‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des Tuileries (volume 4)Chapitre 9 sur 436 · I.XX · texte numérisé non relu

I.XX

de vivres attachées aux maisons que i’on bâtissait et que ces faveurs durent bientôt multiplier. Si l’on en croyait Codinus , auteur assez suspect , Constantin , pour attirer à Constantinople les principaux et les plus riches sénateurs de Rome , leur aurait fait bâtir des palais absolument sur le modèle des leurs à Rome , et au retour d’une expédition lointaine en Perse , où il les aurait envoyés , il leur aurait fait présent de ces palais, où ils se seraient cru à Rome, et cette générosité aurait eu un succès complet. Mais Constantin avait-il besoin de faire tant de frais et d’avances aux riches romains pour les attirer près de lui à Constantinople ? L’ambition , ia curiosité , le luxe et les plaisirs de la nouvelle ville favorite de i’empereur, les y conviaient assez, et la plupart étaient assez disposés à quitter sans trop de regret et peut-être même avec quelque plaisir ieur vieille Rome, si déchue de sa grandeur et de sa gloire, et qui ne leur offrait plus de grands avantages pour ïe présent et encore moins pour l’avenir. Ils ne voyaient que trop que cette nouvelle Rome devait éclipser la viiïe de la république et des Césars , et que c’était vers le soleil levant que , pour plaire à l’empereur, ils devaient tourner leurs regards , leurs affections et leur fortune. Mais on peut trouver que dans sa passion pour ïa viiïe de son nom Constantin ne se conduisit pas d’une manière digne de fancienne capitale du monde, non-seulement en la dépeuplant et lui enlevant une partie de ses richesses , mais encore en lui causant d’autres graves dommages. Peu s’en fallut qu’iï ne l’affligeât de la famine en faisant venir les blés d’Afrique qui aiïmentaient en partie Rome , et qu’il distribua à la populace paresseuse et inutile de Constantinople , toujours prête à se soulever et plus avide encore que ceiïe de Rome et de pain et des plaisirs du cirque : l’on voit avec peine que , malgré ses titres et son apparence d’affection fdiale, la colonie, la fdle aînée et bien aimée de l’ancienne Rome , en agissait mal envers sa mère.

Ce fut à ce qu’il paraît en 334 plutôt qu’en 330, que Constantin fit la dédicace de sa viiïe; iï y déploya la plus grande magnificence, et quoique déjà chrétien ou du moins protecteur déclaré du christianisme , car il ne fut baptisté et vraiment chrétien que peu avant sa mort, il mêla d’une manière peu convenable les cérémonies du paganisme dont il détruisait les temples et les idoles à ceiïes du christianisme dont il élevait ies égiïses. On promena en triomphe, avec une grande pompe , sur un char, à travers l’hippodrome , la

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statue de Constantin , en bois doré , et tenant à la main une petite image du génie de la ville. Ces cérémonies furent accompagnées de sacrifices où l’on immola une quantité immense de victimes. Ces démonstrations de joie tout à fait païennes paraissent fort extraordinaires à lepoque où elles durent avoir ïieu. II y avait longtemps alors que Constantin avait renoncé aux pratiques du culte païen , si l’on s’en rapporte à l’opinion de Gibbon (l) qu’on n’accuse pas d’être trop favorable à Constantin et qui , d’après ses recherches , établit qu’il paraît que cet empereur pratiqua le culte païen jusqu’à quarante ans. Mais, né en 274, il en avait soixante lors de la dédicace de Constantinople en 334, et il y avait vingt ans qu’il avait renoncé aux signes extérieurs du paganisme. S’il en déploya de si prononcés lors de la dédicace , ce fut comme une sorte de recrudescence de

(1) T. IV, p. 11 et suiv. II paraît que l’époque de la conversion de Constantin est assez incertaine, et qu’agite' par des sentimens contraires il fut longtemps, et presque toujours en proie a une grande hésitation. Tout en prote'geant presque toute sa vie le christianisme, il fit souvent un me'Iange confus de cette religion et de ses sublimes ide'es avec les superstitions du paganisme, et il eut surtout beaucoup de peine à renoncer aux prédictions des aruspices. Mais on se dépouille difficilement des préjugés et des croyances peu raisonnées ou hasardées de son enfance; et ne voyonsnous pas de nos jours des personnes trèsbonnes chrétiennes, très-spirituelles, avoir la faiblesse de consulter les somnambules, les diseuses de bonne aventure, les tireuses de cartes, le jeu de patience même, et y ajouter assez de foi pour amuser de leur crédulité ceux qui ne l’ont pas? La religion de Constantin fut un doute perpétuel, et on le voit même d’après ce que rapportent sur ses croyances et sur ses pratiques Eusèbe , dans sa vie, et ses autres panégyristes. A la chaleur d’un zélé néophyte succédait souvent l’indifférence d’un esprit qui n’était ni chrétien, ni païen, ou bien tout à coup il poursuivait l’ancien culte , que politiquement il avait traité avec beaucoup de ménagement : toute sa conduite fut un mélange de sacré et de

