QUI ÉTEINT LE FLAMBEAU DE LA DISCORDE, LA JUSTICE QUI REPRIME
les crimes. Six médaillons sont remplis de génies qui portent les
recouvre, et il va être englouti avec elle. Le Voyage de M. le comte cle Forbin dans le Levant a fourni le sujet de cette composition. Ce tableau et la plus grande partie de ceux de M. Horace Vernet qui parurent a cette exposition, appartiennent à S. A. R. M.gr le duc d’Orléans. On y remarquait la Folle par amour, — une Prêtresse druide improvisant au son de. la harpe, — une Guérillas espagnole embusquée , — un Combat d‘ avant-postes français et espagnols, — le portrait de M.gr le duc d’Orléans passant en revue le régiment de hussards, — la Revue du 2.e régiment de grenadiers à cheval de la garde royale , — l'Hospice du mont Saint-Gothard , — une marine , — Molière consultant sa servante. En 1822 Louis XVIII donna pour sujet d’un grand tableau a M. Horace Vernet un trait remarquable de la vie de son grand-père Joseph Vernet : il voulut que le petit-fils repre'sentât la scène qu’offrit ce peintre ce'lèbre lorsque , pour mieux saisir les effets d’une tempête , il se fit attacher au mât de la barque légère sur laquelle il s’était hasardé malgré les dangers qu’il avait à courir. Ce tableau, ainsi que le Massacre des Mamelucks , fait partie du musée du Luxembourg. Au salon de 1824 on vit de M. Horace Vernet S. M.
Charles X à cheval, entouré de M. le Dauphin , de M. le duc d’Orléans , des ducs de Fitz-James , de Maillé , et de plusieurs autres officiers de sa maison; — le portrait à cheval deM.gr le Dauphin, et \c portrait en pied de M. le maréchal Gouvion Saint-Cyr, la nuit, dans sa tente, éclairé par une lampe ; le portrait de M.me la comtesse B... de C... Parmi les autres ouvrages de M. Horace Vernet, on ne peut oublier la Bataille de Montmirail , — la Défense de la barrière de Clichy en 1814 ; ce tableau appartient à M. Odiot; — le Cheval du trompette , — le Chien du régiment,— Mazcppa, chef de Cosaques : au milieu d’une harde de chevaux sauvages, presque mourant, il est renversé du cheval indompté sur lequel on l’avait attache' en le lançant dans les steppes de l’Ukraine ; — une Course de chevaux barbes à Rome : ce tableau y a été saisi sur la nature et fait pour M. le duc de Blacas. Les productions que je viens de citer ne sont qu’une trèspetite partie de celles que l’on doit à la fécondité de M. Horace Vernet , dont on compterait peut-être plus de six cents tableaux qui ont fourni, ainsi que les innombrables dessins échappés à son crayon, un ample aliment a la gravure h l’eau-forte, a l’aqua-tinta et à la lithographie.
LE LOUVRE
attributs des lois, dos sciences, do la guerre, du commerce, de l’industrie et des arts.
Clemence d Auguste, par M. Bbuillon (1). — Ce prince pardonne à Cinna d’avoir voulu attenter à ses jours, et, lui prenant la main pour gage de son amitié qu’il lui rend, il lui offre le consulat et la main d’Emilie. Cette fière Romaine et Maxime, touchés de tant de grandeur d’aine , se précipitent aux pieds d’Auguste. Dans le fond du tableau, on aperçoit les licteurs et un riche portique du palais.
Clémence de Marc-Aurele, par M. Guillemot (2). — Le modèle des princes est dans sa tente au milieu de son camp. Il siège sur son tribunal. On amène devant lui des chefs asiatiques qui avaient manqué à la fidélité qu’ils lui avaient jurée. L’empereur tient à la main des écrits qui contiennent les preuves de leur trahison , il les jette au feu. Les chefs conjurés se prosternent pour lui témoigner leur reconnaissance.
