Cérès, m. , pl. 432. Guattani
Est-ce bien là une Cérès, la grave déesse, sœur de Jupiter, de Junon, et à laquelle étaient confiés et l’entretien des humains , et les richesses dont en leur faveur elle embellissait et fécondait la terre , qui lui devait les trésors de l’agriculture? Je ne le crois pas, ou du moins je pense que le doute peut être ici plus que permis.
Comment reconnaître la divinité nourricière du genre humain et des êtres qui couvrent la terre, la déesse sans cesse occupée du soin des moissons, parcourant le monde pour y répandre les dons de la fertilité, ou, dans les loisirs que lui laissaient ses travaux, s’abandonnant au chagrin toujours renaissant d’être séparée de sa fille? comment la reconnaître sous celte figure brillante de jeunesse et de grâce, à la taille svelle et souple d’une femme trop jeune pour donner l’idée d’une déesse mère, et dont le costume ne se retrouve à aucune statue de Cérès? Les déesses, il est vrai, jouissaient d’une jeunesse éternelle et que rien n’altérait, mais cependant, pour les mieux distinguer, les arts
STATUES ANTIQUES
établissaient parmi elles une sorte de hiérarchie d'âge de convention. La jeunesse de divinités graves, telles que Cyhèle, Junon, Yesta, Gérés, avait, pour ainsi dire, quelque chose de moins jeune et de plus mûr que celle départie à d’autres divinités, Vénus, Proserpine. Nous ne possédons, il est vrai, aucune statue authentique de la fille de Cérès, la reine des bords du Styx, Perséphone , Perséphate ou Coré des Grecs, noms que lui conservent les Allemands, plus fidèles aux Grecs que nous, et qu’avec les Romains nous continuons à appeler Proserpine. On voit, par des médailles, que l’on mettait, pour les attributs, peu de différence entre Cérès et Proserpine, et c’étaient comme des propriétés de famille qu’elles se partageaient presque également. Ainsi qu’à la couronne de Gérés, on voit à celle de Proserpine de grands médaillons de cyzique, des épis de blé ou des feuilles de lierre; le pavot, plante narcotique, lui convenait comme à la déesse épouse, aux enfers, de Pluton, et souveraine du sommeil éternel. Sous le rapport des fruits de la terre et de sa fertilité, Proserpine était, comme sa mère, la déesse des moissons, et, dans la doctrine mystique, son séjour d’unepartie de l’annéeaux enfers n’était qu’une allégorie : c’était la personnification des semences qui, avant de paraître sur la terre et de la parer de riches moissons, passent plusieurs mois dans son sein, et lorsqu’elles viennent porter la joie dans le monde, c’est Cérès qui a retrouvé sa fille , et qui , la ramenant sur la terre, partage avec elle l’honneur de nourrir le genre humain. Pour cette déesse, le pavot était l’emblème de la fertilité; pour Proserpine, ce pouvait être celui de la foule des humains, qui, se renouvelant sans cesse, sans cesse aussi était enlevée par la Mort, ministre de Proserpine, dont elle peuplait le funéraire empire. — Dans lessix mois qu’il avait été accordé à Proserpine de passer sur la terre, séparéede son ténébreux époux, elle devenait, disait-on, sous le nom de Libéra , la compagne de Liber ou Bacchas, et le lierre, dans sa couronne, attestait cette union, qui la dédommageait de sa sévère puissance aux contrées infernales. D’après ces considérations, ne serait-il pas admissible que des figures très-jeunes, que l’on donne pour des Cérès, fussent celles de sa fille Proserpine? Notre statue ne pourrait-elle pas être dans ce cas, en supposant qu’elle a toujours été telle que Guattani nous la présente? Le diadème ne lui conviendrait-il pas, comme à une grande divinité, la Héra, la reine, la Junon des enfers, qui cependant n’était pas au rang des grandes divinités, où l’on ne plaçait que les déesses célestes? Si les têtes de pavot et les épis quelle tient étaient antiques, ce que ne nous apprend pas Guattani, ils seraient bien placés dans la main de la fille de Cérès. II me semblerait donc que , parmi les nombreuses statues attribuées à cette dernière déesse, celles quise distinguent par plus de jeunesse, par un costume, un ensemble plus légers, pourraient bien, sans trop de témérité, être considérées comme des figures de Proserpine. Ceci n’est qu’une hypothèse : peut-être paraîtra-t-elle plausible, et je la donne pour le prix que l’on voudra bien y mettre. Notre statue a les pieds nus, ce qui n’est pas commun chez les déesses vêtues. Parmi le grand nombre de nos Cérès ou des figures qui passent pour telles, il n’y en a que trois sans chaussure, 767 A, pl. 438 C ; 781, 432; 783 ibid. Toutes les trois sont très-jeunes, deux, dans un costume léger, pourraient bien être des Proserpines, ce que je suis loin d’affirmer et de garantir.
a 782. — Cérès, m.gr., pl. 432. — M. Chiaramonti, Inédit.
