‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 3)Chapitre 90 sur 286 · ET LES T IULE U! ES · texte numérisé non relu

ET LES T IULE U! ES

par Minerve, lui communique le feu sacre qu’il a dérobé au ciel : d’un côte , le Temps semble commencer pour le nouvel être à marquer les instans de son existence ; de l’autre, les Parques filent ses jours, dont la sévère Atropos, que l’on voit dans le fond du tableau, tranchera peut-être bientôt le fil; les beaux arts s’apprêtent à les embellir. On peut reprocher à cette composition , telle du moins qu’elle était lorsqu’on l’a dessinée pour mon recueil , un peu trop de symétrie dans sa disposition , et des raccourcis qui ne sont pas heureux ; mais elle offre des groupes gracieux, et certaines parties étaient d’un coloris fin et léger qui convient à un plafond. Si je parle de ce grand ouvrage comme s’il n’existait plus, c’est que ce n’est plus celui qu’avait fait Berthcllemv. Le temps, ou plutôt une infiltration d’eau, l’avait presque entièrement détruit, et il a été refait par M. Mauzaisse d’après une copie réduite du plafond; il ne s’y est permis que quelques légers changemens qui sont loin • d’y avoir nui : mais, sous le rapport du coloris et de la touche, on ne peut plus le citer comme une production du pinceau de son premier auteur.

Avant de décrire les différens ouvrages de peinture et de sculpture qui décorent la voûte de la salle des Empereurs, je ferai observer les belles colonnes qu’on y a placées. Les quatre de l’arcade sont en granit rose oriental; des deux qu’on trouve à l’entrée de la salle, l’une est en magnifique fleur de pécher antique, et l’autre en albâtre oriental veiné; celles qu’on voit dans l’embrasure de la croisée principale sont de porphyre, et remarquables par leurs bases et leurs chapiteaux d’ordre ionique pris dans la masse.

Le grand tableau, ornement principal du plafond de cette salle (pl. 74) , est deM. Meynier (l).

car ce tableau e'tait de la même dimension que celui de 1785 (10 pieds sur 8). Dans cette même anne'el791 if y en eut un nouveau de fui , la Sainte Famille en Egypte (12 pieds de haut sur 7 de large). J’ignore ce que sont devenus les ouvrages de ce peintre de me'rite , qui , en 1 805 , fut nomme' professeur à f’e'cofe des beaux arts; ce fut vers cette e'poque qu’if fit un grand et beau plafond au Luxembourg. Bertheffemy est mort à Paris en 1811.

(1) M. Charles Meynier, né à Paris en 1767, a été élève de M. Vincent; il eut le grand prix de peinture en 1789. Le tableau des Adieux de Télémaque et d’Eucharis , qui parut en 1796, fut cité avec éloge dans le compte rendu par le jury des prix décennaux : il dut a cet ouvrage d’être chargé, sous le ministère de M. le comte Chaptal, du grand plafond de la salle des Romains au Musée royal, ainsi que d’autres peintures qui accompagnent cette grande

composition. Il y eut encore au salon de 1796 deux muses de M. Meynier, qui depuis en a continué la suite : en 1 80 1 , Erato écrivant sous la dictée de l’Amour. L’ intérieur de l’arsenal d’Inspruck , qu’il mit au salon de 1808, fut encore distingué d’une manière honorable par le jury. En 1810, la belle collection de M. de Sommariva s’accrut d’un tableau où M. Meynier offrait la Sagesse préservant V Adolescence des traits de l’Amour et des charmes de la volupté , et cette même année il représenta l’Entrée des Français à Berlin et la Fin de la bataille d’Austerlitz. Le salon de 1812 vit de ce peintre la Dédicace de Saint-Denis devant Charlemagne , tableau destiné à Saint-Denis, et les Français dans l’ile de Lobau après la bataille d’Essling. Il y eut encore de lui la Naissance de Louis XIV, et le berger Phorbas présentant Œdipe enfant à la reine de Corinthe. Son tableau de 1817 fut la dernière

La Terre reçoit des empereurs Adrien et Justinien le code des lois romaines. — Une déesse que sa couronne crénelée , les fruits qui s’échappent de sa corne d’abondance et le lion étendu à ses pieds font reconnaître pour la Terre, accueille avec l’expression de la reconnaissance les codes de lois que lui donnent Adrien et Justinien, et que leur ont inspires la nature et le génie de l’empire romain. Rome se distingue par son casque et son attitude guerrière. Elle tient à la main une Victoire, et deux génies soutiennent ses insignes consulaires et le bouclier de la reine du monde. La Justice et la Sagesse, qui ont présidé à l’établissement de ces lois, prennent leur essor et vont les proclamer et les répandre sur la terre.

Deux grisailles qui imitent des bas-reliefs en bronze sont aussi de M. Meynier.

La voie Appienne rétablie par Trajan (pl. G5). — Cette figure, qui d’une main s’appuie sur une roue et de l’autre tient un fouet, rappelle, ainsi que les médailles qui portent les memes symboles , les travaux que fit Trajan à l’antique voie Appienne , qu’il rendit plus commode et qui prit son nom.

Trajan fait construire des aqueducs ( pl. 80). — Cet empereur discute avec un architecte, peut-être Apollodore, et lui ordonne les travaux de l’aqueduc qui reçut de ce prince le nom d 'Aqua Trajana , et qui amenait une grande abondance d’eau à Rome. La nymphe de ces eaux semble apprendre avec plaisir que bientôt elle en embellira la capitale du monde.

Les autres sujets représentés dans le plafond et que donnent les planches 72, 73, 8o, sont des bas-reliefs en plâtre cjui imitent le bronze.

