Jupiter Meilichiüs, br., pl. 4o2. — Mus. Britann
Le surnom de Meilichiüs, donné au Jupiter que représente ce joli bronze, lui convient, ce me semble, très-bien : le geste de son bras gauche et de la main , dont les doigts sont recourbés en dessus , comme pour tenir quelque objet, indiquerait assez qu’il portait à la main une coupe ou une patère, symbole des bienfaits que répand ce dieu, et qui caractérise le bienfaisant Jupiter Meilichiüs. Telle est l’attitude du curieux Apollon Philesius, en bronze, dont le roi Louis-Philippe a enrichi le Musée Charles X , et qui était aussi un dieu
DE L’EUROPE
bienfaisant et propice aux vœux de ses adorateurs. On lira avec plaisir ce qu’en dit, dans une intéressante notice, mon savant ami M. Letronne, de l’Académie des inscriptions. Mais, du reste, il en sera question ici lorsque nous nous occuperons de notre nombreuse série des Apollon. Il est à regretter que la figurine du Musée britannique soit privée du bras droit, qui, probablement, portait
le long sceptre ou la haste pure. Cette collection de sir Charles Townley (1). — [Haut. ora,i94 = 7 po. ]
(1) Sir Charles Townley, d’une très-ancienne famille du Lancashire, naquit à Townley, en i737,dansle château de ses ancêtres. Du côté de sa mère, il tenait à l’illustre maison des ducs de Norfolk, et descendait du comte d'Arundel, le fidèle ami de l’infortuné Charles Ier. Par des motifs religieux, on lui fit faire ses études à Douai, principal collège des Irlandais et des Anglais catholiques en France; il y eut des succès. Entré dans le grand monde de Paris sous le patronnage de son grand-oncle, le chevalier Townley, ami de Voltaire, sa jeunesse fut brillante et assez dissipée. De retour, en 1758, au magnifique manoir de ses pères, il jouit et fit jouir noblement ses amis de sa grande fortune, qu’il accrut encore par de nombreuses et importantes améliorations.
Vers 1765 il voyagea en Italie, en Sicile, et séjourna surtout à Rome, à Naples, qui offraient une riche moisson à son goût pour l’antiquité. Aimant avec ardeur les arts , les monumens , il recueillait les fruits de ses bonnes études, et rien ne rebutait sa ténacité à poursuivre les objets de ses recherches ou de ses acquisitions. Les agrémens personnels de Charles Townley, et son attachement de famille à la cause du prétendant, lui procurèrent l’accueil le plus flatteur dans toutes les premières maisons de Rome. Se liant avec les savants et les antiquaires les plus distingués, et chaque jour ajoutant à la masse de ses connaissances , il tira les plus grands avantages de l’amitié qui l’unissait à Winckelmann , à lord Hamilton, ambassadeur d’Angleterre à Naples, et à d’Hancarville. Celui-ci avait écrit une grande partie de ses ouvrages chez Townley, à Parck- Street, dont la riche bibliothèque et la collection, déjà
précieuse statuette provient de la belle -Voy. Specimens of dilettanti , I, pl. 32.
considérable, d’antiquités, lui avaient fourni une grande partie des matériaux. Townley se ressentit toujours de cette longue liaison avec d’Hancarville, et il conserva un grand goût pour les systèmes, quelquefois un peu hasardés, mais toujours ingénieux, de son savant ami, sur la mythologie et les arts des anciens. A cette époque, le goût pour les productions de l’antiquité et pour les fouilles s’était ranimé à Rome et dans toute l’Italie, et jamais , depuis Jules II et Léon X, il n’avait été plus vif. Trois Anglais, James Byres, architecte; Gavin Hamilton, assez bon peintre, et Thomas Jenkins, banquier (voy.p. 25), très-zélés à la recherche des antiquités, obtinrent la permission de faire des fouilles à la villa Adrienne. L’espoir qu’ils en avaient conçu ne fut pas déçu , et ce fut dans cette riche mine qu’ils trouvèrent la plus grande partie des statues et des belles sculptures qui abondent aujourd’hui en Angleterre. Nous aurions au moins partagé ces trésors de l’antiquité, si le mauvais goût qui dominait alors en France, dans la peinture et la sculpture, et qui, malheureusement depuis plusieurs années, reprend, commeune sorte de choléra, une funeste recrudescence, eût permis de s’en occuper, et si, comme au temps de Jules II et de Léon X, nous eussions eu un François Ier, un Henri II, ardents protecteurs des arts, qui eussent contribué, à notre avantage, aux fouilles d’Italie.
Après avoir passé plusieurs années à Rome où, par la grâce de ses manières, son instruction variée, sa libéralité, Charles Townley avait fait de sa maison le point de réunion de tout ce qu’il y avait de Romains et d’étrangers distingués par leurs connaissances et le désir d’en acquérir, il retourna
STATUES ANTIQUES
© 684 A — Jupiter Meilichius; br. , pl. 4io A. — Munich.
