‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des TuileriesChapitre 126 sur 299 · Jupiter Custos. N° 609, pl. xl, 7 lig., marbre · texte numérisé non relu

Jupiter Custos. N° 609, pl. xl, 7 lig., marbre

Cet autel, qui de la coflection Barberini avait passe' dans celle de Thomas Jenkins, avait e'te' consacré par c. ivlivs satyrvs, affranchi d’un empereur, à Jupiter Custos, ou gardien, et au génie des trésors, genio thesavrorvm. Il est à croire que ce Satyrus avait trouvé quelque somme considérable, et qu’il avait voulu perpétuer le souvenir de sa reconnaissance envers les dieux auxquels d rendait grâces de cette bonne fortune. Visconti (1) croit cette inscription du temps des premiers empereurs, et le seul monument où il soit question du génie des trésors. Quant à Jupiter Custos, on le connaît mieux, et l’on apprend par Tacite (2) et par Suétone (Domitien) que ce fils de Titus ayant échappé aux soldats de Vitellius, et s’étant caché chez VÆdituus, le gardien du temple *de Jupiter capitolin , il y construisit ensuite un sacellum et y consacra un autel à Jupiter Custos, conservateur. Ce prince y fit représenter sur le marbre, probablement en bas-relief, les

(1) Op. Far., t.I, p. 73.

LATINES

dangers qu’il avait courus; mais devenu empereur, il erigea un grand et beau temple à Jupiter Custos, et il se voua lui-méme à cette divinité. On n’est pas certain que ce temple ait ete' au Capitole. Voy. Nardini, Roma ant., t. II, p. 339, ed. de Nrbby; Fabretti, t. II, 88. [Haut. t)‘^,'7'78 = 2 pi. 4 po. 9 li. — Larg. 0'”,518 = 1 pi. 7 po. 2 li. ]

570, Jupiter. N“ 799, autel, pl. 254, marbre.

Cet autel , termine par une corniche très-simple et par une base élégamment ornée de feuillages et d’oves allongées, n’est pas tout à fait cylindrique dans toute sa hauteur; il est légèrement renflé par une courbe presque insensible. Cette forme n’est pas commune. L’aigle que porte pour ornement cet autel annonce aussi bien qu’une inscription qu’il était consacré au maître des dieux; et comme, au lieu d’un foudre, elle ne tient entre ses serres qu’une couronne de lam'ier renouée de bandelettes sacrées, on peut croire que Jupiter était ici honoré sous le caractère bienveillant d’un dieu qui accordait les succès et les récon^penses ; et, si cet autel avait une inscription , peut-être nous apprendrait-elle qu’il a été consacré à Jupiter MeiUchius , doux et favorable, en reconnaissance de ses bienfaits. L’aigle, d’une bonne conservation, est remarquable par la fierté de son attitude et par la fermeté de son style. [Haut. 0“,640 = 1 pi. 11 po. 1 li. ]

570 A. Jupiter Hammon. N° 8 1 6 A, pl. lxu, 1 7 lig., granit rose

d’Egypte.

Cette belle et curieuse inscription , que M. Letronne regarde comme la plus importante de toutes les inscriptions latines trouvées en Egypte, assez profondément gravée en lettres longues et étroites sur un grand cippe ou une assez forte colonne tronquée en beau granit rose, a été trouvée en Egypte, entre Syène et Philæ, par MM. Belzoni et Caillaud. Elle est connue depuis plusieurs années par la savante explication qu’en a donnée M. Letronne (1). Ce monument avait passé entre les mains de M. Mimant, consul général de France en Egypte, et à sa vente il a été acquis par le Musée royal avec quelques autres inscriptions et plusieurs monumens. Placée sur une colline granitique près de Philæ dans la Haute-Égypte, où l’on avait ouvert de belles et abondantes carrières, cette inscription les mettait sous la protection des grandes divinités des Égyptiens, des Grecs et des Romains, Jüpiter-Hammon Chnübis et Jünon reine, auxquels était consacrée cette montagne. Une autre belle inscription , trouvée près des cataractes du Nil, et de trois siècles plus ancienne que la nôtre, offre les mêmes divinités; ce qui prouve, ainsi que M. Letronne le fait remarquer, que le culte égyptien n’avait pas changé dans ce long intervalle de temps, et que les Romains, au troisième siècle de notre ère, rendaient aux divinités de l’Egypte les mêmes hommages que les peuples de ces contrées trois siècles

(1) Voy. Recherches pour servir à l’histoire d’Egypte, etc,, p. 360 et suiv., et Journal des Savons , 1820, p. 718.

