F. Urne cinéraire carrée : marbre blanc, même pl
Ce petit monument funèbre, moins important que le précédent par sa grandeur et par sa forme, est de même sans inscription et a été trouvé dans le même monument, et peut-être appartenait-il à la même famille. Les bucranes et la guirlande de feuilles de laurier dont il est orné pouvaient le mettre sous la protection de Jupiter et d’Apollon. [ Haut. o'”,45o, larg. o°‘,5oo. ]
282. G. Lucius Poppius Auctus, inscr. grecq. : m. bl. pl. xcii.
Lucius Poppius Cimber et sa femme Poppia Callityché consacrèrent cette inscription à la mémoire de leur fils Lucius Poppius mort à dix-neuf ans. On a voulu trouver dans le père de ce jeune homme le Poppæus qui jouissait de la faveur d’Auguste, et qui consul l’an 762 de Rome, 9 de J. C., reçut de-
puis, sous Tibère, en 779 de Rome, 26 de J. C.,les honneurs du triomphe que lui méritèrent ses victoires sur les Thraces , et fut ensuite pendant vingt-quatre ans gouverneur de la Mæsie, de l’Achaïe et de la Macédoine. Il était en outre grand-père maternel de l’impératrice Poppée, si malheureusement célèbre par sa beauté, son esprit, son luxe, sa cruauté, ses débauches et par sa triste fin. Mais le Poppæus d’Auguste et de Tibère avait pour prénom Caim et non Lucius, et pour surnom Sahinus et non Cimber. Il faudrait d’ailleurs prouver que le nom grec Poppiüs est le même que le Poppæus latin , et l’on pourrait alors admettre que notre Poppius Cimber , dont l’inscription a été trouvée en Macédoine, gouvernée par C. Poppæus Sahinus, était un personnage de la famille consulaire Poppæa. Mais dans Tacite , qui donne plusieurs hauts magistrats de cette famille : Poppæus Sabinus , Poppæus Secundus , Poppæus Silvanus , Poppæus Vopiscus , ils sont toujours nommés Poppæus et non Poppius. Ainsi, nous serons peut-être forcé de priver notre inscription de l’intérêt qu’elle aurait à rappeler un Poppius de la famille consulaire Poppæa , et à n’y voir malgré nous qu’un Poppius Cimber, d’une famille moins illustre et auquel ses succès contre les Cimbres , voisins des Thraces , avaient pu mériter le surnom de Cimber.
Hauteur du couvercle à l’aplomb des figures
de l’homme
de la femme
Proportions
[ i“,iio.] [1 ,920.] [ I ,600. ]
(PI. 117, G à J.)
Arrivés de contrées lointaines et célèbres de l’Asie Mineure, arrachés avec tant de peine aux marais dont les funestes exhalaisons étaient encore plus à redouter que les fatigues d’une extraction pénible, ces nombi’eux bas-reliefs étaient annoncés depuis longtemps et peut-être avec trop de fracas et de pompe. Des journaux, sur la foi d’une renommée tant soit peu orientale et poétique, publiaient qu’ils étaient d’une excellente école, et que ces productions de la sculpture satisferaient les connaisseurs les plus difficiles. Ils seraient étonnés de la vigueur peu commune dont étaient traités les chevaux très-nombreux de ces bas-relifs, conservés comme par miracle. On parlait avec chaleur, avec enthousiasme, du travail parfait d’une grande quantité de figures délicieuses, dessinées dans la perfection, de la manière admirable et hardie dont les bras , les jambes étaient presque tous détachés du fond des bas-reliefs , et on s’extasiait sur les détails des armes, sur leur fini et sur leur conservation rare. C’en était trop , plus que raisonnablement on ne pouvait espérer, et c’était à faire devenir fous de plaisir, et les antiquaires et les artistes , et les amateurs qui font leurs délices de la sculpture grecque. Ces bas-reliefs , débarqués sous de si favorables auspices , ont-ils bien récompensé ou du moins satisfait la curiosité avide de les voir , de les admirer, et la critique pressée de les examiner, de les juger, ou de leur assigner, du haut de son tribunal, la place qu’elle les croirait dignes d’occuper dans l’opinion publique, dans celle des artistes et des savans, et parmi les monumens du Musée royal, du Louvre. Ces restes antiques arrivaient en nombre trop considérable pour ne pas produire un grand effet et ne pas attirer au plus haut point l’attention. Aussi se pressait-on pour les voir sur le bâtiment qui, au mois de mai i843 , nous les apporta et dont ils faisaient en grande partie la charge, et qu’ils ne quittèrent que pour être déposés près du Musée dans les terrains libres attenant au Louvre. Parmi les personnes assez heureuses pour les avoir entrevus en désordre et pêle-mêle sur la gabarre , suivant les unes ce n’étaient que des chefs-d’œuvre des plus beaux temps de la sculpture grecque et qui, à eux seuls , eussent suffi pour former tout un Musée. Selon d’autres, plus francs ou plus difficiles à satisfaire , plus connaisseurs, ce n’étaient que des débris informes qui ne méritaient pas d’attirer les regards et qui , mis en vente, ne payeraient pas les frais des terrassiers et du transport. Au milieu de ces opinions si arrêtées et si disparates , on ne savait de quel côté s.e ranger. Peu de monde avait bien vu ces bas-reliefs, et surtout avec soin, et tout le monde en parlait à peu près sans les connaître. Ajoutez à tout cela que, des circonstances s’étant opposées à ce que l’attente de la curiosité si active, si exigeante à Paris, fût satisfaite aussitôt qu’elle l’aurait désiré, elle a été comprimée et force lui a été de se contenter de n’apercevoir ces monumens que de loin et comme à la dérobée. Aussi la critique, impatiente de se voir ainsi retenue à
APPENDICE
distance, et de ne pouvoir à loisir et avec connaissance de cause, exercer son imprescriptible autorité , s’est-elle montrée , et l’on ne peut pas dire sans raison , de fort mauvaise humeur et très-disposée à traiter de haut en bas et à juger ahirato des productions dont on la tenait éloignée , et sur lesquelles il ne lui était permis de jeter qu’un coup d’œil superficiel. De là, peut-être, la médiocre ou même la pitoyable réputation que l’on a faite peu après leur arrivée à nos bas-reliefs de Magnésie, pour lesquels d’abord on avait été si favorablement prévenu. L’on a eu certainement tort, et dans les éloges exagérés et dans la critique outrée. A travers une foule de défauts et de parties détestables, de bonnes choses et de belles intentions parlent en faveur de ces sculptures , et ne doit-on pas d’ailleurs leur savoir gré de nous offrir un souvenir, bien imparfait sans doute, de bons modèles, de l’exécution desquels nous ne pouvons pas parler, mais qui déployaient le vaste ensemble d’une composition très-riche et très-variée? Car cette frise, beaucoup plus considérable à elle seule, sans doute , que la réunion de tout ce que les musées de l’Europe possèdent en combats de Grecs et d’ Amazones, quoique nous n’en ayons encore que i83 figures (1), doit
(1) Les bas-reliefs du temple de Bassæ, près de l’ancienne Phigalie , Paolitza, et de la Neda, en Arcadie, sont considérables mais beaucoup moins que les nôtres ; ils sont connus au Musée Britannique, ainsique dans le bel ouvrage de Taylor Combe [Briüsh Muséum, partie IV), sous le nom de marbres de Pbigalie. L’emplacement du temple se DommeactuellementZes Colonnes.Ce temple, bexastyle à l’extérieur et ionique à l’intérieur de la cella, avait été bâti par Ictinus, architecte, sous Périclès, du Parthénon à Athènes. Selon Pausanias [Arc. 41), il passait, par l’élégance de ses proportions , pour le plus beau temple d u Pél oponnèse, après celui deDiane,àTégée. Il était consacré à Apollon Epicurius, ou Secourable, qui avait délivré la contrée d’une peste qui la désolait. Les bas-reliefs qui ornaient la frise intérieure du temple furent découverts dans les immenses décombres de ruines en 1812, et acquis, en 1814, à Zante , d’abord par M. Jacq. Lincbh, qui fut ensuite aidé par MM. Charles-Robert Cockerell, architecte, associé étranger de notre Académie royale des beaux-arts, John Forster, Ch. Haller de Hallerstein, Tbom. Legh et G. Gropius. Ils arrivèrent à Londres en 1815. Leurs innombrables fragmens furent réunis au moyen de clous de cuivre, avec beaucoup d’intelligence et d’adresse, et sans aucune addition de pièces, par l’iiabile sculpteur
M. Rich. Westmacott. Une partie de cette grande frise offre un combat de centaures et de Lapithes,et l’autre des Amazones aux prises avec des Grecs. Les premiers vont de droite à gauche, et les derniers de gauche à droite. La longueur totale de la frise est de 30'“,860 = 101 pi. 3 po., et la hauteur des has-reliefs de O™, 690=2 pi. 1 po. 6 lig. Ce temple, dont la direction est presque
N. et S., avait 125 p. anglais de long, = 38'",993 = 93 pi. 9 po. 11 lig., 219; — 48 de large, = 14“, 630 = 43 pi. Il po. 4 lig. 121. — La série des has-reliefs, des combats des Amazones, offre un développement de 55 pi. 6 po. 1/2 angl. = 16“,990 = 51 pi. 9po. 3 lig., 702. — Ils étaient à 22 pi. 6 po. anglais du sol, = 6“,705 = 20 pi. 7 po. 8 lig. 299.
