Léda, m., pi. 4i 1. — Florence, Gori, t. III, pl
Cette figure-ci, par sa pose, par la manière dont elle s’enveloppe dans son manteau, et par tout son ensemble, offre une grande analogie avec celle de la colleclion Giustiniani, que nous avons déjà vue ( 70g, pl. 4i3) , et avec deux autres du musée du Capitole (715 pl. 412) et de la collection Lansdowne ( 715 A, pl. 4io B) qui nous passeront tout à l’heure sous les yeux. Il ne saurait être douteux qu’elles n’aient été inspirées par le même original, imité librement et avec diverses modifications.
Si l'on voulait ranger ces groupes selon leur mérite, celui de Florence passerait certainement le premier. Il se distingue par plus de souplesse et de grâce dans les formes, et par des draperies mieux disposées et d’une exécution plus soignée. On pourrait dire que ces quatre groupes offrent, d’abord, la première scène de l’aventure amoureuse de Jupiter et de Léda, celle où, pour triompher d’une mortelle et se rapprocher de l’objet de ses désirs sans alarmer sa pudeur, le dieu s’est métamorphosé en un beau cygne, bien doux et bien caressant. — Par ses ordres, Thémis, confidente et complice de ses desseins, s’est changée en aigle, et poursuit le cygne-dieu , qui, jouant l’effrayé, fuit, à tire-d’aile, le terrible oiseau de Jupiter, et se réfugie dans les bras de Léda , qui le prend sous sa protection. On voit qu’elle veut le mettre à l’abri sous les plis de son ample manteau , et le cygne semble se féliciter du succès de son stratagème. Il est bien à croire que cette jolie statue n’est pas sans quelques restaurations, mais je n’ai pas pu me les procurer, non plus que les mesures.
714. — Léda, m., pl. 4 1 1 • — Florence, Gori, t. III, pl. 3.
Le cygne vient de se réfugier sur le sein de Léda, et elle semble chercher à le dérober aux regards. Il est inutile de faire observer que, dans tous ces groupes, le cygne est beaucoup plus petit que ne l’est ordinairement ce bel oiseau. Mais on retrouve ici, comme partout, le système de la sculpture antique, dont le bon goût ne permettait pas aux accessoires de nuire par leur grandeur à la figure principale. L’art les regardait et les traitait comme des indications , des façons abrégées de s’exprimer , plutôt que comme des représentations fidèles de la nature. Les draperies de cette statue offrent de bons partis et de belles chutes de plis. Elle est de la galerie de Florence, et, sans la crainte de nous répéter, nous terminerions, sous le rapport des restaurations, cet article de même que le précédent.
7 1 5. — Léda, m. deLuni, pl. 4 1 2. — M. Capitolin., III, pl. 4i 2.
Cette Léda est une de celles dont nous avons parlé plus haut (713): elle va cacher sous son manteau le cygne perfide qui réclame son appui contre un péril imaginaire. Les yeux tournés vers le ciel, elle semble implorer, en faveur de son protégé, la générosité de l’aigle qui le poursuit, car elle ignore qu’il n’a rien à en redouter et que la victime est plus puissante que son persécuteur. Cette jolie statue, d’une bonne exécution, est assez bien conservée dans son ensemble , surtout de la ceinture en bas. Sa tête avait été détachée, on l’a replacée, mais
DE L’EUROPE
il y a de fortes- fractures à la joue gauche et au cou , à la partie du manteau que Léda soulève ; et son bras droit a été brisé en trois endroits. Le cou et la queue du cygne sont modernes. [H. 6 pal. 6 onc. = im,6i8.]
7 1 5 A. — Léda, m. gr., pl.4ioB. — Lord. Lansdowne; Lond.
