‹ Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre ... et de plus de 2500 statues ... accompagnée d'une iconographie égyptienne, grecque et romaine et terminée par l'iconographie française du Louvre et des TuileriesChapitre 269 sur 299 · INSCRIPTIONS DE CIRTA AUJOURD’HUI CONSTANTINE · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS DE CIRTA AUJOURD’HUI CONSTANTINE

Cette ville, dont le nom numide, Kariha, indique la force, était dans les temps anciens la ville la plus importante des trois Mauritanies. Elle joua un grand rôle dans les guerres puniques, dans celle entre Massinissa et Sipliax, et dans la lutte acharnée que soutinrent contre toute la puissance romaine Jugurlha et plus tard Taefarinas. C’est dans Tite-Live, Salluste, Strabon, Tacite, Appien que sont consignés ses titres de gloire et les témoignages de sa résistance aux armes des maîtres du monde. Mais ce qu’ils nous ont laissé sur la ville elle-même se réduit à de bien faibles documens; et cependant, par le rôle qu’elle a joué dans les guerres de Numidie, elle méritait bien qu’on lui consacrât plus de détails. Cette capitale des Massyliens était la résidence de Massinissa , fils de Gala, et le plus célèbre de leurs rois, et qui, tour à tour allié etennemi des Romains , finit par être leur ami le plus fidèle. De grands événemens se passèrent à Cirla : Siphax , roi des Massæsyliens , autre partie de la Numidie,

ennemi des Romains, après une guerre assez longue*, mêlée de succès et de revers, contre son jeune parent Massinissa , s’empara de Cirta et usurpa sa couronne. Connaissant toute l’importance de sa conquête, il ne négligea rien pour s’y maintenir, et y réunit beaucoup de troupes. Mais il ne put résister à l’impétuosité et à la lactique des cohortes romaines. Lælius, après une victoire signalée, s’empara de Sipliax. Ce jeune et vaillant prince , auxiliaire redoutable des Carthaginois contre Scipion, premier Africain, dont il avait été l’ami, et à qui son courage et son habileté eussent méiilé un meilleur sort, alors prisonnier de Massinissa, allié des Romains, fut envoyé par Lælius à Scipion, dont il devait orner le triomphe ( 553 de R., 201 av. J.-C.). La môme humilialion était réservée à sa femme, l’héroïque Sophonisbe , prise dans Ciria et qui , lors de la défaite de Siphax, effiayée de sa chute après tant de hauts faits, s’était rendue sans coup férir. Fille d’Asdrnbal et implacable ennemie dos Romains , ardente à venger la mort de son père, celte princesse avait toujours , par le pouvoir irrésistible de sa beauté, de son esprit et de son courage, excité à la guerre Siphax contre les Romains, dont il avait d’abord été l’allié. Il n’y avait pas de grâce à es] érer pour la fille d’Asdruhal. Mais elle avait dû être unie à Massinissa, il la revit plus belle que jamais et malheureuse; maître alors de Cirta et remontant sur le trône de ses pères, Sophonisbe était à sa disposition. L’amour n’était pas éteint dans le cœur du Numide, il n’avait jamais cessé de la regretter et de l’aimer. Retrouvant toute son ardeur à la vue de sa belle captive, pour la préserver des vengeances de Rome et la sauver de la honte du triomphe, il lui demanda sa inain ; elle la lui accorda sans peine, et le mariage eut lieu le jour même à Cirta. Malheureusement pour les nouveaux époux, Lælius, redoutant le ressentiment de Rome, qui craignait l’ascendant de Sophonisbe, n’osa pas, malgré son amitié pour Massinissa , lui permettre de jouir d’une conquête qui appartenait aux Romains, et priver de son plus beau trophée l’appareil du triomphe. Le prince numide, dont la capitale reconquise célébrait avec ivresse le bonheur, eut à se décider entre son dévouement ambitieux pour Rome et sa tendresse pour Sophonisbe. Rien ne pouvait l’arracher aux Romains, et elle accepta avec reconnaissance le poison que son é|)0ux, contraint à rompre des liens si chers, fut forcé de lui envoyer pour sauver son honneur; et le même jour vit allumer dans Cirta le flambeau de 1 hymen et les torches du bûcher de Sophonisbe, heureuse d’être soustraite par la mort aux regards insullans des Romains.

Après avoir recouvré Cirta, Massinissa, en récompense des grands services qu’il rendit par sa bravoure et ses lalens à Scipion, à la bataille de Zama, devint roi de toute la Numidie, et réunit le royaume des Massyliens à celui des Massæsyliens. Il s’occupa d'embellir sa capitale, qui d’après Pline (1. V, 2), auquel on peut reprocher de ne pas nous en apprendre davantage, fit depuis partie du territoire des Sittiani. Par sa situation sur des rochers élevés et escarpés dans une partie de son enceinte, Cirta était déjà très-forte; Massinissa et son fils Micipsa ne laissèrent pas d’ajouter encore à ses moyens de défense. Ce dernier prince y établit une colonie de Grecs, et celte ville devint assez considérable pour pouvoir , selon Strabon , fournir 10,000 cavaliers et le