Ces bas-reliefs des Amazones offrent 51 combattants , dont 22 Grecs et 29 Amazones. Il n’y a que trois de ces héroïnes qui soient à cheval , tandis que , proportion gardée pour le nombre, il y en a beaucoup plus sans comparaison dans les combats de Magnésie. De même que ceux de la première partie de la frise, ces bas-reliefs sont loin d’être tous du même mérite. En générai, les groupes, bien disposés, sont pleins de vie et de mouvement. On y retrouve la pensée et le génie de l’habile sculpteur qui en conçut la composition, mais qui dut en confier l’exécution à plus d’une
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE DU MEANDRE.
êire ia copie de productions de quelques habiles sculpteurs, exécutée par plus d’une main , à diverses époques de la sculpture greco-romaine. Il est, au reste, très-facile d’acquérir la conviction que cette exécution, dans la plus grande partie de ces bas-reliefs, n’a jamais été au delà d’une ébauche et même d’une ébauche très-peu avancée: on le reconnaît de tous côtés, à la première vue et aux formes à peine attaquées , et à cette foule de parties taillées carrément, et qui, tenant au fond, y forment, vues d’en bas et par-dessous, comme une suite de petits plafonds de 4 et 5 pouces d’épaisseur. On voit aussi, par l’inégalité d’épaisseur des blocs de marbre de ces bas-reliefs , qu’ils ont été la plupart travaillés sur place et pour ainsi dire sans préparation préliminaire et au bout
main ; elles n’étaient sans doute pas toutes du même talent. Aussi, à côté de figures d’un beau style , de belles proportions, telles que l’on se représentait celles des héros , est-on étonné d’en trouver de courtes et de lourdes, qui n’ont rien de la beauté de la sculpture héroïque. C’est du moins l’effet qu’elles ont produit sur moi, et je les ai vues et examinées très-souvent avec le plus grand soin et à loisir. Ce défaut devait, par la perspective et l’effet du raccourci, être plus sensible encore lorsque cette frise était placée à plus de 20 pieds du sol. Ce n’est pas là l’élégance de la frise du Parthénon, et l’on dirait qu’Ictinus, l’architecte du temple de Minerve à Athènes, et à Bassæ de celui d’Apollon Epicurius, n’avait pas employé, au dernier de ces édifices, les sculpteurs de l’école de Phidias, qui cependant l’avaient si bien secondé à Athènes. — Il se pourrait que cette ville, qu’embellissait alors Périclès, n’eût pas trop de tous ses habiles sculpteurs pour orner de leurs chefs-d’œuvre les nombreux édifices qu’il faisait élever, et que Phidias n’accordât pas facilement ses élèves aux autres contrées des diverses parties de la Grèce. Mais bien que les bas-reliefs du temple de Bassæ soient fort inférieurs, en général, pour la noblesse des formes et pour l’exécution, à ceux du Parthénon, ils n’en sont pas moins très-remarquables et très-dignes d’un haut intérêt; peut-être même , en quelques parties , sont-ils traités avec plus de chaleur et de sentiment que ceux du temple de Minerve. Enfin , malgré ce que l’on peut y trouver à reprendre , ces sculptures méritent leur réputation et la
place distinguée quelles occupent parmi les chefs-d’œuvre du Musée britannique. — J’étais sur le point d’en offrir ici la description complète d’après des noies que j’ai prises sur les originaux, et avec des détails que n’a pas jugé à propos de donner M. Taylor Combe , dans sou bel ouvrage sur le Musée Britannique; mais j’y renonce par l’idée que, n’accompagnant pas cette description de dessins, elle serait à peu près inutile. Du reste on ne peut rien faire de mieux, pour connaître ces bas-reliefs , que d’avoir recours aux belles planches de la IV° partie du British Muséum^ de M. Taylor Combe, dessiuées avec un grand talent par M. Henri Corboult, un des habiles dessinateurs du Musée Britannique. Elles ont été gravées par MM. Henri Robinson, G.
Corbould, Edouard Finden, F. Engelheart, Phil. Oudinet, W. Bromley. Toutes ces planches , très-terminées , sont exécutées avec une grande pureté de travail. Mais peut-être aurait-on à leur reprocher de paraître un peu trop de la même main , et d’être plus finies , plus caressées , pour ainsi dire , qu’elles ne devraient l’être pour rendre l’effet, le caractère de sculptures en grande partie frustes. On pourrait leur désirer, en général, car il y en a d’ exécutées avec le vrai sentiment de l’antique; on pourrait leur désirer, de même qu’à beaucoup d’autres belles planches du Musée Britannique, et du magnifique recueil des Specimens oj dilettantl, d’être restées plus fidèles au style de l’antique, qui souvent se trouve altéré et affaibli parla grâce, et je dirais presque par la coquetterie, de leur pointe et de leur burin.
APPENDICE
du ciseau, et peut-être d’après des modèles partiels, ou même souvent de réminiscence. On a dressé sur le devant ces blocs, où les bas-reliefs ne dépassent pas la saillie de la bande supérieure de la frise ornée d’oves, et l’on ne s’est pas toujours occupé de régler la partie postérieure ou la queue de ces blocs ou dalles épaisses, qui, dans la construction, ont été liées avec la face intérieure de l’architrave et de la frise ou du reste de l’entablement. On a retrouvé , à la partie postérieure de ces blocs , que l’on a été obligé de scier pour en diminuer l’énorme épaisseur et pouvoir les encastrer dans les murailles du musée, on a retrouvé des lettres profondément gravées qui servaient de repères pour mettre les blocs aux places qui leur étaient destinées. Plusieurs de ces lettres, qui s’appareillaient, ont servi à disposer, dans leur ordre, la longue série de ces bas-reliefs sur le terrain qu’ils occupaient au Louvre. C’est avec un grand soin et beaucoup de sagacité que M. Lailié, statuaire, grand prix de Rome et restaurateur des antiques du Musée royal, s’est acquitté, et avec succès, de cette tâche dilficile et pénible. Les formes de ces lettres n’annoncent pas une grande antiquité : voici celles que j’ai relevées : AA , fT AB AT, H au milieu d’un bloc, E.
Le temple auquel appartenaient ces bas-reliefs était celui de Diane Leucophryne ou Leucophryène , d’une grande célébrité chez les anciens et qui, selon Strabon, ne le cédait qu’à ceux de Diane, à Eplièse et d’Apollon Branchide, à Milet, et encore par les chefs-d’œuvre qu’il renfermait pouvait-il s’offrir en première ligne avec les plus beaux temples de l’antiquité. Au reste, à la suite de ses éloges pompeux, Strabon ne dit pas un mot de la sculpture de ce temple ; mais on devrait être étonné s’il en parlait , et si sous ce rapport il traitait cet édifice avec plus de faveur que tous les autres temples de premier ordre, qu’il nous fait passer en revue, pour ainsi dire en courant, et sur les détails desquels le géographe, n’ayant pas le temps de s’arrêter, ne nous apprend rien de la peinture et de la sculpture de ces monumens. Il n’y a rien de plus rare que de le voir en parler; les arts n’entraient pas dans son cadre, si bien rempli du reste, et sans cesse sur ce point il garde le plus profond silence. La belle restauration du temple de Magnésie exposée au salon de i844. par un habile architecte, M. Clerget, nous donne une haute idée de ce magnifique monument et nous en apprend plus que tous les éloges de Strabon et de Vitruve.