Ce joli petit bronze, d’un style un peu sec, a beaucoup de rapport avec la grande statue en marbre de la collection Blundell (681 A) , et la figurine du Musée britannique (684). dont la pose est inverse. Ces figures semblent des imitations de quelque original célèbre. Ce Jupiter de Munich paraît offrir aussi un dieu propice : sa tête , légèrement penchée en avant, et son expression douce , montrent qu’il présentait avec bienveillance ce qu’il tenait autrefois à
en Angleterre en 1772. Sa grande fortune, la considération dont il jouissait dans toute l’Europe savante, son amour pour les arts, et les correspondances qu’il avait conservées en Italie, et qu’il entretenait avec activité, lui fournirent tous les moyens d'ajouter de nouvelles richesses aux trésors des arts qu’il avait déjà recueillis. Son goût éclairé pour l’antiquité ne se bornait pas aux marbres, aux bronzes ni aux grands monumens de la sculpture; sa noble ambition s’étendait plus loin. Ne connaissant pas de limites et ne reculant devant aucun sacrifice pour acquérir ce qui pouvait embellir sa collection et la rendre plus utile à l’interprétation des monumens, Townley réunit tout ce qu’il possédait dans sa belle maison de Park Street, au quartier de Westminster, à Londres. Elle fut ouverte à tous ceux que l’amour des arts ou même une curiosité éclairée y attirait. Ils y trouvaient, pour leur instruction et pour le plaisir intellectuel, toutes les ressources que pouvait présenter, outre sâ riche galerie de statues, de bas-reliefs, d’inscriptions, de petits bronzes, de médailles, une immense collection de pierres gravées, de pâtes antiques, d’empreintes, l’une des plus belles qui eussent été recueillies, et qui ne le cédait peut-être alors, en chefs-d’œuvre et en quantité, qu’à celle du cabinet de Louis XVI, aujourd’hui à la Bibliothèque royale. La bibliothèque de Townley offrait aussi les plus grandes ressources. Très-considérable et du meilleur choix, elle était très-riche en ouvrages concernant les arts , moins nombreux, il est vrai, et moins dispendieux alors qu’aujourd’bui. Elle renfermait aussi de précieux manuscrits, parmi lesquels se distinguait un Homère du xi° ou
xiie siècle, manuscrit qui pendant sept ans servit auxsavans travaux de l’illustreHeyne. Les ouvrages et tous les monumens y étaient disposés avec un ordre qui facilitait les recherches. Mais ce qui attirait chez sir Charles Townley encore plus que ses collections et sa bibliothèque, c’étaient la variété £t le charme de sa conversation, ses idées lumineuses, ses abondans et intéressans souvenirs. Aux dîners où il réunissait ses amis, les sujets les plus intéressans étaient passés en revue, et il s’y établissait les discussions les plus éclairées. Townley a laissé en manuscrits une grande quantité de notes précieuses , surtout sur les pierres gravées. II n’y a eu d’imprimé qu’une seule de ses dissertations sur un casque antique trouvé à Ribchester, en 1791. Sir Charles Townley fut élu un des trustées ou administrateurs du Musée britannique, qui, après sa mort , fit acquisition de la plus grande partie de ses collections; les marbres et les terres cuites pour 20,000 guinées (500,000*) et le reste, en 181 4, pour 8,000 guinées. H mourut le 3 janvier i8o5, dans sa 68e année, et fut enterré dans la chapelle de sa famille, à Buruley, dans le Lancasbire. Il a paru plusieurs écrits sur sa vie; on les trouve indiqués avec des notes intéressantes par M. Henri Ellis de l’obligeance duquel j’ai eu tant à me louer pendant mon séjour à Londres en i833, et l’un des plus savans trustées du Musée britannique. Lui-même a don né da ns la Galerie Townl ey, qui fait partie du recueil de la société of entertaining Knowledge, ou des connaissances agréables, une excellente notice sur sir Charles Townley, dont j’ai tiré en grande partie ce qu’on vient de lire sur cet homme important.
Gavin Ilamilton, né en Ecosse, descen-
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la main droite, qu’il porte en avant. C’est, on le sait, un des caractères distintifs de ces divinités favorables, nommées par les Romains prospicientes et par les grecs eucliaristes. [Haut. 6 po.] (1).
a 684- B. — Jupiter, d’Evreux, 6r., pl. 4io D. — inédit.