(1) M. Pierre Bouillon , ne' à Tliiviers près de Pe'rigueux en 1 776, a remporte' en 1797 le grand prix de peinture : mais if s’est moins livré à eet art qu’au dessin, et if a consacré une partie de sa vie à dessiner et à reproduire par fa gravure à l’eau-forte les statues et tous les autres monumens antiques du Musée royal tel qu'il était, ïorsqu’avant 1815 nous le possédions dans toute son intégrité; il serait bien à désirer que tout ce qui reste en Europe de la sculpture antique fût rendu et publié avec autant de fidélité. Outre ce superbe ouvrage, on doit à M. Bouillon une grande quantité de beaux dessins, et il existe aussi de lui plusieurs tableaux. Celui qu’il mit au salon de 1819 représentait Jésus- Christ ressuscitant la fille de la veuve de Naïtn; il a été acquis parle ministre de la maison du Roi, ainsi qu ' Arèlhuse échappant aux poursuites d’Alphée , qui fit partie de l’exposition de 1822. En 1824 il n’y eut de M. Bouillon au Louvre qu’un portrait.
(2) M. Alexandre-Charles Guillemot, né à Paris en 1786, est élève de David. Après avoir, dans les différons concours académiques pour la tête d’expression et pour le torse, remporté tous les prix ou toutes les médailles qui préparent et font espérer le grand prix de Rome , il l’obtint en 1808. Son séjour à Rome fut de six
ans. A son retour, M. Guillemot se présenta au salon de 1814 avec plusieurs portraits et une grande étude dont fe sujet était Bacchus et un faune. A l’exposition de 1817, on remarqua de fui un Christ déposé de la croix , composition considérable et que M. le préfet de la Seine lui avait demandée pour l’église de Saint- Thomas d’Aquin. Le ministre de l’intérieur acquit en 1819 le tableau du même artiste qui représentait les Amours de Sapho et de Pliaon , et le ministre de la maison du Roi, celui où M. Guillemot offrit Jésus -Christ ressuscitant la fille de la veuve de Naim, production qui valut à son auteur une médaille d’or de première dusse. La Mort d’Hippolyte, qu’il fit paraître en 1822, mérita les honneurs du Luxembourg;. La vie de S. Vincent de Paul fournit à M. Guillemot deux compositions pour les fresques de Saint-Sulpice, dont on vit les esquisses au salon de 1824 : dans l'une , il représenta le saint donnant scs soins à Louis XIII malade; dans l’autre , S. Vincent harangue les dames de charité en faveur des enfians trouvés. M. Guillemot fut aussi chargé de représenter pour fliôtel-de-ville de Paris la Prise de Lorca en Espagne par les carabiniers du 4.e léger. Parmi les acquisitions que fit au salon de cette année le ministre de l’intérieur, il comprit un tableau
ET LES TUILERIES. 5 5 9
La Théologie, par M. Hesse (t). — Tenant d’une main le livre de ses dogmes, de l’autre elle montre le ciel.
L’Histoire, par le même. — Appuyée sur les ruines d’un monument et ayant à ses pieds ses écrits , elle grave sur ses tablettes les liants faits et les noms des grands hommes.
Les dessus de porte de cette salle sont' de M. Dubufe (2).
L’Egypte. — Ayant pour coiffure le vautour sacré en or rehausse d’émaux, et le cou orné d’un riche collier, l’Egypte s’appuie d’une main sur un sphinx de porphyre, et de l’autre main, qu’elle pose sur une charrue, elle tient des épis de blé et des fleurs de lotus, emblèmes de sa fécondité et de ses richesses. Dans le fond s’élèvent les masses colossales des pyramides.
La Grèce. — Elle est représentée sous la figure de Minerve : son bouclier, sa lyre, indiquent la gloire qu’elle s’est acquise par les armes et par les arts; le papyre qu’elle déroule rappelle qu’elle dut une partie de ses lois et de ses sciences à l’Egypte. Dans le lointain, l’on voit le Partbénon.