Nous avons dit que ce temple était consacré à Diane Leucophryne, surnom que la déesse tenait peut-être de l’île deTénédos , nommée d’abord Leucophrys, où elle était adorée et qui , de même que Magnésie, était une colonie ionienne. On sait que ce temple, d’ordre ionique, avait été érigé par un architecte trèscélèbre par ses édifices, ses inventions hardies et par ses écrits, il se nommait Hermogènes et était d’Alabanda, ville de Carie. Ce n’est pas par Strabon , mais par Vitruve, 1. III, 12, que nous apprenons qu’il avait combiné pour ce temple une ordonnance dont il n’y avait pas encore eu d’exemple, ou du moins Vitruve le croyait-il, car le grand temple de Sélinunte, qui paraît plus ancien qu’Hermogènes , et que l’architecte romain ne cite pas , avait reçu cette belle disposition ; au reste, depuis Hermogènes, elle fut toujours très-rare. Il y déploya toute la riche élégance de l’ordre ionique. La disposition pseudo-diptère qu’il adapta à ce vaste édifice, et qui n’avait encore été que peu en usage, peut
n’avoir pas été connue d’Hermogènes , qui peut-être n’avait pas été en Sicile; il put s’en croire l’inventeur, et Vitruve, qui probablement ne connaissait pas tous les temples, aura suivi l’opinion d’Hermogènes, dont les savans écrits lui étaient familiers. Cette opinion , du reste , paraît être celle de M. Quatremère de Quincy , qui , dans son excellent dictionnaire d’architecture ( 2' édit. 1882) , aux articles Hermogènes d'Alabanda et Pseudo-diptère , ne conteste, non plus que Milizia, à l’architecte de Carie, l’honneur de l’invention du pseudodiptère, quoique le premier de ces savans, à l’article Sélinante , parle de son grand temple comme d’un pseudo-diptère octostyle. Mais ne pourrait-il pas y avoir quelque doute sur l’antiquité du temple pseudo-diptère de Sélinunte, et est-on bien certain qu’il ne soit pas postérieur à Hermogènes et à l’invention que Vitruve lui attribue? il n’y a que d’habiles architectes qui puissent décider ce point délicat. Quoi qu’il en soit, Hermogènes n’eut qu’à se féliciter de ce magnifique essai, dont, depuis Vitruve, on l’a cru l’inventeur. Cette ordonnance nouvelle, dont on ne connaît pas bien l’époque, mais qui, d’après Vitruve était assez ancienne , consistait à donner à un temple l’apparence d’avoir une cella entourée de doubles ailes ou de deux rangs de portiques à colonnes, lorsqu’au fait il n’en avait qu’un qui, aux façades et sur les côtés, laissait entre les colonnes du pourtour et la cella un vaste portique double en largeur de ce qu’eût été chacun de ceux de la disposition diptère ou à deux files de colonnes. Car ce portique avait la largeur de deux entre-colonnemens à laquelle il faut encore ajouter celle du rang de colonnes supprimées. Lorsqu’on se plaçait aux façades et sur les côtés , vis-à-vis de la seconde colonne à partir de l’angle, ce portique semblait avoir autant de files de colonnes que le diptère , tandis qu’il en avait une de moins , il trompait suf le nombre , ce qui l’avait fait nommer pseudo-diptère ou faux diptère. C’était une grande économie dans l’emploi des colonnes. Cette ordonnance ne peut s’adapter qu’aux temples au moins octostyles ou à huit colonnes à leurs façades antérieure et postérieure : il serait impossible de l’employer aux temples de moins de colonnes aux façc>des, car, en prenant pour exemple un temple hexastyle, il ne resterait pour la cella ou l’intérieur du temple que la largeur d’un entrecolonnement, et elle en serait réduite à n’être plus qu’une espèce d’étroit corridor de quelques pieds de large, sans proportion avec la longueur de la cella, ce qui n’est pas admissible. Et si l’on trouvait un simple temple hexastyle auquel on eût donné cette disposition, ce ne devrait être qu’une exception, une espèce de monstruosité que l’on ne pourrait guère se permettre de produire comme un exemple d’un pseudo-diptère ayant moins de huit colonnes aux façades. 11 ne paraît pas que cette disposition pseudo-diptère ait été très-suivie, car , après le temple de Magnésie et celui de Diane d’Ephèse,on ne cite que celui de Bacchus à Téos par le même Hermogènes , et l’on sait par Vitruve qu’il n’y en avait pas à Rome. Ce système de portique avait beaucoup augmenté les difficultés de construction. Le soffite ou plafond, d’une double largeur, avait à soutenir la charge de toute la partie supérieure de l’édifice dans l’étendue de deux entre-colonnemens et de l’épaisseur d’une colonne, et les pierres, d’une trop longue portée, risquaient de succomber sous ce poids, étant privées du soutien que leur offrait, dans le vrai diptère, le rang de colonnes intermédiaires II. 77
APPENDICE
entre le mur de la cella et le rang de colonnes du pourtour extérieur. Ce fut peut-être <à cette disposition manquant de solidité, que le temple de Diane Leucophryne dut d’être renversé par quelque tremblement de terre (1). D’après la manière dont on a trouvé gisant autour de l’édifice sacré les bas-reliefs de I la frise et du reste de l’entablement, il est hors de doute que la destruction de ce grand temple a été moins l’efl'et des ravages de la barbarie que celui d’un affreux bouleversement de la nature. Aussi a-t-il fallu des travaux considérables , qui n’ont pas été sans de graves dangers pour les ouvriers de M. Charles Texier , qui les a entrepris avec un grand zèle et beaucoup de persévérance , pour parvenir à exhumer les débris de ce temple , des marais où ils se trouvaient ensevelis, et où ils furent probablement précipités, et par les secousses des tremblemens de terre et par les désordres géologiques qui, à différentes époques, en ont été les désastreuses suites.
Strabon fait un grand éloge du temple de Diane Leucophryne, situé dans la nouvelle Magnésie, qui existait de son temps et qui avait succédé à celle qu’avaient détruite les Trères et dont s’étaient emparés les Ephésienset, depuis, Crésus, Cyrus et les l’ois de Perse. Mais il me vient au sujet de quelques mots du passage de Strabon (p. 647 )1 une idée dont je suis un peu embarrassé , vu qu’elle me semblerait devoir mener à quelque résultat et qu’elle a échappé au savant traducteur et commentateur de Strabon, M. Groskurd, à C. O. Millier, dans son bel ouvrage sur les Doriens (t. 11, p. 268 et 5o3) , età M. Hœke dans celui sur la Crête (t. II, p. ùog-ùi 6 et suiv. ) , où ces savants philologues s'occupent, surtout le dernier, de Magnésie sur le Méandre. Strabon dit que le temple de la mère Dindymène n’existe plus parce que la ville avait été bâtie à un autre
(1) D’après une note et des relevés exacts pris par M. Charles Texier, le temple de Magnésie orienté est et ouest était entouré d’un dallage en marbre, et c’est sur cette aire que gisaient les fragments de la frise. — Ce temple avait 70“ =215 pi. 5 po; 10 lig., 72 de longueur, et 30“ = 92 pi. 4 po. 2 lig., 88 de largeur. — Ainsi, les quatre côtés de la frise offraient un développement de 200“ = 615 pi. 8 po.
3 lig., 2. — Les bas-reliefs qui le décoraient contenaient, selon les calculs de M. Cb. Texier, 420 combaltans , dont 167 à cheval. — Les figures ont de 0“,60 à 0“,70 de hauteur, 1 pi. 10 po. 2 lig. à 2 pi. 1 po. 10 lig. — L'ensemble des bas-reliefs que possède le Musée royal a de longueur 68“,780 = 209 pi. 3 po. 11 lig., ou, en compte rond, 69“ = 212 p. — Ainsi, nous avons un peu plus du tiers de la frise qui entourait le temple, et près des onze vingtièmes de la masse de fragments qui ont été découverts (125"', 73), et dont
une grande partie était dans un tel étal de dégradation, qu’on n’a pas jugé à propos, et avec raison , de faire faire à ces débris informes un aussi long voyage. La partie la plus considérable des bas-reliefs et des fragments a été fournie par les ruines de la façade du sud; viennent ensuite celles de l’ouest, de l’est et du nord. Celle-ci, moins nombreuse en fragments (17), sur une longueur seulement de 4“,48, bien moins considérable que celle des bas-reliefs des autres côtés, a fourni les meilleurs et les mieux conservés. — Ceux de la face de l’est, qui gisaient à la surface du sol , étaient dans le plus mauvais état. — Nos bas-reliefs contiennent 183 figures, dont 100 Amazones et 83 Grecs. Sur les 100 héroïnes, il y en a 69 h cheval, 23 à pied, 6 combattant à genoux ou renversées à terre , et 2 étendues mortes. — Des héros grecs , 2 1 sont en armure , 38 nus, 17 en tunique; il n’y en a qu’un qui combatte un genou en terre, et un seul est étendu mort.