On ne se tromperait probablement pas en regardant cette statuecomme sortie du même atelier ou de la même fabrique que celle que nous avons vue plus haut (778). Elles se ressemblent et par la grandeur et par le costume, qui , dans les deux figures , n’offre que bien peu de différences. Ici , le bras droit, restauré à partir de la manche, est relevé, et le gauche plus in-
DE L’EUROPE
cliné qu’à l’autre statue. La tête est antique, mais rapportée; elle paraît un portrait de Faustinela mère, femme de l’empereur Antonin Pie. Les médailles offrent cette belle impératrice avec les attributs de la déesse d’Eleusis, dont elle différait tant par la licence de ses mœurs. Les trois premiers doigts du pied droit sont restaurés. Cette statue, assez bien conservée et d’un bon travail, trouvée à Ostie il y a peu d’années , a été placée dans le musée Chiaramonti. [Haut. 7 pal. 4 on. 1/2.]
A783. — Cérès? ou Espérance, m.gr., pl. 432. — M. Chiaram.
Celte jolie statue, aussi remarquable par la grâce de son ensemble que par l’élégance de ses détails, l’est aussi par la simplicité de son style et la pureté de son exécution. La tête, antique, qui a remplacé celle qu elle n’avait plus, est bien en harmonie avec ces beaux bras, cette taille svelte et tout le reste de la personne. La longue tunique talaire ( chilon podérè ) ne laisse apercevoir que le bout des pieds, nus et d’une forme agréable. Un peu de roideur dans quelques plis de la tunique est racheté par la souplesse du péplus et du reste de la draperie, dont l’ampleur n’empêche pas de deviner les beautés quelle recouvre. On a nommé Cérès cette déesse, à laquelle on a donné une tête couronnée d’épis et de fleurs ajustées avec goût dans son élégante chevelure, et à qui, de la main droite, restituée, on a fait présenter des fleurs et des épis. Mais peut-être aurait-on quelque raison de trouver que cette poitrine, ces bras et le corps sont un peu trop jeunes et trop fins pour une déesse mère telle que Cérès, la nourrice du genre humain, aima mater. Ne pôurrait-on pas y voir l’Espérance, à laquelle on donnait les mêmes attributs qu’à Cérès, et dont le signe distinctif, selon Visconti, d’après les médailles, est de relever un pan de sa robe , ainsi qu’elle paraît le faire ici, et que nous l’offrirons ailleurs? La manière douce et avenante dont la déesse présente ces fleurs caractériserait l’Espérance offrant les séduisantes illusions de bonheur, de succès et d’un meilleur avenir. Cette supposition me paraîtrait assez admissible : ce ne serait pas faire tort à cette statue, les figures de l’Espérance étant beaucoup plus rares que celles de Cérès. Il me semblerait que cette jolie figure , par son style et son élégance, a beaucoup de rapport avec la jolie statue assise de Berlin, 772 , pl. 429. L’avant-bras droit, la main et le pan de la robe qu elle lient sont modernes. [Haut. 6 pal. 1 onc. 1/2.]
a 784. — Cérès, m. gr., pl. 432. — Borghèse. Inédit.
Remarquable par le style large et peu ordinaire dont son ample manteau double l’enveloppe de ses plis habilement disposés, cette grande figure l’est encore parla dignité de son attitude, d’une noble simplicité sans roideur, et où l’on peut reconnaître une déesse grave ou une impératrice avec le caractère d’une divinité. Il est à regretter que la tête soit moderne. La main droite, jolie et bien conservée, ce qui est rare dans les statues, ajoute au mérite de celle-ci. La main gauche , au sortir de la draperie, est moderne , avec les épis
qu’elle lient, et le pied gauche, ainsi que la partie de la plinthe sur laquelle il pose. — Celle statue est un des ornemens de la nouvelle galerie de la villa Borghèse. [Haut. 8 pal. 7 onc. i/4.]
a 786. — Gérés, m. Carr., pi. 433. — M. Chiaram. Inédit.
Trouvée à la villa Adrienne , à Tivoli , ce trésor inépuisable des plus précieux restes de l’antiquité, celte statue, assez bien conservée et à laquelle il ne manquait que les avant-bras et la tête, remplacée par une autre qui est antique, est remarquable par la disposition toute particulière d’une noble et sévère simplicité de son grand manteau double, le diplax. Celle large bande, fixée sur le haut du sein gauche par une fibule ou un fort bouton, que nous avons vue, mais moins marquée, 761, pl. 426, ressemble assez au lorum, souvenir de la toge, lorsqu’elle tomba en désuétude, et qui, dans le costume des hommes , indiquait probablement quelque dignité ou une magistrature. Ne se pourrait-il pas qu’il en eût été de même pour le costume des femmes , et que cette statue, portant celle espèce d’insigne, fût celle de quelque prêtresse, peut-être d’une impératrice ou de quelque femme occupant un rang élevé dans le palais des Césars? car elle ne se distingue, du reste, par aucun attribut, et ce n’est que la restauration des bras qui nous la présente comme une Cérès; elle pouvait bien être tout autre chose. [Haut. 7 pal. 2 onc.]