Le dieu est entièrement nu et dans une altitude de force et de dignité ; il devait tenir à la main droite, élevée, son long sceptre, et son foudre à la main
dait de Hamilton de Murdieston. Assez bon peintre, il passa une grande partie de sa vie en Italie, surtout à Rome, et on cite de lui des tableaux de mérite. Mais son goût pour les monumens de l'antiquité le dévorait, et l’attrait irrésistible des fouilles, leurs plaisirs et leurs fatigues, ces espérances si vives, souvent trompées, quelquefois réalisées, jamais complètement satisfaites, détournèrent pendant longtemps Gavin de l’exercice de son talent. Il ne trouvait de temps que pour se livrer sans relâche à la recherche des statues et des autres restes précieux de l'antiquité que, dans ces fouilles si actives alors, la terre qui les avait conservés, rendait journellement aux beaux-arts avec prodigalité. Sir Charles Townley avait en Hamilton un agent dont le zèle égalait l’intelligence et la probité. Il avait toute raison de lui donner sa confiance, elle ne fut jamais trompée, et sans cesse le savant et opulent amateur d’anti-
quités eulàse féliciterde voir ses plus chers intérêts remis en des mains aussi sûres. Ce fut à lui qu’il dut ses plus beaux monumens et la plus grande partie de ses nombreuses et magnifiques collections. Les fouilles entreprises et dirigées par Gavin Hamilton ne se bornèrent pas à Rome; il les étendit jusqu’à Albano, à Velletri, à Gabies, à Ostie et surtout à Tivoli. Ce ne fut pas seulement sir Charles Townley qui profita de ses découvertes, mais le musée Pio-Clémentin en retira de grands avantages, et il tient de ses recherches une partie de ses monumens les plus curieux et les plus beaux après ceux de son Belvédère. Toutes les collections de l’Europe eurent aussi leur part des fouilles faites par Hamilton, et accrurent leurs richesses. Cet homme si honorable et si utile aux arts de l’autiquité, qui lui eurent tant d’obligations, mourut à Rome en 1797, à 57 ans.
(1) Statues inédites du musée de Munich.
Lorsque S. M. le roi de Bavière daigna m’accorder la permission de faire dessiner les statues de son magnifique musée, elles étaient presque toutes inédites. On n’avait publié que les précieuses sculptures d’Egine;
il se pourrait cependant que l’on rencontrât çà et là gravées quelques statues provenant de collections qui les auront cédées au musée de Munich. Ce serait d'ailleurs de peu d’importance on les trouvera toutes ici.
Numéros d’ordre.
Planches.
Numéros d’ordre.
Planches.
Agrippine
Bacchus (Prêtre de)..
Alexandre
Caryatide
Apollon
Cérès
Ariane ou libéra
Athlète
7QO.
Clio
Bacchus
Commode
en
Diane chasseresse. . .
STATUES ANTIQUES
gauche, qu’il porte en avant. Cette statue, quoiqu’on puisse lui reprocher un peu de manière et des formes tourmentées clans le haut du corps, peut-être trop fort pour la partie inférieure, mérite d’attirer l’attention, non-seulement pour avoir été trouvée sur le sol français, mais encore par sa grandeur, qui n’est pas ordinaire pour les bronzes, et par son exécution, qui est bonne, bien que la patine assez grossière dont elle est en partie couverte en fasse disparaître bien des finesses. Le torse, en assez bon état, est d’un modelé qui ne manque pas de fermeté, qui, çà et là, approche un peu de la dureté. Il en est de même des cuisses, des genoux et des jambes, qui ont souffert, mais de manière cependant que les lésions ne nuisaient pas à l’ensemble et n’attaquaient que quelques détails.
Ce Jupiter a les cheveux relevés sur le front et la barbe touffue , tels qu’on les lui voit ordinairement; mais l’expression de ses traits, tout en ne manquant pas de noblesse, a quelque chose de trop âpre et de rustique; et peut-être la tête est-elle un peu lourde pour le corps : en tout, c’est un bronze remarquable. Il a été restauré avec intelligence sous les yeux de M. Bonin, directeur du musée d’Evrcux, qui, chaque jour, s’enrichit de quelques antiquités produites par les fouilles entreprises depuis quelques années à l’ancien Evreux, très-près de la ville moderne. Si ces fouilles s’exécutaient plus en grand, plus profondes et avec un peu moins d’économie , peut-être dédommageraient-elles des fatigues et des frais qu’ elles coûteraient. Parmi les antiquités découvertes , j’ai remarqué au musée d’Evreux, mis en très-bon ordre par son directeur, beaucoup de petits ustensiles en bronze; des fragmens d’objets qui ont servi dans les bâtimens; de jolies figurines, entre autres un charmant Cupidon , d’environ six pouces de haut ; une statuette
Suite des Statues inédites dd mdsée de Mdnich.
Numéros d’ordre. Planches.
Domitien
Drusille
Enfant et cygne .
Espérance
Faune endormi. .
F LEUVE
Gladiateur
Hermaphrod.ouApoll. 1 5 55.
Hercule
Hygie
Hylas
Isis ET HARPOCRATE. . . 2689.
Jason
Jupiter
. - 4io A.
Leucothée
Lucile
Mars
Matidie
Mercure
Minerve
Numéros d’ordre. Planches.
Minerve
d’Egine.
Mnémosyne ....
Néron
Niobide à genod