L’Italie. — Elle s’olTre avec son caractère dominant, celui de conquérant; elle est près du Capitole, et sa main s’appuie fortement sur le globe du monde, l’un des principaux insignes des empereurs. A ses pieds sont des armes et le bouclier de Romulus; et sur les extrémités de l’hémicycle où elle est assise sont inscrits les noms de ses législateurs et de ses guerriers.
La France. — Guerrière et législatrice , elle porte le casque , la cuirasse, et le manteau royal semé de fleurs de Iis. D’une main elle tient les fastes de la monarchie, de l’autre elle répand les richesses dont l’ont douée et la nature heureuse de son sol et ses succès.
En sortant des salles du Conseil d’état , après avoir passé l’escalier d’Henri IV, qui, bien qu’il porte le nom de ce prince, ne date que du temps
de M. Guillemot où l’on voyait le bon roi René d’Anjou à cheval, signant une lettre de grâce de sa main année du gantelet.
(1) M. Nicolas- Auguste Hesse, ne' à Paris en 1795 , élève de M. le baron Gros , obtint le grand prix en 1818. A son retour de Rome, il fit paraître au salon de 1824 un tableau représentant Paris et Œnone.
(2) M. Claude -Marie Dubufe, né à Paris en 1792 , est élève de David. II y eut de lui en 1819 un grand tableau qui représentait Jésus-Christ apaisant la tempête , et qui a été placé dans l’église de
Riom. Celui d’ Apollon et Cyparisse, qu’on vit au salon de 1822, fait partie de la galerie du Luxembourg. Psyché qui rapporte à Vénus la boîte de beauté, date de la même exposition. A celle de 1824 parut Jésus-Christ marchant sur la mer ; ce tableau a été acheté pour l’église de Saint- Leu à Paris. On a donné à celle de Saint- Pi erre le tableau qui représente la Délivrance du saint apôtre. M. Dubufe a peint aussi pour Londres le Couronnement de S. M. Charles X , et pour M. le préfet de la Seine, le Passage de la Ridassoa.
T. K LOUVRE
o GO
<(c Louis XIII, on arrive a une grande pièce qui occupe presque tout l’espace du pavillon, et qui autrefois était une chapelle. Supprimée depuis longtemps, elle n’a rien conservé qui puisse retracer sa distribution et encore moins son élégance. Il serait inutile de s’y arrêter, si l’on n’était retenu quelques instans par la belle grille en fer battu qui lui sert de porte. Cette grille, ainsi que celle que nous verrons à l’entrée de la galerie d’Apollon, n’a pas été faite pour le lieu où elle se trouve aujourd’hui ; elles ont été tirées du magnifique château de Maisons, qui appartenait autrefois à M.sr Comte d’Artois. Le dessin de ces grilles a de l’élégance; et les plaques de fer, habilement repoussées au marteau , se sont prêtées à rendre avec exactitude les formes des feuillages et des divers objets qui entrent dans la composition de ces portes. On y remarque surtout les serpens qui forment les caducées, et qui ont beaucoup de souplesse et de vie. Les enfans qui, dans la partie supérieure, se groupent au milieu cl’cnroulemens et de rinceaux, sont bien modelés, et n’ont rien de la raideur que l’on peut ordinairement reprocher à ce genre de travail. Quoiqu’on ne le pratique plus aujourd’hui aussi habituellement qu’autrefois, et qu’il ait été en partie remplacé par des procédés plus faciles et plus économiques, cependant nous avons encore des ouvriers en état de l’exercer avec habileté; et ces portes, qui avaient beaucoup souffert, ont été réparées de manière que le nouveau travail ne se distinguerait pas de l’ancien. Mais ce qui a été refait avec une supériorité bien marquée sur ce qui existait, ce sont les serrures, les gonds, et toute la partie de la serrurerie , qui étaient très-médiocres et qui sont aujourd’hui d’une grande perfection. Il serait peut-être à desirer que, pour certains objets, on remît en honneur et en vogue ce travail du fer retreint ou repoussé à froid au marteau , qui joint aussi à plus de légèreté et de vivacité que la fonte le mérite d’offrir le fer dans son éclat métallique. On peut regretter que le nom de l’habile ouvrier auquel on doit ces belles portes ne nous ait pas été conservé : on sait bon gré à Pausanias de nous avoir transmis ceux d’Aieon et de Tisagoras, qui faisaient des figures en fer; et parmi le grand nombre d’artistes dont nous parlent Vasari et le comte Cicognara, on aime à trouver Niccolù Grosso dit Caparra , Ferrante Beîlino, Pompeo Turcone, habiles ouvriers qui s’étaient rendus célèbres à Florence et à Milan par les belles torchères et les immenses anneaux en fer repousse et cisele dont ils avaient orné, ou, pour ainsi dire, armé, les somptueux palais de ces belles villes.
