Julius Hermès. N” 114, pl. vi, 7 iig., marbre
Cette inscription, rapportée par Gruter (l), fut trouvée dans une petite maison au pied du Capitole. Le CAivs ivlivs hermes dont il y est question paraît avoir affermé pour un certain nombre d’années des greniers publics établis par Séjan. Peut-être le bail se faisait-il pour cinq ans ou un lustre, et Hermès aurait pris celui du troisième lustre depuis l’établissement de ces greniers. L’inscription porte lvstri terti pour tertii : on sait que ces irrégularités d’orthographe sont très-fréquentes dans les inscriptions latines, que le grand nombre d’abréviations rend plus difficiles à lire et à expliquer que les grecques. — On trouve dans la description de Rome par Nardini (2) les greniers d’Anicetus, de Varguntius , de Domitien, de Galbien
(2) Dans l’édition excellente de Nibby, 1819, p. 283 etsuiv.i 316, 317.
LATINES
ou de Galba, qui se trouvaient dans la treizième région, sur le mont Aventin; il paraît qu’il y en avait un grand nombre d’autres dont ne donnent les noms ni Rufus, ni Publius Victor, ni le nouveau Victor, ni la notice antique de Rome. Ces divers auteurs ne sont pas meme d’accord sur ce nombre, et ils varient de vingt-cinq à trente-six. Mais aucun ne nomme les greniers de Séjan, ce qui rend précieuse notre inscription, qui, bien qu’elle ne nous apprenne pas où étaient ces greniers, nous a conservé un témoignage de leur existence, dont ne font mention ni les auteurs qui nous ont laissé des descriptions topographiques de Rome, ni ceux qui ont écrit sur Séjan, ce ministre favori de Tibère, et qui, après avoir été si près de lui ravir l’empire, paya de sa tête son ambition effrénée, et fut, malgré ses anciennes et nombreuses largesses , déchiré et ti’ainé aux gémonies par ce peuple qui lui avait élevé tant de statues et l’avait adoré. On peut voir, sur Séjan, Tacite, Suétone et la sat. 10 de Juvenal. — Cette inscription, autrefois à la Villa Borghèse, a été donnée par Manilli, p. 90; — Montelatici, p. 261. Il écrit tkr.ti au lieu de terti ; — et par Gruter, p. 194, 9. [Haut. 0“',442 = 1 pi. 4 po. 4 li. — Larg 0'",316 = 11 po, 6 li.]
567. Julius Italicus. N° 30, ins., pl. i, 8 iig., autel, marbre.
L’inscription que porte notre autel montre que le quindécimvir IVLIVS iTALicvs l’a consacré par les cérémonies du sacrifice nommé taurobolium , et il pouvait porter le titre de petra tauroboliata , par lequel on distinguait les monumens qui l’avaient mérité par le sang d’un taureau répandu avec des rites propres à ces solennités. On n’en apprend rien par les auteurs profanes, et c’est un chrétien. Prudence, qui nous en a conservé les détails dans son effrayante description des tortures qu’on fit souffrir au courageux martyr saint Romain. Si le poè'te n’a pas chargé le tableau, ce devait être un sacrifice aussi dégoûtant qu’il était ridicule; et l’on est étonné qu’il ait pu s’établir, en 160 de notre ère, sous un empereur aussi sage et aussi éclairé que l’était Antonin Pie , et qu’il ait sanctionné une pareille cérémonie expiatoire : elle n’était digne que de Néron , de Caligula , de Domitien, que réjouissait la vue du sang, et l’on ne s’attendrait pas à la trouver sous le chef de la famille des Antonins ; elle fut très en usage sous les règnes suivans. Ce sacrifice purifiait pour vingt ans l’empereur, la ville ou le particulier qui le faisait offrir. Il paraîtrait que le taurobole se célébrait la nuit, ou du moins une de ses cérémonies indiquerait-elle par son nom , mesonyctium, qu’elle avait lieu sur les minuit (l). Nous ne les connaissons proba-
(1) Le taurohole était cependant plus les envoyés de fa ville de Lyon qui y est ancien qu" Antonin, puisqu’une inscription nommée ccc, Colonia Claudia Copia. parle de ce sacrifice ofifert à Cybèle par Journal de Trévoux, l'/'OA; — Saffengre, son ordre, ex imperio, pour l’empereur Thés, ant,, t. III, p. 862; — De Boze, Adrien : il y est question de fa cérémonie Acad, des inscr., t. III, p. 111 ; — MuraduBie^owÿctwm, de f’occaiMS et des autres tori, 333, 4; — cités par OreUi, t. I, omemens du prêtre qui porte les vires n°2320. — Une autre inscription de Lyon, TAVRi. Ce taurobole avait été offert par avec fe même nom , est le pfus ancien mo-