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE DU MEANDRE. *199
endroit ; il ne s’explique pas davantage et il nous en laisse ignorer la place , et si elle était plus ou moins près du Méandre et du Léthé. Mais le point important est qu’elle avait changé de lieu, et le savant géographe ne nous apprend pas l’époque de ce changement. Peut-êire parviendrait-on à la déterminer, non d’une manière positive, mais par approximation, àc|uelques années près. Selon Strabonla femme ou la fdle de Thémistocle fut prêtresse de ce temple de la mère Dindymène. Ainsi le temple, et la ville dont il suivit le sort, étaient encore sur pied à l’époque de Thémistocle. Ce grand homme mourut l’an Ayo avant notre ère; on ne connaît pas l’époque du décès de sa femme et de sa fdle, ce qui est peu important, puisque l’on ne sait pas si le sacerdoce de Dindymène était à vie ou temporaire; mais il est probable que le temple existait encore en Ayo et quelques années plus tard. Il est à présumer que ce fut dans cet ancien temple qu’était la statue de Diane Leucophryne, ouvrage de Bathyclès de Magnésie et auteur du magnifique trône de l’antique simulacre d’Apollon à Amyclées, dont parle au long Pausanias {Lac. V, xviii). Ce fut probablement d’après cette statue que les fds de Thémistocle, maître de Magnésîe, firent faire la grande statue en bronze de la déesse, qu’ils consacrèrent dans l’Acropole d’Athènes. La diane Leucophryne était représentée à peu près comme celle d’Ephèse et celle de Perge en Pamphylie et on la retrouve sur des médailles de Clazomène en Ionie, de Magnésie, de Stratonicée en Carie, qui sont en partie des règnes d’Adrien, de Lucius Verus, d’Élagabale et de Gordien Pie (Mionnet, VI, p. gA, 235, 288).
Strabon, après ne nous avoir dit que quelques mots sur Magnésie, ajoute que, dans la ville de son temps, est le temple de Diane Leucophryne. Il est bien à supposer qu’il ne fut bâti qu’en même temps que la nouvelle Magnésie et qu’on ne s’éloignerait peut-être pas trop de la vérité si l’on admettait que ce fut dans le iv” siècle avant notre ère. Rien né peut nous servir de preuve pour appuyer cette conjecture , mais peut-être aussi n’y a t-il rien qui s’y oppose , puisque les auteurs anciens , tout en nous indiquant que Magnésie fut en proie à bien des vicissitudes, gardent le silence sur les époques précises où elle les a éprouvées. Si l’on admet que ce temple fut érigé dans le iv° siècle avant notre ère, il peut l’avoir été après le règne d’Alexandre. Ce fut aussi vers ce temps que l’on rebâtit , avec la plus grande magnificence , le temple de Diane d’Éphèse incendié par Erostrate le jour de la naissance d’Alexandre. On sait, que, de même que celui de Magnésie, il était pseudo-diptère; on ignore qui en fut l’habile architecte, il est probable que si c’eût été Hermogènes d’Alabanda, on l’aurait désigné en citant le temple de Bacchus à Téos, aussi pseudo-diptère et ouvrage de cet architecte. Mais, s’il ne fut pas l’auteur du nouveau temple d’Ephèse, on peut l’avoir construit d’après l’ordonnance qu’il avait inventée pour les temples de Magnésie et de Téos. D’un autre côté, malgré les motifs de Vitruve pour présumer qu’Hermogènes était de temps assez reculés, on pourrait le croire beaucoup moins ancien qu’il ne semble le supposer, puisque son temple faisait l’ornement de la nouvelle Magnésie, fondée dans un autre emplacement que l’ancienne , qui existait encore du temps de Thémistocle et qui peut n’avoir été rebâtie que de longues années après lui.
APPENDICE
Tout ce que les auteurs anciens nous apprennent sur Magnésie, aujourd’hui Inck bazar, antique ville éolienne de Carie, dans l’Asie Mineure, se réduit donc à bien peu de documents. Nous avons vu Strabon en parler à peine dans son quatorzième livre. Quelques mots des annales de Tacite , et un fragment de Conon dans la bibliothèque de Pbolius (p. 439), rapporté par M. Hœke , dans son bel ouvrage stir la Crète, telles sont les principales sources où l’on trouve à puiser quelques documents, et elles sont peu abondantes. DesMagnètes , descendants peut-être de ces Delphiens,quide Delphes ou Pithoen Phocide étaient venus, aux premiers temps de la Grèce, s’établir autour du mont Didyme en Thessalie, habitaient dans cette contrée autour des monts Pélion et Ossa, .si célèbres dans la guerre des géants contre les dieux , les plaines arrosées par le Pénée. 11 paraît qu’ils avaient conservé des rapports intimes avec Delphes, qu’ils regardaient comme leur métropole, ce que pourrait faire croire l’espèce de suprématie que cette ville sacrée d’Apollon s’arrogeait sur eux à une époque très-reculée, anté-historique, peut-être vers celle du siège de Troie ou peu d’années après ce grand évènement qui, ébranlant toutes ces contrées de l’Orient, y apporta tant de changement. L’oracle d’Apollon exigea des Magnètes, l’on ne sait par quelle raison, pour l’accomplissement d’un vœu, la dîme sacrée de leur population, dont le dixième devait aller, au gré de l’oracle pytbien, former quelque colonie dans des contrées éloignées (1). Soit que la destination de ccs Magnètes fût prescrite, soit qu’ils fussent poussés parle hasard, par la tempête, au retour du siège de Troie, selon le récit de Conon, ils a’nordèrent en Crète, où, bien accueillis par d’anciens Magnètes qui y étaient établis, ils fondèrent une ville à lac[uelle, en souvenir de leur patrie, ils donnèrent le nom de Magnésie.
Il paraîtrait que cette ville, d’abord florissante, ne fut pas de longue durée, et que depuis plusieurs siècles elle n’existait plus lorsque Platon la prit, dans son Utopie sur les lois, pour modèle du gouvernement parfait dont il voulait propager les principes. Ce fut peut-être environ 130 ans après le siège de Troie que Magnésie, de Crète, perdit de sa force, et qu’une partie de ses habitans furent obligés d’abandonner cette île; c’était vers le temps où les grandes émigrations de diverses contrées helléniques devinrent fréquentes. Des Doriens, des Ioniens, des Eoliens cherchaient à former des établissements dans diverses parties de l’Asie Mineure, les Magnètes, de Crète, vinrent leur prêter secours. Il faut qu’il leur fût bien utile, puisque le souvenir s’en est conservé dans une belle inscription du temps d’Adrien, et postérieure de bien des siècles au grand événement que rappelle le décret amphictyonique que nous possédons au Musée royal , sous le numéro 828. Il y est dit queles Magnètes de race éolienne sont lespremiers Hellènes qui se soient établis en Asie et qu’ils ont puissamment et souvent aidé les Doriens, les Ioniens et les Éoliens de la même race qu’eux. Ces Magnètes occupèrent la contrée entre le Méandre et le Léthé (2) qui s’y jette, et bâtirent dans une plaine, au pied du mont Thorax, une ville qu’ils nommèrent Magnésie, en souvenir de celle de Crète, et qui, bien que plus près du Léthé que du Méandre, fut distinguée de celle du mont Sipyle par le nom de Magnésie sur le Méandre. Cette ville jouit longtemps d’un état prospère, qu’altérèrent quelquefois, sans graves suites, des altercations souvent armées et sanglantes , que lui suscita la jalousie de sa voisine Ephèse. Et cependant, par sa situation sur la mer, par l'étendue de son commerce avec la Grèce, l’Asie, l’Italie ; par sa population, cette capitale de l’Ionie jouissait d’avantages que Magnésie, située assez avant dans les terres, était loin d'offrir, et qui n’auraient pas dû exciter l’envie d’Éphèse.
(1) Ces Magnètes étalent devenues Hié- sie Mineure et d’autres contréesde l’Orient. rodules, ou serviteurs sacrés d’Apollon , aux- (2) Le Léthé, aujourd’hui Kesthenios-Dag,
quels ils étaient voués, genre de servage sorti du mont Pakliès, une des branches de personnes des deux sexes que l’on re- du montMycale, se jette dans le Méandre trouve dans plusieurs grands temples de l’A- aiijourd’hui Boyouk-Minder,
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE DU MÉAKDRE.