INSCRIPTIONS

auparavant, en consacrant ces carrières à des divinités qui, selon les habitons, les protégeaient depuis si longtemps.

Notre inscription, que l’on peut placer entre 198 et 209 de notre ère, nous apprend qu’au siècle le plus heureux de l’empire, sous le règne des augustes, invincibles et très-pieux Septime SÉVÈRE et Antonin Caracalla , sous GÉta César, et V impératrice Julia Domna, la Mère des camps, de nouvelles carrières ont été trouvées dans la montagne, près de Philœ, et que l’on en a tiré un nombre considérable de pilastres [parastaticœ) et de grandes colonnes, Sübatianüs Aquila étant alors préfet de l’Égypte, et les travaux étant dirigés par Aurelius Heraclide, décurion du corps de cavalerie [ala] maure. D’après les chronologistes (l), Subatianus n’a été hégémon ou préfet de l’Egypte qu’après l’an 204, et il succéda à Lcetus (2). En parlant des masses extraites de ces belles carrières de granit rose, l’inscription dit ; PARASTATICAE ET COLVMNAE GRANDES ET MVLTAE ; et il paraît, d’après Pline (3) et Vitruve (4), que ces parastaticœ devaient être de ces grands piliers tels que l’on en trouve souvent en place de colonnes dans les monumens égyptiens, et que l’on ornait de bas-reliefs, de peintures et d’hiéroglyphes. La grande quantité de ces colonnes et de ces pilastres extraits des carrières de Philæ montre qu’alors on elevait beaucoup de monumens, et que l’on y employait les matériaux les plus beaux et les plus difficiles à travailler. Il est bien à croire que l’on se servait, pour ces grands ouvrages, des trou2)es romaines stationnées en Égypte. M. Letronne pense qu’il ne serait pas impossible que la colonne connue sous le nom de Pompée, et qui paraît être du temps de Dioclétien, eût été tirée de ces belles carrières de Philæ. Il est à remarquer, dans cette inscription, que la ligne 8 y a été martelée et effacée à dessein, et que l’on n’y aperçoit plus que quelques traces des mots getae piissimi ( ou plutôt nobilissimi , selon Letronne), cAESARis ET., et cette mutilation est, pour ainsi dire, un monument de la haine avec laquelle Bassien Caracalla, si doux, si aimable dans son enfance, et depuis si féroce empereur, poursuivait la mémoire de son frère Geta, qu’il accusait d’avoir voulu l’empoisonner, qu’il assassina dans les bras de Julia Domna sa mère, et qui, du reste, ne valait guère mieux que lui. Ces deux piissimes frères se détestaient à mort, et c’était à qui préviendrait l’autre et pourrait se défaire d’un importun et odieux rival. Caracalla, vouant à la mort tous les partisans de son frère, faisait partout détruire les images et le nom de Géta : et notre inscription, ainsi altérée, confirme les récits de l’histoire. On voit aussi qu’elle est antérieure à la mort de Géta, et qu’elle a été faite lorsque les deux frères simulaient encore une bonne intelligence et après que Caracalla, âgé de 13 ans, nommé déjà César, eut été associé à l’empire par son père Septime Sévère, qui céda aux désirs des soldats. Julia Domna, femme de Septime Sévère, est

(1) Eusèbe, VI, 3, 4; TiHemont, t. III, p. 99.

(2) Voy. l’inscription de Vitrasius PoIIion, 501 A, n® 857 H.

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