profane , d’ardeur pour les idées nouvelles et de retours fréquens vers les anciennes. Bien qu’il protégeât ouvertement le christianisme, ce ne fut, a ce qu’il paraît, ainsi que nous l’avons fait observer, que presque aux derniers moments de sa vie qu’il reçut le baptême. On peut croire au reste que ces longs retards, et ce sacrement reçu ainsi in extremis, au moment de la mort, étaient fort en usage alors, et que c’était, pour ainsi dire , un moyen d’emporter le ciel d’assaut et de vive force , puisque ce sacrement , vous lavant de vos fautes , et vous rendant purs, vous donnait de plein droit accès parmi les bienheureux. On- est d’ailleurs si peu d’accord sur l’époque à laquelle Constantin se fit chrétien que , d’un côté, Théodoret fait honneur de sa conversion à sa mère , Hélène , et que , de l’autre, Eusèbe {Vie de Constantin , ïib. III, cap. xlvii) prétend qu’elle fut amenée à la foi chrétienne par son fils. II paraîtrait certain qu’il ne fut pas chrétien dès son enfance, et pendant même qu’avec le titre de César il gouvernait les Gaules; car il releva beaucoup de temples et de statues des dieux. Il adressait un culte tout particulier à Apollon , considéré comme le soleil, et qu’ainsi que ses sujets il regardait comme son protecteur et son guide.

On voit sur ses médailles Apollon , Hercule, Mars; ce pouvaient n’être que des emblème

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ses anciennes opinions. Peut-être voulut-il par là se populariser auprès de ceux de ses sujets qui n’avaient pas encore abandonne le paganisme , mais il dut violemment déplaire aux nombreux chrétiens qu’il avait autorisés à détruire les temples et les simulacres des dieux et à abolir leurs sacrifices. II fut statué par une loi que les successeurs de Constantin célébreraient tous les ans la fête de la dédicace ou les natalities de Constantinople , et qu’ils salueraient avec les marques du plus profond respect, qui ressemblaient beaucoup à fadoration, la statue du fondateur de leur capitale.

Quoique Constantin eût défendu par une loi d’emporter d’une ville ce qui en faisait l’ornement , pour le transporter dans une autre, il fut le premier à transgresser sa loi en faveur de Constantinople , dont il voulait faire le siège de son empire et qu’il embellissait de

mais ils étaient peu dans le goût des premiers chrétiens. Constantin montra aussi un grand respect pour les anciennes idées et pour les dieux de l’Olympe, puisqu’il fit faire à Rome l’apothéose de son père Constance-Chlore : ce ne put être qu’ après l’an 306, lorsqu’il était déjà empereur et qu’il avait trente-trois ans. II se fit aussi représenter avec les attributs d’Apollon, sa divinité favorite. Ce ne serait rien de notre temps ; on n’y verrait qu’une prétention à la poésie et aux sciences; mais c’était beaucoup alors, et l’on se reconnaissait le protégé des dieux dont on s’arrogeait les attributs. Cependant Constantin- César avait protégé dans les Gaules et dans les îles Britanniques les chrétiens, sur le courage desquels il avait toute raison de se fier. Mais ce ne fut qu’en 313 que, conjointement avec Licinius, son beau-frère, et encore son ami, il donna à Milan l’édit célèbre par lequel il reconnut le christianisme et s’en déclara le protecteur, ainsi que Licinius, qui l’avait longtemps et cruellement persécuté. On rendit aux catholiques leurs églises et leurs droits civils. Il paraîtrait au reste que cet édit était une sorte de profession de tolérance pour tous les cultes, et l’on aurait pu dire que l’on se contentait d’accorder au dieu des chrétiens l’honneur de l’admettre parmi la foule des divinités de l’Olympe. Mais , ainsi que

le fait observer Gibbon, la morale pure et bienfaisante de la religion chrétienne, qui promettait d’éteindre toutes les haines et de ramener la vertu et la paix parmi les hommes , et qui prêchait l’obéissance au gouvernement, même sous la tyrannie et dans les persécutions, devait séduire Constantin et le faire pencher vers un dieu qui, prescrivant la soumisssion comme un moyen d’arriver à un bonheur éternel, facilitait singulièrement les soins du gouvernement. Après la dernière victoire décisive remportée à Chalcédoine en 314 sur Licinius par Constantin , ce prince, devenu le seul maître du inonde, répandit partout le christianisme par ses édits. Le dévouement des chrétiens, leur fortune qu’ils prodiguaient à l’empereur, leur courage dans les armées, lorsqu’ils se furent décidés à prêter le serment militaire , furent d’un grand secours à Constantin pour établir solidement son empire. Ce fut probablement alors qu’on fit marcher à la tête des troupes, au lieu des aigles romaines, cet étendard chrétien nommé labarum , mot dont l’étymologie est très-incertaine. La pique de cette enseigne était surmontée d’une croix et du monogramme du Christ; et sur le morceau carré d’étoffe de soie qui y était appendu on voyait briller, au milieu d’ornemens en or, les portraits de Constantin et de ses enfans. II est à présu-

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