L’Eridan (pl. 72), par M. Gois (l). — Le cygne et les peupliers

Communion de S. Louis , dont ie ministre de ta maison du Roi fit l’acquisition. Les plafonds du Muse'e royal, dont il sera question plus loin , furent exe'cute's en 1819 et en 1822 par M. Meynier, dont on vit aussi au salon de 1810 une femme de M égare donnant la sépulture aux restes de Phocion : ce tableau a passe' de là au Luxembourg. Le S. Vincent de Paul qu’il fit en 1824, de'core une chapelle de l’e'glise Saint-Jean à Lyon. M. Meynier a peint depuis pour la grande salle de la Bourse de Paris plusieurs grisailles de l’effet le plus vrai. En 182G il a etc' charge' de faire un des plafonds du muse'e Charles X. Cet artiste , reçu à l’academie en 1815 et nomme en 1818 professeur à l’ëcole des beaux arts, a e'te' de'corë en 1 822 de la croix de la Légion d’honneur.

(1) M. Edme-Etienne-François Gois, ne à Paris en 1765, est fils de M. Etienne-

Pierre-Adrien Gois, sculpteur , agre'é a l’acade'mie de peinture et de sculpture en 1 7G7, académicien en 1771 , et dont on cite avec éloge un buste de Louis XV, la statue du chancelier de l’Hôpital, et un basrelief pour la paroisse du Roule. Après avoir obtenu des médailles et le second grand prix de sculpture , M. Gois remporta le premier en 1 791. A son retour de Rome à Paris, il exposa au salon de 1796 une statue de Vénus sortant du bain , et Adonis rencontrant Vénus; en 1797, une Victoire , et un groupe des Horaccs qui lui valut un prix de 4000 fr. Il fut ensuite charge' de faire au Louvre le bas-relief de l’Eridan. En 1803, M. Gois jeta en bronze pour Orléans une belle statue de Jeanne d’Arc , dont on avait vu le modèle à l’exposition de 1799. En 1810, if y mit Céphale après le meurtre de Procris ; en

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rappellent les aventures tragiques de Phaéton et de ses sœurs , que la mythologie place sur les bords de ce lleuve.

Le Nil ( pl. 72 ), par M. Bridan fils ( voi y. p. 414). — On reconnaît ce lleuve à sa couronne de lotus, au sphinx qui le soutient et au crocodile qui se glisse à travers les roseaux de ses rives, d’où un ibis est prêt à prendre son vol

Le Tibre (pl. 73), par M. Biaise (l). — La louve de Romulus et de Remus indique assez le lleuve-roi des Romains.

Le Rhin (pl. 73), par M. Le Sueur ( voij . p. 4 18). — Ce fleuve, moitié gaulois, moitié’ germain , s’appuie sur un hermès dont les deux tètes sont celles de la France et de l’Allemagne, que le Rhin reunit et séparé.

Marc-Aurèle donne la paix aux Marcomans (pl. 80), par Roland [votj. p. 444). — Assis sur son tribunal , l’empereur offre l’olivier de la paix aux députés marcomans, qui, dans l’attitude la plus humble, l’assurent de leur soumission. Ce bas-relief, qu’on regrette de ne voir qu’en plâtre et dont la composition est noble et simple, fait honneur au talent de Roland

La salle des Saisons (pl. 10, F), où nous entrons, et qui a reçu son nom des sujets qui en composent la décoration, ne le cède en richesse à aucune autre pièce des appartemens d’Anne d’Autriche. Au milieu de toute la magnificence qu’il voulait y déployer, Michel Anguier a mis plus de gravite’ dans l’ensemble de ses ornemens. Au lieu des jeunes nymphes et des enfans qui, dans les salles précédentes, semblent voltiger de toutes parts à travers les fleurs, ici ce sont des hermès ou des demi- figures de faunes et de satyres

1812 , Philoctète abandonné, Lalone vengée, et en 1814, une statue d'Orphée.

Parmi les statues colossales en marbre destinées au pont Louis XVI , celle de Turenne a été exécutée en 1816 par M. Gois, qui a répété en 1820 la même statue en bronze pour la ville deSedan.il est l’auteur

du mausolée en marbre ériffé en 1822 à

Lille en l’honneur de S. A. R. M.tf' le Duc de Berry. De lui est encore une statut de Charlemagne, qu’il fit en 1800 et que l’on voit à Saint-Denis. En 1816 il a décoré la fontaine du marché Saint-Martin de basreliefs en bronze qui ont pour sujets la chasse, la pêche, l’ agriculture. Il y avait de lui au salon de 1819 un groupe représentant une Descente de croix pour l’église de Saint-Gervais. Plusieurs des bas-reliefs de la colonne de la place Vendôme sont de ce sculpteur; ce sont les 3.e, 4.c', 5.e, 6.e cir-

convolutions. Outre ces grands ouvrages, M. G ois en a exécuté en marbre plusieurs de petite proportion dans le genre gracieux, tels que la Naissance de Vénus , Léda regardant éclore Castor et Pollux , une statue de Psyché tenant une lampe et un poignard , et quelques autres sujets agréables qui sont encore dans son atelier.

(I)Blaise, agréé à l’académie en 1785, mort en 1819. On ne trouve que peu d’ouvrages de ce sculpteur dans les livrets des expositions du Louvre. En 1796, il y mit deux terres cuites, Diane et Vénus au bain, et un modèle de pendule qui représentait la Renommée , accompagnée de deux génies, déposant sur un autel la récompense de ta vertu. En 1802, on vit de Biaise au salon Phocion au moment de boire ta ciguë, et en 1814 deux marbres : la statue d’un berger et le buste de i Innocence.

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qui s de vent au-dessus de la corniche, et qui de leurs mains vigoureuses soutiennent sans effort le plafond ou y rattachent des guirlandes (|>l. 75). Variées dans leurs attitudes autant que peuvent le permettre les gaines d’où elles sortent, ces figures le sont en general dans leur expression et dans la manière dont elles sont drapées. Les formes en sont mieux modelées qu’on n’aurait le droit de l’attendre cle sculptures ornementales. On doit surtout faire remarquer les satyres qui occupent les angles du plafond : vifs et pleins de mouvement, iis semblent s’intéresser aux scènes diverses qui les entourent, et l’on sent qu’ils sont disposés à y prendre part.

