserve par Le Mercier, par Le Vau et par Perrault, qui se bornèrent à y faire des changemens dans l’ordonnance extérieure.
Sous Catherine de Méclicis , cette petite galerie était ornée de peintures sur mur : elle le fut de la meme manière lorsqu’elle devint une salle des appartemens d’Anne d’Autriche. Grimaldi surnommé le Bologncse (l), habile peintre, fut chargé de l’embellir de paysages. Ces peintures, qui eurent une grande réputation, ont disparu depuis longtemps dans les changemens qui eurent lieu dans cette salle.
Lors du premier établissement du Musée des antiques, cette salle reçut de la belle statue de Diane à la biche qu’on y avait placée, le nom de salle de la
(1) Jean-François Grimaldi naquit à Bologne; ce qui lui fit donner le surnom de Bologncse , sous lequel il est plus connu que sous son nom de famille. II étudia dans l’école des Caraches et s’y distingua. Son goût le portait surtout vers le paysage, genre dans lequel il eut assez de succès pour que plusieurs de ses dessins et de scs tableaux fussent pris pour être de la main d’Annibal Caniche et pour pouvoir lutter avec ceux de Paul Brill. Grimaldi s’attachait à imiter la nature avec vigueur, c'vitant cette se'cheresse et ces minuties de de'tails inutiles que souvent les peintres flamands mettaient dans leurs ouvrages. Ses fabriques sont variées et d’un beau caractère; sa touche, dit Lanzi, est légère, et son coloris vigoureux, quoiqu’on puisse lui reprocher un ton général trop vert. Grimaldi possédait la science de la perspective, science si indispensable au peintre et que trop souvent il néglige ou ne connaît pas assez à fond. Le Bologncse ne se borna cependant pas au simple paysage : il dessinait la figure avec goût et avec pureté , et il avait fait toutes les études qui forment le peintre d’histoire. II peignit de beaux plafonds à Rome, surtout dans les palais Borghèse etCoIonna, où il laissa beaucoup de ses ouvrages. Ce peintre avait aussi, selon Lanzi ( Stovia tkc. t. V, p. 155), un grand talent comme architecte, et Orlandi, dans son Abecedario , dit qu’il le fut de Paul V. Cependant Milizia ne le nomme
pas parmi les architectes dont il a donné une nombreuse suite. Grimaldi était encore bien jeune à la mort de Paul V en 1621 r pouvait-il avoir assez d’expérience dans un art qui en demande tant, pour que le pape l’ait employé comme architecte? II réussissait aussi très-bien dans la gravure à l’eau-forte , et il grava avec succès ses paysages et ceux du Titien. Lorsque le cardinal Mazarin s’occupa de la décoration de son palais, aujourd’hui la Bibliothèque du Roi, il fit venir d’Italie Grimaldi, qui arriva à Paris en 1648. Mais il paraît, d’après Félibien ( Entretiens &c. t. IV, p. 530), que les troubles qui divisaient alors Paris s’opposèrent à ce que ce peintre pût commencer dès son arrivée les travaux pour lesquels il avait été appelé. Lorsque le calme fut rétabli, le Bologncse, de concert avec Romanelli, peignit plusieurs plafonds de IaBibliothèquc et d’autres grandes salles du palais du cardinal Mazarin : il travailla aussi au Louvre. A peine ces différens ouvrages furent-ils terminés, qu’il retourna à Rome , où il passa de longues années au service de plusieurs papes. 11 paraît qu’il travailla surtout pour Innocent X , qui l’employa au Vatican , au Quirinal , et même à l’église Saint-Martin du Mont, où il fit plusieurs paysages enrichis de sujets historiques. Le Bologncse mourut presque octogénaire. Selon Lanzi , ce peintre vivait encore en 1678; ce qui porterait sa naissance vers l’an 1600.
ET LES TUILERIES
Diane : aussi retrouve-t-on , quoiqu’elle ait change de nom, dans les peintures et les bas-reliefs qui la décorent, des sujets qui ont rapport à la chaste déesse de la chasse, et qui avaient etc indiques avec goût par le célèbre Visconti. ( Voy. pl. 59.)
Diane prie Jupiter de ne pas l’assujettir \ l’iiymen (pl. GO). — Ce tableau , qui remplit le milieu de la voûte de cette salle, est de Prudhon (l). Le
(1) Prudhon, ne en 1760, à Ciuny, dans le departement de Saone-et-Loire , montra dès son enfance, au collège, où il était condamne' au latin, les plus heureuses dispositions pour les arts du dessin. S’il cherchait à rendre ses idées soit par des traits ou de la couleur, soit en ébauchant des figures avec son canif, ses essais décelaient à des yeux exercés le talent de l’imitation, et l’ony découvrait un génie capable d’inventer la peinture et la sculpture.
Frappé du talent qu’annonçait le jeune Prudhon et qui pour se développer ne demandait que la liberté de s’abandonner à ses efforts, M. Moreau, évêque de Mâcon, le retira de l’école, où ses livres barbouillés de dessins attestaient son peu de respect pour les auteurs classiques. Il le fit entrer dans l’atelier de M. Devosges , peintre de talent et directeur de l’académie de Dijon. Prudhon avait alors près de quinze ans. Doué de la plus grande facilite', pour lui le travail était presque un jeu, et ses essais devenaient des succès. Ceux qu’il obtenait dans un art qu’il devait honorer un jour, ne remplissaient pas seuls son cœur sensible ; il en desirait , il en mérita d’autres. Entraîné par le sentiment le plus tendre , Prudhon se maria à dix-neuf ans. Sa jeunesse cependant et ses nouveaux liens ne le détournèrent pas de ses études autant qu’on aurait pu le craindre; car à vingt ou vingt-un ans il remporta le premier prix de peinture à l’académie de Dijon.