Malgré les démêlés entre ces deux villes, Magnésie fut longtemps dans un état prospère, et en jouissait encore bien après le siège de Troie, lors du retour des Héraciides dans le Péloponnèse. Mais, quelques siècles après, les Trères, m^uples barbares de race cimmérienne, habitant près des Thraces, dont ils étaient Lsus, les bords du lac Aphnitis (1) , s’élancèrent de leurs forêts marécageuses sur l’Asie Mineure, et détruisirent, en grande partie. Magnésie (Strab. p. 59-61 , 58f-6A7) , vers 700 ans avant notre ère, et du temps du règnede Gygès en I^ydie. Cette maVieureuse ville commençaità se relever deses ruines, lorsque les Épbésiens, profitant desa faiblesse, et n’ayant pas la générosité de renoncer à leur animosité , l’attaquèrent et > en emparèrent. Il n’en est plus question ; on sait seulement parStrabon (p. 536), gim Ttémistocle , exilé de sa patrie, s’étant réfugié chez Artaxercès, le roi des Perses lui donna Magnésie pour défrayer sa maison du pain , de même qu’il lui avait assigné îdlet pour les vivres de sa table et Lampsaque pour le vin. Cependant, le souvenir de l’ancienne splendeur de Magnésie lui avait fait rendre quelques privilèges parles Romains, lorsqu’ils eurent absorbé tous les états de l’Asie Mineure, et qu’ayant lOut nivelé, les villes jadis les plus puissantes ne leur offraient plus que des sujets. 0« voit par quelques mots de Tacite [Ann, III , 62 ) , que Magnésie devait encore, du temps de Tibère, jouir chez les Romains, et même en Asie Mineure, d’une assez grande considération, puisque ce fut une des douze villes de la confédération ionienne qui présentèrent leurs titres à l’honneur d’ériger un temple à Tibère en mémoire de ce qu’il avait réparé les désastres causés à ces villes par un affreux tremblement de terre. Une grande base de statue en marbre de Pouzzoles près de Naples, ornée dans son pourtour de bas-reliefs représentant ces douzes villes, et d’une grande beauté, rappelle ce terrible événement et les bienfaits de Tibère. Il se pourrait bien que cet empereur eût réparé en partie le temple de Magnésie qui, peut-être du reste, n’avait jamais été terminé, car il serait à croire que Strabon, ne fût-ce que par un seul mot, aurait indiqué qu’il était orné de sculptures; et il ne serait pas improbable qu’une partie de ces bas-reliefs, celle qui, malgré son état de dégradation, est le mieux, remontât vers l’époque de Tibère. Les autres parties, moins avancées encore de travail que les premières , et à l’état d’ébauche grossière, dateraient de temps plus rapprochés, et où les arts inclinaient vers leur décadence. Le travail du trépan, très-multiplié dans ces sculptures, et qui ne fut employé, du moins avec tant de profusion, qu’après Trajan, pourrait indiquer que ces bas-reliefs, où on en a fait tant usage, sont d’une époque postérieure à celle des premiers, et qu’on peut la rabaisser au moins vers celle de Septime Sévère, si même ce n’était pas beaucoup plus tard. Mais, probablement, reviendronsnous sur ce point en décrivant ces nombreux fragments.
Si les anciens auteurs et leurs commentateurs ne nous apprennent que peu de chose sur Magnésie, ils nous mettent encore bien moins au fait de sou temple et de la Diane Leucophryne qui y étaient adorée. Celui dont on a tiré le peu de notions que l’on a pu recueillir après ce que fournissent Strabon, Vitruve, Tacite, Pausanias, est Zénon de Minde dont on ne connaît pas l’époque et qui a été copié par ceux qui l’ont suivi , Clément d’Alexandrie (iiT siècle), Hésychius et Arnobe (iv' siècle), Théodoret (v' siècle). Suidas (x® siècle), Eustathe (xiT siècle), et c’est encore dans ce savant commentateur d’Homère (p. 33, 23 ; 308, 25) qu’on trouve le plus de documents. Ils ont été mis en œuvre avec la sagacité qui les distingue par Juste-Lipse dans ses notes surTacite (d/ui. III , 362), Heyne [Antiq., Aufs, p. 109, 100), par C. O. Müller (Doi-. 1, 39), et par M. Bôckb dans son Corpus. Mais il faut reconnaître que, de toutes ces recherches, il ne résulte que bien peu de chose et qu’on n’en sait guère plus que du temps de Juste-Lipse, qui a recueilli sur ce sujet tous les passages des anciens. On ne nous dit pas ce que pouvait être cette Leucophrys (aux sourcils blancs), nymphe des bords du Méandre,
(1) Aujourd’hui Drashellns ou Biga.
APPENDICE
aimée de Diane , et dont une ville de Phrygie portait le nom , qui était aussi celui sous lequel était connue, aux anciens temps, une île célèbre des côtes delà Troade nommée ensuite Calydnæ et depuis Ténédos. Selon Eustathe (p. 33, 23; 308, 25], ce nom de Leucophrys avait été donné à ’lanédos à cause des collines blanches de son rivage, et Heyne pense avec raison qu’un site élevé du même aspect avait pu faire prendre le nom de Leucophrys à la ville du Méandre. Ce, te Leucophrys qui , d’après des vers des Géorgiquesde Nicandre dans Athénée (XV , 683) avait un temple ou une antique statue sur les bords du Méandre, aurait été honorée d’un tombeau dans l’ancien temple de Diane à Magnésie, qui aurait été prise par le moyen de leucophrys (Clém. Al. Protr., 3), et c’eût été d’elle que cette déesse aurait reçu le surnom ie Leucophryne. Ce qui pourrait venir aussi de ce que , lors de sa première fondation, cette v^He eût été confondue avec celle de Leucophrys où Diane aurait eu un simulacre très-anci»n et qui aurait été reporté dans la nouvelle ville. Il se pourrait bien encore que dédoublant pour ainsi dire, Diane Leucophryne ou de Leucophrys , on eût fait une Diane qui aura» conservé son surnom, et une nymphe Leucophrys, amie de Diane, comme ce peut ère arrivé en Crète, où de deux anciennes divinités, Diane et Britomartis (la douce vierge), on n’en fit qu’une, Diane-Britomartis , qui devint ensuite trois déesses, Diane, Britomartis «t Dictyne, qui d’abord n’était qu’un surnom de Britomartis. (Voyez Hœke, Crefa, II, 158-IÔ0,)
Mais à présent passons en revue nos bas-reliefs.
282 C. N“ 1. Quatre amazones à cheval, quatre Grecs à pied,
pl. 117 G.
La première partie de cette longue série de bas-reliefs, selon l’ordre que l’on a pu leur donner, en réunissant les grands fragmens qui en étaient susceptibles ou qui se suivaient, se compose de trois fragmens, offrant huit figures dont quatre Amazones à cheval , et quatre Grecs à pied. — La hauteur générale de tous les bas-reliefs est de o'“,8oo. Le premier de ceux-ci a i”',3oo de long, et les deux suivans, ensemble i“,870. — Ces fragmens, en moins mauvais état que beaucoup d’autres, peuvent se ranger parmi ceux de leur meilleure époque et où l’on ne voit pas que l’on ait employé le trépan. On en peut dire autant des quatre morceaux suivants.
En commençant par notre gauche, une Amazone vêtue de la tunique courte, laissant les genoux et les jambes à découvert, et dont le cheval se cabre, se rejette en arrière et redouble ses coups sur un Grec , couvert en partie de son grand bouclier rond argien, qu’elle vint de frapper à la tête, où il porte sa main droite. En même temps une autre Amazone, dans le même costume que la précédente et le bouclier au bras, attaque ce guerrier, dont le bouclier va peutêtre se briser sous les coups de pieds de devant du coursier de l’héroïne. Derrière elle , un Grec, entièrement nu , vu de dos , et dans une attitude pleine de force et de mouvement, se porte à la poursuite d’une guerrière qu’il veut frapper de son épée, et qui s’éloigne au galop; son bras droit, quelle laisse retomber, son attitude un peu penchée en arrière, ferment croire qu’elle est blessée et quelle ne s’éloigne du combat que par l’impossibilité de continuer à y prendre une part active. Elle a la poitrine à découvert, une large ceinture sous le sein retient sa tunique courte ; ses jambes sont chaussées de hautes bottines molles, espèce à'endromides, chaussure des chasseurs et des jeunes et élégans cavaliers des bas-reliefs du Parthénon , costume très-ordinaire à ces femmes guerrières.
DAS-REL1EJ>'S UE MAGNESIE DE MEANDRE. 12o3
En avant du cheval, un Grec à pied, nu , sans armes ni défensives, ni oll’ensivcs, semble tenir à la main droite une pierre dont il va frapper une Amazone sans bouclier et sans casque, qu’il saisit par l’épaule droite, et dont le cheval s’abat; elle porte au héros un coup de revers d’une arme qui n’existe plus. En avant du cheval, un guerrier dont il ne reste que le torse, la tête et le bras droit, paraît avoir eu un genou en terre. Les deux combattants nus, surtout le premier, méritent d’être remarqués pour leurs belles attitudes, et on peut y reconnaître des copies médiocres d’après de bons modèles; et c’est une des grandes propriétés de la sculpture grecque de ne pas devenir tout à fait mauvaise, même dans, de mauvaises imitations.
N" 2, Trois amazones à cheval et trois héros .v pied, pl. 1 1 7 C.
Trois fragmens se rangent sous ce n° 2 , ils contiennent six ligures , trois Amazones à cheval et trois guerriers à pied. — Les deux premiers fragmens ont J "',820 de long, le troisième i"’,020.