Ce fut à François Romanelli (l) que la reine-mère Anne d’Autriche

(1) Jean-François Romanelli, ne' à Viterbe en 1G1 7 , annonça dès la plus tendre jeunesse les plus heureuses dispositions pour la peinture; il était à peine sorti des écoles des jésuites, qu’à treize ans if peignit pour eux à Vitcrbe une Visitation , où il développa beaucoup de talent. Ses premiers pas dans la carrière furent dirigés par le Dominiquin; et il eut sans doute mieux fait de s’attacher à ce grand maître que de le quitter pour se mettre sous la direction de Pietre de Cortone , dont la chaleur et la brillante facilité eurent pour le jeune Romanelli plus de séduction que les études graves et le travail soigné dont le Dominiquin lui offrait les conseils et l’exemple. Ses commencemens furent rudes; ne recevant aucun secours de sa famille, qui était très-pauvre , les dessins qu’il faisait d’après nature et qu’il vendait lui fournissaient à peine de quoi subsister, quoiqu’il ne donnât, emporté par la passion du travail , que quelques minutes à ses légers repas, qu’il emportait dans sa poche aux lieux de ses études. Il fut enfin assez heureux pour être connu du cardinal Barberini , qui se déclara son Mécène et le traita comme son enfant : il reçut de ce prélat éclairé tous les encouragemens et tous les secours qui pouvaient lui être utiles. Cette protection affectueuse et paternelle lui fut, dans tout le cours de sa vie, aussi fidèle que le fut sa reconnaissance envers son bienfaiteur. Romanelli fut employé par le Cortone, avec un de ses amis nommé Botalla , à peindre avec lui les plafonds des grandes salles du palais Barberini. Pendant un voyage de leur maître, les jeunes peintres imitèrent ii un tel point sa manière, qu’ils donnèrent

de leurs ouvrages pour être du Cortone, et qu’ils parurent ensuite avoir le dessein de lui enlever une partie des travaux qui lui étaient confiés. Dans son juste ressentiment, le Cortone, de retour, les chassa de son atelier. Romanelli eut alors recours au Bernin, qui plus que tout autre devait apprécier son étonnante facilité ; if lui fit changer sa manière et lui procura des travaux. Le voyant en état de se produire comme peintre, le cardinal, qui, dans son noble désintéressement, n’avait d’autre but que de favoriser les talens et les succès de son élève , lui fit faire plusieurs très-grands tableauxpour le roi d’Angleterre Charles I.er: c’étaient une assemblée des dieux et une bacchanale ; destinés à servir de modèles pour de riches tapisseries , ils étaient peints sur des fonds d’or. Ces tableaux ne furent pas envoyés en Angleterre et restèrent au palais Barberini. De son côté, Romanelli, pour faire honneur à son bienfaiteur, travaillait avec une telle ardeur, qu’il en devint éthique , et que le cardinal, après l’avoir fait soignercomme son fils, fut obligé de l’envoyer recouvrer la santé sous le beau climat de Naples en le recommandant aux soins du cardinal Filoniarino. Barberini appuya de son crédit Romanelli auprès du pape Urbain VIII, qui lui ordonna de grands travaux pour le Vatican; ce qui ne l’empêcha pas d’y ouvrir une école nombreuse. Parmi les beaux tableaux dont il orna ce palais, on cite les Aventures de la comtesse Mathilde ; la Naissance de Jésus- Christ, qu’il fit pour la chapelle secrète; S. Pierre qui guérit une possédée ; une Présentation et un S. Grégoire. Ces diverses productions curent un tel succès,

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confia en 1660 le soin d’embellir de peintures cette salle et celles qui la suivent. Quelques années auparavant, il avait donne' dans le palais du cardinal Mazarin des preuves de son talent, qui depuis avait pris encore plus de développement. La facilite' avec laquelle il exécutait de vastes compositions était un sur garant que l’entreprise dont on le chargeait ne traînerait pas en longueur. La France ne manquait pas alors de bons peintres français qui eussent pu la mener à bien , et il avait à-la-fois à soutenir l’honneur de l’Italie et la réputation qu’il s’etait acquise en devenant le rival de Pietre de Cortone après avoir ëte' son ëlève.

C’est la première fois que l’on fait connaître par la gravure, meme au

que toutes les grandes maisons de Rome , les Albani, les Chigi, les Cottaguti, les Altemps, les Lanli, voulurent avoir des ouvrages de Romanelli, et que les églises ambitionnaient la faveur d’en obtenir. Des distinctions flatteuses furent la suite de ces triomphes : la noblesse de Viterbe l’admit dans son sein , et, quoique fort jeune , il fut e'iu à Rome chef ou prince de l’acade'mie de Saint-Luc. Après avoir produit pendant plusieurs anne'es à Rome non-seulement un grand nombre de tableaux, mais même des dessins très-conside'rables pour les mosaïques du Vatican et pour les belles tapisseries que faisait faire le cardinal Barberini, Romanelli vit arriver le moment où il porterait ailleurs ses talens. A la mort du pape Urbain VIII en 1644, le cardinal Barberini , qui avait eu des de'mêle's avec Innocent X, s’e'tait retire avec toute sa famille à Paris. U proposa vers 1646 son cher Romanelli au cardinal Mazarin, qui voulait richement de'corer de peintures son beau palais de la rue de Richelieu, aujourd’hui la Bibliothèque du Roi. Cette offre fut accepte'e, et trois mille ëcus que l’on envoya à Romanelli lui servirent pour les frais de son voyage. Il fut accueilli aussi bien qu’il pouvait l’espe'rer, et Anne d’Autriche lui exprima l’intention de le charger de grands travaux pour le Louvre. Mais, dans ce premier séjour à Paris , Romanelli ne s’occupa que du palais du cardinal et des portraits des personnes de la cour , que souvent, dit-on, il plaçait dans des sujets tire's des Métamorphoses d’Ovide, dont il ornait les galeries et les appartemens du palais Mazarin. Ces portraits eurent une vogue prodigieuse. Romanelli d’ailleurs ,