INSCRIPTIONS
blement pas toutes, mais ce que nous en a transmis Prudence suffit bien à en donner une idee assez complète. On élevait un échafaud dont le plancher était formé de madriers qui, laissant entre eux quelque intervalle, étaient en outre criblés d’une infinité de trous. Sous cet appareil se plaçait ou le représentant de l’empereur, de la ville, ou le particulier qui avait recours à cette purification : mais ordinairement c’était un prêtre qui se chargeait de ces honorables fonctions. Richement vêtu d’une robe de soie, orné de colliers et de bracelets parmi lesquels on retrouverait peut-être Yoccabus, un des principaux orncmens, il entrait dans une fosse que recouvrait le plancher. Le taureau était égorgé, sur ces planches trouées, avec
nument taurobolique selon Kanter, de taui'obolio ; Lips. , 1738; — Oreffi , n» 2322. — Les recueils d’inscriptions en offrent beaucoup de tauroboliques ; en voici quelques-unes de celles qui m’ont paru le plus remarquables sous les successeurs d’Antonin Pie :
L’an 197, pour Septime Se'vère, Caracalla , Julia Domna et pour la colonie de Lyon ( c c c). Ce taurohole dura trois jours. Millin. Voyage dans le midi de la France, t. I, p. 522; — Orelli, no2325.
L’an 198, sous Septime Se'vère et les consuls Ancellinus 2° et Fronto. On voit que l’on céle'bra deux anne'es de suite le taurohole-, peut-être celui de 197 e'tait-il accusé de quelque irrégularité qui fît juger qu’il ne serait pas valide pour vingt ans , et qu’il serait a propos de le renouveler, Nous verrons plus bas qu’il y en eut deux dans la même année.
L’an 228, On offrait partout de ces sacrifices, et celui de cette année est célébré à Bénévent , Concordia. — Orelli , n° 2328, L’an 241, Sous Gordien III et le consul Pomponianus, taurohole offert par une femme , Æmilia Serapia. On voit par cette inscription que les particuliers faisaient célébrer, par les prêtres, les tauroholes poMT le salut des empereurs. Ce taurohole fut adressé à Cybèle, à Minerve Berecynthia ou Paracentia , et aux forces, virihus. On n’a pas d’inscription qui indique des tauroholes dans les 43 ans entre 198 et 241. Orelli , n°2331.
Un autre taurohole est encore offert par une femme, Julia Clementina. La date n’est pas indiquée. Orelli, n° 23^1 1.
L’an 245. Sous l’empereur Philippe,
taurohole pour lui, son fils et sa femme Otacilia Severa; offert par. . . .Marins, sa femme Verullia Martina et sa fille Verullia Maria. Les vires furent enterrées au lieu même. Spon, Mise., 98, Lix; — Fabretti, 609 , 79.
L’an 295. Sous Dioclétien et Maximien Hercule , on réunit le criohole au taurohole. Peut-être ce sacrifice n’avait-il pas eu lieu depuis l'an 245, pendant cinquante ans, et on voulut lui donner plus d’eflBcacité,
L’an 361-363. Sous Julien II; les inscriptions ne donnent pas de tauroholes entre l’année 361 et 295; ce n’est pas à dire pour cela qu’il n’y en ait pas eu. Dans les règles , on aurait pu en célébrer un à l’an 31 5; mais Constantin I®'' régnait alors, et, s’étant fait chrétien, il détruisait les temples et les cérémonies des païens, et le taurohole devait être une de celles qu’il tenait le plus à abolir. Il est bien à croire aussi que ces sacrifices auront été repoussés par les frères de Constantin, ses successeurs immédiats jusqu’en 361. Julien l’Apostat, par haine pour la religion chrétienne , et voyant que les sacrifices étaient tombés en désuétude, essaya de les rétablir. II avait à expier auprès des dieux un intervalle de soixante-huit ans sans tauroholes. Aussi en offrit-il un solennel, et il y joignit le criohole. L’inscription grecque porte que ces sacrifices furent célébrés par Crescens et Leontius. On ne dit pas où : il est probable que ce fut à Rome , où elle a été trouvée. Dans sa guerre contre les Perses, Julien aura voulu se rendre favorables les dieux , auxquels il restituait leurs honneurs. Reines., C. 4, I, 41.