Debout, le corps penché en avant, la jeune et jolie épouse deTyndare lient le cygne-dieu sur ses genoux, et le serrant delà main droite, de la gauche elle soulève son voile et semble vouloir le soustraire aux regards. Tout ce qui est antique dans cette statue est joli, et le torse est fort bien; la draperie qui en couvre la partie gauche a de la légèreté et de la souplesse. Le bras droit est moderne, ainsi que le gauche et la plus grande partie du manteau, dont la nymphe veut se faire un abri. La tête de Léda l’est aussi, de même que celle du cygne et son cou. Les jambes n’ont éprouvé que des fractures, et il n’y a pas de restaurations, et, ce qui est assez rare dans les statues, les pieds sont très-jolis, et il n’y a de moderne que le pouce gauche.
La manière dont le pied gauche est travaillé mérite qu’on s’y arrête un instant; elle est tout à fait particulière, et je ne l’ai vue à aucune autre statue. Ce n’est pas à dire, cependant, que l’on conseille d’imiter une pareille recherche et une telle minutie de travail. Les doigts, refouillés en dessous, laissent du jour entre eux, et la semelle de la sandale est sans courroies, comme on le voit souvent à des divinités. Le pied pose sur un petit scabcllum ou marchepied élevé sur des supports, ce qui peut faire supposer que c’est dans son palais que Léda a été surprise par Jupiter métamorphosé en cygne. Cette statue offre, surtout autour des jambes, des détails remarquables de travail. Les plis sont refouillés en cloche à une très-grande profondeur; il y en a de sinueux et très-minces, auxquels on a donné leurs formes à plus de cinq pouces de creux. Je ne sais si l’on a jamais fait bien attention à cette petite statue, mais elle offre une adresse de main étonnante dans son exécution , et qu’il est difficile de décrire sans entrer dans des détails trop minutieux. J’y ai observé des choses que l’on a peine à comprendre, et l’on dirait que c’est par défi que l’on a surmonté toutes les difficultés qu’elle a dû présenter au maniement de l’outil, et cependant cette recherche d’exécution qui, nous l’avouerons, n’est pas dans le caractère ordinaire du travail antique, et pourrait exciter des doutes, ne nuit pas à l’ensemble ; mais il est vrai aussi que , bien que curieuse , elle n’ajoute pas au mérite de la statue. [H. 3 pi. îo po.]
7 1 5B. — Léda, m.,pl.4ioB. — M.del’Ac. de Mantoue, I, pl. 36.
Est-il bien certain que cette statue nue, assise, les regards tournés vers le ciel , à laquelle on a donné le nom de Léda, en soit une? L’on peut très-fort en douter. Elle n’oflre rien qui la rapproche des^Léda que nous connaissons, ^soit de ronde bosse, soit de celles des pierres gravées, où la glyptique a traité ce sujet avec bien plus de variété que la sculpture.
Le bras droit, quelle a perdu , était élevé, et l’on ne voit pas trop comment il aurait pu s ajuster avec le cygne, qu’elle aurait tenu embrassé. Si cette figure eût été groupée avec cet oiseau, il est plus que probable que, sur sa partie droite, il en serait resté des traces et quelques points d attache ou sur le corps ou sur le rocher. Il me’semble aussi quun grand cygne se serait mal composé avec l’attitude de la figure, et que, pour le cadencement des lignes, cette partie, trop rejetée sur la droite, aurait été en porte à faux
STATUES ANTIQUES
et eût produit un mauvais effet. On voit bien quelque arrachement au haut de la cuisse droite, en dehors; mais il est douteux que ce soient des traces de la patte du cygne, et ce sont plutôt des plis de la draperie qui recouvre une petite partie des cuisses. Cette belle femme, au reste, pourrait être toute autre qu’une Léda, et peut-être sa beauté grave conviendrait-elle mieux à une Niobé ou à telle ou telle autre héroïne, que je laisse à découvrir à la sagacité de mes lecteurs. Mais , d’aprèsla manièredont elle est posée sur ce bloc, je croirais volontiers qu’elle a toujours été isolée, et qu'elle n’a pas fait partie d’un groupe : elle a pu cependant être en rapport avec quelque autre statue placée près d’elle.