On retrouve ici, dans la disposition des personnages, une symétrie qui n’est pas rare dans les bas-reliefs antiques, surtout ceux qui font partie de l’ornementation de l’archileclure, et l’on voit alternativement répétés un guerrier à pied et une Amazone à cbeval. Le premier héros , à gauche, vêtu d’une tunique courte fixée sur l’épaule gauche et laissant à découvert les bras et la partie supérieure droite du corps ; la poitrine traversée obliquement de droite à gauche par la courroie, le téJajiion ou baudrier de l’épée , les jambes nues, et le bouclier au bras, attend de pied ferme et le corps légèrement porté en arrière, une Amazone à cheval , qui l’attaque le javelot à la main. Le combat ne semble pas acharné et on pourrait présumer qu’il s’agit de quelque accommodement. L’Amazone, ses longs cheveux tombant sur son dos nu, est dans le costume que nous avons déjà vu et qu’en général nous retrouverons à la plupart de ces guerrières. Le haut de ses bottines, qui suivent Informe de la jambe, ainsi qu’on le voit à une foule d’autres Amazones , est retroussé ; nous en rencontrerons qui montent jusqu’au-dessus des genoux et d’autres au-dessous roulées en forme de bourrelet. Les crins de l’encolure du cheval sont coupés assez court. Ce guerrier qui suit, et tourne le dos à l’Amazone, est sans casque et n’a plus pour armes que son grand bouclier argien. Le bras droit n’existant plus, on ne sait quelle arme il avait à la main. Il porte la cuirasse dont on voit les épaulières , et qui est serrée sur la poitrine par une large courroie nouée 5ur le devant. Cette cuirasse semble épouser les contours du corps, et est terminée dans le bas par cette espèce de petit jupon orné de bandelettes, très-ordinaire aux armures des Grecs et des Romains et qui fait encore partie du costume actuel des Grecs. La chaussure de ce guerrier est la même que celle de fAinazone précédente. 11 n’est pas hors de propos de faire remarquer que, dans cette longue série de bas-reliefs, le costume militaire de ces Grecs ne ressemble ni pour le casque, ni pour les autres parties de l’armure, à ce que présentent de très-anciens bas-reliefs et surtout les peintures archaïques des vases. On ne leur voit ni ces casques dont le devant, se l’abattant sur le visage, faisait l’elfet de visière, ni ces grandes cnémides ou jambarts, en métal, qui protégeaient
appendice.
îes jambes, ni l’antique manière de suspendre l’épée courte ou sphaganon. On ne retrouve enfin ici rien ou à peu près rien de l’appareil guerrier que nous offre l’Aristion du bas-relief d’Aristoclès découvert il y a peu d’années, dans les ruines d’Athènes, et qui est si curieux sous tous les rapports. Cette différence si marquée entre le costume de nos héros , et celui d’autres Grecs sur des monumens très-anciens ou imités de figures archaïques , telles que celles de figures de vases peints , ne parle pas en faveur de la grande antiquité de nos bas-reliefs, ni même de ceux qui leur ont servi de modèles. J’irai même jusqu’à dire, après avoir examiné longtemps, souvent, à loisir et avec le plus grand soin ces bas-reliefs dans tous leurs détails et leur ensemble , que l’on ne se sent pas saisi par ce caractère si particulier, si original et j’oserais presque dire par ce parfum de la bonne antiquité grecque. Vous ne la retrouverez, ni dans la forme générale des personnages, leurs attitudes, leurs costumes, ni dans celle de leurs chevaux, en général lourds et ronds, et qui n’ont rien de la finesse, de la légèreté , de l’éla.sticité et de la vie de ceux des bas-reliefs de la frise intérieure du Parthénon, et encore moins de ceux du fronton. Il y a dans tout cela quelque chose qui sent , en grande partie, si ce n’est tout à fait, son romain. Ce serait du moins une époque où l’art grec aurait bien dégénéré et où l’exécution, d’après des modèles bons sous plusieurs rapports, surtout sous ceux de la composition, était abandonnée à des artistes ou à des ouvriers, esclaves pris de côté et d’autre, qui travaillaient à la tâche, et n’avaient pour ainsi dire plus rien du sentiment qui avait inspiré et dirigé les bons sculpteurs grecs.
Mais revenons à nos combattans , l’Amazone qui est en avant du guerrier , l’épée à la main , en attaque un autre qui oppose son bouclier au cheval, et qui la tête sans casque et l’épée haute porte un coup à l’héroïne. Il est assez bien conservé; une autre Amazone le joint et le charge. Les costumes n’offrent rien de particulier; le cheval, dont la tête et la jambe droite de devant manquent, est d’un meilleur mouvement que celui de droite.
N° 3. Une amazone et deux héros à pied, pl. 117 G.
Ce fragment ne se raccorde ni avec ceux qui précèdent ni avec celui qui suit. 11 est assez bien conservé et il ne manque au premier Grec que le bras droit, dont il ne reste que la main et au second que l’avant-bras droit. Un héros, entièrement nu, va frapper de sa massue une Amazone à pied qui, ayant au bras gauche sa pella, bouclier échancré, lève le bras pour lui asséner un coup de sa hache, que le héros veut détourner de la main gauche. Devant ces combattans un autre guerrier , de même nu , était sans doute, d’après sa tête rejetée en arrière, aux prises avec une Amazone à cheval et qui appartenait à un autre fragment que nous n’avons pas. — [Long. o"’,98o.]
N° 4. Trois amazones à cheval, quatre à pied et trois Grecs,
même pl.
Ici la mêlée est plus chaude, les Amazones à cheval, à pied sont en plus grand nombre que les Grecs. Un guerrier à pied saisit une Amazone à cheval
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE DU MEANDRE. 1
qui a perdu ses armes : elle semble aux abois et tend inutilement son bras désarmé ; une de ses compagnes à pied la secourt et cherche à retenir le bras du guerrier près de la frapper. En avant du cheval , un Grec, nu , armé d’une pierre, lutte pied à pied contre une Amazone, leurs boucliers se choquent; auprès d’eux une héroïne , qui paraît blessée à mort, tombe en avant et est sur le point d’être renversée de son cheval, qui fait une pointe, par un Grec à pied couvert de son bouclier et qui, sans arme, lève le poing pour la frapper et achever sa défaite; il va lui-même recevoir un coup d’une guerrière qui fait cabrer son cheval et le lance contre le bouclier du héros. Ce groupe , de même que celui de l’Amazone précédente, est assez remarquable. Derrière celle-ci, deux autres de ses compagnes à pied sont occupées de quelques guerriers qui faisaient partie d’un fragment que nous n’avons pas. Toutes ces Amazones ont à peu près le même costume, la tunique courte à ceinture large, laissant les seins entièrement à découvert, et des brodequins qui ne montent qu’à mi-jambe. Il semblerait que la tunique est fixée à la large ceinture comme un petit jupon, car au-dessus on n’aperçoit pas que l’étoffe la dépasse. Deux des héroïnes, dont une a les jambes nues, ont des tuniques d’une autre espèce et qui, retenues par une agrafe sur l’épaule gauche, ne laissent qu’un sein à découvert ; leurs ceintures sont cachées et recouvertes par la partie supérieure de la tunique relevée et retombant sur le milieu du corps. Comme costume, on peut remarquer deux petites courroies àl’endromide de l’Amazone combattant corps à corps avec un Grec, elles servaient sans doute à dérouler et à relever cette bottine. Par la disposition de ses mains, l’amazone, à l’extrémité du bas-relief, semble combattre avec une pique ou un éfMeu. Le", chevaux que nous avons vus jusqu’à présent, n’ont qu’une espèce de bridon sans têtière. — [Long. 2™,o3o.]
N°5. Trois AMAZONES À CHEVAL, DEUX HÉROS À PIED, pl, 1 17D.
A gauche, un Grec nu, debout, s’efforce de retenir de la main gauche par la tunique, une Amazone qui, en fuyant vers la droite, lui porte un coup de sa bipenne (qui n’existe plus). La guerrière, dont la chevelure est bouclée, est en tunique courte, le sein droit découvert, ceinture au-dessous des seins; le haut de ses brodequins en peau découpée, retombe sur la jambe. Cette figure, ainsique son cheval, est assez bien conservée; la tête n’est pas mal, elle est bridée. Il manque au héros grec la tête et la moitié de la partie droite de la poitrine, ainsi que le bras droit, la cuisse et la jambe droite en entier; mais il en reste assez de la gauche pour pouvoir reconnaître l’attitude. En avant de l’Amazone, un jeune guerrier, les cheveux courts, bouclés, nu, sauf une petite chlamyde sur la poitrine et qui , tombant en avant, entoure le bras gauche, arrête de la main gauche, par la bride, une Amazone qui le charge et qui, portant en avant sa pelta, va lui asséner un vigoureux coup de sa bipenne. Cette arme n’est pas très-dégradée , et c’est bien la bipenne à deux tranchants. Le costume de l’Amazone est le même que celui de la précédente , elle a des manches courtes et les cheveux bouclés. Le cheval, en assez bon état, a du mouvement, il cherche à pointer et est retenu par le guerrier à pied : sa tête est surmontée d’une touffe de crins. L’.^mazone est bien posée et l’on voit qu’elle
pousse son cheval en avant. A la suite de cette guerrière, une autre, qui lui tourne le dos, avait à la main droite sa bipenne. La tête fièrement relevée, elle lance son coursier, à l’avant-main duquel il ne manque que la jambe droite; le costume est le même qu’à l’héroïne précédente. Deux bandelettes ou des courroies se croisant sur la poitrine, soutiennent la ceinture; la jambe droite del’Amazone n’existe plus , mais on en retrouve la direction. Ce groupe n’est pas en trop mauvais état, l’arrière-train du cheval est bien. Ce morceau finit-là et ne se raccorde pas avec le suivant; la moitié de la jambe gauche du cheval laisait partie d’un autre fragment que l’on n’a pas. [Long. 3,200™].
