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toutes les statues qu’il enlevait à Rome et à la Grèce. II est bien à croire que, profitant de la proximité de la Grèce et des facilités des transports , il la dépouilla en grande partie des statues qu’y avait encore vues Pausanias, et que n’en avaient pas fait venir à Rome Adrien et les Antonins pour réparer les pertes causées par ï’incendie de Néron. Ces statues , reléguées à Constantinople , pour ainsi dire aux confins du monde civilisé , étaient perdues pour les arts et n’étaient pas destinées à les y faire fleurir (l).
Eiïes ajoutaient aux profusions du ïuxe , à îa pompe des théâtres , des places, des paîais de leur nouvelle patrie, pïutôt qu’eïîes n’y apportaient le goût et le feu sacré des arts. II n’y en avait plus, ou ce n’étaient que quelques étinceïîes qui couvaient encore pour des jours pïus heureux sous les cendres refroidies de la Grèce. On les
mer que ce fut lorsque l’empereur marchait contre Licinius, qui malgré son édit s’était déclaré l’ennemi de de ta religion chrétienne, que cet étendard fut levé pour la première fois, et qu’il conduisit à la victoire tes soldats chrétiens, animés du plus vif enthousiasme pour le signe sacré du salut du monde. Ce ne dut pas être pour Constantin une entreprise facile que de faire vénérer un symbole qui n’offrait aux Romains, avant d’être chrétiens, que l’idée d’un supplice qu’ils avaient en horreur, et que de tout temps ils avaient regardé comme infâme et réservé aux esclaves. II lui fallut un grand pouvoir sur l’esprit de son armée pour vaincre ces préjugés, et pour oser paraître lui-même avec la croix qui brillait en or sur son casque, sur son bouclier et sur ses armes , et pour faire arborer par ses troupes ce signe désormais triomphant , et rendu divin par fhomme-dieu, mais qui pendant tant de siècles n’avait été que Je signe de la honte. II est assez singulier que Constantin ait encore reçu à Rome les honneurs de l’apothéose , quoiqu’il se fût déclaré l’ennemi des dieux. Mais il est a présumer qu’alors ce n’était, pour ainsi dire, plus qu’une manière d’être placé au rang des grands hommes qui jadis eussent mérité les honneurs divins. Au reste, il paraîtrait que le
paganisme eut encore une sorte de culte public toléré sous les fils de Constantin. Selon Symmaque, païen très-exalté, Constance aurait fourni aux frais des vestales, dignités que n’avaient pas encore abandonnées d’anciennes et puissantes familles, mais peut-être n’était-ce que pour bien constater qu’elles les avaient possédées de temps immémorial. Cette tolérance de certaines parties de l’ancien culte fit que plusieurs empereurs conservèrent le titre de grand pontife, et Gratien (375-383) fut le premier qui refusa la robe pontificale.
(I) L’on était certainement très-bien venu auprès de Constantin, lorsque pour lui faire sa cour et contribuer à l'embellissement de Constantinople, on dépouillait quelque temple et qu’on lui en apportait les statues, les trépieds et les colonnes. II ne s’agissait d’ailleurs pas seulement de Constantinople, mais la guerre entre le nouveau culte et l’ancien était à mort. II n’est pas étonnant que le christianisme, en s’établissant, ait voulu détruire les traces du paganisme , et déshonorer les édifices sacrés en en enlevant les divinités, qui étaient tout pour les temples. Une fois qu’elles n’y résidaient plus en personne, leur souvenir n’y était plus pour rien et le temple était abandonné. Lors de leurs
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admirait comme par tradition et sans en sentir et sans chercher à en imiter les beautés : spectacle brillant offert à des yeux trop faibïes pour le saisir, et qui n’en voyaient que l’éclat sans en apprécier la beauté. Tous ces chefs-d’œuvre amoncelés dans l’antique Byzance, tous ces enfans du génie des grands maîtres, n’y réchauffaient pas celui de leurs nouveaux possesseurs et ne lui inspiraient pas le désir de marcher dans la route qu’ils avaient parcourue avec tant de gloire et où ils leur auraient si bien servi de guides. L’impulsion fataîe qui précipitait vers la décadence les arts devenus impuissans , était trop forte pour qu’aucun obstacle fût capable de l’arrêter; rien ne pouvait s’opposer à ce torrent impétueux et dévastateur. Quand ils se ruent ainsi vers leur ruine, les plus imposantes réunions de chefs-d’œuvre n’ont plus assez de pouvoir pour les retenir. Le génie, ie goût se-