Cette victoire procurait un séjour de trois ans à Rome au jeune artiste qui l’avait remporté. Pendant le séjour qu’y fit Prudhon, il étudia avec ardeur Raphaël , les chefsd’œuvre de la sculpture antique , Léonard de Vinci , le Corrége, et il contracta une liaison intime avec Canova, qui, par sa manière de sentir et de rendre la nature en sculpture, offrait de grands rapports avec
Prudhon. De retour en France a 1 époque* de nos premiers troubles, les circonstances malheureuses où se trouvaient les arts forcèrent notre peintre d’abandonner pendant quelque temps la peinture historique, dont les productions n’étaient pas de defaite, pour se livrer à la miniature, qui trouvait mieux à se placer. Ce fut alors que naquirent en foule sous le crayon facile de Prudhon ces dessins charmans, remplis d’idées et d’une grâce indéfinissable, et qui de tous côtés révélaient le grand peintre. Sans le savoir, pour ainsi dire, il produisait des chefs-d’œuvre qui , s’échappant de sa retraite presque malgré lui , ou sans qu’il se doutât du bruit qu’ils faisaient parmi les gens de goût, ne tardèrent pas a le faire connaître de la manière la plus avantageuse, et lui acquirent une réputation qu il ne recherchait pas plus que la fortune et que la vogue qui lui attira un grand nombre d’ouvrages. Tous ceux qui parurent de lui se distinguèrent par les qualités les plus aimables et les plus attrayantes. C’était le peintre des Grâces ; presque toujours elles guidèrent son pinceau. On eût dit qu’en étudiant la nature il l’avait presque vue avec les yeux du Corrége, et qu’il s’était inspiré du même genre de beauté. Le charme qu’il répandait sur ses figures, le moelleux abandon de leurs attitudes, le vague des contours, la volupté douce et naïve qui anime leur sourire, tout y rappelle le Corrége. Ce n’est pas cependant que, malgré toute la suavité du pinceau de Prudhon, on retrouve dans son coloris un ton local aussi vrai , aussi enchanteur, que celui du peintre italien : souvent l’effet en est un peu froid , la lumière n’en est pas assez colorée, et il abuse du violet et du jaune. En général, son dessin a de la pureté et de l’élégance , et il ne manque même pas de vigueur, quoique
fond de la composition est occupe par les célestes bubitans de l’olympe : on y reconnaît Minerve, Vesta. Jupiter, sur son tronc, reçoit la supplique de sa fille; l’aurore commence sa carrière, et le ton brillant et harmonieux du coloris place la scène au moment où l’avant-courrière du jour répand sur la nature l’or de ses premiers rayons. On retrouve dans cette agréable composition le
ce ne soit pas le caractère de son talent. De même que d’autres grands maîtres et que Corrc'gc , il s’êtait crée un genre de beauté qui lui était particulier, et qui répand peut-être un peu d’uniformité dans l’expression de ses figures : ce sont toujours aux différons âges et dans les deux sexes les personnages d’une même famille. Le visage arrondi, des yeux larges et couverts, le nez assez fort et carré, la bouche grande et dont les coins sont fortement sentis, les mains et les pieds d’une forme séduisante, mais un peu longs, sont des caractères généraux qui distinguent les figures de Prudhon en leur donnant quelquefois un peu de manière, et qu’on retrouve dans presque toutes ses compositions. Parmi les principales on cite, pour un plafond de Saint-Cloud , Minerve élevant le génie vers l'empyrée. Prudhon , dans ce tableau, porta à un haut degré la grâce qui lui était naturelle. Il développa de la vigueur de pensée et d’exécution et une expression d’un grand caractère dans la Justice et la Vengeance qui poursuivent le crime. Peutêtre, avec M. Quatremère de Quincy , aurait-on raison de dire que, par un manque d’accord entre les idées allégoriques , Prudhon a mêlé dans ce bel ouvrage le réel avec l’idéal. Ses deux belles divinités vengeresses appartenant à l’allégorie ou à des idées personnifiées, il en devrait être de même du Crime, tandis que Prudhon n’a représenté qu’un criminel qui serait poursuivi par deux femmes ailées , et l’on croit même y reconnaître quelques traits du féroce Caracalla. Cet habile homme a fait aussi une belle Assomption pour la chapelle des Tuileries. Les sujets qui plaisaient le plus il Prudhon et où il réussissait le mieux, étaient ceux où il pouvait se livrer à tout le charme de son imagination : aussi Vénus, les grâces, les nymphes, les amours, et les scènes riantes fie la mythologie grecque, étaient-ils les
objets favoris de ses gracieuses compositions. On se rappelle avec plaisir avoir vu de lui aux diverses expositions du Louvre Adonis et Vénus, C Enlèvement de Psyché par Zéphire , ce dieu folâtre se balançant au-dessus d’un ruisseau; tous ces sujets sont traités d’une manière remplie de charme, et l’on y trouve, suivant l’expression de M. Quatremère de Quincy, la pureté des contours antiques alliée à la mollesse des grâces du Corre'ge. La pauvre Famille, qui fut au salon de 1824, retenait par le charme qui s’attache à l’infortune. Cette exposition et plusieurs autres offrirent de très-beaux portraits de Prudhon, dont le dernier tableau et peut-être un des plus beaux ouvrages fut un Christ sur la croix, ayant à ses pieds la Sainte-Vierge et S. Jean. H sut dans cet ouvrage se tirer en homme habile de la difficulté que lui opposait la forme en hauteur et trop allongée de la toile ; mais il répandit dans toute sa composition un sentiment profond de tristesse. C’était le chant du cygne : ce tableau fut exécuté en 1824 au milieu des souffrances qui annonçaient la fin de Prudhon ; trois jours après 1 avoir terminé, il fut enlevé à la peinture, a laquelle il laissait un chef-d’œuvre. M. Quatremère de Quincy, le 2 octobre de cette année, fit l’éloge de ce grand peintre. Ses dessins, dont la plupart sont sur papier bleu et rehaussés de blanc, sont recherchés comme très-précieux dans les plus riches collections. La gravure a reproduit un grand nombre de ses ouvrages, et la société des Amis des arts de Paris en a fait graver trois : Psyché enlevée par Zéphire et les Amours, d’après le dessin original ; le Zéphire se balançant , d’après le tableau qui lait partie de la collection de M. de Sommariva, et ta pauvre Famille. La première de ces belles estampes a été gravée par M. H. C. Muller; la seconde, par M. Laugier; la dernière est de M. Caron.
ET LES TUILERIES
caractère, le dessin et les airs de tête gracieux qui distinguaient Prudhon. Peut-être, pour donner de la chaleur et de la suavité à son coloris, a-t-il abusé des tons jaunes et violets. Mais le reproche le plus fondé que l’on pourrait faire à cette estimable production , c’est que le sujet ne s’y explique pas avec clarté. On voit bien que Diane sollicite une grâce de Jupiter; mais rien n’indique qu’elle le supplie de ne pas la forcer à contracter des liens que sa chasteté et sa fierté repoussent.
