L’ANCIENNE CIRTA
Le grand nombre d’inscriptions romaines que nous avons reçues de l’Algérie et qui nous en font espérer quelque nouvelle récolte, nous engage, avant de les produire , à dire quelques mots sur ces contrées et plus particulièrement sur la province de Constantine , qui nous les a en partie fournies.
Aux anciens temps, sous le nom de Libye, on rangeait tout le littoral du nord de l’Afrique, depuis le Nil jusqu’aux colonnes d’Hercule, et au sud elle franchissait la chaîne de l’Atlas et s’enfonçait dans le désert , qui portait encore au loin vers la ligne équinoxiale ce même nom d e Libye. La Mauritanie en faisait au nord une vaste partie entre les côtes delà Méditerranée et le mont Atlas, et des frontières de l’Egypte au détroit de Gadès. Ce pays des Maarasii ou des Mauri, fut ensuite, dans des temps bien postérieurs , sous la domination romaine impériale , divisé en Mauritanie tingitane et en Mauritanie césarienne. On y en ajoutait même une troisième, la Mauritanie silifensis, qui recevait ce nom de sa capitale, colonie romaine, Sitifis colonia, dont nous parlerons ailleurs. La Mauritanie comprenait les deux Numidies : à l’ouest celle des Massæsylii, qui fut le royaume de Siphax, et à l’est celle àesMassyïii, où régnait la famille de Massinissa , et qui avait pour limites le fleuve Ampsaga, aujourd’hui Ouedjim-el-Kihir, la grande rivière, qui se jétte dans la Méditerannée à l’ouest du cap Bougiaron ou les Sept-Caps , et du golfe de Stora, après avolrporté , pendant une partie de son cours , le nom de Rummel (le Sufmar ou Saf-jim-mare des Arabes et de Léon l’Africain). Près et au nord du confluent de cette rivière torrentueuse, et qui, de même que les autres, n’a jamais dû être navigable, et du Oued-Boumerzoug , qui vient s’y joindre du sud-est, un plateau de rochers élevés, à l’extrémité de vastes plaines , de la plus grande fertilité, était située, dans une position regardée comme imprenable, la ville de Cirfa, dont la fon-
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dation remontait probablement aux temps reculés où les Phéniciens, occupant la plus grande partie des côtes delà Méditerranée, fondèrent un nombre considérable de villes. Mais plus tard nous reviendrons sur Cirta, aujourd’hui Constantine, et sur quelques autres villes de sa province. Ce que nous savons de l’ancienne histoire de toutes ces contrées du nord de l’Afrique est consigné dans Tite- Live , Salluste, Sirabon, Tacite, Appien. Ils entrent dans assez de détails historiques, mais ce qu’ils nous apprennent des villes en particulier se réduit à de bien faibles documents. C’est tout au plus si la plupart de celles dont nous avons des inscriptions se trouvent indiquées, et seulement en quelques mots : du reste, le silence des auteurs anciens est absolu sur ce qui concerne ces cités, qu’il serait intéressant de connaître. Ces places, souvent si importantes, et qui, lors des guerres de Numidie, ont lutté avec tant d’énergie et de ténacité contre la puissance romaine, avaient quelque droit d’espérer que l’histoire ne s’en tiendrait pas avec elles à une simple mention honorable.
Il est à regretter que ce que nous pouvons recueillir des auteurs arabes , plus abondants en détails , ne date que des temps où les villes de Numidie, déchues de leur antique prospérité, n’en conservaient plus que des débris, brillants témoignages, il est vrai, de leur splendeur, mais bien loin de ce qu’auraient pu nous transmettre les anciens. Et cependant, Bekri etÉdrisi, au xii' siècle, et surtout Léon, surnommé l’Africain, bien qu’il fût Maure de Grenade, savant voyageur au xvi' siècle , du temps de Jules II et de Léon X, se font lire avec quelque intérêt. Ils nous ont conservé, sur le nord de cette partie de l’Afrique, des documens que l’on ne trouve pas ailleurs.
Ces documens ont été de la plus grande utilité au docteur Thomas Shaw, de Kendal, dans le Westmoreland , chapelain de la factorerie anglaise, savant philologue et botaniste, à qui un séjour de douze ans à Alger, de 1720 à 1782, et dans toutes les parties de la Numidie, de la Syrie et de l’Egypte, qu’il parcourut dans tous les sens , offrit les moyens de recueillir une foule d’observations intéressantes sur les villes dont il nous donne la description, suivie de cartes et de quelques dessins de monumens. Ce sont les sources les plus abondantes et où l’on puisse puiser avec le plus de confiance la connaissance de l’état ancien et moderne de ces antiques contrées. Mais, cependant, il convient de faire observer que ce qu’il rapporte de la province de Constantine, qu’il reconnaît n’avoir pas visitée, n’est pas de lui, mais de Sanson, chirurgien hollandais du bey de Constantine , et qui fournit à Shaw de très-bons renseignemens. Le savant docteur eut encore de grandes obligations au P. Ximenès, avec lequel il fit quelques excursions, et aux manuscrits de Peysonnel, qui voyageait en même temps que lui dans les régences d’Alger et de Tunis , et dont il dut la communication à l’obligeance du savant botaniste Bernard de Jussieu. On ne trouve dans Shaw, pour la province de Constantine, qu’une trentaine d’inscriptions , la plupart très-courtes et de peu d’intérêt. Il n’y en a aucune des nôtres, ni même des villes quelles citent, excepté une de Rusicada, la Philippeville actuelle (1).
(1) La traduction française de cet ouvrage anglais a été publié, en j vol. in-4°.
Peyssonnel (1) , médecin et consul de France à Smyrne, et associé de l’Académie des inscriptions et belles-lettres , dans le même temps que Sbaw, en 1 yaA et 1725, se livra avec succès aux mêmes recherches. Il nous a laissé dans un recueil de lettres, publié avec le Voyage (en 1783-1786) de Desfontaines, savant botaniste, médecin et de l’Académie des sciences, par M. Dureau de la Malle , de l’Académie des inscriptions , des notions très-précieuses dans lesquelles sont relevées quelques méprises des voyageurs qui l’avaient précédé.
C’est à l’aide de ces documens et de ce que nous trouvons dans les anciens, que M. Dureau de la Malle, en les comparant, avec une grande sagacité et une saine critique, aux rapports de nos ingénieurs et des officiers de l’état-major, nous a donné sous le titre modeste de : Recueil de renseignements sur la province de Constantine , un volume très-intéressant, où ce savant rapporte et discute, sous plusieurs points de vue exposés avec ordre et clarté , tout ce qui concerne
cette belle partie de nos conquêtes de
en 1743, à la Haie, chez Beaulme : Voyages de M. Shaiv dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, etc,, Alger, Tunis, Syrie, Egypte, Arabie Pétrée, avec des cartes et des figures.
(1) Jean-André Peyssonnel , d’une famille distinguée, fils de Charles Peyssonnel, médecin d’un grand talent, naquit à Marseille, le 19 juin 1694. Dès sa jeunesse, il développa dans ses études chez les pères de l’oratoire de Marseille, et peut-être depuis à Paris, le goût le plus vif et les plus grandes dispositions pour l’histoire naturelle, et surtout pour celle des productions marines regardées longtemps comme végétales, de la famille des coraux, étude dans laquelle ses recherches, ses observations et sa sagacité devaient un jour lui faire faire de si importantes découvertes. A vingt-six ans, déjà médecin, il partagea, dans l’horrihle peste de Marseille, le dévouement de son père , âgé de quatre-vingts ans, et qui , noble émule de l’immortel Belzunce, fut, comme lui, victime des soins qu’il prodiguait aux malheureux dans l’hôpital de la Charité, où, s’étant enfermé, il courut les mêmes dangers et s’associa à leur sort. En 1728, André fut nommé correspondant de l’académie des sciences. Il reçut, en 1724, l’honorable et périlleuse mission d’un voyage scientifique en Afrique. Ce fut l’abbé Bignon, conseiller d’état, qui, connaissant ses talens et son zèle.
la régence de l’Algérie. Cet ouvrage,
obtint du roi de la lui confier. En 1724 et 1726, les nombreuses excursions de Peyssonnel lui offrirent une ample récolte d’observations sur la géographie, l’histoire, les antiquitéset l’histoire naturelledes contrées qu’il parcourut, de Tunis à Alger. Il est à regretter que la plus grande partie de ces précieux documens aient été perdus, de même qu’un grand nombre de cartes et de dessins de monumens. A son retour d’Afrique, Peyssonnel, en 1726, contribua fortement à la formation définitive de l’académie de Marseille, à laquelle il fournit de nombreux et excellons me'moires d’histoire naturelle, et, en particulier, sur les coraux, crus jusqu’alors des plantes pierreuses, et dont, après beaucoup d’expériences et de luttes contre les anciens préjugés , il parvint enfin, en 1741, à l’aide du profond savant Bernard de Jussieu, à faire reconnaître la véritable nature, celle des polypiers. .Avant cet heureux résultat, qui s’était fait bien attendre , Peyssonnel , envoyé comme médecin royal à la Guadeloupe , en 1733, entretint une active et savante correspondance avec l’académie de Marseille, qui a publié un grand nombre de ses mémoires ; depuis , il en adressa beaucoup aux académies de Montpellier, de Rouen , et à la société royale de Londres , dont il était associé, et à Chirac, surintendant du jardin du roi, qui malheureusement, de même que l’abbé Bignon, perdit la plus
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appuyé des indications de tous les auteurs qui ont écrit sur celte contrée, est d’une grande utilité pour ceux qui voudraient entrer plus avant dans les détails sur tout ce qui regarde la province de Constantine.
Nous avons aussi trouvé, pour le peu que nous avons à exposer sur les différentes villes de celte province, de grandes l’essources, sous le rapport des monumens et des inscriptions, dans des notes et de nombreux dessins, qu’avec une extrême obligeance, amis à notre disposition, M. de la Mare, capitaine d’artillerie, membre de la commission scientifique de l’Algérie. Un séjour de six ans à Constantine lui ayant offert les occasions de fréquentes excursions dans tout le pays, il a été, autant que personne, à même de le bien connaître, et comme il a su joindre de bons dessins à ses observations, j’ai eu fort à me féliciter de sa complaisance à me les communiquer. Ces dessins ne sont souvent que des croquis, qu’il n’a pas toujours été très-commode de prendre, vu l’état hostile du pays et le peu de sûreté des excursions, et il fallait pour ainsi dire tenir son
grande partie des lettres et des mémoires de Peyssonnel. M. Bureau de la Malle a rendu un véritable service à la science en réunissant, avec grand soin, tout ce qu’il a pu retrouver des lettres manuscrites et d’autres écrits épars de ce savant voyageur, et en les publiant, en i838 , avec le voyage du savant botaniste Desfontaines, qui parcourut plus tard les mêmes contrées que Sbaw et Peyssonnel. Sur dix-buit lettres à l’abbé Bignon et à Chirac, il en a été retrouvé douze avec six dessins, il est vrai assez médiocres , mais il paraît qu’il en avait fait un grand nombre que le comte de Caylus cite avec éloge. C’étaient, au reste, les premiers qui eussent représenté ces contrées, mais il est probable qu’ils avaient été remis au net par quelque bon dessinateur, car ceux de la main de Peyssonnel sont, dit-on, exacts, mais grossièrement faits.
Feu M. J. B. Eyriès, de l’.Académie des inscriptions, si avantageusementconnu par ses travaux sur la géographie et ses excellentes traductions de voyages et de mémoires en langues étrangères, a contribué à la publication de M. Dureau de la Malle , en lui donnant six dessins et la huitième lettre de Peyssonnel. Mais ce savant doit surtout beaucoup à M. Adrien de Jussieu , qui, de la manière la plus obligeante, lui remit douze lettres qu’il avait trouvées dans l’héritage de Bernard de Jussieu.