âgé de vingt-sept ans, était d’une belle figure , et joignait à ses talens en peinture du feu dans ses réparties et beaucoup d’originalité et de grâce dans la conversation. Aussi Anne d’Autriche , et Louis XIV, quoiqu’il fût encore enfant , se plaisaient-ils à l’entendre raconter, et ils l’admettaient dans leur familiarité. Il ne fallait pas tant ni de si hautes faveurs pour lui valoir bien des succès à la cour. Les femmes les plus jolies et du rang le plus élevé se disputaient le pas ou employaient la ruse pour être les premières à se faire peindre par lui, et elles briguaient comme un titre de beauté l’honneur de figurer dans ses tableaux. Il paraît que cette manière agréable d’exercer ses talens fatigua Romanelli, et, malgré ses succès et les présens dont il fut comblé de toutes parts, il repartit pour l’Italie avec le cardinal Barberini après avoir promis au Roi et au cardinal Mazarin de revenir à Paris.

En passant à Bologne, Romanelli se lia avec quelques peintres de l’école de Carache, et ce qu’il vit de leurs ouvrages le disposa à modifier la manière de peindre qu’il avait prise chez le Cortone. On vit déjà des résultats de ce changement à Florence, ainsi qu’à Viterbe, où il s’arrêta et où l’on sollicitait vivement de lui quelques-unes de ses productions. A la demande du cardinal Brancacci , il fit un beau S. Laurent pour la cathédrale de Viterbe. Arrivé à Rome, la réputation et la bienveillance dont il y jouissait excitèrent contre lui la jalousie des autres peintres, qui voyaient avec peine le grand nombre d’ouvrages qui lui arrivaient de tous côtés et dont son étonnante facilité pour le travail lui assurait

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simple trait (1), les peintures nombreuses à fresque dont Romanelli a orne le Louvre et qui méritent qu’on s’y arrête : on ne me saura pas mauvais gre, je pense, si je donne quelque développement à ce qui concerne leur auteur et l’époque où il occupa en Italie et en France un rang élevé parmi les meilleurs peintres. Lorsque Romanelli entra dans cette belle carrière, on n’v suivait plus depuis long-temps les traces et les principes de Léonard de Vinci, de Raphaël. On négligeait les modèles qu’ils avaient laissés du sentiment avec lequel le peintre, s’il aspire à la perfection, doit voir et rendre la nature : les leçons qu’elle offre sans cesse à qui sait la voir et l’étudier, étaient remplacées par de la manière et de l’affectation. Chaque jour, les études sérieuses, moins en honneur, perdaient de leur autorité; on se piquait d’une folle vitesse, et la facilité de l’exécution passait avant des qualités plus solides. Il semblait qu’on eut oublié que, si l’on peut exprimer vivement le

premier jet de sa pensée et composer

la prompte exécution. Il serait trop long de les énumérer, et je ne citerai, comme les plus beaux, qu’une Adoration des mages et des sibylles à Saint-Eloi, pour la confrérie des orfèvres; a Saint-Philippe , une S.le Vierge entourée d’anges , et une Assomption pour l’église de II' Anima.

Les succès sans cesse renouvelés que Romanelli obtenait à Rome, ne lui faisaient pas oublier les engagemens qu’il avait pris avec Louis XIV, qui le rappelait à Paris.

II y revint en 1659, et y fut reçu avec toute sorte de recherches et de grâces par le Roi, qui le mena lui-même au Louvre dans les salles qu’Anne d’Autriche voulait faire orner de peintures. Romanelli se mit aussitôt à l'ouvrage, et exécuta en moins de deux ans tout ce qu’on voit de lui dans les salles du Louvre. Mais, soit qu’il travaillât avec trop d’ardeur, soit qu’il en mît trop aussi dans scs plaisirs, il tomba gravement malade. Le Roi le fit soigner par ses médecins, et ne lui permit plus de se livrer à la peinture; la Reine et toute la cour lui prodiguaient aussi les soins les plus aimables, et on lui procurait à la ville et à la campagne tous les divertissemens qui pouvaient le distraire. Louis XIV le créa chevalier de Saint-Michel; et, pour le fixer près de lui et assurer le rétablissement de sa santé, il l’engagea il retourner en Italie et a en ramener sa famille. Romanelli partit en 1661. Mais les tableaux nombreux qu’on lui demanda il Rome, le forcèrent (l’y rester plus long-temps qu’il n’avait

avec chaleur , if faut exécuter avec

compté; il se préparait cependant à retourner il Paris lorsqu’en 1G62 une goutte remontée mit fin à ses jours il Viterbe. Quoique Romanelli, dont le caractère avait beaucoup de noblesse , mît un grand désintéressement dans toutes ses entreprises, il laissa cinquante mille écus romains ( environ cinq cent mille francs d’aujourd’hui) à partager à ses enfans. U leur légua aussi , pour ainsi dire, en héritage l’amitié et la protection dont le cardinal Barberini lui avait donné des preuves si constantes pendant toute sa vie et qu’il reporta sur sa famille. Mais des deux fils de Romanelli un seul se voua à la peinture ; il mourut jeune après avoir lait concevoir de grandes espérances : on découvre un vrai talent dans le petit nombre d’ouvrages qu’il a laissés à Rome, au palais Barberini, à Velletri et à Viterbe.

( Voyez Baldinucci, in-4.°, 1728, t. II, p. 540; Pascoli, Vite de’ pittori Stc.Roma, 1730, t. I.*r, p. 93; Lanzi, Storia piltorica &c. t. Il, p. 213.)