Les bas-reliefs, tels que les faunes, les satyres des deux sexes, et les chiens qui ornent les riches caissons de cette voûte, ont été moulés sur ceux dont Jean Goujon a décoré l’escalier d’Henri II, et dont il a déjà été question p. 438. ( Voij. pl. 29 bis et GO.) Les quatre grands bas-reliefs ont été exécutes par trois de nos sculpteurs modernes.
Danse de jeunes filles Spartiates en l’honneur de Diane (pi. 01), par M. Cartellier (voy. p. 409 ). — Plusieurs des jeunes et belles compagnes de la déesse des forêts, la tête ornée de ces couronnes de roseaux qu’on nommait thyréatiques , dans le costume élégant et léger qui convient à leurs courses à travers les bois, forment des danses autour du buste de la déesse; elles invitent par leurs gestes les autres nymphes à se joindre à leurs jeux. Ces jeunes filles ont orné de festons l’image de Diane; les fruits qu’elles lui offrent sont déjà sur l’autel : elles vont y déposer des couronnes, et le jeune faon qu’elles traînent à leur suite sera la victime qu’elles immoleront à la déesse.
Diane et ses nymphes demandent À Vulcain leurs armes de chasse ( pl. 61 ) , par M. Espercieux (l). — La déesse de la chasse et ses compagnes
(1) M. Jean-Joseph Espercieux, ne' à Marseille en 17G0, se livra dès l’âge de quatorze ans aux travaux de la sculpture, et on l’exerça sur le bois et sur la pierre. Pour de'velopper ses dispositions naturelles on l’envoya à dix-neuf ans h Paris, où il eut successivement pour maîtres MM. Bridan , chez qui le plaça M. Dandre'-Bardon , et ensuite Foucou, Julien, Roland, et surtout David , qui le mit dans la bonne route. M. Espercieux n’a paru au salon qu’en 1 /95. Lorsque sous le Directoire les arts purent reprendre avec plus de tranquillité' leurs travaux, une statue de la Liberté fit obtenir à M. Espercieux le premier prix de sculpture conjointement avec Chaudet.
Sous le consulat il fit en marbre, pour le musée de Versailles, une statue de la Paix, et celle de Mirabeau pour le sénat. Il y eut de lui au salon de 1 80G une Femme grecque sc disposant à entrer au bain ; en 1 808 ,
une statue de Bonaparte pour le sénat, et depuis , pour l’arc de triomphe du Carrousel, un bas-relief qui avait pour sujet la bataille d’Austerlitz. En 1810, ce sculpteur exécuta en marbre , pour le pont Louis XVI , la statue colossale du général Roussel. II fit aussi, pour la Chambre des Députés , un bas-relief de 2G pieds de long représentant la reddition de Vienne, et la même année , quatre bas-reliefs pour la fontaine de Saint-Sulpice. On vit de lui aux diverses expositions du Louvre un Ulysse reconnu par son chien (1812), Diomède enlevant le Palladium (1816), Philoctète tourmenté par les douleurs de sa blessure. Cette dernière fleure a été exécutée en 1817 en marbre par M. Espercieux, et elle est à Compiègnc. Cette même année il fut chargé de faire pour le pont Louis XVI la statue de Sully. En 1824 le Gouvernement lui demanda de
LE LOUVRE
ont épuisé leurs carquois; l’une meme paraît triste d’avoir perdu ses urines. Elles se présentent a Vulcain, qui, près de son enclume et appuyé sur son marteau, les reçoit à l’entre'e de ses ateliers, et paraît dispose à accueillir favorablement la demande de la troupe chasseresse.
Danse des Amazones À la fondation du temple de Diane À Éphèse ( pl. 62), par Foucou (1). — La statue de la déesse , telle ou du moins à peu près telle qu’on l’adorait dans cette capitale de l’Ionie, indique que la scène s’y passe ; rien cependant ne fait voir que les danses ont lieu pour la fondation du temple, et sans le titre de ce bas-relief on n’v verrait tout simplement qu’une fête en l’honneur de Diane. On pourrait trouver aussi que l’habile sculpteur auquel on le doit, n’a pas assez observe” le costume antique, et que celui qu’il a suivi n’est pas toujours bien ajuste, et qu’il est plus leger qu’il ne convient à de sévères amazones qui célèbrent les fêtes de la chaste déesse.
Oiîeste et Iphigénie enlèvent la statue de Diane Taurique (pl. 62), par Foucou. — Thoas est renversé près de l’autel où il voulait faire sacrifier par Iphigénie Oreste et son fidèle Pylade; un des siens cherche en vain a le défendre, et il adresse d’inutiles prières à Pylade, qui est sur le point de lui arracher la vie. Oreste s’est emparé de la statue de Diane, et, précédé par Iphigénie, il va monter sur le navire prêt à les recevoir et à les soustraire à ces bords inhospitaliers. Cette composition, dont l’exécution est en général assez satisfaisante, a peut-être le tort d’être divisée en deux parties qui ne se lient pas assez l’une à l'autre.
Nous retrouvons encore Diane dans les deux tableaux qui ornent les cintres de cette salle.
reproduire en marbre une Figure de jeune homme entrant au bain dont il avait exposé le modèle au salon. Outre ces grands ouvrages, on en connaît de M. Espercieux beaucouj) d’autres moins importans , tels que des bustes , le poète Lebrun, MM. Lemercier, Arnaud, de l’académie française; des terres cuites ; l’Envie expirant au pied du mausolée de Racine ; quatre statues de petite proportion qu’il avait faites pour Talma , Corneille , Racine , Molière et Voltaire. La fontaine du marché Saint- Germain est décorée de quatre bas-reliefs de M. Espercieux : l'Agriculture , les Sciences et les Arts, la Paix, le Commerce. Chaque sujet est composé de plusieurs figures qui , par leurs costumes et leurs attributs, concourent il l’expliquer.