Au rapport de Saugrain ( Curiosités de Paris, Versailles, <kc. ) , la bibliothèque du Roi, qui, de la rue de la Harpe, avait passé en tGGG à l’hôtel de Colbert, rue Vivienne, aurait été transportée en 1716 au Louvre, et on l’aurait placée dans les appartemens grands et élevés qui formaient autrefois le dessus de la chapelle, et qui de nos temps ont été changés en de vastes ateliers. Mais il n’est pas dit un mot de cette translation dans le discours préliminaire du Catalogue de la bibliothèque du Roi, rédigé en 1739 par Jourdan, qui en était le secrétaire; ce silence rend très-suspect le récit de Saugrain, qui cependant parle de ce transport comme d’un événement arrivé depuis peu. Le Maire , dans son petit ouvrage imprimé en 171 5 ( Paris ancien et moderne), annonçait aussi cette translation comme prochaine.
H est bien vrai qu’a peu près à cette époque il lut question de placer la bibliothèque du Roi au Louvre; mais nous verrons plus loin que ce n’était pas dans ce grand pavillon. Au reste, elle ne quitta la rue Vivienne que pour venir où nous la voyons aujourd’hui , dans l’ancien hôtel Mazarin , appelé depuis hôtel de Nevers, qui lut considérablement agrandi. II est dit, dans le discours cité plus haut, qu’en 1704 on lit placer au Louvre les immenses globes terrestre et céleste faits par Coronelli et que le cardinal d’Estrécs avait donnés à Louis XIV, qui les fit mettre à Marly; mais rien n’indique la salle du Louvre où l’on éleva ces énormes machines.
L’immense salle où nous entrons, et qui, depuis plusieurs années, est destinée aux séances royales pour l’ouverture des Chambres, a subi bien des changcmens depuis l’époque où, n’ayant que de petites fenêtres, elle comprenait dans scs distributions une partie des appartemens de Charles V. La galerie qui les longeait du côté de la cour, et les autres divisions [voy. pl. 8, C), disparurent lorsque, sous François I.cr, Lcscot reconstruisit et embellit le Louvre; les croisées, agrandies et espacées d’une manière plus régulière, remplacèrent celles de l’ancien chateau. On ignore quelles furent les divisions des nouvelles pièces; alors aussi fut changée la salle de Saint-Louis, qui faisait partie des salles que nous venons de parcourir, et pour laquelle on peut se reporter à ce qui en a été dit page 301. Franchissant un grand nombre d’années où l’on ne trouve aucune donnée qui fasse connaître l’état de cette partie du Louvre dont Perrault ne s’était pas occupé, nous avons vu, p. 392, qu’avant 1755 le tribunal des chasses ou de la varenne du Louvre et les plans en relief de la marine avaient été placés dans des pièces que cette belle salle a remplacées lors de la suppression de ces établissemens. Ce fut alors que l’on put lui donner la grande élévation qu’on lui voit aujourd’hui et qui occupe deux etages; le second était autrefois rempli par des appartemens qui, en 1653, faisaient suite à ceux du cardinal Mazarin. Cette salle, par la grandeur de ses dimensions, est certainement une des plus remarquables que l’on connaisse, et elle deviendra une des plus magnifiques Iorsqu’ayant reçu la décoration qui lui est destinée, ses murailles seront enrichies de glaces, de meubles somptueux, de tapisseries des Gobelins, ou de tableaux de nos meilleurs maîtres, et qu’un plafond à caissons sculptés et dorés aura remplacé celui qui existe à présent, et dont la peinture peut donner une idée de ce qu’on exécutera un jour en relief. II est probable aussi qu’alors les colonnes de stuc qui soutiennent des tribunes aux extrémités de la salle, céderont la place à de belles colonnes en granit ou en marbre : la France en possède en assez grande quantité et d’assez beaux pour que l’on ne soit embarrassé que du choix; la superbe brèche jaune, blanche et grise de la Penne Saint-Martin, exploitée à Saint- Béat dans les Pyrénées par M. Layerle-Capel de Toulouse, ou d’autres beaux marbres des carrières de M. Pugens, seraient bien dignes de figurer dans le palais de nos Rois.