Les lettres de Peyssonnel, malgré le peu
de soin et l'incorrection de son style, sont d’un grand intérêt pour la science, l’histoire naturelle, la géographie et la topographie, et, comme il donne ordinairement les relèvemens des endroits qu’il visite et leurs distances des uns aux autres, ils ont dû être très-utiles pour dresser, en les discutant avec d’autres, la carte de ces contrées. Il ne faudrait pas se fier à Peyssonnel lorsqu’il fait quelque excursion dans le domaine de l’histoire ancienne : il y est très-inexact, et on y trouve de singulières bévues; mais M. Dureau de la Malle les a relevées dans ses notes. Peyssonnel décrit, à ce qu’il paraît, avec exactitude les monumens, et il en donne plusieurs sur lesquels, malheureusement, il n’y avait pas grand chose à dire. Il dut rapporter un grand nombre d’inscriptions ; je n'en trouve pourtant que cent huit dans les lettres publiées; une douzaine sont assez grandes, et plusieurs ont de l’intérêt. Il n’y en a aucune de celles que nous avons reçues de la province de Constantine et que je publie. Ces inscriptions de Peyssonnel ont été très-utiles à Shaw et à Mafifei dans son Muséum Veronense. Il parait qu’ayant eu quelque désagrément de la part de ses correspondans, et même de plusieurs académies, Peyssonnel ne revint jamais en France, et qu’il resta aux colonies. On a placé sa mort en 1749, mais, d’après M. Dureau de la Malle, il est à croire qu’il mourut en 1769.
INSCRIPTIONS DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE. 125l
crayon d’une main et son épée ou son pistolet de l’autre, ce qui rappelle M. Denon dessinant et prenant des notes au galop et sous la fusillade des Bédouins. Les dessins de M. de la Mare, largement et prestement faits, portent un grand caractère d’ exactitude, et l’on doit espérer qu’ils serviront à produire un ouvrage très-intéressant. Lorsqu’il a pu mettre à profit son temps d’une manière plus calme, M. de la Mare ne s’est pas contenté de croquis, il a dessiné beaucoup de vues très-pittoresques, des détails curieux, des bas-reliefs, des ornemens , des cippes, des plans géométriques et perspectifs, des élévations , des coupes , même des vues panoramiques énormes et dont plusieurs ont plus de douze pieds de long. Il a de même rapporté d’immenses et curieuses mosaïques, dessinées, lavées en couleur, et au huitième de la grandeur des originaux. Tous ces dessins ont le cachet de l’artiste et d’une grande facilité de main ; ils donnent parfaitement l’idée du pays et des habitans qu’offrent des scènes saisies en quatre coups sur nature. Il faut avouer qu’en général tous ces monumens, de la plus grande médiocrité, sont loin de donner une haute idée des arts de ces contrées. Mais ce n’est pas la faute de M. de la Mare, et on a plutôt à le plaindre qu’à lui reprocher de n’avoir eu à s’exercer que sur d’aussi pauvres débris: il nous les fait connaître avec exactitude, c’est tout ce qu’on pouvait lui demander. Il est peu d’artistes de talent qui ne signassent avec plaisir ces dessins pochés en couleur, et où la promptitude ne nuit pas à la fidélité qu’ils semblent offrir. L’on voit que M. de la Mare , que sa trop grande modestie empêche de se mettre en avant et de se produire, se montre, dans tout ce qu’il a apporté en grande quantité, comme officier d’artillerie pour les plans et la rectitude des lignes et les mesures , même celle des lettres et des inscriptions; et, sous le rapport de l’architecture, il rend très-bien les monumens et leurs détails, les bas-reliefs et la partie ornementale fruste. Comme dessinateur, il donne une idée juste du pays et le meuble de figures très-bien croquées , et en vérité ce serait un meurtre et un grand tort envers des pays qui nous coûtent tant d’hommes et de millions, si cette immense suite de dessins d’un officier si soigneux observateur, et que rien n’a arrêté dans ses recherches , n’était pas reproduite, au moins en grande partie, par la gravure et par la lithographie , et si le Gouvernement n’en faisait pas un corps d’ouvrage qui , bien exécuté , serait d’un grand intérêt sous plusieurs points de vue. Si le Gouvernement avait l’intention, dont on lui saurait grand gré , de faire faire de nouvelles fouilles dans ces contrées, ou de profiter de celles qu’y ouvrent sans doute, chaque jour, les travaux des fortifications, des routes, des canaux, et des établissemens publics, il trouverait tout prêt, et ayant déjà donné des preuves nombreuses et suivies de son Intelligence et de son zèle, dans M. de la Mare, un officier, auquel, sans avoir à craindre la moindre apparence de vues intéressées et de charlatanisme, que l’on ne rencontre que trop souvent, même dans des voyageurs en grand crédit, il pourrait, en toute sûreté, confier les travaux des recherches les plus importantes.
Dans ses copies d’inscriptions, M. de la Mare dispose avec soin les lettres comme sur les pierres , et elles sont tracées avec leurs proportions entre elles , leurs mesures , et ie fac-similé de leurs formes. J’ai pu avec un vrai plaisir en
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vérifier l’exactitude sur un bon nombre des inscriptions qui font aujourd’hui partie de notre Musée des antiques. Les dessins de cet ofiicier m’ont été de la plus grande utilité, et je les ai comparés avec les pierres et les excellentes copies que m’en a faites avec une grande dextérité et l’habitude de la science épigraphique, M. Fossati, habile antiquaire , et bien connu à Rome et en Italie pour les fouilles remarquables qu’il y a faites et par sa collection de vases ilalogrecs et d’antiquités. Ce sont ces copies , qu’après les avoir revues de la manière la plus scrupuleuse, j’ai fait graver avec le plus grand soin par M. Victor Texier, au talent et au zèle persévérant duquel mon ouvrage doit beaucoup. Ces vingt planches d’inscriptions nouvelles vont faire suite aux soixante-deux que j’ai déjà données dans cet ouvrage, aussi me fais-je un plaisir et un devoir de remercier iciM. de la Mare, M. Fossati et M. Victor Texier, pour le service qu’ils m’ont rendu (1).
ADMINISTRATION DES VILLES MUNICIPALES ET DES COLONIES ROMAINES EN AFRIQUE.
On voit, par les dénominations et les attributions des magistrats et des autres fonctionnaires chargés de l’administration des colonies et des villes municipales, qu’elle était , pour ainsi dire , calquée sur celle de Rome , et que c’était le même système de gouvernement réduit à de plus petites proportions. On la retrouve dans les parties de l’Afrique septentrionale soumises aux Romains , comme dans les contrées de l’Italie où ils avaient établi des colonies ; ainsi , parler de celles-ci , c’est traiter ce qui à rapport aux villes africo-romaines. Pour entrer dans quelques détails, les plus succints qu’il me sera possible, c’est à l’important et intéressant recueil d’inscriptions latines par M. Orelli que j’aurai le plus recours et que je suivrai pour guide ; on ne peut en avoir un meilleur, et d’autant plus que sans cesse il s’appuie des excellentes dissertations du savant philologue Hagenbuch, si versé dans la science épigraphique et dans tout ce qui concerne l’administration romaine. Ces secours, réduits à de justes proportions , peuvent dispenser de consulter sans cesse de volumineuses collections d’inscriptions, qui ne donnent que plus de détails, sans ajouter beaucoup au fond, et auxquelles, d’ailleurs, on peut recourir, par le soin qu’a pris M. Orelli d’indiquer les localités des inscriptions et les sources où il les a pulsées. Le Manuel d’antiquités romaines, par Alexandre Adam, recteur des hautes écoles d’Edimbourg, traduit en allemand (2 vol., 2° éd., 1794), par Jean-Léonard Meyer, quoique peu volumineüx, est d’une grande utilité et très-commode pour faire connaître l’administration municipale des Romains. En Italie, et dans les provinces de la domination romaine, il y avait trois sortes de villes, dont l’administration, sur les mêmes bases que celle des Romains et portant les mêmes dénominations, offrait cependant quelques différences,
(1) Je dois prévenir ici que la pagination 7 pages de texte et d’inscriptions additionde ces nouvelles planches ne commence nelles ont suivi cette pagination jusqu’à la qu’à LXXI , quoique la suite des anciennes planche LXIX, et que le verso hlanc compte se termine à LXII , par la raison que pour la planche LXX.
telles qu’elles devaient exister entre le gouvernenaent de villes de second ordre, ou de petites villes . et celui de la maîtresse du monde ; ces villes avaient l’administration romaine pour ainsi dire en miniature. Il y avait aussi des différences entre elles pour leurs droits de bourgeoisie ou de cité romaine , dont elles ne jouissaient pas toutes au même degré. Ces villes se classaient sous les titres de colonies , de municipes , manicipia , et de villes fédérées , urhes fœderatæ. Un mot sur chacune de ces classes les fera distinguer.
Les colonies fondées par les Romains, qui en envoyaient dans tous les pays de leur domination, l’étaient par des populations envoyées de Rome ou de l’Italie, pour s’établir dans les diverses contrées d’Italie, et partout ailleurs où la victoire et les traités avaient conduit les aigles romaines. Ces colons, ayant ordinairement à leur tête des triumvirs chargés de la répartition des terres qui leur étaient destinées [triumvin coloniæ deducendæ agroqae dividendo, T.-Liv., 1. VIII, 1 6) , marchaient comme des troupes et enseignes déployées {sah vexillo) ; tout chez les Romains prenait un aspect guerrier. Arrivés à leur destination , et le terrain qu’ils devaient occuper leur étant assigné, la grandeur de la ville à fonder était déterminée. Celui qui devait en jeter les fondemens, accompagné des futurs habitans, et sa toge relevée et serrée aiutour du corps, à la gabienne, après avoir pris les auspices et offert des sacrifices avec des cérémonies solennelles et en partie étrusques , souvenirs de l’origine de Rome , traçait avec une charrue , attelée d’un taureau et d’une vache , un sillon , ainsi que Romulus l’avait pratiqué pour la ville, probablement étrusque , qu’il renouvelait et dont il devenait le second fondateur : c’était l’enceinte sacrée des murailles. On avait eu soin, aux endroits destinés aux portes, de soulever et déporter quelques instans le soc d’airain delà charrue, sans labourer le sol, les ouvertures des portes n’étant pas considérées comme sacrées. La terre, à mesure qu’elle était enlevée du sillon, était rejetée du côté de la ville par les colons qui suivaient le triumvir laboureur. Après cette cérémonie, le taureau et la vache qui y avaient figuré étaient les premières victimes immolées ; c’était sans doute un honneur et , après avoir tracé ce sillon sacré , ils ne pouvaient plus servir qu’à être offerts aux dieux. 11 était interdit de fonder ainsi une nouvelle colonie dans une ville qui déjà en avait une; mais on pouvait augmenter le nombre des habitans. Les colonies, filles de Rome, étaient soumises à ses lois et en recevaient leurs magistrats et les bases de l’administration. Les habitans étaient citoyens romains; mais, cependant, il n’est pas certain, qu’ils jouissent entièrement des mêmes droits que les citoyens habitans de Rome , et qu’ils y eussent celui de suffrage et fussent aptes à y remplir tous les emplois du gouvernement, ou du moins, parmi les colonies, y en avait-il de mieux traitées que d’autres. Aussi perdait-on une partie de ses droits, lorsque, d’une colonie entièrement formée de citoyens de Rome , on passait dans une qui l’était de peuples latins, et encore plus si elle l’était d’autres contrées de l’Italie jouissant de moindres droits.
Les municipes, manicipia, étaient des villes qui, sous la domination romaine, avaient conservé leurs lois , leurs magistrats et leurs privilèges. Elles avaient la liberté d’accepter ou de refuser les lois romaines. Les citoyens de condition libre de ces villes jouissaient, en grande partie, des droits de bourgeoisie ro-
maille, étaient susceptibles de certains emplois publics à Rome, et surtout de places militaires, munera, mania, d’où vient le mot municipium : qaod münia aut MüNERA capere poterant. Cependant, à Rome, à moins qu’ils ne s’y établissent et qu’ils n’en devinssent des cives ingenui , de véritables citoyens , les municipes ne jouissaient pas de certains droits , n’appartenant proprement qu’aux citoyens de Rome, aux quirites. Ils avaient bien le droit de cité, jus civitatis, mais non celui des quirites, jus quiritium, qu’ils ne pouvaient acquérir qu’en établissant leur domicile à Rome. Seulement, alors, leur droit de bourgeoisie était complet, et ils avaient celui de suffrage pour les élections des magistrats et pour tout ce qui concernait le gouvernement, ce qui n’était pas accordé indistinctement à tous les municipes , et l’on n’acquérait cet honneur que par des services importans rendus à la république.