(1) Foucou , né à Riez en Provence en 1744, était élève de Caflîeri; il obtint
en 1768 le second grand prix, et en 1769 le premier. Agréé en 1783 ii l’acadc'mie de peinture et de sculpture , il en devint membre en 1785. Son morceau de réception fut une figure de ronde-bosse en marbre représentant un fleuve. Au salon de 1789 on remarqua sa statue de du Guesclin , qui est placée au Louvre, et une Ariane abandonnée. Il existe de Foucou une statue du Puget, dont il fit la tète d’après un portrait peint par ce grand maître. Son dernier ouvrage est le modèle d’un bas-relief destiné à la fontaine de la Bastille et qui représente les travaux de la chimie sous l’emblème de deux génies. Il est sorti de bons sculpteurs de l’école de cet habile homme , dont les compositions, conçues avec sagesse et avec goût, sont d’une exécution facile et d’un dessin assez pur. Foucou est mort en 1815 ou 1816.
ET LF. S TUILERIES.
Hercule obtient de Diane la biche aux cornes d’or ( pl. 61), par M. Garnier (l). — La scène se passe aux bords du Ladon , dont on voit la divinité* entourée de scs nymphes à la gauche du tableau. Hercule a déjà saisi la biche merveilleuse qu’il poursuivait depuis un an. Diane l’avait prise sous sa protection; mais elle ne peut refuser au demi-dieu, fils comme elle de Jupiter, l’animal qu’Euryslhée lui a ordonné de lui ramener vivant. Le peintre a rappelé dans son tableau l’attitude et le costume de la belle Diane à la biche, à laquelle cette salle était autrefois consacrée.
Diane rend a Aricie Hippolyte ressuscité par Esculape ( pl. 62), par M. M él imée (2). — Le moment représenté par l’artiste est celui où le vertueux et bel Hippolyte commence à revenir à la vie. Esculape lui prête une main secourable; Aricie , dans sa surprise et dans l’ivresse de sa joie, se jette aux pieds du dieu, et tend les bras vers l’amant qu’il rend à ses vœux, et surtout aux prières de Diane, qui va réunir et transporter dans son char loin de ces lieux funestes les amans qu’elle protège.
La salle ronde où nous entrons et qui forme aujourd’hui le vestibule du Musée des antiques, ainsi que nous l’avons déjà vu, dépendait autrefois
(1) M. Etienne-Barthélemi Garnier, ne' à Paris en 1759 , n’entra qu’à dix-sept ans dans la carrière de la peinture. Elève d’abord de du Rameau et de Doyen , anciens académiciens , il eut ensuite pour maîtres Vien et David. En 1787 il remporta le deuxième grand prix, et en 1788 le premier. Pendant le temps que M. Garnier passa a Rome comme pensionnaire du Roi, il se livra à ses e'tudes avec ardeur et avec succès sous la direction de Me'nageot , peintre de talent et membre de l’académie royale de peinture et de sculpture. Parmi les tableaux que M. Garnier, d’après les réglemens de l’école de France, envoyait chaque année à Paris, on peut citer ceux de 1791 et de 1792. Le premier, qui représentait Ajax échappant du naufrage , a été placé au Luxembourg ; le second avait pour sujet Dédale et Icare prêts à s'envoler du labyrinthe. On vit aussi de lui Nausicaa recevant Ulysse et un S. Jérôme. Quelque temps après son retour de Rome, M. Garnier obtint un logement au Louvre. En 1799 un grand tableau qui offrait la consternation de la famille de Priam et qui reparut en 1814, mérita les éloges du jury des prix décennaux. En 1801 il traita d’une manière nouvelle le sujet connu de la Charité romaine en re-
présentant une jeune femme qui nourrit de son lait sa mère retenue dans les fers. Son tableau de 1803 offrait des Nymphes se reposant. On voit de lui à Saint-Denis la Pompe funèbre des obsèques de Dagobert, accompagnée de ses deux fils encore enfans. En 1814 il y eut de M. Garnier au salon Orphée et Eurydice. Cette même année le Roi fit l’acquisition de son tableau d 'Eponinc et Sabinus réfugiés dans un souterrain ; il l’avait fait en 1810. En 1 819 il représenta la galerie du Louvre bâtie par Henri IV. La ville de Chartres, ayant voulu consacrer par un tableau le souvenir du passage de M.g1' le Duc d’Angoulêmc à son retour de la glorieuse campagne d’Espagne, en chargea M. Garnier, qui a choisi pour sujet de sa composition le moment où Madame, Duchesse d’Angouléme, reçoit son auguste époux dans le palais épiscopal. Ce tableau a 12 pieds de haut sur 8 de large. En 1816 M. Garnier fut reçu à l’académie des beaux arts ; il en était président lors de la mort de Girodet, et il a déploré sa perte dans un discours qu’il a prononcé sur la tombe de ce grand peintre.
(2) M. Jean-François-Léonor Mérimée, né en 1757 à Broglie , dans le département de l’Eure, ne se destina à la peinture qu’à dix-neuf ans, et fut successi-
LE LOUVRE
des appartenions d’Anne d’Autriche , et, après avoir été en partie projetée sous Henri II et sous Charles IX , ce ne fut que sous Henri IV et Louis XIII qu’elle reçut sa forme actuelle. Quant aux sculptures qui la décorent, elles ne furent exécutées que vers 1GG0, à l’époque du mariage de Louis XIV et lorsqu’Anne d’Autriche renouvela entièrement tous les ornemens de ses grands appartenons; dépenses que, pendant plusieurs années, n’avaient pu permettre celles que nécessitaient la guerre en Allemagne et en Espagne et les troubles de la Fronde. Michel Anguier, le meilleur sculpteur qu’il y eut alors à Paris après la mort de Sarrazin (lGGO), fut chargé des sculptures de cette partie du Louvre, et peut-être l’Italie n’avait-elle pas alors de sculpteurs qui eussent mis autant de goût que lui dans ce genre d’ornemens.