La salle qui suit celle des séances royales était jadis occupée par la chapelle haute de Charles V (voy. pi. 8, C). Sous François I.er ou sous Henri II, elle
LF, LOUVRE
changea de destination et probablement en partie de forme par la suppression de la tour où s’engageait son extrémité tournée vers les Tuileries; cette pièce devint alors une de celles de l’appartement du Roi, et ce qui reste de sa décoration témoigne assez qu’à plusieurs époques on y avait déployé une grande magnificence. Il est difficile, si ce n’est impossible, de voir des sculptures et des ornemens plus riches et de meilleur goût que ceux du plafond. La cire et l’argile ne se seraient pas prêtées avec plus de complaisance que le bois de chêne à reproduire la souplesse des feuillages et des enroulcmens qui décorent de haut-relief et avec tant d’élégance ces riches compartimcns. Les enfans , les satyres, les masques qui entrent dans cette grande composition, tout y est traité avec le plus grand soin ; le travail en est très-pur, très-vif, et en même temps moelleux , et le bois y paraît plutôt modelé que taillé. Mais aussi ce grand ouvrage avait-il été confié aux mains les plus habiles du règne de Henri II : on en avait chargé Paul Ponce, qui mit à faire ce plafond autant de talent qu’il en avait développé dans les beaux bas-reliefs de la cour du Louvre; Roland Maillard et sa femme, les Hardoin, Francisque , habiles sculpteurs , et Biard le père, que sans doute sa grâce avait fait surnommer par Sauvai le Praxitèle de son temps. Mais si nous pouvons juger l’ouvrage de ces maîtres, il n’en est pas ainsi des peintures dont le Primatice avait orné avec une grande variété toutes les parties de cette salle : ces peintures n’existent plus depuis long-temps , et l’on n’en connaît même pas les sujets. On serait étonné si dans une salle où Henri II réunissait sa cour il n’eut pas offert à Diane de Poitiers l’hommage qu’il rendait en tous lieux à l’empire qu’elle avait sur son cœur: aussi les croissans mêles aux fleurs de lis et les devises se présentent-ils ici de tous côtés; le nom de Diane uni à celui de son amant y précède même celui du Roi. On trouve, en rapprochant les inscriptions de deux cartels, la devise entière qui plaisait tant à Henri II : Di ( anœ ) henr. ii. r. donec. totum. impleat. orbem. A Diane (sera) le Roi Henri II jusqu à ce que ce croissant (de marbre ou de bois) remplisse tout son disque. C’était bien proclamer qu’il aimerait toujours cette maîtresse, qui avait tant d’années de plus que lui. On voit aux extrémités de ce plafond des L enlacées; et ce chiffre des Louis indique les restaurations qui y ont eu lieu sous Louis XIV. Nous avons dit, p. 392 , que lorsque ce monarque abandonna ses appartenions du Louvre, cette salle fut assignée à l’académie des sciences pour y tenir ses assemblées : elle l’a occupée pendant long-temps, et c’est ce qui a conservé le plafond.
Les peintures qui décorent aujourd’hui ce beau plafond sont de M. Blondel.