Les villes fédérées , unies, urles fœderatæ , n’étaient ni colonies, ni municipes; elles étaient entièrement libres, mais cependant sous la condition de quelques services, auxquels elles étaient tenues envers les Romains : telles étaient Capoue, Naples, Tarente, Tibur et Præneste.
Quoique les dénominations et les attributions des magistratures des colonies et des municipes fussent à peu près les mêmes qu’à Rome, il n’est nullement certain qu’ils eussent des consuls , bien que l’on pût le supposer d’après quelques inscriptions. Mais , M. Orelli pense que souvent COS , abréviation du mot consul, a pu être mal lu, au lieu de CES, censeur. Ces villes purent aussi vouloir faire croire qu’elles avalent des consuls comme à Rome. Si ce sont des consuls de Rome, dont les noms auraient servi de date aux inscriptions, il y en aurait un très-grand nombre qui ne se trouvent pas dans les fastes consulaires. Sous l’empire, où le consulat n’était qu’un vain titre, et où quelquefois on a nommé un grand nombre de consuls dans une année, dans un mois, et même dans un jour, les consuls éphémères de ce genre, dont les noms n’étaient pas portés dans les fastes, ne pouvaient servir à désigner régulièrement les années. Au reste, Reinesius et le savant Marini regardent comme faux tous ces consuls des colonies et des villes municipales. Cependant, au numéro 8777 du recueil d’ Orelli, on trouve un consul de Catane, qui lui paraît être certain, à moins que sur la pierre il n’y ait eu CENSor au lieu de CONSul.
Il est assez singulier qu’il y ait moins de doute sur la charge suprême de dictateur, dont le pouvoir absolu, sans contrôle, absorbait tous les autres, et il paraît que des colonies et des municipes se sont donné des dictateurs. On en trouve un n° 2298 d’Orelli, dans le municipe d’Albano, auquel on donne en même temps le titre de magister pablicas haruspicum, maître public des haruspices. Une inscription (Orel. 208) de la ville municipale de Camalodunum, Colchester dans la Grande-Bretagne , cite un GN. MVNATIVS A’VRELIVS BASSVS, de la tribu romaine palatine, qui, parmi la foule de ses titres et de ses hautes fonctions, a le titre de dictateur pour la 4° fois. N° 4oi6, il y a à Narbonne un dictator in judiliciis. Orelli croit qu’au mois de juin on y célébrait des nundines, espèces de foires, et qu’on nommait un dictateur pour y présider, probablement pour avoir tout pouvoir de maintenir la tranquillité dans ces nombreuses réunions de peuples divers. Ce serait un dictateur d’une
espèce toute particulière. Dans les Atti arvali de Marini (I, p. 2 24; Orelli, n° 3796) , on trouve un dictateur à Lavinium, et l’on voit que l’empereur Trajan ne dédaigna pas d’accepter le titre de dictateur de la petite ville à'Aricia, Laricia, près de Rome, et on le lui donne dans une belle inscription en honneur de Vesta et de Diane Nemorensis , ou des forêts. Sous l’empereur Galien (Orel., n°ii2), on trouve un dictateur et même un sénat dans le petit municipe de Fidenæ, ancienne ville latine des environs de Rome.
On ne trouve jusqu’4 présent ni consuls , ni dictateurs , dans nos inscriptions des colonies et des villes municipales de la province de Constantine, mais elles présentent la plus grande partie des magistrats et des fonctionnaires de diverses classes de l’administration romaine , sur lesquels nous allons offrir quelques détails.
Le titre de décurions ne vient pas, comme on pourrait le croire, de ce qu’ils formaient un conseil de dix personnes, car souvent il y en avait un nombre beaucoup plus grand; mais de ce que, lors de l’établissement d’une colonie ou d’un municipe, on lui formait un grand conseil, une sorte de sénat, de décurie , en prenant un sur dix des hommes de condition libre , d’un âge apte à l'emplir des emplois. Ainsi, le nombre des décurions dépendait du plus ou moins de population de ces villes. D’après la belle inscription sur une table de bronze découverte à Canosa , en iGyb (Orel., II, p. ibg), on y comptait cent soixante-quatre décurions, ce qui indiquerait, à un décurion pris sur dix personnes libres, au moins mille six cent quarante électeurs et éligibles, parmi lesquels étaient trente et un patroni, probablement les plus anciens sénateurs; huit paironi chevaliers romains , qui faisaient partie de la colonie. Parmi ceux qui, dans ce beau monument épigraphique, sont nommés comme électeurs des décurions de Canosa, et, il en était de même sans doute dans les autres colonies , on voit sept quinquennalicii qui avaient occupé des places quinquennales ou de cinq ans, quatre adlecti, ou agréés aux quinquennaux; trente-trois duumviralicii, qui avaient été duumvirs; dix-neuf ædilicii, qui avaient été édiles; neuf quæstoricii, anciens questeurs. Les pedani ou pedarii, agrégés, étaient sur la liste , mais n’avaient pas encore eu de hauts emplois, et les preeteætaü, jeunes gens portant encore la prétexte, étaient trop jeunes pourexercer,et il est probable que, s’ils assistaient à ces élections des décurions, ils ne donnaient pas leurs voix.
Decuriones, décurions : c’étaient les premiers magistrats des colonies et des municipes, aussi les trouve-t-on intitulés principes civitaiis, les premiers de la ville (Orel., 3768, Sybg) , ou principales viri , SqQo ,d>'j6i;primarii viri civitatis , 23762, ou primates, 2026. Il est à croire que c’était l’ensemble du corps des décurions, sur lequel on en choisissait un certain nombre appelés à diverses fonctions et auxquels les inscriptions donnent le titre de splendidissimus , amplissimus ordo. Souvent même un seul de ces mots ordo , ou l’un des deux autres , suffisait pour désigner et faire reconnaître l’ordre, le corps des décurions, sans qu’il fût besoin d’énoncer ce titre. (Voy. Orelli, n°’ 3677, 3690, 3701, 3722, 3723, 3725, 3726, 3730.) Il paraît qu’à des époques antérieures à celles des colonies envoyées par Rome, les magistrats nommés depuis décurions portaient le titre de curions, comme membres de la curie ou du sénat. Aussi le
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titre de curialis, plus ancien que celui de décurion, se trouve-t-il plus rarement (Orel.,3354, 3729), et il indique que le personnage qui en avait été décoré avait rempli des places sénatoriales ou curiales, et il répond à celui de décurion. On ne trouve cependant pas, d’une manière positive, qu’un décurion prît le titre de sénateur (Orel., 3735) ; mais il semblerait, d’après une inscription de Sinigaglia, un peu douteuse, il est vrai, qu’en certaines colonies le corps des décurions s’est intitulé patres, comme les sénateurs romains (Orel., 3736). A Naples, en Corse, à Lanuvium, à Nola, à Tibur et à Sagonte, les décurions étaient nommés sénateurs (Orel., 4o3i ). On voit dans le même recueil, n° 2258, un curion qui, après avoir rempli toutes les hautes charges de sa colonie, avait été admis dans le sénat de Rome par l’empereur Adrien. C’étaient les décurions qui nommaient, même sous les empereurs, à la plupart des places, et surtout à celles qui tenaient au régime administratif intérieur de ces villes, qui avaient leurs lois et leurs usages particuliers. A eux appartenait d’admettre de nouveaux citoyens dans les municipes, et ils leur accordaient divers degrés de bourgeoisie, car on mettait une grande différence entre les anciens coloni ou les municipes ingenui et ceux qui y étaient admis, et qui n’étaient que des incoîæ,adlecti, ou inquilini coloni adscripti (Orel., 3703, 6707, 3712, 8730). Il paraît même qu’il y avait souvent quelque différence entre les municipes habitant la ville intra muros, intramurani, et ceux qui étaient hors des murs (Orel., 8706). Les incolæ pouvaient , probablement après un certain temps de domicile , parvenir aux places municipales, ce qui leur était accordé par un décret des décurions (Orel., 3709). Ces premiers magistrats nommaient les pontifes; on voitque leur juridiction s’étendait sur la religion (Orel., II, p. 189 ; voy. aussi Spon, Mise., p. 280).
D’après une inscription (Orel., on pouvait avoir été décurion dans
plusieurs municipes. Une belle inscription d’Afrique (Orel., 629) montre qu’on pouvait l’être à la fois de deux municipes , probablement très-petits et très-voisins, et on voit Q. Gargilius, décurion de la colonie Aaziensis [Auzia, Snus-Guslau, à environ 33 kil. 8 lieues et demie de Sétif.) et delà Ruscuniensis, et patron de la province , la plus haute fonction que l’on pût obtenir. Il paraîtrait aussi que les places de décurions s’achetaient, puisque, dans une inscription dePompéi (Orel. 8746), on accorde cet honneur gratis à NumériusPopidius Celsinus, qui avait relevé le temple d’Isis, renversé par un tremblement de terre, et une autre inscription de 53o admet gratuitement C. Cœlius Anicétus à l’honneur du décurionat, honorem decurionatus gratuitum. J)ans une inscription à C. .Cœlius Anicétus, jeune homme mort à 28 ans, de Gabies (Orel., 8741), il est question d’un père des décurions; mais ce savant ne pense pas que ce soit un titre, qu’on ne trouve nulle part, mais que c’était simplement un décurion père d’un autre décurion , comme ailleurs on trouve mentionnés des pères de sénateurs.
A propos des curions et des décurions , on pourrait citer , mais ce serait le seul exemple, et qui ne servirait pas pour les autres colonies, une curie ou un sénat de femmes, à Lanuvium. On ne dit pas quelles étaient leurs fonctions (Orel., 8740); on voit seulement qu’à l’occasion d’une statue équestre
dédiée à C. Sulpicius Victor, patron du municipe, U donne 28,000 sesterces à distribuer aux décurions, aux augustales et aux curies, et un repas double, epulum daplam : est-ce un repas deux fois plus grand que les autres, ou deux fois répété? à la curie ou au sénat des femmes. On sait, au reste, qu’il y eut à Rome un petit sénat, senaculum, de femmes (Nardini, Rom., Ant., ii, 80). Il n’est question que dans une inscription (Orel. , SySS) de l’expression condecurio, collègue d’un décurion. — On trouve l’honneur du décurionat accordé à des enfants mentionnés dans leurs inscriptions honorifiques; c’était sans doute pour honorer leurs parens , ou , comme s’ils eussent été destinés à être un jour décurions. Une inscription (Orel., 8746) donne ce titre à trois enfans, un de douze ans, un autre de deux ans deux jours, et le troisième de cinq ans neuf mois ; un autre, de quatre ans six mois, est adlectus ordini decnrionum, admis dans l’ordre des décurions, comme autrefois on était inscrit enfant dans des corps, et le service comptait dès ce moment. Il y avait des décurions honoraires , ornamentarii (Orel. , 8781 ) , et on voit que ce titre devint peut-être aussi comme d’autres un nom propre (Orel., 8782 , 8788).