La sculpture n’etait certainement plus dans la bonne voie en France à l’epoque où le calme, en renaissant, permit à Louis XIV de ranimer les arts par la puissance de son génie et par sa munificence ; on ne peut cependant pas l’accuser d’avoir abandonné les anciens, puisqu’elle ne les avait jamais bien connus et qu’elle n’en avait ni étudié ni pénétré les principes. Tous ces chefs-d’œuvre antiques et les plâtres moules sur les plus belles statues, que François I.cr, Henri IV et le cardinal de Richelieu firent venir à si grands frais d’Italie, au lieu de vivifier et de propager les bonnes maximes par la force de l’exemple, ne servaient, pour ainsi dire, que de stériles ornemens à des palais, à des jardins. Il y avait en France plus de modèles antiques qu’il n’en fallait pour former une bonne école, si on les eut consultés avec goût; mais le temps n’était pas encore venu de savoir apprécier leur mérite. On dirait qu’on ne s’était procuré ce qu’il y avait de plus accompli en antiques que pour se moquer de la simplicité et de la purete qui les caractérisent, et pour s’éloigner des principes qui dirigeaient ces grands maîtres. On s’en serait rapproché si du moins on avait imité la naïveté de nos premiers sculpteurs; mais on la dédaignait et on lui préférait un style de convention, et, faisant tant que d’en adopter un, on aurait aussi bien fait de suivre la route qu’avaient tracée Jean Goujon et son école, et qui eut moins écarté de celle où la sculpture devait rentrer un jour.
M ais en Italie la sculpture était-elle alors dans de meilleurs principes, et marchait-elle sur les traces des anciens , ou même sur celles qu’avait si forte-
vement élève de Doyen et de Vincent.
Séduit par le coloris de l’école flamande, qu’il ne trouvait pas dans les maîtres qui le dirigeaient, il fit un voyage en Hollande pour y étudier la couleur et les procédés employés par Van Eyck, Rubens, Van Dyck et les autres bons peintres flamands. Attiré surtout par le coloris de l’école vénitienne, il alla en 1788 à scs frais en Italie ; il y passa cinq ans. Le premier tableau qu’il fit à Rome avait pour sujet des chasseurs qui trouvent les ossemens de Milon de Crotonc. On a vu de M. Mérimée
aux expositions du Louvre , /’ Innocence nourrissant un serpent; en 1794, une Bacchante jouant avec un Satyre ; en 179G, Vertumne et Pomone ; ce tableau reparut en 1798; Vénus qui s’est blessée en touchant une flèche de l’Amour. L’étude approfondie de la chimie, à laquelle s’est livré M. Mérimée par rapport aux couleurs, lui a enlevé une partie du temps qu’il aurait pu employer il la peinture, et a réduit à un petit nombre ses productions. En 1820 il a reçu la décoration de la Légion d’honneur.
ET LES TUILERIES
ment imprimées le génie de Michel-Ange? Qu’eut dit ce grand-homme si, reparaissant soixante ans après qu’il eut été enlevé aux beaux arts, il eût vu l’Italie laisser échapper le sceptre de la sculpture qu’il lui avait légué, ou ne le tenir que d’une main faible et vacillante? Le Bernin et l’Algarde (1) régnaient alors en despotes sur les beaux arts, et ce règne ne devait pas leur faire produire de beaux fruits; la facilité du travail, la promptitude de l’exécution, une fausse chaleur de stvle, furent mises à la place de l’étude : on eut dit qu’on s’attachait à professer la décadence des arts, au lieu de chercher à la prévenir. D’après des ouvrages de cette époque et surtout de celle qui suivit le Bernin, il semblerait qu’on pensait que la nature était toujours et dans toutes les circonstances bonne à imiter, et qu’il suffisait à un homme d’avoir une tète, des bras, des jambes quelconques, pour être un sujet digne de la sculpture.
La sculpture italienne avait perdu les qualités de Michel-Ange, et n’avait même plus l’énergie de ses défauts; il n’en était resté que de la manière et de l’exagération sans caractère. En parcourant dans la quatrième livraison de
(1) Alexandre Algardi naquit à Bologne en 1602, suivant Orlandi, et en 1598, selon Milizia (Memorie &c.). Après avoir quitté , très-jeune encore , le commerce de soierie où l’avait fait entrer son père, il suivit la vocation qui l’attirait vers les beaux arts, et de l’atelier de Jules-César Conventi, bon sculpteur bolonais, il passa dans celui de Louis Carache , ou du moins il eut toute confiance en ses conseils. L’Algarde resta plusieurs années à la cour du duc de Mantoue, et de là se rendit à Rome pour y étudier les chefs-d’œuvre des anciens. Il parait cependant qu’il n’en retira pas tout le fruit qu’on eût pu espérer, et qu’il s’exerça long-temps sur de petits ouvrages en orfèvrerie et en ivoire , genre de travail que des sculpteurs flamands avaient apporté à Rome et y avaient mis à la mode. Aussi dans la suite les productions de ce sculpteur se ressentirent-elles des habitudes de minutie et de recherche qu’il avait contractées en se livrant au travail de l’ivoire. Ce ne fut qu’à trente-huit ans qu’il se mit à sculpter le marbre ; ce qui pourrait expliquer et justifier en partie la peine qu'il eut à obtenir du Bernin qu’il le chargeât d'ouvrages en marbre : il est possible que le Bernin ne lui crût pas assez de pratique dans le travail de cette matière. L’Algarde devint enfin sculpteur, et tint un rang distingué dans son art, quoiqu’on général son dessin soit sans vigueur, et ses
draperies lourdes et ajustées avec peu de goût. On lui reproche avec raison d’avoir introduit dans la sculpture des compositions qui ne conviennent qu’à la peinture. Son bas-relief A' Attila rnis en fuite par S. Léon est un des exemples les plus remarquables de ce défaut. Cet immense bas-relief, que l’on voit dans l’église de Saint-Pierre à Rome , est encombré de figures d’une telle saillie, que plusieurs sortent du cadre , et que S. Pierre et S. Paul, planant dans les airs, se détachent du fond et présentent des raccourcis d’un très-mauvais effet. Ce bas-relief plut tant à Innocent X, qu'il conféra l’ordre du Christ àson auteur, et lui passa au cou une chaîne du poids de 300 écus d’or. L’Atgarde a montré plus de goût dans la décoration des voûtes des grands appartemens de la villa Pamfili , l’un des plus beaux palais de Rome, dont il avait été l’architecte. Les bas-reliefs dont il a orné les salles n’ont qu’une saillie très-douce , et l’elfet en est très -agréable. Ce sculpteur a produit un assez grand nombre d’ouvrages, et on lui doit comme architecte la façade de l’église de Saint-Ignace à Rome, qui n’est pas ce qu’il a fait de plus pur. Il mourut en 1654, et laissa de nombreux élèves qui héritèrent de ses défauts plutôt que de ses talens. ( Voy . .Milizia, Mcmorie, t. II; Cicognara, Storia, t. VI.)
