Jupiter ou plutôt Esculape, m., pl. 4oi. — Dresde
Il est presque certain que cette petite statue romaine, assez médiocre dans son ensemble et par ses détails, porte un nom qu’elle n’avait pas autrefois. Un fragment de bâton , sur lequel ce grave personnage s’appuyait et qu’on retrouve sous l’aisselle gauche, montre clairement que c’était un Esculape. Lors delà restauration assez maladroite de cette figure, on a refait les deux bras, et on a mis à la main gauche une petite corne d’abondance : on aurait dû lui rendre aussi son bâton et son serpent, et faire reprendre à ce dieu le nom qui lui appartenait. La tête, antique, est rapportée. — Lipsius, p. 190; Leplal,pl. 8. [ Haut. 8 pi. ]
*681. — Jupiter, m. gr., pl. 3 1 1 . — Louvre, n° 4i 5.
Jupiter, dans toute la force et la beauté de l’âge mûr, mais tel qu’il convient à un dieu , est nu; son aigle est à ses pieds; son manteau, replié sur son épaule gauche, y pose à peine: c’est moins un vêtement qu’un accessoire de convention et un symbole de dignité, comme était celui des rois.
Ainsi disposé, ce manteau est favorable à la sculpture : il fait valoir les formes souples et simples du corps par l'opposition de ses plis droits et les détails de ses masses. On
ne saurait assigner l’époque à laquelle fut adoptée ou commença cette manière de draper, qui certainement est toute systématique. Elle ne peut, en effet, être réellement en usage ; ce n’est qu’une licence que se permet la sculpture dans l’intérêt du nu des figures, sa partie la plus essentielle : un manteau ainsi placé , et couvrant à peine l’épaule, ne pourrait s’y maintenir. Mais il faut que le premier essai qu’en hasarda un sculpteur, probablement de talent et de renom , ait eu du succès, et que ç’ait été adopté comme une sorte de type pour les figures de dieux ou de héros, car on leur voit très-fréquemment le manteau et la cblamyde ainsi jetés négligemment sur l’épaule, comme s’ils tenaient par leur simple volonté. La pose noble de notre Jupiter offre un beau développement.
Il est à regretter que la tête soit moderne, ainsi que la moitié de l’avant-bras droit et le bras gauche , dont la restauration était indiquée par la direction de l’épaule et de la partie supérieure du deltoïde. Autrefois comme aujourd’hui, ce Jupiter tenait probablement à la main son long sceptre, ou une haste pure ou sans fer. II ne restait qu’une partie de l’aile gauche de l’aigle, et c’est d’après ce fragment que le messager de Jupiter a été refait. Le pied gauche, un peu au-dessus des malléoles, est aussi dû à une restauration. Cette statue était jadis dans le portique de fa villa Borghèse, n° 4. — Voy. Bouillon, t. III, stat. divinit. , pl. 1. [ H. im, 749=6 pi. 4 po. 7 li. ]
'58 1 .A. — Jupiter, Paros, pl. 396. D.— C. Blund., àlnce, pl. 4-
Cetle grande statue m’a paru l’une des mieux de la collection Blundell, qu , du reste assez médiocre, ne méritait peut-être pas la pompe de deux vohmes in-folio. Par sa pose et tout son ensemble, elle a les plus grands rappris avec le Jupiter du Musée royal que nous venons de voir. L’addition du maneau que porte le nôtre n’empêche pas de penser que ces deux statues ont été iispirées par le même original, copié ou imité de deux grandeurs et avec quelques variations.