Duumvirs, Diiumviri, Duumvires (Orel., 8,808) , Ilvm , i. d, lari Dicando étaient deux des premiers magistrats des colonies romaines et des municipes. Le titre dejuri dicando, de certains magistrats , indique que, parmi leurs fonctions, était celle de rendre la justice pour certaines affaires ; attributions qui appartenaient aussi à d’autres magistrats. Ils autorisaient l’action ou la procédure, ce qu’on désignait par jiw dicere, et ils indiquaient les juges qui devaient vider les causes; mais ils étaient proprement les juges , judices , qui portaient les jugemens, qui judicalant. Les emplois qualifiés dejuri dicando étaient le premier degré de juridiction, qui déclarait que la chose devait être soumise à un jugement; qu’il y avait lieu à discussion ou à procès. Il y avait des duumvirs annuels, d’autres temporaires nommés dans des circonstances particulières ; ils étaient aussi juges d’instruction. Les fonctions des duumvirs se prorogeaient et pouvaient durer jusqu’à cinq ans; on en trouve dans les inscriptions qui ont été renommés cinq fois, à chacune desquelles ils ont été conservés plus d’une année en place. Mais il ne faut pas les confondre avec les duumvirs quinquennaux , IIVIR. quinq. ou Q. Q., qui paraissent avoir été d’un ordre supérieur : dans Orelli, n° 8882 , on en voit à Ostie un qui avait les pouvoirs de censeur. Les fonctions de duumvir annuel et de duumvir quinquennal étaient différentes. Le titre de duumviralis se donnait au magistrat qui avait exercé le duumvirat, comme celui de consularis à ceux qui avaient été consuls , ou avaient eu des emplois qui conféraient un pouvoir consulaire , et même à des magistrats désignés pour être duumvirs et qui n’étaient pas entrés en charge. Orelli en cite n°“ 8818, 8816. On tenait beaucoup à ce titre municipal, car l’empereur Adrien se fit un honneur d accepter celui de duumvir de Gaète ( Orel., 8817). Les inscriptions montrent que c’étaient presque toujours les décurions qui nommaient les duumvirs. Une inscription de Pompéi cite les duumvirs chargés de ce qui avait rapport aux jeux publics, IIVIR. pro ludis (Orel. 889). Il y avait aussi des duumvirs ærarii, duü’ésor, chargés d’administrer les revenus des villes municipales (Orel. 884o, 8842).
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On voit, par des inscriptions, qu’il y avait des præfecti pour remplacer les duumvirs annuels et les quinquennaux, PRAEF. PRO IIVIRO (Orel., 4o23); PRAEFECTVS PRO II. VIR. Q. Q. (4o24); mæfectas LOGO IIVIR (4o25) ; PRAEF. PRO (IIVIR. Q. Q.) ETDVOVIRO (4026); PRAEF. PRO. IIVIR. (sans doute Q. Q.), et IIVIR (4027}. Il paraît qu’ils étaient nommés parles décurions ex T>ecarionum Decreio (8679). Lorsque des dissensions parmi le peuple s’étaient opposées à la nomination des duumvirs, c’étaient des duumvirs par intérim, des vice-duumvirs, et ceux qui remplaçaient ainsi les duumvirs quinquennaux pouvaient être en même temps duumvirs annuels , qui étaient d’un rang inférieur. Hagenbuch et Oi’elli sont indécis sur ce que pouvaient être des duumvirs præfecti juridicundo, que l’on trouve dans des inscriptions d’Espagne, entre autres de Gades, Cadix (38i8) ; à Cordoue (3819); et en Italie, àPompéi, 38io; Romanelli Viagg. (I, p. 44); peut-être étaient-ce les mêmes que les précédents.
Triumvirs , IIIVIRI. luri Dicwido. Ces magistrats des colonies et des municipes exerçaient, de même que les duumvirs, des fonctions judiciaires qui ne sont pas bien définies, non plus que leur part dans l’administration. Il y en avait avec le pouvoir d’édile et même d’édile curule, haute fonction à Rome, et de laquelle dépendait tout ce qui concernait les édifices publics, les chemins, les rues, les jeux et les fêtes; sur une plus petite échelle, ce devait être de même dans les municipes. Cette charge des triumvirs édiles avait sans doute de grands rapports avec celle des magistrats auxquels était confié le soin de veiller à la conservation des biens publics. On les nommait IIIVIRI locorum publicorum perseqiiendorum , ou simplement P. P. Vuhlicorum Verseqiiendorum , emploi qui existait aussi à Rome et qui devait faire partie de l’édillté (Orel., n" 256, 3836). Ils avaient soin qu’on ne portât pas atteinte aux propriétés publiques, et à y faire rentrer ce qui en aurait été distrait ; c’étaient des intendans, des conservateurs du domaine de l’État. Nous avons vu que, lors de la fondation d’une colonie, des triumvirs pour y présider étaient choisis par le sénat de Rome parmi les personnages consulaires les plus importans, et qu’ils étaient chargés de la division et de la répartition des terres (Orel., 670).
Les quatorvirs, IVVIRI, IIIIVIRI, dont il est souvent question, étaient quatre magistrats chargés de la surveillance des routes et des rues. IIIIVIR. VIARVM CVRANDARVM. Le qnatuorviralis avait été quatuorvir ou désigné pour l’être. Les premiers magistrats municipaux , des décurions , revendiquaient cet honneur (Orel., n° 494. 8748). Des fonctions déjugé étaient souvent attachées au quatuorvirat annuel, IIIIVIR. LD. IariDiCKRdo(Orel., 3845, 46,47)- Aunuméro 3846, on fait remarquer que ce quatuorvir avait été nommé le premier parmi ses collègues , ce qui pouvait lui donner quelque attribution particulière. Les quatuorvirs évoquaient à leur tribunal tout ce qui concernait les chemins, les rues et toute cette partie de l’édillté. Mais, bien que les attributions des quatuorvirs tinssent de l’édilité, on en trouve cependant spécialement nommés édiles , IIIIVIR AEDILIS (Orel., 3852 , 57 , 58). On voit, par les inscriptions , qu’il y avait diverses classes de quatuorvirs : les uns étaient annuels, et c’était probablement le premier grade dans celte carrière; d’autres, d’un rang plus
élevé, étaient quinquennaux ou nommés pour cinq ans, IIIIIVIR. Q. Q. Qain Quemalis (Orel., 3853 , 54 . 55, 56). Ce n’étaient pas les mêmes que les gaiiiqaennales, I. D. I«ri Dicando (Orel.,386i, 2, 3, 5,6), qui remplissaient en même temps les fonctions de juges pour les affaires de leur ressort. Ils sont distingués des autres dans des inscriptions d’Omcii?um, de Teate, Ae Consa, de Pouzzoles (Orel. 3852, 3857). D’après l’ordre suivi dans les inscriptions pour les places de quatuorvirs des colonies et des municipes , il paraîtrait qu’on est autorisé à établir la hiérarchie suivante selon l’importance des emplois quq l’on pouvait successivement occuper : quatuorvir annuel, quatuorvir édile, quatuorvir quinquennal, juge, juri dicando. Quelquefois les quatuorvirs, au lieu d’être nommés par les décurions, droit que ces hauts magistrats avaient conservé même sous les empereurs , l’étaient par l’assemblée générale du peuple; IVVIR. A. P., A Vopulo ou A Populi Benejicio, lorsque les décurions n’étaient pas d’accord dans leur choix (Orel., 3847). Minutius Exortus, ^Zamera de Titus et tribun militaire, avait été nommé ainsi deux fois (Orel., 8669 ). Cependant, il se pourrait aussi, selon Maffei [M. Véron., p. 2i4, 1 et 7 ; Orel., 385o), que IlIIVIR A. P. eut aussi signifié quatuorvir avec pouvoir d’édile, AEdiliciæ Poteslatis, et le numéro 8669 d’Orelli offre un exemple de l’abréviation A. P., qu’il traduit de cette manière. Dans une nouvelle colonie, un quatuorvir pouvait être en même temps tribun militaire, premier pontife.
Les sévirs, sexviri, VIVIRI, Iiiiil VIRI AVGVSTALES, étaient des prêtres d’un rang inférieur, tirés de la classe des affranchis. On en rencontre même parmi les esclaves (Orel., 242 5). Us avaient été institués par Auguste pour veiller à l’entretien et à la conservation de ses lares , qu’il fit placer dans les carrefours , compila, quadrivia, afin de rendre leur culte plus public. Les petites places où on les mettait leur faisaient donner les noms de lares compitales, ou quadriviales (Orel., 1664), de lares publici, 1668; on les trouve aussi appelés, à Vérone, dii parentes Aug asti (1679), et lares paterni (Orel., 1667). Ce fut une idée politique d’Auguste, qui, en multipliant les idoles de ses dieux lares, voulut s’attacher la classe très-nombreuse des affranchis , devenus citoyens , par cette sorte de distinction qu’il leur accorda dans les colonies et les villes municipales. Il résulta de cette institution une corporation, une espèce d’ordre intermédiaire entre Y amplissimus , le splendidissimas ordo, les décurions, et le peuple. On reconnaît cette sorte dehiérarchie dans une inscription deRuselia, en Lucanie : decuriones, seviri ou augustales, augustalicii , et plebs, le peuple (Orel., 3989 ; Romanelli, Topogr., I, p. 349). C’était comme à Rome, les chevaliers entre les patriciens, les sénateurs et le peuple. Quoique les fonctions des sévirs augustales fussent peu importantes , ces places étaient très-recherchées. Ces corporations avaient des réunions, des sacrifices , des repas qui leur étaient particuliers. Les sévirs aagusiales portaient aussi le titre de magistri, ministri des lares d’Auguste établis à Rome, dans l’île du Tibre, et nommés aussi génies des Césars (Orel., i658, 59, 60,61, 2424, 2425). On trouve de ces sévirs à JïercuZanKm (Orel., 610); à Tilur, Tivoli (2679). A Milan, ils étaient nommés par les décurions (2980), de même qu’à Capoue (32 13), et dans d’autres colonies et des villes municipales, et il s’en présente dans des inscriptions de Naples et de Pouzzoles,
APPENDI CE.
(OreL, 425i; Romanelli, Viagg., II, p. 236). — Les sévirs augustales formaient une immense corporation, un collegium, ainsi que nous le voyons par beaucoup d’inscriptions , et entre autres dans une très-belle de Petilia (Orel., 3678), qui contient un long testament en faveur du corpus augustalium , et où il n’est question que de ces sévirs , sans qu’on y trouve cependant rien de précis sur les fonctions de cette corporation. Une inscription d’Ostie (Orel., 22o4} lui donne le titre d'ordo, comme aux décurions. Les fonctions des sévirs étaient au-dessous de celles des édiles, puisque une inscription de Dertosa, Tortose, en Espagne (Orel., 4o49)j accorde pour ses services, à un de ces sévirs, les honneurs édiliciens( Orel., 3928, 3953). On trouve (Orel., 3999) des sévirs intitulés Sacris Faciundis chargés des cérémonies du culte, autre que celui des lares d’Auguste. D’autres étaient employés au trésor, comme à Milan (Orel., 4ooo), et d’autres veillaient aux approvisionnements de blé. VIVIRI ANNONAE (Orel., 4oo), ou DISPENSATOR ANNONAE (4002). Ordinairement, dans la maison des empereurs, des esclaves étaient chargés de cet emploi.
Sexprimi. Sous ce titre se rangent des magistrats différons des sévirs auguslales, et dont les fonctions ne sont pas bien précises.
Septemvirs. Ils étaient surtout chargés de présider à des fêtes et à des repas publics, et se nommaient alors septemviri epuhnum ou epulones. Ces places jouissaient de beaucoup de considération, et on les trouve remplies par des personnages distingués.
Octovirs, octoviri municipales. Il paraît que les places de ces fonctionnaires des municipes étaient quinquennales (Orel., 3658); on en trouve à Aquilée (3699, 85); un octovir de Faleroni, dans le Picenum, a le titre d’octovir augustalis . Au numéro 8998, Yoctovir Valetudinarius de Mevania était chargé d’un hospice pour les malades, les valétudinaires. Aux numéros 3896, 8966 d’OrelH, on voit que les octovirs jouissaient quelquefois du pouvoir édilicien et duumviral; ils étaient donc ordinairement d’un rang inférieur au duumvir et à l’édile.
Novemviri. On trouve dans Orelli (8998, 8999) , par des inscriptions de Mevania données par Gudi, Doni et Muratori, que les novemviri remplissaient les mêmes fonctions que les octovirs , et qu’en outre ceux de Mevania étaient seviri sacris faciundis et présidaient aux sacrifices. On ne rencontre pas de novemviri dans Gruter ni dans Reinesius.