LE LOUVRE
M. Ic comte Cicognara (l) les ouvrages italiens du xvir.e siècle, on est frappe de leur médiocrité, de leurs prétentions et d’une sorte de jactance d’attitudes et d’expressions outrées qui dépassent et faussent celles de la nature. Souvent dans l’école du grand Buonarroti c’était un excès de vigueur, ici ce n’est que de l’enflure, et l’on dirait des histrions transformés en saints, en héros, qui , pour enlever les applaudissemens de la multitude, cherchent à l’étonner par les poses les plus bizarres, les plus prononcées, et par les ajustemens du plus mauvais goût.
Le Bernin et l’AIgarde , à qui sans injustice on ne pourrait refuser de grands talens, méconnurent les limites de leur art, et pensèrent que tout ce qu’oftre la nature entrait dans le domaine des arts qui s'efforcent de l’imiter. Si d’un côté l’AIgarde transportait dans la sculpture les compositions de la peinture, d’un autre côté le Bernin forçait la peinture à imiter les lourdes draperies sous lesquelles il écrasait ses statues, et que M. le comte Cicognara appelle avec raison rupi Berninesche , les rochers du Bernin. Il y eut alors en Italie peu de sculpteurs, s’il en fut, qui eussent assez de talent ou de courage pour se soustraire à la funeste influence de ces deux maîtres , et pour préférer les leçons de la nature et de l’antique à celles que le Bernin imposait aux écoles qu’il dominait avec un despotisme qui n’accordait des travaux qu’aux artistes qui marchaient avec soumission à sa suite. Michel Anguier (2) en fit partie pendant plusieurs années , et s’attacha à l’AIgarde.
(1) Lorsqu’on a vu une charmante figure de Stefano Maderno (pi. t), quelques statues du Bernin, où, maigre' de lourdes draperies, on de'couvre de lionnes choses (pl. 1, 2, 3, 4), deux figures de Marchiore et un groupe de Torretti qui seraient mieux s’il y avait moins de prétention , on ne trouve plus que des poses sans naturel , des draperies pesantes et tourmentées, des expressions sans caractère et souvent ridicules, dans tous' les ouvrages de sculpteurs italiens qu’offre cette livraison : car je ne citerai pas les belles statues (pl. 6 et 7) du Fl amand François Duquesnoy, qui n’était pas Italien, et qu’on pourrait presque regarder comme Français, puisqu’il était à Rome pensionnaire de Louis XIII. Que l’on considère avec impartialité les productions de Guillain , de Sarrazin , de Girardon, du Pugct, de Le Gros, des Coustou, on verra que, malgré leurs défauts, par la sagesse de la composition , de même que par le caractère du dessin dans le nu et de l’ajustement dans les draperies, nonseulement ils se soutiennent avec avantage au milieu de ce que produisait alors en sculpture l’Italie, mais qu’ils l’emportent
même sur les ouvrages de Micheî-Angelo Rossi , de Pietro Pacilli , à Rome ; de Corradini , de Finelli , de San-Martino , à Naples; de Foggini, à Florence; de Tirali , de Longhena, de Bonazza, à Venise. C’étaient alors les sculpteurs auxquels était réduite l’Italie; c’étaient du moins les meilleurs, et ils étaient médiocres : les nôtres auraient pu lutter avec des rivaux plus dignes d’eux.
(2) Anguier (François et Michel). Ces deux frères ayant souvent réuni leurs talens dans les mêmes ouvrages , je crois qu’il est à propos de les faire connaître l’un et l’autre, quoique ce soit Michel qui ait été particulièrement chargé des sculptures qui ornent les salles du Musée royal des antiques.
François Anguier, nommé Anguiere par Piganiol de la Force, naquitdans la ville d’Eu en 1004. Il eut d’abord pour maître Carron , d’Abbeville, sculpteur et architecte; il passa de là à Paris dans l’atelier de Simon Guillain, qu’il quitta bientôt pour vovager en Angleterre et en Italie. Dans le séjour qu’il fit à Rome, Anguier se lia étroitement avec le Poussin, Stella et
F, T LES TUILERIES
II eut mieux fait de tourner plus souvent ses regards et ses études vers la nature et vers les chefs-d’œuvre de l’antiquité' dont Rome était alors peuple'e, qu’il aimait et que son bon goût lui faisait apprécier. Malheureusement, dans nos temps modernes, il y a de la mode en sculpture comme en toute autre chose. Les ouvrages de l’AIgarde, prônes, exaltes, étaient à la mode, et Anguier s’y laissait entraîner. Il paraît cependant que ce ne fut pas sans regret ou sans combat , et sans jeter quelquefois des regards de repentir vers les antiques modèles, dont la simplicité contrastait tant avec les productions qui avaient alors la vogue : aussi scs personnages , quoiqu’ils ne soient pas exempts, à beaucoup près, de manière dans les attitudes et dans les expressions des figures, en ont-ils moins que ce qu’on faisait à Rome et en France à cette époque; scs draperies, souples, légères et en général bien ajustées, suivent avec grâce et sans effort les contours de ses figures, et elles se rapprochent de l’antique. On voit que celles des anciens avaient été utiles à Anguier, et qu’il a mieux profité de leurs leçons que les sculpteurs italiens de son temps. II est vrai aussi que, dans des sculptures telles que celles qui décorent notre salle ronde et qui sont de pur ornement,
Dufresnoi, et acquit assez de talent pour qu'à son retour en France Louis XIII le logeât au Louvre en le chargeant de la garde des antiques, et que des travaux importans lui fussent confiés. Parmi ceux qu’il exécuta, l’on citait, dans l’cglise de l’Oratoire , rue Saint-Honoré , le tombeau du cardinal de Bérulle; dans celle des Célestins, une statue de Henri duc de Rohan-Chabot , et à Moulins, dans l’église des religieuses de la Visitation , le mausolée de Henri duc de Montmorenci, décapité à Toulouse en 1G32. Auxpieds du duc était, en partie voilée, sa femme, Marie-Félice des Ursins: aux côtés du monument, les statues d 'Hercule ou de la Valeur, de la Libéralité, de la Noblesse et de la Piété, rappelaient les grandes qualités du duc. Anguier orna aussi de statues le mausolée de la famille de Thou à Saint-André des Arcs, et le tombeau du commandeur de Souvré, qui était à Saint-Jean de Latran. Parmi les ouvrages de ce sculpteur, on regarde comme un des meilleurs le monument qu’il éleva dans l’église des Célestins à la mémoire d'Henri I.er, duc clc Longueville , descendant du comte de Dunois , fils naturel du duc d'Orléans assassiné en 1407, à Paris , dans la rue Barbette. Ce monument se composait d’un obélisque et de quatre statues, que nous décrirons lorsque, dans le
cours de cct ouvrage, nous examinerons les sculptures de la galerie d’Angoulême. En 1651, François Anguier fit le modèle d’une statue de Louis XJ.II qui fut coulée en bronze pour la ville de Narbonne , et il fit pour Reims deux anges en argent qui portent la tête de S. Remi.