N" 6. Hercule eï deux am.azones, pi. 1 17 D.
Cette longue suite se composant de seize combattans est en sept fragmens.
Hercule, nu, debout, la tète couverte de sa peau de lion, qui se renoue sur la poitrine et autour du bras gauche , la massue à la main droite, arrête de la gauche, par les cheveux, une Amazone, rejetée en arrière, sur le point de tomber, et dont le cheval se dérobe sous elle; elle a déjà perdu sa bipenne, et sa peltc est à terre sous le cheval; de la main droite, elle semble s’attacher au flanc gauche d Hercule. On ne voit pas trop pourquoi, le cheval ayant la bride sur le col, retourne la tête d’une manière si forcée , peut-être est-ce l’effet d’une blessure qu’on ne voit pas. Dans les draperies de l’Amazone, beaucoup de travail au trépan n’indique pas une grande antiquité, et encore moins l’exécution d’un oiseau grec (6 a). On sait bien que, d’après Pausanias, l’on attribue l’invention du trépan à un Callimaque, architecte, sculpteur et même peintre, qu’on peut placer peu après Phidias , et vers 4oo avant notre ère. On n’ignore pas non plus que l’on a trouvé des sculptures grecques anciennes qui offrent l’emploi du trépan, mais cependant il ne paraît pas avoir été très en usage dans les bons temps de la sculpture grecque, et elle l’employait beaucoup moins que la sculpture romaine. En avant de cette héroïne à cheval, un jeune Grec à pied , debout, est vêtu d’une tunique très-courte , à petits plis réguliers , et que serre une ceinture en métal. Il est sans casque, ses cheveux bouclés sont assez longs , sa tête est d’un beau caractère; il est chaussé de hauts brodequins ; la cuisse et la jambe gauches manquent. Portant au bras gauche un grand bouclier argien rond, du bras droit il semble vouloir d’un coup de revers frapper le cheval qui vient à lui (6b); l’Amazone qu’on voit après, fond avec rapidité sur ce jeune guerrier, à la défense de sa compagne. Le cheval lancé, d’un assez bon mouvement, n’est pas en trop mauvais état, la tête, les jambes elle corps sont presque en entier; l’avant-main a pour fond un très-petit morceau de la frise, le reste est sur le fragment qui suit. L’Amazone a moins bien résisté au temps, tout y est presque fruste; le bas de la jambe et le pied gauches manquent, et d’ailleurs cette figure très-courte a toujours été mauvaise. Un petit morceau de ce fragment n’est pas le résultat d’une fracture, on dirait qu’il a été placé ainsi par une restauration ou par suite d’un manque du marbre; les deux côtés en sont bien parés et dressés. Cette Amazone est suivie de près par un Grec à pied qui nous tourne le dos , et qui , le bouclier rond en avant, et la main droite levée, va la frapper. On peut remarquer ici
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE DU MEANDRE. 1207
et dans toute cette longue suite de bas-reliefs, ce que j’ai déjà fait observer en rendant compte du sarcophage de Salonique, qu’il n’y a jamais entre ces combattans de coups portés ou atteignant la partie que l’arme menace. La tunique du héros laisse à découvert le haut du corps à droite, le large fourreau de son épée courte est suspendu à une courroie ou un baudrier. On voit à ce fourreau cette partie arrondie nommée par les Grecs mykes, champignon. La moitié antérieure ou tout le masque de la tète manque. Le guerrier est chaussé de hauts brodequins; le bras droit et la jambe sont conservés. Dans son intégrité, cette ligure, d’une belle proportion, devait être très-bien. Derrière ce héros, une Amazone à cheval, se précipitant au secours d’une de ses compagnes, se retourne en passant pour porter un coup à ce Grec: son costume n’offre rien de nouveau; quoique lourde et courte, cette figure est mieux que la précédente. Il est à regretter que le cheval ait perdu la jambe droite de devant et le bout du nez; il était bien et d’un bon mouvement. En avant du cheval et en étant déjà presque assailli, un jeune Grec, tête nue, cuirassé, levant le bras droit pour résister à cette attaque, tient de la main gauche, une Amazone, renversée à ses pieds, qui, la main et le genou gauches appuyés à terre, cherche de la main droite à se dégager de cet adversaire. Cette héroïne a la poitrine entièrement cachée par son peplus serré par une ceinture et qui recouvre une tunique plus longue que ne les portent d’habitude ces femmes guerrières. Tout ce groupe, en assez passable état, est d’un bon effet. L’Amazone qui suit, sur le point de tomber de cheval, a la tête rejetée en arrière; son bras droit abandonné, sans armes, ne pourrait plus s’en servir. Son cheval , bien ramassé, a du mouvement ; il se défend contre un guerrier à pied (6c) qui lui oppose son grand bouclier rond et va le frapper de sa lance ou de son épée. Son casque est sans cimier, sa cuirasse assez entière, sei’rée par uue ceinture, sur une tunique à petits plis, celle de la cuirasse, Yarmiîausa des Romains , recouvre une autre tunique courte que l’on retrouve à l’épaule ; elle est à manches courtes, et au-dessous, le bras est entouré d’un anneau, espèce de spinther ou de bracelet militaire. Ce guerrier a de hauts brodequins. La cuisse et la jambe gauches de derrière du cheval manquent. Dne autre Amazone, en partie couverte de sonbouclier, fond par derrière sur le Grec et est près de le frapper. On voit de quelle manière est ajustée la partie postérieure de sa chevelure, ce qui est intéressant pour le costume de ces intrépides guerrières, qui ont presque toutes la tête nue, et qui, au fort de la mêlée, n’ont pour armes défensives que leur bouclier , la pelta , qui se présente sous plusieurs formes, etpour attaquer que leur javelot, l’arc (une seule héroïne s’en sert) et leur légère double hache qui, même, en général, n’est pas double, et dont çà et là nous retrouverons la forme avec plus de précision. Ces observations ne sont peut-être pas sans quelque intérêt pour les artistes qui tiennent à l’exactitude du costume des Amazones ; et à la variété qu’ils peuvent y mettre. On peut faire remarquer le mouvement du cheval et que ses jambes détachées du fond sont mieux terminées que beaucoup d’autres. Dans le morceau qui suit (6 d), un jeune guerrier, nu, la tête découverte, armé de son grand bouclier, et se rejetant en arrière, va porter un coup à une Amazone qui, lançant son coursier, attaque par devant un
APPENDICE
autre Grec armé d’une longue pique ; la tête de l’héroïne conservée est bien , sa tunique à ceinture laisse à découvert le côté droit. Le premier guerrier, nu, est en bon état dans la partie gauche qui existe presque en entier; la moitié de la cuisse et de la jambe droites manquent, mais vm reste du pied en indique la direction : exécution très-grossière. (6. e.) Vient ensuite une Amazone qui, relevant de la main droite les rênes au-dessus de la télé de son cheval, et le pressant fortement de la jambe gauche portée très en amère, le précipite sur le Grec; elle n’a pour arme que son bouclier qu’elle pose sui la croupe de son cheval pour le mieux exciter. Cette héroïne est sur le point d’être frappée par le héros à pied qui la suit; il est casqué, vêtu de la cuirasse à bandelettes, à franges : le fourreau de son épée est placé très-haut sous le bras gauche , ainsi qu’on le voit à des héros d’ancien style. Le bras la cuisse et la jambe gauches n’existent plus. Ce casque, à mentonnière et à cimier bas, fait ressembler ce Grec à un soldat romain. (Ici le bas-relief est fracturé du haut en bas, et il y a une lacune. Voir p. 1206.) [Long, des sept fragm. 6"’,870.]
N° 7. Amazone à cheval, deux héros à pied; pi. 117 E.