Décemvirs , les decimviristlitibus judicandis étaient, dans les colonies et les municipes , dix magistrats au tribunal desquels étaient portées certaines causes (Orel. i33) ; au numéro 129 on en trouve un qui, décurion de Suessula, Casteldi-Sessola, en Campanie, et prêtre de la Mère des dieux, est décemvir d’une bourgade. Viens Novanensis; au numéro 554, Cn. Cornel. Scipion Hispanus, lils de Scipion Hispanus, consul l’an de Rome 578 , est décemvir sacris faciundis, et il réunit plusieurs autres emplois importans , et l’on voit au numéro 554, M. Livîus Drusus, qui est ou a été tribun militaire, quindécimvir stlitibus judicandis, et tribun du peuple ; il est aussi décemvir pour la répartition des terres , XVIR Agris Dandis Adjudicandis. Au numéro 3669 d’Orelli, il en est un dans un municipe, près de Reate, aujourd’hui Rieti.
Duodecimviri. Il faut que ces magistrats municipaux ne fussent établis que
dans très-peu de municipes, car ils ne paraissent ni dans Gruter ni dans Reinesius, et les incriptions d’Orelli n’en offrent qu’à Ancône et à Fanestres , et on n’indique pas leurs fonctions (n° 8969).
Quindecimviri sacris faciundis. Ils présidaient aux sacrifices et aux cérémonies. On en trouve peut-être un à Spolette (Orel., n” 4oo), et àPouzzoles (n® 2385). — Il y en avait aussi à Rome, dans le culte deMitlira (Orel., n° 335i). Mais il paraît qu’il n’y en avait ni dans les colonies, ni dans les municipes, où ce culte était ou moins répandu , ou exercé avec moins de pompe. — Une inscription de Cumes, colonie romaine de l’an 289 de J.-C., parle des quindécemvirs sacris faciundis. Cette belle inscription , trouvée près de Baies en 1786, est donnée, par Orelli (n° 2268), comme un des plus précieux monumens épigraphiques. Elle est citée par Morcelli [Opp. epigr.^ t. V, p. 9) , et par Romanelli ( Viagg., t. II, p. i84). Ces prêtres ou ces magistrats religieux étaient en partie chargés du culte de la grande mère idéenne des dieux, Cybèle. Une inscription d’Orelli (2332) cite ceux de Dea Yocontioram, Die (département de la Drôme) , et une de Ad novas, près de Capoue, mentionne les quindecemvirs de la même déesse (Orel., n° 2333 ; Romanel. , Topograph., III, p. 594). — Des femmes portaient le titre de sacerdos quindecimviralis , prêtresse quindécemvirale , à Brixen (Orel., n° 2 1 98) ; une autre , dans une inscription de Bénévent (Orel., n° 2828) , est prêtresse quindécemvirale, et aolfert le sacrifice du triobole à la Mère des dieux , à Attis et à Minerve bérécynthienne ; une autre a célébré le taurobole l’an 186 de J.-C. (Orel., n° 2 199). Il y avait des quindécemvirs flaviales attachés au culte de Flavius Vespasien, comme il y en avait d’augustales. On trouve les flaviales dans une inscription de sarcophage, à Pise (Orel., n° 2875).
Vigintiviri. On trouve cette réunion de vingt magistrats à Ostie (Orel., 8970) et kAnania, aujourd’hui Agnani (n° 8971) : on ne désigne pas leurs fonctions. Gruter ne donne qu’une fois (38i, 3), un vigintivir tiré d’une inscription trouvée, en 1549, dans le petit village de Corocollo, entre Gabies et Tibur (Tivoli) ; il se peut que ces magistrats fussent comme un conseil municipal. Orelli (3o42) prévient qu’il ne faut pas confondre ces vigintivirs, ou réunion de vingt magistrats des municipes , avec ceux qu’ Auguste avait institués pour Rome et qui se composaient : des quatuorvirs, qui présidaient aux routes; des triumvirs capitales, des triumvirs monétaires, et des décemvirs juges des procès, litibus judicandis , ce qui formait un corps très-important.
Centamviri. Peut-être était-ce le sénat du peu de municipes où l’on en trouve, ou peut-être remplaçaient-ils les décurions. On n’en voit qu’à Veies (Orel., n°* 8787, 8788) etàPeruggia (n°3739). Ces centumvirs occupaient un rang distingué , car ceux dont il est question avaient rempli les places les plus importantes.
Paironus et parens coloniæ, oumunicipii. C’était la place la plus élevée des colonies et des municipes , et ceux qui en étaient revêtus se chargeaient de défendre à Rome leurs intérêts. Il fallait qu’il y eût plusieurs degrés de patronat, car on trouve ( Orel. , n° 8769 ) un patronus patronorum, un patron des patrons. Cette place de patron était assez importante pour qu’on y fût nommé par tous
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Jes décurions , 011 tout le corps qui, dans les municipes, représentait le sénat (Orel.,ii° 3771 ). Il avait aussi le titre de iutor, défenseur de la colonie; mais il ne se trouve que dans cette inscription, et cependant on voit (n® 3768) un jeune homme mort à dix-neuf ans et vingt-sept jours , et qui avait été augure et patron d’une colonie , mais probablement ce n’était qu’un titre honoraire , et , dans une inscription de Misène (Orel., n° 8773) , il est convenu , par le sénat et par le peuple , que le fils de ... . sera revêtu du patronat perpe'tuel après la mort de son père. On trouve aussi des patrones, patronæ, et Orelli (n® 3778), en cite une de la colonie à' Interamna , de l’an 338 de J.-C. , et les citoyens des deux sexes font une collecte pour lui consacrer un monument. Dans une inscription de l’an 2^3 de J.-C., sous Gordien III ou Pie, on voit une pafrona præfecturæ , ou d’une préfecture , considérée , vers ce temps, à peu près comme un municipe. Ce titre était alors le plus grand honneur que l’on pût décerner, et on supplie Numeria Varia d’agréer cet honneur et de continuer sa protection à cette préfecture; on lui prodigue toute sorte d’éloges, et dans les termes les plus obséquieux Orel., (n° 4o36). Il est bien à croireque ce ne fut pas du temps de la république romaine, que des colonies et des villes municipales admirent des femmes à exercer le patronat, et que ce dut être, sous les empereurs, une manière de leur faire la cour en se mettant sous la protection de femmes , peutêtre de leurs familles. On trouve aussi le patron d’une province, patronus provinciæ. Cependant, Orelli (n® 529) dit qu’il n’en a rencontré que dans cette seule inscription , de Sour , en Afrique , et Shaw (t. I, p. io4) en cite une aussi d’Afrique , où un décurion est chargé de deux colonies, Auze et Ruscunia. On voit aussi le titre de mère de la colonie, ou du municipe, donné à des femmes, probablement aux mêmes époques et pour des motifs semblables; c’était comme le titre de mère des camps, muter castrorum, décerné aux impératrices (Orel., 3774).
Un titre très-fréquent dans les inscriptions des colonies et des municipes, et qui paraît souvent dans celles de la province de Constantine, est celui de pr«efectus fabrum ; Y on sait que sous ce mot defaber, on comprenait les artisans, les ouvriers de presque tous les métiers : il est inutile de les énumérer ici; les tables d’Orelli en offrent une longue série. Mais lorsque l’on trouve les prœfecti fabrum sans autre désignation d’état, il ne s’agit alors que des ouvriers militaires, de ceux qui exécutaient tous les travaux qui avaient rapport à la guerre ou au service des troupes : c’étaient comme sont aujourd’hui les corps du génie. Leur commandant, le præfectas fabrum, exerçait les fonctions qui répondaient à celles de nos officiers du génie. Au reste, tous les métiers, les fabri , étaient divisés en collegia, corporations qui avaient leurs règlemens, leurs privilèges , leurs fonctionnaires particuliers , et même leurs cérémonies et leurs fêtes, et les inscriptions de tous ces corps de métiers sont très-nombreuses. On trouve quelquefois , à la tête des collèges de tous ces divers états , un personnage intitulé père du collège, pater collegii (Orel. 2417), père du collège d’Esculape et d’Hygie; on y nomme aussi la mère du collège, et par flatterie leur fille , pour que toute la famille eût part à cet honneur Orel. (4o55, 4o56). Mais ces mères de corporations, matres sodalicü, pourraient
bien avoir été, comme à présent, ce que certaines classes d’ouvriers, de compagnons, sodales, appellent leur mère, et qu’ils chargent de leurs intérêts.
Il y avait aussi des prœfecti fahrum dans les colonies et les municipes pour les travaux civils. Ils sont, ainsi que les militaires, très-fréquens dans les inscriptions , et l’on voit par les détails auxquels , d’après le savant Hagenbuch , se livre M. Orelli (n“ 3428) , qu’il n’est pas aisé de décider s’il est question des fahri des municipes ou de ceux qui appartenaient à l’armée, et ce n’est souvent que par l’examen de la localité ou du collegiam , de la corporation , que l’on parvient à les distinguer. Les prœfecti fahrum attachés à des légions étaient militaires, ils sont rarement indiqués ainsi, avec le nom de la légion : Gruter ne cite qu’un de ces olFiciers du génie, p. 8, 63 et Reinesius, p. 2,8, 63, 65. Hagenbuch soupçonne même que ce titre , qu’on ne trouve que dans des inscriptions tirées de Pirro Ligorio , collecteur très-suspect, est de fabrique moderne, Spon [Mise. p. 6o), et Gori (vi , 8o), indiquent chacun un de ces prœfecti fahrum y ainsi que Fabretti (p. i8i, n° 678); mais toujours, de même que d’autres , d’après Ligorio , ou d’après les mss. Barberins , presque tous de Ligorio. Ainsi, on peut reconnaître, avec Hagenbuch et Orelli, qu’il n’y avait pas de prœfecti fahrum attachés à une seule légion et, comme on l’avait cru, à la 3'Parthique, à la 20' Flavia firma, à la 3' Italique, et à la 4' Macédonienne; ils devaient, en quelque sorte, faire partie, ainsi qu’on dirait aujourd’hui, du corps de l’état-major de l’armée, et ils étaient répartis, selon le besoin, dans les légions et les divers corps de l’armée.
Princeps coloniœ. On trouve dans Orelli (5i2) un G. Antonius Rufus, qui, au titre de f amen de Jules César, et à d’autres hauts emplois, réunit celui de princeps coloniœ ou de premier personnage de la colonie de Julia Pariana, ou de Parium dans la Troade , aujourd’hui Kemares. Dans une belle et très-longue inscription de Pise en Toscane (Rein. , i3 , vu., Orel. 643), en l’honneur de Caius Cæsar, fils d’Agrippaet de Julie, ce jeune prince, qu’on comble d’éloges et auquel on décerne un arc de triomphe et des statues pédestres et équestres dorées , a le titre de prince de la colonie de Pise; et, vers la fin de l’inscription, on trouve un T. Statulenus Juncus, qu’on intitule aussi prince de la colonie. Ces inscriptions 5i2 et 643 sont les seules dans Orelli qui offrent des princes de colonies , et il n’y en a pas dans Gruter.
On trouve aussi , dans les colonies et les municipes , des questeurs , quæslores, qui, comme ceux des Romains, veillaient aux revenus publics, à leur perception et à leur répartition, ainsi qu’à la distribution des taxes et des impôts. Le nombre de ces fonctionnaires varia selon les époques, comme à Rome , et selon l’importance des villes et de leur territoire. On voit dans Orelli (n“ 3988, 8989 , 3990), dans diverses villes, kPisarum, Pesaro, Pola, Vérone , Augusta Taurinorum, Turin, des questeurs chargés des deniers publics du trésor, sous les titres de guœstores œrarii, guœstores arcœ (de la caisse publique), nommés aussi œrarii (n" 3997); d’autres questeurs avaient l’intendance des subsistances, guœstores alimentorum (n° 8991). Trois curieuses Inscriptions de Bénévent donnent aussi , et ce sont les seules, des guœstores cereales ou cerealitatis , place qui devait avoir de grands rapports avec celle des guœstores alimentorum, et, d’après une de, ces
inscriptions (n° 8994)1 il paraît qu’il y avait un premier questeur céréale , et qu’il était jurj diciuido, ou qu’il avait une juridiction, un tribunal, et était quinquennal , ou nommé pour cinq ans. L’ensemble de ces places constituait ce qu’on nommait céréalitc , d’où dépendait tout ce qui avait rapport aux approvisionnemens et aux distributions de blé, de céréales et d’autres subsistances ; on donnait le nom à'édilité, à ce qui concernait les bâtimens, les spectacles, les routes, les monumens. Ces fonctions de questeurs céréales étaient sans doute analogues à celles des curalores frumento comparando , chargés de l’approvisionnement du blé. Dans une inscription de Naples (Crut., 4i8, 6; Orel., 3720), et dans une inscription d’Ameria (Crut., 386, 4; Orel., 8908), le curator annonœ populo præhitæ, qui fournissait au peuple l’annone ou les subsistances, était en même temps quatuorvir j uri dicundo. — Voy. plus haut, questeur ou tré- •sorier de la caisse publique {area publica) et défenseur [defensor) de l’argent destiné à la nourriture du peuple [pecunia alimentaria).