Michel Anguier, né en 1612 dans la même ville que son frère, après y avoir fait, de même que lui quelques ouvrages, devint aussi élève de Guillain, qui avait alors une nombreuse école et qui jouissait d’une grande réputation, qu’il méritait en partie sous plusieurs rapports. Cependant Michel, animé du désir d’étudier les grands maîtres, partit pour l’Italie. Les dix ans qu’il consacra dans Rome à l’étude de l’antique lui auraient etc même plus utiles qu’ils ne le furent, s’il eut eu plus de confiance dans les leçons de la nature et des modèles de l’antiquité que dans celles de l’Algarde. Il mit cependant à profit son séjour dans la capitale des beaux arts, et travailla aux sculptures de la basilique de Saint-Pierre et à celles de Saint-Jean des Florentins. Michel revint en France avec un talent supérieur à celui de son frère. D’Argenville n’indique ni l’année du départ d’ Anguier pour l’Italie, ni celle de son retour; mais il est probable qu’il était depuis quelque temps à Paris lorsqu’eu 1651
LE LOUVRE
on pardonne bien des irrégularités qu’on ne supporterait pas dans d’autres compositions ; et si l’on admet ce genre de décoration, qui n’est pas d’un goût pur en architecture, il faut bien en quelque sorte se prêter à l’illusion, et regarder ces personnages comme des êtres aeriens qui se soutiennent en l’air et auxquels toutes les poses sont faciles. Il pa rait que cette manière de décorer était fort goûtée de l’Algarde, et il se pourrait qu’il en eût puisé l’idée dans les peintures des Caniches, dont il avait été élève , et qui aimaient à charger de figures, dans toute sorte d’attitudes, les corniches feintes dont ils ornaient leurs plafonds. Mais, de quelque manière que ce système de décoration soit employé, il est rare, malgré son apparence de richesse, qu’il produise un bon effet, surtout lorsque ce sont des figures de ronde-bosse sur de véritables corniches. Ces membres de l’architecture perdent à être interrompus dans leurs lignes et dans leurs profils; on n’y trouve plus le calme et l’harmonie qu’on y desire et qui en font le charme. Ces statues les surchargent et leur ôtent leur élégance : elles ne semblent pas à leur place, et, en vous menaçant de leur chute, elles inspirent plus de crainte par leur situation et leur poids qu’elles ne causent de plaisir par leur beauté. Ce genre d’ornement demande donc à n’être admis, de même que les caryatides,
il fit en terre cuite pour son frère deux statues, Hercule et Alexandre le Grand, destine'es au mausolée du duc Henri de Montmorenci. Il fut charge' par Anne d’Autriche de la de'coration des appartenions du Louvre, et d’une grande partie des sculptures du Val de Grâce, qui furent terminées en 1667 : il exécuta, entre autres, le groupe de la Nativité, qui passe pour son chef-d’œuvre, et qui, quoiqu’il y ait de bonnes choses , est loin de mériter la réputation qu’il valut à Michel Anguier. Ce fut probablement ce morceau qui contribua le plus à le faire recevoir en 1668 à l’académie , dont il devint recteur en 1671.
En 1674 Michel Anguier termina, d’après les dessins de Le Brun, les bas-reliefs de la porte Saint-Denis , commencés par Girardon , qui avait étudié sous lui et son frère , ainsi que les Marsy, Regnauldin et d’autres. Ces bas-reliefs , composés avec chaleur et qui offrent de très-belles parties, sont la Hollande et le Rhin, grandes figures au pied des pyramides ; le Passage du Rhin, du côté de la ville; et vers le faubourg, la Prise de Maestricht, un lion qui terrasse un sanglier. Anguier et son frère étaient, selon M. Cicognara, t. V, p. 390, du nombre des meilleurs sculpteurs de France à cette époque, et cependant de tous leurs
ouvrages il ne cite que ce dernier bas-relief. Michel Anguier fit de grands travaux pour plusieurs églises de Paris. Il y avait de lui dans la chapelle basse de Saint-Denis de la Chartre, église détruite en 1810 , une Apparition de Jésus-Christ à S. Denis :
c’était un mélange de ronde-bosse et de bas-reliefs , genre de composition qui ne convient pas à la sculpture , et auquel Anguier avait été conduit par l’exemple d’un de ses maîtres , l’Algarde, et de quelques autres sculpteurs d’Italie. Anguier avait fait pour les Filles-Dieu les statues de S. Jean et de S. Benoît. Son dernier ouvrage fut un crucifix en marbre de sept pieds de haut, assez médiocre, et qu’on plaça à la Sorbonne. Celui qu’il avait exécuté précédemment en bois pour Saint-Roch , ne passait pas pour une de ses bonnes productions. Anguier mourut en 1686. Il fut aidé dans plusieurs de ses travaux, surtout à la porte Saint-Denis, par Van Clève (né en 1645, de l’académie en 1681 , mort en 1732), qui avait été élève de François Anguier, et qui , après avoir étudié l’antique à Rome, fut employé aux sculptures de Versailles, de Marly, de Trianon, et de plusieurs églises de Paris. La suite de cet ouvrage offrira plusieurs de ses statues. ï oy. d’Argenville , et l’ Ahecedaria dOrlandi.
qu’avec la plus grande sobriété' : il faut imiter les anciens, qui, en plaçant «les ouvrages de ronde-bosse dans les frontons de leurs temples, se gardaient bien de les laisser empiéter sur l’architecture, et ne souffraient pas qu’aucune partie en altérât les lignes et les profils et en troublât l’ordonnance.