(1) Cet ouvrage-ci étant particulièrement destiné à la sculpture, c’est uniquement pour que la description des salles du Louvre consacrées aux statues antiques et modernes soit complète que je donne les traits des peintures de Romanelli et des autres peintres qui ont travaillé a les orner. Mais je m’arrêterai là, et je n’accompagnerai pas de dessins ce que j aurai a dire sur les autres peintures qui décorent les diverses parties du Louvre.

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calme et soumettre à la reflexion et à la sagesse de l’étude les élans de l’imagination. C’était du moins ainsi que pensaient et agissaient Léonard de Vinci, Michel-Ange et Raphaël, et ceux qui les prirent pour guides. Mais, lorsque Romanelli se voua à la peinture, l’école romaine était cl i visée entre deux chefs que leurs grands talens et leur brillante imagination ne rendaient que plus dangereux pour l’école, et cpii semblaient se disputer a qui lui ferait le plus de tort et la mettrait dans la route la plus fausse : c’étaient le cavalier Bcrnin et Pictre Berettini de Cortone. Du même âge, fiers l’un et I autre de leurs nombreux succès et des importans travaux qui leur étaient confies, ils se partageaient en conquérans le domaine des beaux arts. Leurs parts cependant n’étaient pas égales. Le Bernin avait encore mieux profite que le Cortone de la faveur dont il jouissait à Rome : il avait sur lui la supériorité que donnent de grandes entreprises, et il s’en était, pour ainsi dire, approprié le monopole. Sous le rapport des arts , on ne formait plus eu Italie de projets qu’il n’en obtînt ou qu’on ne lui en offrit l’exécution , et ses rivaux de talens étaient même obligés, pour avoir des travaux, de se soumettre à son empire et de servir son ambition et sa fortune. Le Cortone se plia sous ce joug , et de son émule il devint son protégé. Sa prodigieuse facilité était d’ailleurs d’un grand prix aux yeux du Bernin, qui , embrassant les plus vastes entreprises, tenait encore plus à la prestesse du talent qu’à l’étude. II en faisait néanmoins peut-être plus de cas que le Cortone. Ses principes étaient plus sévères , et, quoique souvent il s’en éloignât et que sa fougue l’entraînât à la négligence et à une exécution de pratique , il recommandait de joindre à l’étude de la nature celle des chefs-d’œuvre des anciens et des grands maîtres modernes. Malheureusement les exemples qu’il donnait dans ses productions, et la vogue qu’elles lui attiraient, détruisaient en partie l’effet de ses conseils.

Romanelli, dont le talent précoce luttait déjà avec celui de peintres plus âgés, s’étant brouillé avec son maître le Cortone, ne crut pouvoir mieux faire que de se mettre sous la direction du Bernin, à qui , par sa promptitude dans le travail , il convenait peut-être encore mieux que Pictre : aussi le cavalier finit-il par le lui préférer et l’employer plus souvent; il lui procura même des travaux considérables. Mais la protection qu’il lui accordait lui fut aussi funeste qu’à d’autres peintres : il fallait adopter ses systèmes et se soumettre à son style, et ils n’étaient pas toujours réglés par le bon goût. Le Bernin nuisit surtout beaucoup à Romanelli pour les draperies, et l’on retrouve souvent dans les siennes la manière lourde et sans grâce que le cavalier suivait pour ses statues. Cependant sur plusieurs points Lanzi trouve que Romanelli gagna a s’attacher au Bernin et à quitter le Cortone, qui, négligeant la nature, dédaignant le divin Raphaël et la pureté de son dessin, cachait sous le vague de ses contours l’incorrection de ses formes et cherchait dans des attitudes difficiles et surnaturelles à produire de l’effet par la singularité des contrastes. C’était, pour ainsi dire, transporter dans la peinture les antithèses et les conce/ti dont la littérature brillantait alors son style, et dont avaient su se préserver ou auxquels n’avaient pas pensé les auteurs et les artistes des beaux temps. Mais, suivant le même habile critique,

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si RomaneHi, gimle par le Bernin , acquit une manière plus agréable dans ses formes et plus séduisante, d’un autre côte' sa composition perdit peut-être en grandeur et en science, parties ou le Cortone l’emportait sur son rival. 11 paraît, d’après Pascoli ctLan/.i, que le premier voyage «pie Romanelli fit en France fut très-utile à son talent; qu’y prenant, disent-ils, de cet esprit et de cette vivacité' qui y abondent , il en répandit davantage dans scs ouvrages , et qu’il donna depuis à ses figures plus de mouvement et de vie qu’il ne le taisait avant son séjour à Paris. Ce fut aussi à son premier retour de France en Italie qu’il chercha à se rapprocher de l’école des Caraches en donnant à son style plus de correction et de caractère, et à son coloris plus de solidité. Les peintures de Romanelli dont sont enrichies les salles du Louvre et celles de la Bibliothèque du Roi, sont donc précieuses en ce qu’elles nous offrent les deux manières de ce peintre; elles le seraient encore plus si elles étaient encore dans leur intégrité et telles qu’elles sortirent de ses mains : nous serions alors plus en état de juger de son talent et des heureux changemens qu’il y fit. Mais ces fresques sont altérées dans bien des parties : les unes ont baisse de ton , et la couleur s’en est affadie; d’autres ont passé au rouge et au bleu. On voit que dans sa fraîcheur ce coloris devait avoir de la finesse, de la suavité et de l’éclat, et c’est du temps et de son action destructive, plutôt que de Romanelli, qu’on doit se plaindre, si l’on n’y trouve pas toujours la transparence et l’harmonie que sans doute il y avait mises et que l’on regrette en plus d’un endroit. Il ne faut pas, surtout en de certains climats, se montrer trop difficile sur le fait de la couleur. Que de tableaux brillans aujourd’hui de fraîcheur et qui dans quelques années peut-être auront déjà tristement payé leur fatal tribut au temps et seront ternes et sans effet! Ce qui survit à la couleur et assure au peintre des triomphes plus durables , c’est la composition et le dessin , et c’est principalement sous ce point de vue que nous pourrons hasarder quelques observations sur les fresques de Romanelli.