Nous ne trouvons pas déplacés municipales sous tous ces titres dans nos inscriptions delà province de Constantine; mais peut-être cellesdureste de l’Algérie, et les douze cents qu’a rapportées M. de la Marre, et dont un grand nombre proviennentde monumens qui n’existent plus, nous feront-elles connaître beaucoup d’emplois des colonies et des municipes de cette partie de l’Afrique analogues à ceux des autres contrées de la domination romaine et que nous n’avons pas encore rencontrées. Nous trouverons sans doute des curatores œrarü , gardes du trésor, comme à Milan (Orel., n° 4ooo), des curatores annonœ, et des dispensatores annonœ auqusta, ou des subsistances distribuées par les augustes, les empereurs, comme dans le territoire de Casinum (Orel., 4ooi), de Tarente (4oo2 ). Il y avait de ces curatores nommés dans les municipes , par les empereurs, pour veiller aux intérêts du pays, aux monumens publics, aux travaux, et au calendrier pour régler et fixer les fêtes. Il y avait même des curatores chargés de la conservation des statues consacrées par les municipes aux empereurs, ainsi que l’indique une inscription de Canosa et de Benevent (Orel., 4007).
N“ 1 . Titus Flavius Honoratus, dp., cale., inscr., 8 1,, pl. LXXI.
11 était prêtre et consacra, sur un cippe de forme hexagone, cette inscription à SATURNE AUGUSTE , SAT’V^RNO AVG ; il est à regretter qu’elle soit si incomplète et ne puisse rien nous apprendre : la forme des lettres n’appartient pas à un beau temps. Les lettres ST, qui terminent la cinquième ligne, indiqueraient peut-être qu’il y étoit question de la dédicace d’une statue. — Dans le bas, les trois feuilles sont-elles autre chose qu’un ornement? Et serait-il trop hasardé de supposer qu’elles avaient une signification particulière, et que, ressemblant à des feuilles de lierre, elles rappelaient qu’Honoratus était attaché au culte de Bacchus, auquel cette plante était consacrée? Cette inscription provient de l’ancienne Rusicada , près des ruines de laquelle et de celles de Stora, son ancien port, est actuellement Philippeville. [Haut.o"’,790; larg. o'",53o.]
On ne trouve, dans les recueils de Gruter, de Reinesius et d’Orelli, que trois
fois ce titre d’Auguste donné à Saturne : à Vérone, inscript, de M. Cassius Firmns (Gruter, 25 , 1 3) ; à Narone, en Dalmatie, celle de Claudia Aesernina, prêtresse d’une Auguste, peut-être deLivie; Reinesius (88, 44) et Orelli (n° 48i) en citent une trouvée dans la Rhétie. Ce sui’nom d’Auguste sous l’empire, depuis Octave, qui le reçut du sénat, pouvait se rapporter à ce titre des empereurs et des impératrices, ou des personnages de leurs familles auxquels ils l’accordaient. Il se voit donné à plusieurs divinités, telles que; Jupiter, Apollon, Mercure, Vulcain, Silvain, Sérapis, Diane, Isis et d’autres. C’était une sorte d’adulation qui mettait au même rang que les dieux les princes décorés du même titre. Douze inscriptions des diverses villes de l’Algérie nous offrent Saturne Auguste, et l’on sait que dans toutes les contrées, même en Italie, des monumens sont consacrés à cet ancien Titan , mais que cependant ils ne sont pas communs.
On voit, parDenys d’Halicarnasse, que l’Italie entière fut nommée Saturnie , le royaume de Saturne, Saturnia régna. Ce Titan, détrôné par son fils Jupiter comme il avait luimême détrôné son père Uranus, s’était, disait-on, retiré en Italie après être parvenu à s’échapper de la prison où son fils , l’usurpateur du ciel , le tenait étroitement confiné. Ce n’est probablement qu’une antique allégorie d’une grande révolution qui eut lieu dans le culte et la religion. Le nouveau culte des divinités helléniques, olympiennes, renversa et remplaça celui des antiques dieux titans, qui peut-être venaient de l’Orient, et dont le culte avait pour base des idées cosmogoniques , puisées dans celles qu’on se faisait de la formation de L’univers et des forces de la nature, et si l’on assigne pour retraite l’Italie à l’antique Saturne, fils du ciel, d’Uranus, c’était sans doute une manière allégorique d'indiquer que des partisans de l’ancien culte se retirèrent dans ces contrées, l’y apportèrent et qu’il s’y maintint longtemps avant de céder la place à la nouvelle religion des dieux olympiens de la cour de Jupiter. La contrée où Saturne se cacha fut depuis nommée La ium,et rappelait le séjour qu’y fit ce dieu [latere, se cacher), et de là l’origine du nom des Latins. Saturne, dans son exil, civilisa l’Italie; ce fut son siècle d’or, et de sauvages qu’en étaient les peuples à son arrivée, par ses lois et par l’agriculture, il les prépara à leurs brillantes destinées et à devenir les rois du monde. Aussi , dans la première Rome , le mont qui depuis soutint le Capitole fut-il d’abord appelé Saturnin. Son antique dieu fut regardé comme le dieu du temps; le nom de Cronos ou Chronos, qui le désignait chez les Grecs, fut changé en celui de Saturne, qui, selon Cicéron [De nat. deor.) , indiquait que le temps dévorait lefs années, guod Saturatur annis , et, d’accord avec cette étymologie, les antiques allégories mythologiques lui faisaient dévorer ses enfans. Par l’adresse de sa mère Rhéa, Jupiter évita d’être la victime de son père Saturne ; il le força même à lui rendre ses frères et ses sœurs, et, ayant réglé la marche du temps d’après le cours des astres, ce premier astronome passa pour avoir chargé Saturne de liens dans le Tartare. Il est vrai qu’ils lui pesaient peu, car ils n’étaient que de laine, ce qui devait cacher une allégorie relative à l’agriculture et à l’éducation des troupeaux, alors une de ses premières richesses. Les antiques saturnales en honneur de ce dieu, et qui rendaient pour quelques jours une liberté presque illimitée aux esclaves, qui en usaient largement au milieu des plaisirs, rappelaient la liberté de l’âge d’or, du règne de Saturne , et que cet antique Titan avait aussi été dans les fers.
N°2. — Saturne Auguste, bas-rel., inscr., voy. p. 1235 n® 2, pl. 161 B etpl. LXXI.
N® 3. Saturne Auguste, cippe funèbre , pierre, pl. LXXI.
Ce cippe , consacré à SATURNE AUGUSTE , SATVRNO SACRitm est à trois
APPENDICE
compartimens et nous en verrons plusieurs du même genre. Dans le haut, un buste d’homme en toge, dont on ignore le nom, est accompagné de deux petites figures de Victoires. Au milieu, on reconnaît , à leurs chevaux , Castor et Pollux ; dans le bas , un lion et un autre animal. Les lettres de l’inscription et le grossier travail des figures décèlent un monument du troisième siècle de notre ère. Ce cippe provient de Sétif, autrefois Sitijis Colonia. [H. o“‘,6oo; larg. o'“,5oo.]
Ce cippe fut trouvé par le capitaine de la Marre , à environ deux lieues de Sétif, dans des ruines romaines assez considérables. Il était à moitié enterré et employé comme moellon dans un mur, sort qu’il a partagé avec bien des monumens de toutes les époques. Près des ruines principales de cet endroit, on voyait dans la colline sept tombes, restes sans doute d’un plus grand nombre, à en jugerd’ après la quantité des débris. Ces grandes tombes , en pierres de fortes dimensions , portaient sur un soubassement et étaient ornées de corniches : chacune d’elles était recouverte par une longue et grosse pierre, et plusieurs de ces tombes étaient en belles pierres sans ciment. La plupart des bas-reliefs funéraires qu’on trouve très-fréquemment entre Sétif et Mons ont été altérés par les eaux, et beaucoup ont été brisés. Des fouilles en feraient découvrir de mieux conservés et curieux, malgré la grossièreté de leur exécution. Les tombes en général ont mieux résisté au temps ou à la destruction que les autres monumens, peut-être parce que, pendant longtemps, elles furent plus respectées.
N° 4. Saturne, cippe, pierre, fragm. à'inscr., pl. LXXI.
On ne voit plus, de l’inscription de ce cippe, que cinq lettres, et encore sont-elles en mauvais étal. Ces lettres , qui forment le mot SATVR, nous apprennent que le monument était consacré à Saturne , surnommé sans doute Auguste comme sur les monumens précédens. Bien que très-mutilé, ce cippe est curieux , en ce que son bas-relief nous offre Saturne la tête à demi couverte d’un voile, et tel que le représentent des bas-reliefs et quelques pierres gravées. Ce fragment vient de Mons. [Haut. o"‘,64o ; larg. o"“,490.]
On sait que les images de ce dieu , le premier que les arts aient représenté , sont très-rares. Le voile dont on couvrait en partie sa tête pouvait indiquer les mystères que nous cache le temps , et qu’il découvre quelquefois en partie. Winckelmann pense que c’était une manière de rappeler qu’on lui sacrifiait la tête découverte, comme à une divinité des enfers, où il avait été précipité et où il était retenu par Jupiter, tandis que les sacrifices aux dieux céleste se faisaient la tête entièrement voilée. Nos bustes de Saturne ne nous offrent pas son principal attribut, la harpe, sorte d’épée large et très-courte, ayant un crochet recourbé vers la pointe, comme on la voit quelquefois entre les mains de Persée ou de Mercure Aryophonte, ou tuant Argus. Cette harpé avait servi à Saturne pour mutiler son père üranus; mais lorsque ce Titan eut civilisé l’Italie et le nord de l’Afrique occidentale, cette arme ne devint plus qu’un symbole de l’agriculture, science qui devait ses progrès à Saturne. Ainsi ce dieu , après avoir été un fort mauvais fils , devint le meilleur et le plus bienfaisant des dieux, et ne porta plus pour armes et pour attribut qu’une faucille ou une serpe.
N® 5. Saturne Auguste, pierre, inscr., 3 lignes, pl. LXXI.
Au-dessous d’un petit édicule ou d’une niche qui orne le devant d’un autel
et contient une figure bachique d’un dessin informe, presque barbare, portant une corne d’abondance et des raisins, on lit la consécration qui en a été faite par C. SILIVS NVND. (peut-être NVNDINIVS) à SATURNE AUGUSTE : SAT- AVG. SAC. d’après un vœu, ce qu’indiquent les lettres V. S. L. A. Votum Solvit, hibenti Knimo, dont le sens est acquittant son vœu avec plaisir. De chaque côté, une colonne, dont le chapiteau paraît avoir été composite, et à demi entourée dans sa hauteur de cannelures ou de stries en hélice, soutient l’arc surbaissé de la niche. [Haut. o“,520;larg. o”,320.]
Ce petit monument a été trouvé en i843 à Gheima, l’ancienne Kalama, qui nous a fourni plusieurs inscriptions. Dans celle-ci, ainsi que dans plusieurs autres que nous produirons, les A ne sont pas barrés, ce qui n’est d’aucun inconvénient pour le latin, aucune autre lettre n’ayant dans son alphabet de rapport avec l’A, tandis que c’est tout autre chose pour le grec, où le A et le A ont, au premier coup d’œil , beaucoup de ressemblance avec l’A.