Différend de Neptune et de Minerve. — Jupiter et Junon, assis sur leur trône, président l’assemblée des dieux, juges de la contestation que l’honneur de donner un nom à la ville de Cécrops a suscitée entre la déesse des beaux arts et le dieu des mers. Celui-ci frappe la terre de son trident, et il en bondit un beau coursier blanc qui hennit en agitant avec fierté sa crinière ondoyante. Minerve touche la terre de sa lance, et à l’instant s’élève l’olivier dont les fruits feront la richesse de l’Atfiquc, et qui mérite à Minerve (At/itiié en grec) la gloire de donner son nom à la nouvelle
ET LES TUILERIES
patrie des arts. Dans le fond on aperçoit le Parthenon. Derrière la déesse sont groupées les divinités paisibles : Mercure, Cerès, Diane, Apollon. Près de Neptune, les dieux qui se plaisent aux troubles, Mars, Vulcain, Vénus, suivent le parti du dieu qui ébranle la terre.
Mars. — Portant d’une main son bouclier et sa lance, de l’autre une branche d’olivier et une palme, le dieu de la guerre s’offre sous le caractère d’un conquérant qui ramène la paix à la suite de ses victoires.
La Paix. — A ses pieds sont des armes; d’une main elle tient son caducée d’or, de l’autre elle pose une couronne sur des fruits qui sortent d’une corne d’abondance : c’est le triomphe de l’agriculture et du commerce, heureuses conquêtes de la douce et belle déesse.
En voyant la grande salle carrée qui touche celle que nous quittons, et à laquelle on adonné, je ne sais pour quelle raison, le nom de salle des Sept Cheminées, que rien n’explique ni ne justifie, on ne se douterait pas de la distribution et de la destination qu’elle avait autrefois, je ne dis pas à l’époque où il y en avait une partie qui formait la salle aux joyaux de Charles V [voy. pl. 8, C, p. 296) , mais dans des temps plus rapprochés du nôtre. On sait qu’avant les changemens opérés au Louvre par Perrault, et jusqu’à ce qu’il eut élevé sa façade sur la Seine, cette pièce était beaucoup moins grande dans toutes ses dimensions , ainsi que l’on peut s’en convaincre en comparant la salle D et celle qui lui est contiguë (pl. 9) avec la salle M et le corridor V ( pl. Il) (t). Au lieu d’occuper deux étages en hauteur comme aujourd’hui, ces pièces, de même que les autres, n’avaient qu’un étage, et elles n’étaient pas très-élevées. On voit, pl. 9, qu’une de ces chambres, D, était éclairée par quatre fenêtres : deux vers la Seine, et deux du côté des Tuileries. Celles-ci sont devenues des portes lorsque sous Charles IX, Henri IV, et même sous Anne d’Autriche, la façade du gros pavillon et de la galerie E a été portée plus en avant sur la place, et que cette galerie est devenue telle qu’on la voit en L, pl. 10. Il paraît qu’elle servit alors de salle des gardes. La salle D, pl. 9, était le salon du Roi, et la pièce longue et étroite qui est à côté formait sa chambre à coucher. Le fond très-obscur forçait presque d’aller à tâtons dans la partie où était le lit, qui s’élevait sur une marche de six pouces dans une alcôve tendue en cuir vert; une balustrade en bois, sculptée, peinte en blanc rehaussé d’or et haute de 3 pieds, fermait cette alcôve, qui outre les rideaux du lit en avait qui n’étaient que figurés et sculptés en bois peint et doré. Des groupes d’en fans dorés les relevaient de chaque côté. Cette chambre, qui fut celle de nos Rois depuis Henri II jusqu’à Louis XIII, avait été décorée avec beaucoup de luxe, et l’on
(1) Quoique dans la planche 1 1 il n'y ait que le plan du rez-de-chausse'e , on peut s en servir dans cette partie pour le premier etage, qui offre à très-peu de chose près
les mêmes mesures , et l’on voit que la salle des Sept Chemine'es tient tout le dessus de remplacement M , V, du rc/.-dcchaussce.