Michel Anguier a rempli des médaillons du plafond de bas-reliefs en plâtre bronzé ou doré, dont il est plus facile de distinguer les sujets dans les dessins que dans les ouvrages originaux; ils n’offrent d’ailleurs rien d’intéressant, et je ne les donne que pour ne rien omettre.

Le Génie du temps (pl. 76) est exprimé par une femme ailée et par un génie qui semblent précipiter leur course et qui portent pour emblèmes un sablier et un cadran.

Le Génie de l’année (pl. 79) est caractérisé par ce petit génie qui tient un serpent qui se mord la queue, et par le Temps, vieillard ailé et vigoureux, qui entraîne avec lui le cercle du zodiaque.

La Navarre (pl. 77), la France (pl. 78). Ce n’est qu’à d’Argenville que je dois l’interprétation de ces bas-reliefs, où rien, dans ces deux femmes assises et qui tiennent, l’une un sceptre, l’autre une main de justice, n indique d’une manière particulière que cc soient la France et la Navarre que

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l’on ait voulu représenter; car on pourrait tout aussi bien y voir la loi et la justice.

Le Feu, l’Air, l’Eau, la Terre (pi. 9t), sous les figures deVuleain forgeant la foudre, de Junon appuyée sur son paon, de Neptune monte sur un cheval marin, et de Cybèle sur son lion, remplissent les médaillons dores et de forme ovale. Quoique ces bas-reliefs soient de peu d’importance, on peut y remarquer de la grâce dans la pose de Junon, de la dignité dans celle de Cybèle; les draperies, d’un bon style, rappellent l’antique, et sont d’un meilleur goût que ce que l’on faisait ailleurs à cette époque, meme dans des ouvrages qui demandaient plus d’étude que lesornemens d’un plafond.

Mais venons aux peintures à fresque deRomanelIi, auxquelles les sculptures de Michel Anguier servent, pour ainsi dire, d’encadrement; l’histoire d’Apollon et de Diane, les Saisons, ont fourni des sujets aux compositions du peintre de Viterbe, et c’est ce qui a fait donner à cette salle le nom de salle des Saisons. Nous avons vu, p. 394, que cette pièce et celles qui la précèdent, après avoir fait partie des appartemens d’Anne d’Autriche, avaient été occupées par le ministre de la guerre; elles le furent aussi par l’académie de médecine, et ensuite par le grand conseil : on croit leur donner quelque intérêt en rappelant qu’elles furent habitées par le vertueux et héroïque Malesherbes.

Diane et Actéon (pl. 77). — La chaste déesse, se baignant avec deux de ses nymphes, vient d’être surprise par l’indiscret Actéon ; Diane , indignée de cette témérité, jette de l’eau sur le malheureux chasseur en lui adressant de terribles malédictions. Il s’éloigne, mais il en éprouve déjà les effets : les bois de cerf qui poussent sur sa tête annoncent que dans quelques instans ses formes prendront celles de cet animal; la métamorphose qu’il est près de subir est ainsi indiquée d’une manière ingénieuse. La pose, l’ajustement, l’expression d’Actéon qui fuit à regret, le joli groupe de nymphes, et surtout celle qui se couvre de son voile en jetant un regard de compassion sur l’infortuné chasseur, offrent une composition simple et bien pensée, d’un dessin élégant, où l’on regrette l’altération qu’a éprouvée le coloris, qui parait avoir été fin et léger.

Apollon et les Muses (pl. 76). — Le dieu de la poésie et des arts distribue des couronnes aux doctes sœurs et aux déesses des arts, parmi lesquelles on reconnaît l’Astronomie et la Peinture. Dans l’attitude maniérée d’Apollon, dans ses draperies lourdes et mal ajustées, on retrouve le Bernin et Pietre de Cortone, et l’on voudrait que Romanelli se fut moins rappelé leurs principes et leurs exemples.

Diane et Endymion (pl. 79). — Abandonnant son char et scs nymphes, la sévère Diane, ou plutôt la Lune, descend seule du céleste séjour, et vient trouver le bel Endymion, endormi dans les vallons frais et ombragés du Tmolus; des amours cachés derrière un arbre l’attendent et se disposent à

LE LOUVRE

prendre parta leurs doux entretiens. Il y aurait bien des reproches à faire a cette composition; les nuages sur lesquels la déesse semble agenouillée sont lourds et solides : Endymion, commun de formes, n’est pas d’une beauté à séduire une deesse; il dort mal, sans abandon, et il est écrasé par scs draperies, cj ui paraissent plutôt de marbre que d étoile. Ce n’est pas ainsi que, dans sa brillante imagination, notre Girodet avait conçu et la beauté de l’amant de Diane et les chastes amours de la déesse, et c’est en s’inspirant d’idées plus élevées et plus poétiques qu’il a produit dans son Endymion un des plus beaux ouvrages de la peinture moderne.

Apollon et Marsyas (pl..7 8). — Cette composition est froide et sans intérêt. Le dieu de la poésie et de la musique préside à son atroce vengeance; le jeune Scythe l’exécute sans y mettre aucune expression , et le malheureux Marsyas, dont l’affreux supplice a déjà commencé, paraît tout habitué a être écorché vif. Le dessin du satyre est asez pur et meilleur que celui d’Apollon, mais sans caractère, et il n’exprime pas les contractions de muscles et la douleur que doit éprouver l’infortuné musicien. Les draperies d’Apollon le surchargent et ne sont pas d’un bon effet.