N“6. — Otacilius Félix, èas,-re/., inscr., 2 lig., pl. LXXI, et pl. 1 6 1 B, voy. p. i2 44»n°6.
N° 7. Saturne, cippe en pierre , inscr., 3 lig., pl. LXXI.
Dans cette inscription des bas temps et dont les caractères sont très-mauvais, on voit des lettres grecques mêlées aux romaines, KAAAISTA pour CALLISTA ; les A ne sont pas barrés et les O sont carrés ou en losange. Dans le haut, est une tête voilée de Saturne ; le bas-relief, au-dessous , offre une femme , sans doute Callista, qui, d’après un vœu, dépose une offrande sur l’autel de Saturne, auquel elle recommande de conserver ceux qu’elle laisse. Il est probable que ses regrets et ses vœux s’adressent à sa famille ; plusieurs mots manquent, de même que l’âge de Callista. Cette inscription provient de Sétif. [Haut. o"‘,44o; larg. o'”,820. ]
N® 8. Saturne Auguste, cippe en pierre, inscr., 2 lig., pl. LXXI.
Dans le haut de ce cippe funéraire est, en bas-relief, le buste de Saturne , auquel le consacre le prêtre POSTIMIVS {sic) PVDENS : ce surnom de PVDENS est rare, on ne le trouve que trois fois dans Gruter , et il appartient à des affranchis. Un poète, cité par Martial, le portait, de même que celui d’une inscription donnée par Orelli, n° ii84. H ne fut, cependant, pas dédaigné par des patriciens, et un consul des années i65, 166 de J.-C., et de l’illustre famille Servilia , se nommait Servilius Pudens. La femme d’Apulée de Madaure , riche veuve de la grande maison Æmilia, se nommait Æmilia Pudentilla. Le basrelief qui occupe le milieu du cippe représente deux figures, et dans le bas est un taureau. Ce monument provient de Philippeville , fondée près de l’emplacement de l’ancienne Rusicada, aujourd’hui Stora. [Haut. 5'“,4oo ; larg. o'“,470.]
APPEN DICE.
N® 9. Saturne Auguste, cippe, pierre, insc., 2 lig., pl. LXXL
et pl. 1 6 1 C.
A la partie supérieure de ce cippe, on voit un buste de Saturne d’un travail très-grossier, de même que les deux figures d’homme et de femme sculptées au-dessous, et que le bœuf qui est dans le bas, comme victime destinée à SATURNE AUGUSTE, auquel ce monument a été consacré. . . TVRNO AVG. SACRVM (presque effacé) par SEMPRONIVS SATVRNINVS, à qui son nom avait peut-être fait prendre Saturne pour son dieu protecteur. D’après la disposition de l’inscription , il est probable qu’il était prêtre de ce dieu. — Trouvé à Mons. [Haut. i’“,45o ; larg. o"“,48o.]
N® 10. Urbanus, fragm. d'inscr., 2 lig., pl. LXXI et pl. 161 C.
Du nom de celui qui consacre cette stèle à trois compartimens , peut-être à Saturne, il ne reste que son surnom, VRBANVS, et trois lettres indiquant qu’il était prêtre, SACerdos. Ce fragment vient de Mons. Dans la partie supérieure, sont deux personnages, un homme à notre droite, une femme à gauche et, d’après les plinthes sur lesquels ils posent , il paraît que se sont des statues , l’un et l’autre de ces personnages portent à la main gauche un attribut que leur état fruste ne permet pas de distinguer et il est impossible d’assigner un nom à ces figures. Le compartiment du milieu est occupé par un homme et une femme recouverts de leur ample manteau et séparés par un petit autel, sur lequel ils déposent des offrandes qu’on ne saurait discerner, non plus que ce que l’homme tient à la main gauche et qui pourrait être ou un fruit, ou un vase; dans le bas du monument, malgré la dégradation complète du bas-relief, on peut distinguer deux figures près de sacrifier une victime que sa taille doit faire présumer être un taureau , et la figure de gauche semble, par son mouvement, placée dans l’attitude de lui porter un coup violent. C’est tout ce que l’on peut soupçonner et dire d’un bas-relief aussi fruste. [Haut. i"‘,70o; larg. o°',620. ]
N° 11. Saturne Auguste, cippe, pierre, inscr., 2 lig., pl. LXXI,
et pl. 161 B.
Reste d’un cippe probablement à trois compartimens, dont le tympan triangulaire contient le buste de Saturne avec la consécration : à SATURNE AUGUSTE : SATVRNO (il n’existe que le haut des lettres) AVG. SACR. — Le bas-relief du milieu offre un homme et une femme debout, du travail le plus grossier. Celle-ci semble tenir des deux mains une coupe; l’homme dépose sur un autel un objet indistinct. Il ne reste de l’inscription que ET CRESSIA SATVRNINA, qui avait consacré ce monument avec son mari, sans doute prêtre de Saturne, et dont le nom n’existe plus. Il doit manquer, à la fin de la première ligne, ou un V ou VIX; et d’après le nombre, en partie effacé , LIX, en tête de la deuxième ligne , il aurait vécu cinquante-neuf ans. — Ce monument provient de Djimilah l’ancienne Cuiculiim. [Haut.o'” 700; larg. o'",65o.].
Plusieurs des cippes funéraires de l’Algérie présentent cette division en trois compartimens superposés, et dont notre musée ne nous offrait pas d’exemples. Dans le haut, est ordinairement un buste en bas-relief qui sert de couronnement au monument; au-dessous, l’on voit un ou deux personnages , qui rappellent probablement la consécration qu’ils en ont faite, ou quelquefois peut-être une ou deux divinités. Dans la partie inférieure, un ou deux animaux , souvent un bœuf, et quelquefois un autel et des instrumens de sacrifice , sont une commémoration de celui que l’on offrit à la divinité à laquelle était consacré le cippe funéraire mis sous sa protection. Le nom de Cressia indique peut-être que Saturnina étoit d’origine crétoise.
N°12. Saturne Auguste, mon. /hr.;, pierre, inscr., 51ig., pl.LXXI.
Dans le haut de ce petit monumeiit funéraire en deux fragmens , est grossièrement sculptée une couronne , et dans le bas un taureau près d’un autel : c’était une décoration convenable aux fonctions de PVBLIVS FVRIVS SATVR- NINVS, prêtre, qui consacrait celte pierre à SATURNE AUGUSTE. — Elle provient de Mons. [Haut. o”,420; larg. o'”,900.]
N“ 13. Quinta Cæcilia, pierre, inscr., 3 lig., pl. LXXI.
Sur le devant de cet autel, une femme a déposé des offrandes sur une table sacrée, Vanclabris. C’est probablement QVINTACŒCILI A, qui accomplitun vœu quelle avait fait à Saturne. Une partie des lettres de la dédicace, VOTVm solvlT . manquent. Ce fragment d’inscription vient de Ghelma, l’ancienne Kalama. [Haut. o'”,270; larg. o“,3oo. ]
N° 14. Jupiter Apenninus, marh. blanc., inscr., 1 1 11g., pl. LXXl.
Cette inscription, en grandes et belles-lettres, est consacrée à Jupiter Apenninus, excellent, très-grand, conservateur de nos maîtres, les empereurs très-forts et très-heureux. Il paraît que ceux-ci sont Septime Sévère et ses fds Caracalla et Géta, que d’autres inscriptions offrent avec la même légende. Le titre d' Apenninus, donné ici à Jupiter, indique des relations entre les colonies de la partie du nord de l’Afrique , où a été trouvée cette inscription , et des peuples de l’Italie. Une inscription de Gubio , rapportée par Muralori (p. 8 , 5) ; Mafïei [Mus. Ver., p. 79, 5) , et reproduite par Orelli (n° 1220), donne à Jupiter le litre d’APENINUS par un seul P et une seule N. Notre inscription vient de Philippeville , l’ancienne Rusicada où elle fut déterrée dans les fouilles qu’on faisait pour élever l’hôpital. [Haut. o“92o; larg. o“,53o.]
N® 15. Jupiter Victor , marh., inscr., 9 lig. pl. LXXII.
Le litre Synopsis, de cette inscription , indique un inventaire d’objets consacrés dans un temple d’un endroit qui n’est pas nommé, mais qui probablement était Cirta, Constantine, où elle a été découverte à la Casbah, au mois de juin 1844, au magasin à poudre neuf. Cette inscription offre d’abord : dans un Capitole, un Jupiter en argent, la tête ceinte d’une couronne de chêne en argent ayant trente feuilles et quinze glands. 11 portait à la main droite un globe d’argent surmonté d’une victoire de même métal, tenant une palme et ayant
APPENDICE
une couronne de quarante feuilles. De la main gauche , le dieu s’appuyait sur une haste d’argent. L’inscription , dont les lettres sont d’une assez belle forme, et qui a été brisée au moins en deux morceaux, ne nous en apprend pas davantage. Elle ne nous dit rien ni de la pose , ni de la grandeur de cette statue, qui, probablement, d’après les détails qu’elle donne sur les couronnes, ne devait pas être petite. A la seconde ligne , au lieu de JVPITER VICTOR , on lit 10 VIS VICTOR; ce nom, qui au nominatif a la forme habituelle du génitif de Jupiter, rappelle le VEJOVIS, Jupiter redoutable des Étrusques. A la quatrième ligne, l’adjectif qaerquea, de chêne, pour qaernea, ou querna, n’est pas dans les lexiques; il se rapproche cependant bien plus que les adjectifs quernus et quernus des mois querçus , quercetrum et quercetra, dont ils dérivent. [H. o'”,5oo; larg. o’",55o.]
N“ 16. Longanus, fleuve, marbre, inscr., 9 lig., pl. LXXII.
Tout ce qui reste de cette belle inscription, en caractères d’une assez bonne forme et très-nets, est très-facile à lire, mais il ne l’est pas autant d’en donner une explication exacte et complète ; il en manque trop pour qu’elle ne laisse pas beaucoup à désirer. On voit bien qu’il y est question du LONGANVS, petit fleuve de Sicile dont parle Polybe, et sur les bords duquel furent battus , près de la ville de Miles, les Mamertins, par Hiéron le jeune. Il n’était encore que gouverneur de Syracuse , et ce ne fut qu’après cette victoire qu’il prit le titre de roi. Mais quel rapport peut avoir ce üeuve Longanus avec la ville de Cirta, la capitale de Jugurtha, aujourd’hui Constantine , où fut trouvée cette inscription ?