Une considération qui me porterait à présumer que le Jupiter Bluudell est peut-être plus près, ou une copie plus immédiate de l’original que celui du Louvre, c’est sa g'andeur et sa nudité complète. Il est assez à croire que la première copie était de la tàlle du modèle, et qu’on n’y a rien ajouté. En copiant, on rapetisse ordinairement phtôt qu’on ne grandit : c’est ce qui sera arrivé pour la seconde copie, à laquelle on a ajmté le manteau, plus facile à ajuster, en supprimant quelque partie du nu, que de faie l’épaule, une portion de la poitrine et le haut du bras, ce qui aurait eu lieu si la graide statue avait été imitée de celle de moindre dimension. L’expression de la tète, légèement inclinée et comme si le dieu prêtait son attention à ceux qui l’invoquent, et surlîsquels il jette un regard de bienveillance, tout, dans ce Jupiter, respire un air de bontq et l’on pourrait même trouver que l’ensemble de la musculature, peu prononcée, est enharmonie avec l’expression du visage, et il x’ègne dans toutes les formes une douceur >t une morbidesse qui annoncent le plus grand calme. Le bras qui s’avance est presqre en repos, et ne devait tenir qu’une patère; et, Jupiter ébranlant l’univers du froncement de ses sourcils, n’a pas besoin, comme Hercule, de développer ses forces jour lancer son foudre et pulvériser le monde, Cependant, la sculpture, pour parler aix yeux, aurait peut-être donné plus de vigueur et des formes plus hardies à ce bras si elle l’avait armé de ce foudre qui précipita les Titans dans le Tartare. Si l’aigle et antique, ce que je n’oserais affirmer, il participe du caractère de son maître; il sembb avoir perdu le regard fier du ministre de la foudre , et aux pieds de Jupiter, comme ni seau d’augure favorable, il attend ses ordres pour annoncer quelque nouveau bienfait. Enfin, soit que l’on donne à ce Jupiter le titre de Mcilichius, bienfaisant, ou
STATUES ANTIQUES
quelque autre qui aurait à peu près le même sens, on ne peut douter qu’il ne soit représenté comme divinité propice. Celte belle statue, trouvée à la villa Adrienne, fut achetée du duc de Modène à la ville d’Este. L’exécution en est très-bonne, l’épiderme en est encore fraîche, et l’on y retrouve le léger travail de l’outil pour y donner du moelleux. II n’y a de restauré que le bras gauche et la moitié de l’avant-bras droit. [ H. 7 p. ]
* 682 . — Jupiter-Hermès, colos. Carr., pl. 3 1 2 . — Louv., n° yo3.
Ce beau morceau ne nous est pas parvenu de l’antiquité sous sa forme actuelle, et peut-être lui eût-il été plus avantageux d’être conservé, comme un important fragment d’une belle statue colossale, que d’être transformé par Drouilly, sculpteur peu habile, en Hermès ajusté d’une manière qui ne sent pas le moins du monde son antique. Si ce n’était pas évident, ce serait facile à vérifier, en parcourant les figures drapées de Jupiter qui nous ont déjà passé sous les yeux. Ce torse, d’un beau caractère, est d’une exécution soignée et d’un savant modelé. La tête , d’une expression douce et pleine de dignité et de calme, offre celle d’un dieu bienveillant et prêtant aux mortels une oreille propice. La chevelure n’a pas la disposition que l’on voit aux têtes de Jupite’ de grand style en marbre et à celles de médailles et de pierres gravées. Il y règne une sorte de symétrie qui tient un peu de l’afféterie, et il se pourrait qu’elle eût subi le sort d’autres figures antiques, et que cette chevelure, ayant peut-être souffert, eût été retouchée, ainsi que la barbe.
Ce beau torse fut donné à Louis XIV par la ville de Besançon, lorsqu’il en fit 1; conquête. C’était un présent fait à cette ville par le cardinal de Granvelle, ambassadeur de Cbarles-Quint près du Saint-Siège, qui l’avait rapporté, en 1 546 , de Rome, où il était placé aux jardins Médicis, et que lui avait donné Marguerite d’Autriche. Pendait longtemps ce beau fragment orna les jardins de Versailles, ce qui lui fit donner le non de Jupiter de Versailles. Ce fut là qu’on le restaura, si l’on peut appeler restauration un rapetassage qui nuit à un chef-d’œuvre , et lui a fait plus de tort que d’être pendait plus d’un siècle en butte à toutes les intempéries de l’air au bout d’une allée de jardii. Au reste, on ne sait malheureusement que trop qu’à l’époque où ce Jupiter vin à Versailles, et même plus anciennement, sous François Fr et sous Henri IV, et pus tard, plus d’une statue eut à souffrir de restaurations faites en Italie et en Frarce, même par des sculpteurs de grand talent, mais qui n’avaient pas le sentiment de fantique, et parmi ces restaurateurs , souvent de mémoire fuueste, on cite: Baccio Baidinelli , Montorsoli , élève de Michel -Ange; Barthélemy Prieur, Girardon, Cavaceppi, ;t on pourrait, parmi tant de leurs victimes, citer l’Apollon du Belvédère, le Laocoon, lalénus de Médicis, la Diane à la biche, la Vénus d’Arles , l’Amazone blessée du Musée rçyal et bien d’autres.