L’Hiver (pi. 80). — Un vieillard couché et chaudement habillé se ranime a la chaleur d’un brasier dont deux enfans ou deux génies, trop légèrement vêtus pour la saison, vont entretenir la flamme, tandis qu’un autre génie baisse la tenture qui doit abriter le vieillard. Ces enfans sont jolis, et la draperie qu’agite le vent est bien entendue; mais il y a peu de poésie à personnifier ainsi le génie de l’hiver, pour qui les frimas ne sont que des plaisirs : ce n’est qu’un homme ordinaire qui a froid; en l’offrant entouré de génies, on mêle l’idéal avec le positif, et c’est un manque d’accord entre les idées reçues dans les arts.

Le Printemps (pi. 80). — Cette composition-ci est mieux conçue : le costume de cette femme assise peut la faire regarder comme la déesse du printemps ou comme une de ses nymphes, et l’on peut admettre autour d’elle des génies. Cette scène est gracieuse , et les enfans ont beaucoup de naturel dans leurs attitudes et de souplesse dans leur dessin.

L’Été ( pi. 81). — Mollement étendue sur une gerbe de blé, Cérès cède au poids de la chaleur et se laisse aller au sommeil : à ses pieds un génie paraît près de s’y abandonner; d’autres étendent un voile pour défendre la déesse des rayons du soleil, tandis qu’un quatrième, pour l’empêcher de se livrer à de nouvelles fatigues, lui a enlevé l’instrument de la moisson. Cette composition , peut-être trop symétrique dans sa disposition , est cependant agréable, et le coloris en est assez bien conservé pour faire juger que, lorsqu’il sortit du pinceau de Romanelli, il dut être en même temps suave et brillant.

L’Automne ( pl. 81 ). — Parmi les saisons représentées par ce peintre, l’automne est peut-être celle dont la composition offre le plus d’agrément :

et les tuileries.

ce l>eau jeune homme, dont la pose a de l’aisance, et le dessin de 1’élégance, rappelle par le caractère de sa tête et par sa coiffure d’un style noble les belles tètes antiques de Bacchus; ces branches de vigne chargées de raisin, et que font serpenter avec grâce ces vigoureux enfans, répandent de la fraîcheur et de la variété dans ce tableau et donnent l’idée de la richesse de l’automne.

Apollon et Diane (pl. 82). — Au milieu de l’empyrée, qu’il éclaire de sa splendeur, le dieu du jour et de l’harmonie fait entendre ses divins accords. Diane, sa sœur, s’abandonnant au charme de la mélodie, oublie en l’ecoutant les plaisirs de la chasse : cette figure est remarquable par la grâce de sa pose et le bon goût de son ajustement, et c’est une de celles où l’on voit le mieux que Romanelli avait amélioré sa première manière. L’Apollon est moins bien, et la draperie lourde qui lui enveloppe le haut du corps contraste avec cet éclat radieux qui émane de lui et qui répand au loin des torrens de lumière. Sa tète rayonnante est celle d’un dieu, et son corps ainsi ajusté conviendrait à Apollon transformé en berger chez Admète.

La salle de la Paix , qui sert de passage à celle des Romains, a reçu ce nom des peintures dont elle est ornée, et qui , de meme que celles que nous avons déjà vues , sont de Romanelli. Ce ne fut pas sans une intention particulière qu’il y traita ce sujet; l’époque où il peignait ces salles coïncide à peu près avec celle de la paix conclue, le 7 novembre 1059, par le cardinal Mazarin , dans l’île des Faisans sur la Bidassoa, avec l’Espagne, et qui fut suivie le 9 juin 1660 du mariage de Louis XIV avec l’Infante d’Espagne. Comme ils firent le 26 août leur entrée solennelle à Paris, il est à croire que les peintures de ces salles furent finies à cette époque. Je penserais meme que cette salle-ci fut décorée la dernière; elle n’avait d’abord servi que d’une espèce d’entrée ou de vestibule qui séparait en deux parties les appartemens de la reine Anne d’Autriche. Ces pièces ont du être décorées les premières, et l’on n’y trouve rien qui ait rapport à la France. II est donc probable que la circonstance de la paix qu’on venait de conclure et du mariage qui se projetait, fit employer dans la décoration de cette salle des sujets analogues à ces mémorables événemens , qui ramenaient avec la paix la tranquillité, les arts et le commerce. De chaque côté des peintures qui ornent les cintres richement décorés ( pi. 83), on voit en figures presque de ronde-bosse les quatre grands lleuves de France. Au vaisseau , armes de Paris ( pl. 64), qu’un fleuve personnifié soutient de sa main, on reconnaît la Seine; le Rhône est indiqué par le lion sur lequel il est assis et qui sert d’emblème à la grande ville qu’il arrose. La Garonne et la Loire ( pl. 63) sont moins caractérisées : cependant les fruits qui entourent un de ces lleuves et qu’il tient à la main, rappellent que la Loire traverse la Touraine, le jardin de la France. Ces figures , surtout celles du Rhône et de la Garonne, sont d’un beau caractère et d’un dessin ferme et vigoureux , et l’on sent que Michel Anguier s’était inspire de ligures antiques et qu’il se ressouvenait de celles de Michel-Ange au tombeau des Médicis, dont on trouve des,

LE LOUVRE

réminiscences surtout clans le Rhône et dans la Loire. Les victoires ou les génies qui supportent les écussons de France au-dessus de la porte et de la fenêtre (pi. 84 et 85), ne manquent pas d’élégance, et il y en a beaucoup dans la disposition des draperies des deux figures de droite dans ces deux planches. Mais passons aux peintures.