L’an 376, le 13 août, sous le cinquième
LATINES
une e'pe'e d’une forme particulière, et qui, au-dessous de sa pointe, avait un crochet; d’après les bas-reliefs des monuraens taurobohques, elle devait être du genre de celles dont on armait Saturne et Persèe. II était important, pour que le sacrifice eût tout son effet, que celui qui recevait sur lui le sang s’échappant bouillonnant de la victime n’en perdit pas une goutte : aussi le voit-on, dans Prudence, s’agiter et faire mille contorsions pour que toutes les parties de son corps et de ses vêtemens eussent leur part abondante de cette pluie de sang; ses yeux, ses cheveux, sa bouche, sa langue même étaient abreuvés. Rien n’était épargné : plus il sortait impur de ce sang fumant, plus la purification était assurée et complète. Elle
consulat de Vafens. On n’est pas e'tonne' de retrouver fe taurobole sous cet empereur, qui d’une seule fois fit noyer quatre-vingts e'véques catholiques. Le taurobole et le criobole furent offerts par Ulpius Egnatius Faoentinus, augure. Le culte païen avait repris son e'cfat, et on avait relevé ses cérémonies et ses prêtres. Celui-ci était hiérocorax , corbeau sacré, de l’invincible Mithras ou du Dieu Soleil, d. S. i. m., Dei Solis \nvicti Mït/irœ, et en outre Archebucolus , grand bouvier, de Bacchus, hiérophante d'Hécate, et prêtre d’Isis. On avait probablement cherché à donner au taurobole toute la pompe dont il était susceptible , en le faisant célébrer par un prêtre qui réunissait de si hautes fonctions auprès de plusieurs grandes divinités qu’il devait bien disposer en faveur de Valens. Cette inscription se termine, comme la nôtre,’ par FELICITER, et ce sont les seules que je trouve avec cette expression. On tenait sans doute à constater que les dieux avaient agréé le taurobole, et qu’il ne manquait rien à la purification que l’on pouvait en espérer. L’autel est orné d’un pin d’où pendent des crotales, et auquel un bélier est attaché; et de l’autre côté, d’un pedum et d’un pin audessous duquel est un taureau. — Gruter, n, 4; — Orelli, no2335.
On retrouve encore un taurobole uni au criobole sous le même 'Valens. Le sacrifice est offert par Sextilius Agésilas Ædesius, hiérophante d’Hécate et archibucolus de Baccbus, et l’inscription dit qu’il est renouvelé pour l’éternité, inœternum renovatus. En mémoire de ce taurobole, il consacra un autel. — On ne voit pas que
Faventinus en ait élevé un. Ce sacrifice fut célébré par Agésilas aux ides ou le 13 d’août 3'76. Orelli, n® 2352. Mais celui de l’inscription précédente est du même jour, et offert par une autre personne.
Ainsi, il paraîtrait que, pour être plus sûr de la purification, on crut devoir recourir en même temps à deux tauroboles et à deux crioboles , seul exemple de cette singularité que présentent les inscriptions. Au reste, celles-ci ne disent pas positivement pour qui furent offerts les tauroboles, et si c’était pour Rome, pourValens et Valentinien, ou pour les particuliers qui les célébraient. II y eut peut-être deux tauroboles à cause des deux empereurs, et pour que chacun eût le sien.
L’an 380. Sous Gratien ; il n’y avait que quatre ans depuis le double taurobole de Valens. L’inscription qui rappelle celui de 380 est fruste ; mais on voit qu’il fut consacré à Cybèle et à Atys Minotaure, surnom qui lui donnerait des rapports avec Mithras sous la forme du taureau. Celui qu’on sacrifiait était consacré à la triple Diane, Hécate , dont F aventinus était hiérophante. Ce taurobole fut offert par Ceionus Rufus Cœsabinus. — Gruter, 28, 6.
L’an 390. Sous Valentinien le jeune , consul 3®, et FI. Neoterus, consul.
Ce taurobole n’est pas, malgré l’inscription taurobolio renovato , le renouvellement du précédent, qui n’est que de 380. II fut offert par Rufus Ceionus Volusianus, probablement parent de C. R. Cœsabinus.
L’autel est orné comme nous en avons vu ; il y a de plus un tympanum , deux torches et deux flûtes, attributs de Cybèle et d’Atys. — Gruter, 28, 5.