Il serait inutile d’entrer dans une description circonstanciée des figures de femmes et d’enfans <|ui ornent les corniches et les voûtes du vestibule et de la salle «les Empereurs du Musée royal, et dont les planches G3, G4, 70 et 71 offrent l’ensemble et les details : elles sont aussi bien que le comporte ce système de décoration, qui peut encourir le reproche d’une surabondance de richesse qui jette de la confusion dans les ornemens, et à laquelle on préférerait une élégante et noble régularité, qui convient mieux à l’architecture. Mais, considérés séparément et comme sculpture, les femmes et les enfans qui se groupent et se jouent au milieu de guirlandes ne manquent pas de grâce, et l’on trouve de la variété et du mouvement dans leurs attitudes et dans le jet de leurs draperies : sous ce dernier rapport, à l’époque où Michel Anguier drapait ainsi ses personnages, on n’en trouvait nulle part qui fussent ajustés avec autant de goût et de souplesse et d’une manière qui rappelât mieux les costumes des anciens. Quoique les enfans ne soient pas aussi bien que ceux du Flamand et du Poussin , et qu’on pût leur desirer souvent une expression plus agréable, cependant ils sont animés et ont assez de naturel. Mais passons aux autres morceaux qui décorent le vestibule.
Le Génie de la sculpture (pl. 65) , bas-relief parChaudet ( voy . p. 445). — N’ayant pour vêtement qu’une draperie légère jetée sur ses épaules, ce beau jeune homme, auquel ses ailes donnent le caractère d’un génie, tient d’une main une torche , emblème du feu qui doit animer ceux qui se consacrent aux arts, et de l’autre il porte une petite statue de Minerve, la déesse qui inspire les grandes compositions. Cette figure, bien pensée et dans le goût des bas-reliefs antiques, est d’un dessin pur et élégant.
Les trois arts du dessin (pl. 66), bas-relief par Chaudet. — La Peinture, la Sculpture et l’Architecture , que l’on reconnaît à leurs instrumens, se tenant l’une l’autre embrassées pour montrer leur union, offrent un groupe charmant, rempli de grâce et d’élégance dans les attitudes, les contours des figures, et dans l’ajustement des draperies. Celle qui s’élève autour d’elles est bien combinée pour leur servir de fond. Il est à regretter que ce beau bas-relief ne soit pas placé d’une manière qui lui soit plus favorable.
Les enfans qui tiennent des lis, et qui, de chaque côté de ce bas-relief, s’élèvent au milieu de riches arabesques, sont «le Michel Anguier (pl. 66).
La France montre le Milon du Puget ( pl. 67), bas-relief par M. Lorta (l). — Tenant à la main droite un caducée et appuyée sur un
(1) M. Lorta, ne en 1759 à Paris, au salon de 1791 un Amour endormi et est elève de Bridan père. On vit de fui une tête d’enfant en marbre, en 1794 une
bouclier orne d’un coq, la France ofïrc à l’admiration le chef-d’œuvre d’un de ses plus grands sculpteurs.
L’Italie montrant le Moïse de Michel-Ange ( pi. 07 ), par M. Lorta — Couronnée de tours , ayant à la main gauche une corne d’abondance et à ses pieds un chapiteau qui rappelle les monumens de sa gloire dans les arts, l’Italie paraît fière du Moïse de Michel-Ange, l’une des plus belles productions de ce grand homme et de la sculpture moderne.
L’Egypte montre le colosse de Memnon (pl. 68), bas-relief par M. Lange ( voy . p. 449 ). — Le génie de l’Egypte a sur la tétc la fleur sacrée du lotus, et il tient le sistre qu’il agitait dans ses fêtes; dans le fond s’élèvent près du colosse de Memnon les pyramides, antiques et inébranlables témoins de la magnificence de l’empire des Pharaons.
La Grèce montre l’Apollon Pythien (pl. 68), bas-relief parM. Lange. — Assise, tenant à la main une couronne et environnée des symboles des arts , une déesse que le Parthénon et la statue d’Apollon désignent pour être la Grèce, semble se féliciter des chefs-d’œuvre qu’elle a produits et les offrir pour modèles.
L’homme formé par Prométhée et animé par Minerve (pl. 69 ), plafond peint par Berthellemy (l). — Après avoir formé l’homme, Prométhée, protégé
figure de la Liberté ; if exposa en 1796 une statue de la Paix , et en 1799 un Hercule en repos et un buste d’ Helvétius ; en 1803 une statue assise et qui offrait allégoriquement l’Union conduisant le Peuple français à la victoire ; en 1805 il repre'senta le Peuple français ; if mit au safon de 1810 un Zéphire , modèle de plâtre , et un groupe en marbre, Vénus et l’Amour.
Diane surprise au bain, Minerve protégeant les arts, et un buste du Corrége, parurent en 1812.
(1) Jean -Simon Berthellemy, ne' à Paris en 1743, remporta le grand prix de peinture en 1767; agre'ë en 1779 à l’academie royale de peinture et de sculpture, il y fut reçu en 1781. Il se sentait porte' vers les grandes compositions, dont il entendait bien l’ordonnance, et qu’il rendait avec un dessin qui 11e manquait ni de pureté' ni d’e'Ie'gance. Souvent cependant il abusait de sa facilite', et ne consultait pas assez la nature; son pinceau était plus facile que vigoureux, et son coloris avait de la finesse et du brillant; il portait même
quelquefois cette dernière qualité à l’excès. En 1777 if avait mis au salon le Dévouement d’Eustache de Saint-Pierre au siège de Calais ; il le reproduisit en 1779 avec de grands changemens. En 1781 , son tableau de réception à l’académie représentait Apollon faisant rendre les honneurs funèbres au corps de Sarpedon. En 1782, il avait pris pour sujet le capitaine Jean Maillard qui , en 1358 , pour sauver Paris, tue le prévôt Marcel; on reprochait à ce tableau d’être trop noir. Au salon de 1785, Berthellemy exposa un tableau de
10 pieds qui représentait le consul Manlius Torquatus condamnant son fils pour avoir combattu et vaincu sans ses ordres.
11 n’y eut rien de ce peintre au salon de 1787; mais en 1789 on y vit deux de ses ouvrages , la constance d’Eléazar qui préfère la mort au crime de manger de la chair défendue, et S.'e Catherine soutenant la foi chrétienne au milieu des docteurs d’ Alexandrie. Au salon de 1791 , Berthellemy fit reparaître le sujet de Manlius, que probablement il n’avait fait que retoucher;