A quelques lieues à l’ouest de Cirta dont elle est séparée par une chaîne de montagnes, est la ville de Milah, jadis assez considérable, et nommée Milevum, qui n’est peut-être pas le nom le plus ancien, ou celui qu’elle reçut lors de sa fondation; on ignore, ce me semble, à quelle colonie elle le doit. Ne pourrait-elle pas venir de Sicile? Quelque peuplade de cette île, à laquelle bien des villes des côtes de la Méditerranée durent leur fondation , ne purent-elles pas, des bords du Longanus, venir s’établir dans cette partie de l’Afrique, peu éloignée de la mer, et y élever une ville dont le nom rappelait celui de la ville de Miles de Sicile et la victoire d’Hiéron. Cette hypothèse ne me paraît pas inadmissible ; il y a beaucoup d’analogie entre le nom actuel de Milah et celui de Milevum, quelle portait encore en l’an looo de notre ère, 878 de l’hégire, lorsqu’elle fut détruite par le khalife Mansour, ainsi que le rapporte M. Bureau de la Malle, p. 38 de sa Province de Constantine, etc. — Quoique trouvée à Constantine, l’ancienne Cirta, cette inscription peut provenir de Milevum, où aurait été érigé un monument qui rappelait les souvenirs de l’ancienne patrie , et d’ailleurs il pouvait bien se trouver à Cirta quelque monument élevé par des colons siciliens , et où il était question du Longanus. — D’après notre inscription , ce monument, dont on ne connaît ni la forme ni la destination , aurait été riche et très-orné. — Peut-être était-il circulaire , une espèce de petite rotonde, une sorte d’édicule ou de tabernacle. La partie supérieure, le couronnement, EN CORONA SVMMA, était entourée, IN CIRCVMilu, de feuilles de lierre au nombre de quarante, rehaussées d’or ; c’est ainsi du moins que j’entendrais Auro inluminatm. Ces feuilles n’étaient pas entièrement dorées, elles ne l’étaient que par parties, probablement les nervures, et peut-être les baies. Il y en avait dix autres, qu’on
désigne par les mois DISTINGVENTES INCOCTILES. Peut-être celles-là, en plus petit nombre, étaient-elles entièrement dorées ou saucées d’or, ce qu’indiquerait le mot INCOCTILES, et elles se distinguaient àe celles qui n’avaient que quelques parties dorées. De ces feuillages, pendaient, sans doute de distance en distance, six scjplii, petits vases du genre des gobelets, et qui faisaient probablement l’effet de petites campanes renversées, DEPENDENTES, en forme de liliacées, telles que l’on en voit souvent parmi les ornemens; ils étaient aussi rehaussés d’or, inluminati. On voyait aussi un canthare du même genre, et il est à croire que ce vase était placé dans le milieu de cet édicule, que, d’après le caractère de son ornementation, le lierre, les scyphi, l’on pourrait présumer avoir été consacré à Bacchus , dont le canthare était le vase de prédilection. — Outre ces ornemens , qui tenaient peut-être au monument même , il y avait six statues de bronze, dont on n’indique pas les sujets, et en outre un Cupidon, dont on ne nous apprend pas la matière , mais on voit qu’il ne faisait pas partie des six statues en bronze , ni de six autres dont nous savons seulement qu’elles étaient en marbre. Le Cupidon n’étant ni de cette substance , ni de bronze , je ne vois pas en quoi il pouvait être , car , s’il eût été en or ou en argent, on ne nous l’aurait pas laissé ignorer, pas plus que s’il eût été en ivoire ou en bois. N’ayant aucune donnée qui puisse nous aider à résoudre cette énigme, j’y renonce. Il y avait en outre, sans doute pour les libations et les ablutions, six espèces de robinets, siZani, en bronze. Des têtes ou des mascarons de Silène devaient leur en avoir fait prendre le nom. Le tout est complété par six mannalia dont on ne dit pas le métal, qui devaient être des espèces de bassins, de grandes jarres qui , comme les cherniptes des Crées, servaient aux ablutions, si fréquentes dans les cérémonies des anciens. Il n’est pas douteux que quelque habile antiquaire ne puisse tirer encore un meilleur parti de cette curieuse inscription, que je livre à ses recherches. [Haut. o™,52o; larg. o'",56o. ]
N® 17. La Terre mère, Æpecura, inscr. 9 lig., pl. LXXII.
Cette inscription, en assez beaux caractères, est consacrée à la grande mère idéenne des dieux, la Terre, Ghæa, la plus ancienne divinité des Grecs, femme de Cœlus, avec lequel elle devint la souche de toutes les grandes divinités de l’Olympe. Depuis, elle fut Rhéa ou Cybèle, et reçut différens surnoms des diverses contrées où son culte s’était propagé. Ce fut surtout en Phrygie qu’il jeta les plus profondes racines et où on rendait le plus d’hommages à la déesse; on l’adorait d’une manière plus particulière à Dindymé, à Pessinunte, d’où les Romains reçurent cette divinité sous la forme d’une pierre brute noire, et sur le mont Ida, où elle prit le nom de grande mère des dieux idéenne que nous lui trouvons ici , et que nous offrent beaucoup d’autres inscriptions. Mais nous ne voyons pas bien d’où peut lui venir le surnom de mère Æpecura ou ÆrecKra qu’elle porte dans la nôtre, et qu’elle tenait, sans doute, de quelque localité d’Afrique que les auteurs ne nous ont pas fait connaître. Mais ce nom d'Æbecura ne pourrait-il pas être celui que portait autrefois Announah où cette inscription a été trouvée à peu près à moitié chemin entre Keff [Sicca veneria) et Rusicade , ou Stora. Peyssonnel et M. Bureau de la Malle disent qu’on ignore l’ancien nom d’ Announah. On y a trouvé, selon Peyssonnel , des ruines considérables qui annonçaient une grande et belle ville , entre autres , quatre portes d’ordre corinthien qu’il compare à celles de Paris , et qui , d’après ce qu’il en dit, pouvaient bien être des arcs de triomphe. Des tronçons de co-
APPENDICE
lonnes de 4 et 5 pieds de diamètre indiquent aussi de grands édifices, parmi lesquels pouvait bien être un temple de la grande mère idéenne des dieux, qui aurait été surnommée Æpecara, du nom de cette ville. Ce nom, par sa terminaison , conviendrait bien à quelque localité de cette contrée, où l’on en trouve plusieurs qui finissent en iir ou or .• Muharar (Dureau de la Malle, p. 18, 21 , 245), Tagora ou Takhora (p. 202), etAscurus, entre Bône et Constantine, et aujourd’hui Ashkoure.
POPILIÂ MAXIMA, fille de Marcius Popilius, consacre cette inscription en mémoire du sacrifice du taurobole quelle avait voué à la déesse, et dont elle accomplit les cérémonies. Il est souvent question de ce célèbre sacrifice expiatoire dans les inscriptions consacrées à la grande mère des dieux. On sait que ce sacrifice d’un taureau avec des cérémonies particulières, ne s’offrait que dans des circonstances importantes, et quand on en voit les détails dégoûtants décrits par Prudence, on conçoit qu’il ne fut célébré que par des hommes, et on ne saurait croire qu’une femme prît assez sur elle pour s’y soumettre. Si notre inscription, ainsi que plusieurs autres, nous présente une femme qui a offert le taurobole, il est plus que probable que l’ayant voué, peut-être pour l’expiation et le salut de sa famille ou de sa patrie, ou de quelque empereur, elle n’a pas célébré elle-même ce sacrifice, qui l’a été par un prêtre de Cybèle. Il ne paraît même pas que dans le culte de la déesse il y eût des femmes chargées des mêmes emplois que les prêtres, les fanatici ou les galles. Cependant, on trouve dans Orelli (n" 2,199) une Munatia Reddita, qui s’intitule XV vir, Qaindecinivir, et devait être d’une corporation attachée au culte de la grande mère idéenne, et qui, l’an 186 de J.-C., célébra le sacrifice du taurobole, tauroholium Jecit , comme dans notre inscription. Parmi tous les titres qu’au numéro 2,861 donnek FahiaAconiaPaullina une belle inscription de Bénévent, est celui de tauraboliata isiaca : ce qui, du reste, de même que dans l’autre, ne signifierait pas positivement que les femmes ont sacrifié elles-mêmes le taureau, mais qu’elles auraient fait célébrer le taurobole qu’elles avaient voué; et, dans le dernier cas, Paullina, prêtresse d’Isis, aurait été purifiée et mise sous la protection de la déesse, par le taurobole qu’elle lui avait consacré. — (Voy., sur ce singulier sacrifice, ce que j’en disici, p. 967, n° 867.)
N° 18. Terre, Telles Genetrix, mère, inscr. 3 lig., pl.LXXIII.
Le titre de genetrix donné ici à la Terre , la déesse Tellus , convient à la déesse qui engendra les dieux et les hommes, Y aima mater, la nourrice du genre humain. Plusieurs inscriptions du recueil d’Orelli (n°’ i,5o3, i,5o4, i,5o5) sont en honneur de Terra mater , Tellus mater. Au n° i,5o3, elle partage l’honneur de la consécration avec son époux Cœlus. Mais aucune de ces inscriptions ne donne à la déesse Tellus l’épithète de genetrix, comme à Vénus, qui, dans l’ancienne mythologie , est bien aussi la mère du monde.
Cette inscription nous apprend que Q. JVLIVS LEPIDVS TERTVLLVS, légat d’un Auguste et préteur de la province, a dédié le temple que la république des CUICÜLITAINS avait élevé à TELLUS GENETRIX, et que TITVS JVLIVS HONORATVS, pontife fluviale, PONT. FL., a offert en don, à ses frais, PP, Propria Pecunia, le simulacre ou la statue acrolithe de la déesse. On sait que les statues acrolithes étaient en bronze et qu’elles avaient les extrémités, ou la tête, les mains et les pieds, en marbre. La charge de pontife fluviale d’Houoratus doit faire placer cette inscription après le règne de Vespa-
INSCRIPTIONS DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE. ISyS
sien, premier empereur delà famille Flavia, et auquel, après son apothéose, on érigea des temples, desservis par les prêtres qui prirent le titre de pontifes et de prêtres flaviales. [Haut. o'”,7io; larg. 5'“,55o.]
N° 19. Neptune Auguste, inscr., 4 lig*. pl- LXXII.
Cette inscription en grands et beaux cartactères , terminée dans le bas par une belle moulure, offre une consécration à NEPTUNE AUGUSTE par SEXTVS CORNELIVS DEXTER , fils de Sextus de la tribu romaine Arnensis, que nous verrons ailleurs, et qui, parmi tous ses titres, que nous fera connaître une autre inscription , n’a pris ici que celui de JVRÏDICVS, juge d’Alexandrie. Ce monument épigraphique vient de Bougie, l’ancienne Saldæ, où il fut trouvé en i844, encastré dans des rochers sur le bord de la mer. [Haut. o"’,24o; larg. o"',570.]
N° 20. Neptune Auguste, marb. blanc, inscr., 6 lig.,pl. LXXIII.
Le' cartel de cette inscription est enclavé dans un fronton triangulaire dont le tympan , orné de deux génies enfans finissant en manière de Tritons, et de palmeltes, est mis sous la protection de NEPTUNE AUGUSTE, et consacré par L. FLAVIVS ANICIVS PRIVATVS, prêtre de ce dieu et Ædituus ou gardien de son temple, Duumvir et Duumvir quinguennal. Il a érigé à ses frais et consacré cet édicule, avec tous ses ornemens, Vecunia Sua Fosuit Dedicavit. Cet autel, trèsfruste, et qui, dans son intégrité, devait être très bien, fut trouvé, en i843, à Ghelma, l’ancienne Kalama. Nous avons parlé ailleurs avec quelques détails des Daumvirs et d’autres magistrats des villes des colonies et des villes municipales. [Haut. i“,2oo; larg. o”‘,54o.]
N° 21. Hercule Auguste, marb. roug, inscr., 5 lig., pl. LXXII.
CAIVS JVLIVS, fils de Caius, de la tribu Quirina, et du surnom duquel il ne reste que les syllables finales VSSA, a consacré cette pierre à HERCULE AUGUSTE. [Haut. o"’,4oo; larg. o’",320.]
N° 22. Fortune vîctrix, inscrip., 7 lign., pl. LXXI.
On voit que, dans cette inscription mutilée, trouvée à Ghelma, l’ancienne Kalama, il est question d’une statue de la FORTUNE VICTORIEUSE, et de simulacres de VICTOIRES consacrés, avec l’autorisation et sous la surveillance de V ordre splendissime ou des Décurions de Xa/ama, par AVRELIVS ARISTOBVLVS FORTVNATVS et par JVLIVS RVSTICIANVS. Ces statues avaient, par leurs soins , été transportées d’un lieu presque désert et inculte dans une place particulière. On cite un consul du nom de Macrin, dont le prénom est illisible. Si c’était Caius Iulius Macrin, consul l’an 917 de R., i64 de J.-C. , mais les lettres qui précèdent MACRINICOS ne peuvent donner C. IVLII , et , d’ailleurs , cette inscription serait de cette époque ; nous ne pouvons nous dissimuler qu’il
y aurait sans doute bien d’autres choses à dire sur cette inscription, et qu’il faudroit expliquer le mot quarto, répété à la troisième et à la cinquième ligne, dont nous ne voyons pas l’emploi, et que nous abandonnons à la sagacité de plus habiles. [Haut. o'“,35o; larg. o'“,85o.]
N° 23 Inscription grecque, 3 lig., pl. LXXII, Magnésie.
Dans cette inscription, rapportée de Magnésie et consacrée à la bonne fortune, AP AOH TYXH , il était question d’une prêtresse de Diane Leucophryne, dont le nom ne nous a pas été conservé. (Voy. sur cette Diane, p. 1196.) [Haut, et larg. o”,5oo.]