Minerve, Mercure, Mars et les Génies des arts célèbrent la paix ( pl. 8G ). — On ne peut guère approuver dans cette composition la manière dont, pour annoncer la paix, ces trois divinités élèvent une bandelette chargée d’une inscription; ce qui n’est pas d’un bon effet: il serait à desirer que le peintre eut trouve’ un autre moyen. Mais il y a eu sans doute des changemens faits à ce tableau , et je trouve dans une ancienne description , que chacune de ces divinités tenait autrefois une fleur de lis, au-dessus de laquelle chacun des génies suspendait une couronne : on voit par la disposition des mains de Minerve, de Mercure et de Mars, que les fleurs de lis étaient placées comme dans l’écusson de France. Ainsi la bandelette et l’inscription ne sont pas de Romanelli , et c’est une innovation moderne qui tient à une époque où les fleurs de lis étaient proscrites en France. On pourrait reprocher à Mercure de n’avoir pas la légèreté de formes qui convient au messager des dieux. Le groupe de Mars et de Minerve n’est pas heureusement combiné, et le mouvement du dieu de la guerre, un peu théâtral, est trop prononcé pour une action qui ne demandait aucun effort. Quoique le groupe de génies soit joli et que le dessin en soit gracieux, cependant il ne se lie pas assez au reste de la composition, et ce sont deux scènes séparées qui ne se rattachent pas assez l’une à l’autre et où les acteurs ne concourent pas à l’unité de l’ensemble : mais , comme effet général , ce tableau a de l’éclat et convient bien à un plafond.

La Paix brûle des armes (pl. 86). — Couronnée d’olivier et tenant une branche de cet arbre à la main, la déesse, appuyée sur un faisceau, symbole de la force, est assise sur un monceau d’armes qu’elle foule aux pieds et auxquelles elle met le feu. Près d’elle, des prisonniers sont couchés au pied d’un trophée , et une femme ou une déesse que rien ne caractérise grave pour inscription sur un bouclier, de bello pax, la guerre amène la paix. La tête et le haut du corps de la déesse ont de la douceur et de la dignité; l’ajustement en est d’un style agréable, mais la partie inférieure est surchargée de draperies.

L’Agriculture distribue les fruits de la terre (pl. 86). — Neptune, qu’on voit dans le fond du tableau, peut dans cette composition rappeler le commerce par mer, qui s’apprête à répandre dans le monde les bienfaits de l’agriculture; à moins que le peintre, en suivant les idées mythologiques, n’ait fait paraître ici ce dieu comme l’amant de Ce’rès.

Les huit colonnes qui décorent cette salle sont de granit de l’île d’Elbe; elles étaient autrefois à Aix-la-Chapelle. Vers le commencement de la révolution, cette salle était en fort mauvais état : au lieu de colonnes, il

ET LES TUILERIES

n’y avait que des murailles, et c’était un lieu de passage pour aller au jardin de l’Infante , qui, plante de quelques arbres et de bosquets, servait de promenade publique. Il paraît , d’après ce qu’on lit dans quelques écrivains, qu’autrefois ces murailles étaient ornées de beaux paysages peints par le Bolognese et par François Borzone (l).

La décoration de la salle des Romains, qui succède à celle de la Paix, est remarquable par la dimension des fresques que Romanelli y a peintes et par la richesse de ses ornemens, auxquels on peut meme reprocher de la profusion de dorure. Aux angles des voussures, des figures en ronde-bosse, de jeunes guerriers et de jeunes femmes, groupés autour de beaux candélabres, soutiennent dans le plafond de grands médaillons remplis par des bas-reliefs dorés (pi. 84, 85 ). Parmi ces figures, celles de femmes (pi. 85) se distinguent par la grâce et la souplesse de leurs mouvemens, la pureté de leurs contours et l’élégance de leurs costumes, et, sous le rapport du style, elles sont bien supérieures aux autres personnages. Les bas-reliefs des médaillons ( pl. 95) représentent cn sacrifice romain; l’innocence de la vestale Tuccia reconnde : on l’avait soupçonnée de l’avoir perdue, et, pour se justifier, elle porta de l’eau du Tibre dans un crible, qui, par une faveur de Vesta, ne la laissa pas échapper. Le dévouement de Curtius , qui se précipite dans un gouffre pour le salut des Romains, Romulus et Rémus allaités par une louve et trouvés sur le bord du Tibre par des bergers, sont les sujets des deux autres médaillons.

La plupart des peintures de cette salle représentent, de même que les sculptures , des traits de l’histoire romaine. Nous commencerons à les décrire par les tableaux des extrémités.

Mütius ScÉvola (pi. 87). — L’intrépide Romain, pour montrer à Porsenna, roi des Etrusques, que rien ne peut l’intimider, et pour se punir d’avoir trompé l’espoir de Rome en tuant, au lieu du prince, son secrétaire, expose sa main sur un brasier ardent. Porsenna et les soldats qui ont arrêté Mutius Cordus témoignent l’étonnement que leur cause ce trait de courage et d’impassibilité. Il est presque inutile de faire observer que , dans ce tableau, le costume étrusque est loin d’être exact, et qu’il n’offre nullement

(l)François Borzone, de Gènes, naquit en 1625; ayant du goût pour la peinture, il I’e'tudia sous son père Lucien Borzone, et s’y voua tout entier après avoir e'chappé à une maladie contagieuse qui emporta presque toute sa famille. S’étant attache à la manière de Claude Lorrain et de Gaspar Dughet connu sous le nom de Gaspar Poussin ou du Guaspre , il devint très-bon peintre de paysage et de marine. Il re'ussissait bien à rendre les effets de mer et les naufrages. Borzone vint à Paris,

s’y fit avantageusement connaître, et futreçu cn 1 663 à l’académie. Sa réputation étant parvenue à la cour de Louis XIV, ce prince l’attira près de lui cn 1674, et l’y retint par les ouvrages qu’il lui fit faire et par la manière honorable dontil le traita. Aussi Borzone passa-t-il le reste de sa vie en France , où il mourut en 1679; ce qui a rendu, selon Lanzi, Storia, t. V, p. 335, scs tableaux très-rares en Italie. Il est à regretter qu’ils aient aussi disparu à Paris avec les parties du Louvre qu’avait décorées Borzone.

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