Montfaucon (t. I, Suppl, pl. 48) donne ce Jupiter comme celui du célèbre sttuaire Myron, transporté de Samos à Rome par Marc Antoine; mais le Jupiter de Myron .tait en bronze, ce qui détruit l’opinion de notre grand antiquaire. Il est d’ailleurs fort à présumer que le Jupiter de ce statuaire, qui florissait au v° siècle avant notre ère, contenporain et émule de Phidias et de Polyclète, devait offrir un style d’un caractère plu sévère que celui que nous examinons. Que ce soit un original ou une belle copie, il ajparlienl certainement à une époque moins ancienne que Myron, à des temps où la sculpture, adoucissant ou même énervant un peu son ciseau , avait moins de fermeté et le fierté que lorsque, plus mâle, elle s’exprimait avec plus d’énergie. Ce fragment mériterait
DE L’EUROPE
d’abord d’être débarrassé des additions modernes, et ensuite d’être placé de manière à être mieux éclairé et à plus attirer les regards. D’après les proportions de ce torse, la statue devait avoir environ 3m,Zi 87 = 10 p. 1/2 de haut. Si l’on en avait la hardiesse, ce que cependant je n’ai pas tout à fait celle de conseiller, ce serait une belle entreprise que celle de la rétablir d’après d’autres Jupiter dont le torse a de l’analogie avec celui-ci. On y serait presque autorisé par l’exemple du musée Pio-Clémentin , où l’on a fait une statue du torse VerOspi, moins bien conservé et moins considérable que celui du Musée royal. On voit par la direction de l’épaule droite et du commencement du deltoïde, que ce bras était relevé : il est probable qu’il tenait la haste et qu’à la main gauche était une patère ou quelque autre accessoire plutôt qu’un foudre, que n’annonce pas la sérénité de la physionomie. Ce torse a été publié par Petit-Radel, Monum. antiq. 1. 1, p. 3; et très-bien par Bouillon, t. III. [H. du torse im, 442=4 pi. 10 po. 3 li.]
Le savant Bœttiger, dans sa Mythologie de l’art, ouvrage très-profond , mais quelquefois peut-être trop abstrait, et où souvent il y a bien des subtilités auxquelles n’ont jamais pensé les artistes anciens, à qui l’on prête des idées qu’ils n’ont vraisemblablement jamais eues; le savant Bœttiger, dis-je, assigne à ce fragment le premier rang, après la statue de Jupiter, autrefois de la collection Yerospi, dont-il vient d’être question (voy. ici 666, pl. 397). Tout le monde ne souscrirait peut-être pas à cet arrêt du docte antiquaire; et Ton pourrait, avec raison, être porté à mettre sur le même rang ces deux beaux débris, si même on ne donnait pas la première place à celui du Musée royal. Bœttiger met encore en avant deux autres hypothèses susceptibles, ce me semble , de discussion. Il croit que notre torse appartenait à une figure assise, et que c’était probablement Jupiter Meilichius, doux, propice, que, selon lui, on représentait assis. Mais d’abord ce dernier point est-il bien certain ? Bœttiger cite à son appui Pausanias et Plutarque. Celuici ne dit absolument qu’un mot, en passant, de Jupiter Meilichius, qui avait un autel à Athènes, et il n’y a rien sur sa pose. Il est vrai que Pausanias n’en dit guère davantage : il nous apprend (Cor. 29) que lorsque les Lacédémoniens et les Argiens, après une guerre acharnée, firent la paix , ils érigèrent, pour expier tout le sang répandu de part et d’autre, une statue à Jupiter Meilichius, qui, du temps de Pausanias, était dans le temple d’Apollon Lycien. Elle était en marbre blanc et de la main de Polyclète : pas un mot de plus ni sur la statue ni sur sa pose. Mais , par d’autres passages du même auteur, on sait que Jupiter Meilichius était très-anciennement adoré en Grèce , qu’il avait un autel au bord du Céphisse, et que les Diasies célébrées en son honneur étaient au nombre des fêtes les plus révérées des Athéniens. Thucydide (t. I, p. 126) en parle au sujet des partisans de Sylloson, massacrés au pied des autels. Pour expier ce meurtre, on invoqua Jupiter Meilichius, auquel , comme aux premiers temps, on n’offrit pas de sacrifices sanglans, mais des gâteaux, des fruits et d’autres végétaux. D’un autre côté, on sait encore par Pausanias (Cor. ix, 6), qu’à Sicyone, auprès du tombeau d’Aratus, étaient