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y avait prodigue les ornemens sculptes on haut-relief et la dorure. Les panneaux et le plafond étaient ornes de jolies peintures des meilleurs peintres de ces époques, tels que Bunel, Ambroise Dubois, Freminet, Errard. La plus grande partie de ces belles boiseries existe encore dans les magasins du Louvre, et elles ont servi a M. Civeton a faire un dessin , qu'on peut croire exact, de cette petite chambre (pl. 104 bis), qui acquiert un grand degré d’interet lorsqu’on pense que ce fut probablement là que le bon Henri IV rendit le dernier soupir après y avoir été transporte' de la tribune de la salle des Caryatides, par l’escalier d’Henri II, et à travers les salles que nous venons de visiter. Au reste, ces ornemens sont de differentes époques; il y a, dans le haut du devant de l’alcove, des L enlace'es qui datent du règne de Louis XIII, ou peut-être même de celui de Louis XIV. Il est plus que douteux que les enfans et la tenture soient de Paul Ponce, ainsi qu’on l’a assure' : son goût était plus pur. Je les croirais plutôt d’une époque postérieure , et lorsque la sculpture commençait à sortir de la route qu’elle avait suivie sous Jean Goujon et sous Paul Ponce (l). La boiserie du salon D (pi. 9), que nous possédons encore, est peut-être mieux que celle de la chambre à coucher d’Henri IV et de Louis XIII; elle sent mieux son temps d’Henri II, dont elle porte les chiffres et tout le caractère, et se trouve plus en rapport avec le beau
(1) C’est ici le lieu de relever des erreurs qui me sont e'chappe'es dans la Description des sculptures de la galerie d’Angouléme. J’attribue, p. 3 et p. 40, à Ponce Jacquio deux figures, celles de Charles Maigne' ou de Magny et d’André' Blondel , que l’on donne ordinairement a Paul Ponce Trebatti , et je me fonde, par rapport à la statue de Maigne', sur ce que Paul Ponce serait mort avant lui, et pour celle de Blondel, sur la conformité d’exécution qu’il y a entre elle et celle de Maigne'. Mais ces raisons ne sont pas solides , si on les fonde, comme M. Le Noir ( Musée des monumens français, t. III, p. 84-89 ; t.V, p. 233), et moi d’après lui, sur la mortde Paul Ponce, qui aurait précédé celle de Charles Maigne, et si, ainsi que paraît le prouver M.Emeric David (article de Trebatti dans la liiugraphic universelle ), il existe des travaux de Paul Ponce datés de 15G5, neuf ans après la mort de Maigne'. Ce n’est pas cependant que ces figures ne puissent être de Ponce Jacquio; elles n’ont pas un caractère de style et de faire (pii les range d’une manière incontestable parmi les œuvres de Paul Ponce plutôt que parmi celles de Ponce Jacquio. Mais le motif que j’avais mis en
avant pour les lui attribuer, tombe d’après l’observation de M. Émeric David , et je me fais un plaisir de le retirer. D’un autre côté, je ne puis croire, comme le pense M. Emeric David , que les sculptures des petits frontons de l’ancien Louvre ne soient pas en grande partie de Paul Ponce; encore moins que tous les ornemens de la chambre d’Henri IV soient de lui. Sauvai dit bien que ce fut Jean Goujon qu’on chargea des sculptures du Louvre ; mais ce n’est pas une raison pour que Paul Ponce n’y ait pas travaillé : cet écrivain n’est pas toujours exact, et souvent on peut le prendre en contradiction. Et d’ailleurs, Germain Brice , qui écrivait à la même époque que lui, attribue une partie des sculptures des petits frontons à Paul Ponce; il n’y a pas de motif de croire qu’il ait moins raison que Sauvai. En outre, quand il , ne donnerait pas ces bas-reliefs à Paul Ponce , il me semble qu’il ne faut que s’en rapporter à leur style, à leur caractère, très-difiérens de ce qu’on trouve dans les ouvrages qui appartiennent positivement à Goujon, pour être persuadé qu’ils ne sont pas de la même main que les caryatides et que les figures des œils-de-bœuf:
ET LES TUILERIES
plafond de lu chambre de parade. Il est impossible de voir des sculptures en bois exécutées avec plus de goût et de facilite que les trophées, les guirlandes, les enlacemens, les ornemens divers qui décorent les portes, et que les corniches et les lambris qui régnent autour du salon. Il est difficile aussi de les rendre sur une petite échelle avec plus de précision que ne l’a fait M. Civeton dans le dessin que présente la planche 104, et qui a été gravé avec le plus grand soin par M. Normand fils. C’est grâce à leurs talens et en m’aidant des conseils et des beaux dessins que M. Percier a laits en grand de tous les détails de ces chambres, que j’ai pu reproduire, ce qui n’avait jamais été fait , l’appartement d’Henri II , d’Henri IV et de Louis XIII , d’une manière qui offre quelque garantie pour l’exactitude. N’ayant plus la cheminée qui était autrefois dans ce salon, nous y avons suppléé en lui en donnant une très-belle que nous ont fournie les portefeuilles de M. Percier, et qui, autrefois à Fontainebleau, porte le chiffre d’Henri II. Quant aux meubles, ils sont de l’époque de ce prince ou d’Henri IV, et nous nous sommes servis d’anciens fauteuils d’un beau travail que l’on conserve au Palais de justice. D’anciennes tapisseries des Gobelins, faites d’après les dessins de Raphaël et de Jules Romain, ces peintres chéris de François I.er et qu’admirait Henri II, convenaient à cet appartement, où il y en avait du temps
ce ne sont ni les mêmes airs de tête ni la même manière de draper. La touche aussi est differente; if règne dans les figures des frontons un tout autre sentiment , et il y a, ainsi que je l’ai fait observer (p. 42G et suiv. ), plus de michcl-angelesque et de grandeur que dans les productions de Jean Goujon, qui, d’un autre côte', ont plus de moelleux, d’abandon, et de cette grâce qu’il s’etait faite et qui ne va bien qu’a lui. Je n affirmerais donc pas que toute la sculpture des petits frontons soit de Paul Ponce, parce qu’il y a des figures qui ne sont pas dignes de son talent; mais je pense que les grandes sont de lui et ne peuvent pas être de Jean Goujon. Quant à la sculpture de la chambre d’Henri II, qui depuis fut celle d Henri IV et dont je parle dans le texte, il s est glisse' une inexactitude dans la description qu en donne M. Emeric David.
Ce sont, selon lui , des renommées qui soutiennent les rideaux de l’alcove, tandis qu’au fait ce sont des enfans.
Le même e'erivain dit aussi que l’on avait conserve au bois de noyer sa couleur naturelle dans les fonds des boiseries; qu’il n’y avait que les reliefs qui fussent dore's au mat, et que toutes ces pièces se démontaient pour pouvoir être nettoyées. Mais
tout était doré en plein, et les pièces ne se démontaient pas; ce qu’il est aisé de vérifier.
Aux pages 34 et 35 de la Description de la galerie d’Angoulême, j’ai avancé que Paul Ponce avait exécuté les sculptures du monument de Louis XII, et qu’il était sculpteur du cardinal George d’Amboise.
Cela ne se peut pas. Paul Ponce, d’après ce que rapporte Vasari, ne serait venu en France qu’avec le Primatice en 1531, et fe mausolée de Louis XII porte la date de 1515. D’un autre côté, on peut placer sa naissance entre 1505 et 1510, et le cardinal d’Amboise est mort en 1510: ainsi Paul Ponce n’a pas travaillé pour lui.
Voici donc les ouvrages que l’on peut attribuer à cet habile sculpteur.
Stucs de FontainebTcau. Vasari en dit un mot dans la vie du Primatice. Ce furent probablement les premiers ouvrages que Paul Ponce fit en France sous la direction, ou du Rosso , qui vint en France en 1530 , ou du Primatice, qui y arriva en 1531.
Mausolée du prince Pio da Carpi en 1535. Voyez Sauvai, t. II , p. 344 ; Galerie d’Angoulêmc, n.°56.
Travaux à Fontainebleau sous Henri IL
Sculptures des frontons du Louvre et