INSCRIPTIONS
devait l’étre encore plus lorsque, ce qui arrivait ordinairement, on joignait au taurobole le criohole, sacrifice d’un beiier, et que leurs sangs reunis, coulant avec plus d’abondance, attiraient plus de bénédictions celestes. Ces sacrifices s’adressaient souvent à Cybèle, la mère des dieux, et quelquefois, d’après les inscriptions, c’était par ses ordres qu’on les lui offrait (l). Aussi le trouve-t-on fréquemment, dans les inscriptions, le taurobole joint aux cérémonies mithriaques, auxquelles il ajoutait sans doute plus de pompe et d’efficacité. Notre autel taurobolique, élevé au culte de Cybèle sous le consulat de Constance Chlore et de Maximien Hercule, l’an 305 de J. C., porte, la plupart des attiibuts tauroboliques, et qui sont en même temps ceux de Cybèle. On voit sur les côtés, outre le pedum pastoral, le bucrane et les cymbales que faisaient retentir dans leurs bruyantes fêtes les galles, prêtres énervés de la déesse, et le pin, cet arbre funéraire compagnon des tombeaux, et qui rappelait les amours, les malheurs et la mort du jeune Atys. C’était peut-être en mémoire de ce cruel sacrifice qu’une des cérémonies du taurobole consistait à consacrer, sous les noms de vires tauri, les forces du taureau, ce qui le distingue particulièrement du bœuf (voy. 558). Ces objets, auxquels on attachait un sens mystérieux, étaient ordinaii’ement enterrés dans le lieu du sacrifice et même au pied de l’autel taurobolique ; quelquefois aussi on les transportait à une certaine distance, et l’on cherchait à dérober la connaissance de l’endroit où on les confiait en secret et avec soin au sein de la terre. S’ils eussent été découverts, on eut pu craindre des sortilèges et des maléfices qui eussent détruit les heureux effets du taurobole. Le bucrane ou plutôt la tête de taureau en bas-relief sur l’un des côtés de l’autel devait avoir rapport à la tête de la victime. L’inscription de notre monument nous apprend que le taurobole a été offert par ivlivs ita- Licvs, QVIMDECIMVIR S. F., Sflcm Faciundis, ou qui présidait aux sacrifices et aux fêtes sacrées. La sigle v. c., vir clarvs, indique un rang distingué. Il le célèbre pour les empereurs, pour lui et pour sa famille. Le mot FELiciVer^ heureusement, qui termine l’inscription, montre que le sacrifice avait réussi et que toutes les cérémonies y avaient été remplies de manière à ce que l’on pouvait en espérer du succès. Le taurobole s’est conservé jusque vers la fin de l’empire; il était tombé en désuétude au temps de Constantin et sous ses premiers successeurs; mais Julien, qui, en haine du christianisme, s’efforcait de l'animer les sacrifices païens, voulut rétablir avec éclat le taurobole et le criobole. II se soutint encore sous Valens, Gratien et Valentinien le jeune, et, soit qu’il fut tout à fait aboli, soit que les inscriptions ne nous aient pas été conservées, il n’en est plus question depuis cet empereur. Si l’on place l’établissement de ce dégoûtant sacrifice sous Antonin Pie ou, quelques années plus tôt, sous Adrien, on voit qu’il a pu subsister et purifier, par ses souillures, les empereurs, les villes et les particuliers pendant 250 ou 270 ans. Il paraît bien, d’après les cérémonies et les titres de ses prêtres, qu’il dut son origine, si tardive dans
(1) Voy. une iuscriptiou de Narbonne; fe taurobole est en son honneur et par ses ordres. •— Orefü, n° 2327.
LATINES
le culte romain, aux idees nouvelles des gnostiques, qui commencèrent à germer au second siècle de notre ère, et qui formèrent un mélange confus des rêveries mithriaques, des anciens mystères altérés et des cérémonies du paganisme. [Haut, de l’inscrip. 1“,078 = 3 pi. 3 po. 10 li. — Larg. 0“,588 = 1 pi. 9 po. 9 li.]
Julius Secundus (342). N“ 5o7.
567 A. Publies Junius Pollion. N” 846; ins., pl. lx, 2 lig.
’ Fragment de brique qui a conservé le nom de l’ouvrier, p.ivnivs pollio FECiT, Publius Junius Pollion a fait; il était probablement affranchi de la famille illustre des Pollion, si connue par son amour pour les arts et pour les lettres. — CoiL Durand. [Long. 0'",421 = 4 po. 6 li. — Larg. 0“,147 = 5 po. 9 li.]