Un guerrier en tunique, laissant nu le haut du corps à droite, les cheveux courts et bouclés, est assez bien conservé, la tête est d’une bonne expression. Il porte en avant son grand bouclier rond très-creux, et il en frappe le poitrail du cheval de l’Amazone , qui , fondant sur lui , retire très en arrière le bras droit pour le frapper. Cette figure très-courte n’a rien de particulier dans son costume. Au guerrier manquent la jambe droite et moitié de la cuisse; au cheval, les jambes du montoir; à l’Amazone la moitié de la jambe gauche. En arrière est un autre Grec, casqué, cuirassé comme le dernier du n° 6 e précédent de la pl. 1 1 7, E , si ce n’est que la cuirasse est fixée par quatre bandes ou ceintures qui, d’après le nœud qui les contient, devaient être en cuir. Il saisit par la bride le cheval d’une Amazone dont il ne reste que le bas de la jambe et le pied gauche; les deux tiers du cheval, n’existent plus, de même que la cuisse, la jambe droite et la moitié du bras droit du guerrier. On n’a pas la suite immédiate de cette partie des bas-reliefs qui termine cette série. [Long. i'",6io.]
N° 8. Amazone à cheval, deux à pied, deux Grecs; pl. 1 1 7 E.
Une Amazone, un genou en terre, se couvre de sa pelte contre un Grec, nu, casqué, son bouclier au bras gauche, et qui avance le bras pour la saisir. La tête de l’héroïne est fruste; son bonnet à fanons, le reste du costume comme à l’ordinaire : ce groupe est beau et plein de mouvement. Arrive une autre Amazone à cheval, armée d’une longue lance, au secours de sa compagne ; sa jambe gauche et celle du cheval, du même côte, manquent. Le dessin et le travail de ce groupe sont certainement très -incorrects ; mais il y a de l’action, et ce doit être d’après un bon original. En arrière, un Grec et une guerrière, à pied , se battent corps à corps; leurs boucliers se choquent, l’un et l’autre n’ont pas l’air très-animé, et on les croirait disposes a un accommodement plutôt qu’à un combat à outrance. La tête et le bras droit de 1 Ama-
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE DU MEANDRE.
zone manquent ; on ne voit que la bipenne qu’elle tient. Le héros a perdu la jambe et la cuisse gauches : ces figures sont moins bien que les trois précédentes. Ici, le bas-relief est interrompu; c’est l’extrémité d’une dalle, taillée droit et d’équerre, et ce n’est pas une fracture. [Long. i"’,790.]
N” 9. Deux amazones à cheval, trois à pied, quatre héros,
pl. 117 E,
Cette série comprend quatre fragmens, ou plutôt une longue partie de frise divisée en quatre parties par trois fractures , et où la composition n’est pas interrompue. Elle contient neuf combattans, dont deux Amazones achevai, une à pied combattant, deux à terre et quatre Grecs.
Un jeune héros, debout, en tunique, son grand bouclier au bras, va frapper, d’une sorte de massue en forme de marteau ou de hache, une Amazone renversée à ses pieds , et qui , le genou droit à terre , et s’y appuyant de la main droite , tend en arrière, de toute leur longueur, la cuisse et la jambe gauches ; la tête manque; traces du bras droit. Enveloppée de son manteau, ou voit qu’elle n’avait pas perdu tout espoir de repousser son ennemi. Dans son intégrité, ce groupe devait être beau. Ce bas-relief est un des plus terminés, et on le dirait d’une meilleure époque ou d’une main plus habile que les autres ; il y a moins de tenons; les jambes sont plus détachées du fond. A côté et à la gauche du guerrier, un vigoureux Grec, entièrement nu, et dont la tête, partie du bras gauche, la cuisse et la jambe droites ont disparu, semble avoir été sans armes, ni défensives ni offensives. 11 n’en saisit pas moins avec intrépidité , et en faisant surla droite une légère retraite de corps , labride du coursier d’une Amazone (9 a) qui, sans bouclier, le charge, une longue lance à la main. Son costume n’a de particulier qu’une écharpe, qui, flottant en arrière, indique la rapidité de sa course. On voit qu’elle avait de hautes bottines ; mais le bas de la jambe gauche et le pied n’existent plus, ainsi que la jambe de devant, au remontoir, la cuisse et la jambe de derrière du cheval. Ce groupe a dù être très-bien et comme le précédent. Vient ensuite un guerrier, tombé sur le genou droit, et qui, portant en avant la cuisse et la jambe gauches, l’épée à la main, couvert de son bouclier, qu’il serre contre son corps , se défend des attaques d’une héroïne, dont le cheval frappe, des pieds de devant, le bouclier du guerrier abattu , qui paraît blessé et hors d’état d’opposer une grande résistance. Sa tête 'Cst, en partie, fruste; mais on retrouve très-bien les détails de l’armure, l’épée courte, large et acérée, la cuirasse avec ses épaulières, le petit jupon tailladé et à franges , le baudrier et le fourreau de l’épée. Il manque la tête et presque tout le bout de devant du cheval de l’Amazone, qui, elle-même, est en très-mauvais état. Elle est courte et lourde ; ses longs cheveux sont tressés; et elle a pour arme une longue pique. Son manteau ou sa chlamyde retombe en arrière, et sa tunique a une manche au bras droit; sa jambe gauche et celle du cheval n’existent plus.
Une autre Amazone, ayant perdu ses armes, à genoux, le corps renversé en arrière, est traînée, par les cheveux, par un Grec, nu, ou dont la longue chlamyde sur l’épaule gauche, retombe sur le dos. 11 ne se sert
APPENDICE
pas de ses armes ; son épée est dans le fourreau. De la main droite saisissant le bras du guerrier, et le repoussant de la gauche, dont elle lui serre le côté droit, l’Amazone cherche à lui échapper. Sa tête est fruste; celle du Grec a disparu, de même que l’intérieur de sa cuisse droite, la cuisse et la jambe gauches. Son bouclier est remarquable : on voit qu’il était formé par une armature circulaire, soit en fer, soit en bronze, munie de traverses en croix, et il devait être recouvert de bois, peut-être d’osier tressé, que garnissait une forte peau de bœuf, renforcé de lames de métal ; tels que sont, dans Homère, les boucliers de la plupart des héros. On distingue dans celui-ci l’anse où passait le bras , et celle où s’engageait la main pour le tenir et le diriger. Une autre héroïne (9 b), dans le même costume que la précédente , chaussée de brodequins en peau, dont le haut découpé se rabat sur la jambe, va, d’un coup de revers de sa hache à crochet, frapper le guerrier. Elle n’a plus de tête ni de bras , ni cuisse , ni jambe gauches. Ce groupe , de trois figures , devait être bien; et parmi ces bas-reliefs, c’était un de ceux de la meilleure époque. Ici cette série est interrompue par une fracture. Je ne sais trop à quelle cause attribuer le ton doré qu’a pris le marbre de quelques-uns de ces basreliefs ; mais j’ai remarqué qu’en général c’étaient ceux qui étaient le mieux. J’avais d’abord cru que c’était une couleur ou un reste d’une sorte d’encaustique; mais en examinant de très-près , j’ai reconnu que ce n’élaient que de petits lychens jaunâtres, qui, peut-être, se sont attachés à une qualité de marbre plutôt qu’à une autre. Cela peut provenir aussi de la nature des marais où ces marbres gisaient. Ces bas-reliefs n’étant pas tous dans l’ordre qu’ils pourront recevoir un jour, il est dilFicile de les désigner d’une manière positive, surtout lorsqu’ils ne se rattachent à aucune série de ceux que l’on a pu remettre ensemble ; mais je tâcherai que la description, peut-être minutieuse, que j’en donne, puisse servir à faire reconnaître ceux qui se trouvent ainsi sans accompagnement, isolés, et qui, souvent, sont les plus remarquables. [Long, totale — 3"‘,5qo.]
N° 10. Amazone RENVERSÉE DE cheval par un Grec, pl- 1 1 7 E.
Un jeune héros nu , aux formes herculéennes, mais lourdes et écrasées, saisit en arrière, par les cheveux, une Amazone qui n’a plus la force de lui échapper; elle a perdu ses armes, son cheval fait une pointe, et elle est sur le point d’en être renversée. L’héroïne et son coursier sont assez bien conservés ; il ne manque , à celui-ci, qu’une partie des jambes de devant, à l’Amazone la moitié de la jambe gauche, et au Grec le côté gauche de la tête et le bras; son épée courte n’est suspendue à son flanc droit par aucune courroie. Ce bas-relief, fort mauvais, est certainement de la seconde époque de ces sculptures. On a déjà pu remarquer le peu de courtoisie de ces héros , qui saisissent presque toujours aux cheveux leurs belles et fières ennemies. C’est ainsi que des basreliefs et des peintures de vases offrent le bouillant et féroce Achille traînant à l’autel, pour l’égorger, la douce et intéressante Polyxène; et Ajax traite de même, pour l’accabler du dernier outrage, l’infortunée Cassandre. Ces héros homériques , peu galans , ne ressemblaient guère à nos preux chevaliers , et une Ibis l’épée à la main ils ne respectaient plus rien. [Long. i"’,2 5o.]
BAS-RELIEFS DE MAGNESIE Dü MEANDRE.