très-anciennement deux statues très-vénérées , l’une de Jupiter Meilichius , l’autre de Diane Patroa. Ces simulacres, où, selon Pausanias, l’art n'était pour rien, n’étaient pour ainsi dire que des pierres brutes : celle qui attirait les hommages, sous le nom de Diane , ressemblait à une sorte de colonne ; Jupiter était une pierre pyramidale. Il est à présumer que c’était la plus ancienne statue que, sous ce titre de Meilichius, on eût élevée, dumoinsà Sicyone; et, comme tous les antiques simulacres, elle était très-révérée. Lorsque la sculpture se crut assez habile pour représenter les dieux sous d’autres formes que des poteaux ou des bornes, sous celles de l’homme, n’est-il pas à croire que l’on consacra à ces nouveaux dieux des images qui pussent, en quelque sorte, rappeler l’ancien simulacre qu’on n'abandonnait pas entièrement, comme hors de service, mais à la divinité duquel on voulait donner plus de majesté et de beauté. 11 me semblerait donc qu’en changeant ce Jupiter- pyramide ou peut-être obélisque, car nous n’en con-
STATUES ANTIQUES
naissons pas les proportions, on dut faire une statue debout plutôt qu’assise. Et d’ailleurs, cette attitude. ne convenait-elle pas mieux à un dieu propice, toujours prêt à porter secours àl'ceuxj’qui l’invoquaient, et à aller séparer les combattans , comme ceux de Lacédémone et d’Argos. Sa bienveillance devait être active, et pour la sculpture, qui ne peut pas tout dire comme la poésie, une figure debout exprimaitmieux qu’une figure assise l’idée d’une divinité toujours disposée à vous secourir. Si, dans son langage symbolique, elle donnait des ailes à quelques-unes de ses divinités, ce n’était que pour marquer la rapidité de leur course et des secours qu’on en pouvait espérer. Elle ne pouvait pas dire : aussi vite que l’éclair, que la pensée, qui étaient hors de ses domaines et de sa puissance, elle disait aussi vite que l’oiseau. Il me paraît donc plus que douteux que le Jupiter Meilicliiusjiit été représenté assis, et je crois, au contraire, qu’il était debout. Mais, pour en revenir à notre torse, il faut que le savant Bœttiger ne l’ait pas vu; il écrivait, au reste, beaucoup plus d’après les livres et d’après les gravures que d’après les monumens, qu’il ne connaissait pas ou que très-peu, n’ayant dans sa longue et savante carrière jamais été en Italie, et n’ayant pas visitéles musées de l’Europe. Il faut donc qu’il n’ait pas vu notre torse pour avoir pu supposer que c’était le reste d’une statue assise , dont , comme de tant d’autres de ce genre, dit-il, on avait fait une figure debout. Rien ne l’indique, et, bien au contraire, on voit que ce n’est guère possible, et que ce torse ne peut provenir que d’une statue debout. Que l’on examine ceux des Jupiter que nous donnons et ceux d’autres figures assises , on verra que le corps est légèrement infléchi et incliné tant soit peu en avant. On ne saurait même dans un torse se méprendre à cette pose et ne pas la reconnaître dans celui d’une figure qui aurait été assise. Quelques légers plis ondulés et horizontaux, plus ou moins profonds, selon la courbure du corps, se dessinent vers le nombril, et de cette partie jusqu’au bas du thorax la distance est plus courte qu’au torse d’une figure debout. C’est ce que l’on peut remarquer au nôtre, qui offre un grand développement de tous les muscles de cette partie, ce qui prouve d’une manière indubitable, contre l’opinion de Bœttiger, que ce Jupiter était debout. Ce qui n’empêche pas, d’après l’aménité de sa physionomie, qu’il n’ait pu être un Jupiter Meilichius , mais conçu dans une autre idée que l’hypothèse du savant antiquaire.
* 683. — Jupiter, m., pl. 3 1 1 . — Louvre, n° 788 bis.
Ce serait presque perdre du temps que de décrire cette grande statue , trèslourde et très-médiocre de dessin et d’exécution, et dont la tête, le bras droit et quelques autres parties sont modernes. La hauteur à laquelle on l’a placée dans la petite cour du Louvre lui est favorable , et l’on en aperçoit moins les imperfections. C’est aussi par cette cause que l’on en a fait un dessin beaucoup mieux que l’original. [H. 2,3oi m. — 7 pi. x po.]