nombreuses persécutions, les païens n’avaient-ils pas massacré , envoyé par milliers à l’échafaud, aux jeux sanglans du cirque ou livré aux bêtes féroces, les chrétiens auxquels ils n’avaient à reprocher que leur foi. Certainement à ces époques, où des vengeances énergiques rachetaient le sang parle sang, on devait trouver bien généreux les chrétiens devenus les plus forts, et qui au lieu de détruire les adorateurs des idoles qui brûlaient de les anéantir sous les autels du vrai Dieu, n’usaient de représailles qu’envers des murailles et les images des dieux pour lesquels, en général, le zèle était bien refroidi, et auxquels Fart , marchant à grands pas vers sa chute, n’attachait même plus un grand prix. Lorsque l’on veut reprocher comme des crimes cette spoliation des temples, cette destruction des statues , on est injuste, et l’on ne se reporte pas au temps où elles eurent lieu, on n’en prend pas l’esprit, les passions. Dans les jours de foi vive et toute de feu, l’animosité des partis attaquait ou défendait à outrance l’ancien culte et la nouvelle croyance. Us étaient aux prises , et il fallait que l’un ou l'autre fût exterminé. Le christianisme s’était, il est vrai, assis avec Constantin sur le trône des Césars, mais il n’était pas encore assez solidement établi, il n’avait pas jeté d’as-
sez profondes racines pour ne pas avoir à craindre tout ce qui par l’attrait des sens et la puissance des souvenirs pouvait ramener vers le paganisme et porter les adorateurs des dieux a se serrer autour des anciens objets de leur culte. On conçoit très-bien dans cette lutte à mort, et les persécutions contre les chrétiens qui renversaient l’antique Olympe, et qu’on traitait en sacrilèges, et la réaction beaucoup plus douce des serviteurs du vrai Dieu ne s’attaquant qu’à de froides statues. Et quel est le parti , surtout lorsqu’il s’agit de fonder une religion, qui ait jamais été arrêté par les intérêts des arts et de leurs productions? Plus les statues étaient belles, plus elles devaient être poursuivies par le zèle ardent des premiers chrétiens, qui pouvaient redouter que leurs admirateurs n’en redevinssent les adorateurs. Aujourd’hui même, à une époque si éclairée, si tolérante , et même en général si indifférente sur le fait de la religion , quels sont les chefs-d’œuvre de la sculpture et de la peinture sacrées, qui, en certains pays, ne fussent pas brisés, broyés, si l’on voulait les introduire dans un temple protestant? Pourrait -on alors reprocher avec justice aux premiers chrétiens leurs haines pieuses contre les statues des dieux?
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teignent, et tout est sans force et ne saurait fes ranimer : énervés, languissans, ils tombent incapables de se relever, ou ce n’est qu’après une ïongue léthargie. Sous les yeux des plus sublimes merveilles des arts, la sculpture abâtardie, hors d’état de les comprendre, ne produit plus que des monstruosités, dont la bizarrerie pïaît au goût dépravé qui les encourage. Lorsque les choses en arrivèrent à ce point dans ïe monde romain et grec, les mœurs, les institutions, les costumes, si importans pour îes arts, tout avait changé; ïe mélange continuel et les alliances des sauvages conquérans du Nord et de ï’Orient avec les populations de ïa Grèce, de l’Italie et de Constantinople altérèrent ïe caractère de leur physionomie ; les arts durent s’en ressentir, et les amours des barbares leur firent autant de tort que leur ignorance et leurs ravages.
Les monumens de Rome , négligés , devinrent comme des victimes sacrifiées au goût exclusif, à ïa prédilection de Constantin et de ses successeurs pour leur nouvelle capitale, et les rives si vastes et si attrayantes du Bosphore et de l’Heïïespont. On peut croire cependant que Constantin et les empereurs qui ï’ont suivi , respectant les vénérables antiquités de la ville des Césars , se contentèrent souvent pour leurs édifices sacrés de matériaux qu’ils n’enlevaient pas aux monumens existans , et qu’ils trouvaient en abondance dans les restes de ceux qui avaient été détruits. Constantin même, qui n’abandonnait pas entièrement Rome et qui y faisait élever la basilique de Saint-Pierre, fit venir, pour ïa décorer, des colonnes de ïa Grèce, dont iï n’eût pas eu besoin s’il eût eu recours aux monumens de Rome , qui lui en auraient fourni une grande quantité. Par maïheur pour cette ville , un nombre considérable de ses riches familles et de ceux qui exerçaient de grands emplois suivirent dans ïa nouveïïe ville Constantin, charmé de ïes y attirer; et c’était un moyen sûr de lui pïaire. Leurs païais de Rome n’étant plus habités, ne recevant aucuns soins, se dégradaient; souvent incendiés, surtout celui du préfet de ïa viïïe, qui changeait tous les ans, par la populace agitée et mécontente, iïs ne se relevaient plus. Les fonds affectés pour ï’entretien et la restauration des monumens publics étaient insuffisans , lorsque plusieurs tombaient accablés par le temps ou étaient renversés par les partis qui tour à tour bouleversèrent Rome. Beaucoup d’inscriptions parlent de monumens s’écroulant par vétusté ou détruits par le feu, et d’autres, du peu
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