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double de fantassins. Dans la guerre de Jugurtha, fils de Manastabal, fils de Massinissa , contre Micipsa, Cirta joua aussi un rôle important. Après avoir défait Adherbal , fils de Micipsa, près de cette ville, où ce prince se retira, les entreprises de Jugurtha, pour la réduire, ayant été sans succès, et ne pouvant la prendre d’assaut, il se résolut à en faire le siège en règle. Il le réduisit même à un blocus, et ce ne fut qu’en interceptant les vivres qu’il parvint à s’en emparer. Ce fut là que ce prince, qui à tant de grandes qualités unissait tant de défauts, fit assassiner Adherbal, malgré tous ses sermens. Par ce manque de foi et par sa trahison envers Micipsa, qui l’avait adopté pour fils, il mérita sa triste fin, dont il n’en résulte pas moins une grande tache d’ignominie sur les Romains. Jugurtha, mettant la plus grande importance à Cirta, en avait fait son dépôt d’armes, de machines, de vivres; les généraux romains en jugèrent de même, et Metellus, unissant ses forces à celles de Marins, s’en rendit maître et la conserva malgré les efforts du prince numide, Jugurtha, pour la reprendre. Cirta devint le centre des opérations des Romains, et il était pour eux d’un grand avantage de pouvoir les lier avec le beau port d’Hippône (Bône), qui en était peu éloigné. Ce fut à Cirta que Jugurtha, trahi par le roi Bocchus son allié, fut livré , après tant de hauts faits, à Sylla, lieutenant de Marins. A la fleur de son âge, ce grand capitaine, roi d’un peuple assez puissant pour résister avec succès pendant plusieurs années aux Romains, fut mené enchaîné comme un vil criminel à Rome; et, avec ses deux fils encore enfans, il orna le triomphe de Marins. Les Romains, atroces dans leur vengeance, ne pouvant oublier que, près de Cirta, leur ennemi vaincu , qu’ils redoutaient encore, avait, au temps de ses succès, fait passer sous le joug une armée romaine de 4o,ooo hommes , le scellèrent dans un affreux cachot et l’y firent mourir de faim.

Jules César, dans sa guerre contre Juba et les restes du parti de Pompée, apprécia de même l’importance de Cirta et s’en rendit maître par son lieutenant Sittius, auquel il donna une partie du territoire, qui fut distribué aux soldats romains, et dont les habitans reçurent, avec le droit de cité romaine, le nom de Sittiani que leur donne Pline. Cette ville avait aussi pris de Jules César le titre de Colonia Cirta Julia. Octave et Marc-Antoine s’en disputèrent la possession (Dion. Cass., 1. XLVIII, 21, 22), et, sous Tibère, Tacfarinas, qui pendant plusieurs années donna tant de peine aux Romains, et le général Blæsus , cherchèrent de même à s’en emparer.

Cirta conserva longtemps encore sa prépondérance. Vers l’an 3i2 de notre ère, Constantin le Grand, voulant lui donner plus d’éclat, l’embellit et rétablit plusieurs de ses monumens en partie détruits lors de la guerre (vers 3 10) de l’empereur Maxence contre l’usurpateur Alexandre, paysan pannonien, proclamé empereur en Afrique et qui était venu se réfugier à Cirta. Comme témoignage de la faveur dont Constantin honorait cette ville, il lui donna le nom de Constantine. Selon Anrélius Victor, dans la Vie de Constantin, cité par Shaw, p. i56, cet empereur avait, par un décret, accordé à la famille Flavia le sacerdoce en Afrique ; c’est pour cela sans doute que l’on trouve a Constantine, et dans d’autres villes de ces contrées, tant d’inscriptions avec le nom de

cette famille. Au v° siècle, Constantine, Carthage et Hippône furent les seules villes d’Afrique qui ne cédèrent pas à Genséric, et repoussèrent ses hordes vandales.

Dans les siècles suivans, cette ville très-peuplée, très-commerçante, était, par sa position et ses fortifications, regardée comme inexpugnable. Au xii' siècle, les auteurs arabes Edrisi et Bekri en font les plus pompeux éloges. Ils parlent avec enthousiasme du grand et profond ravin qui lui servait de défense, des deux belles portes de la ville et du pont magnifique qui, selon Édrisi, s’élevait à 100 coudées au-dessus des eaux, et qui , d’une très-belle construction , servait en même temps d’aqueduc et fournissait abondamment la ville d’eau très-pure amenée de fort loin. On citait aussi son grand amphitéâthre, qu’Edrisi compare à celui de T auromenium , Taormina en Sicile.

Au XVI® siècle, sous les papes Jules II et Léon X, Léon l’Africain cite comme d’une grande beauté les édifices publics et particuliers de Constantine, et entre autres ses superbes portes, à l’est et à l’ouest, bâties en pierre rougeâtre. M. Bureau de la Malle, dans son beau travail sur la province de Constantine, nous offre sur l’état actuel de cette ville d’intéressans détails. On en trouve aussi dans Shaw (I, p. i56) et dans les lettres de Peyssonneî. La ville , peut-être moins grande qu’autrefois , est située sur un vaste plateau de rochers dont la forme est celle d’un losange imparfait qui a la pointe tournée vers le sud. Les remparts, peu élevés, construits par les Romains, étaient en pierre noirâtre taillée au ciseau , et peut-être des laves ou des balastes. C’était de ce rocher comme de la roche Tarpéienne, à Rome, que l’on précipitait les criminels. La partie du nord dominait un précipice de près de 600 pieds de profondeur. Une portion de l’enceinte de la ville, que ses fortifications naturelles rendaient presque imprenable avant l’invention de la poudre, est défendue par un large ravin bordé de rochers à pic, qui s’élèvent jusqu’à 55o pieds de hauteur, et aux pieds desquels roule le Rummel, Sufegmare de Léon l’Africain, et dont on ne connaît pas le nom ancien. Dans plusieurs en droits, il sepirécipite en cascades à nombreuses chutes, s’engouffre sous terre ou sous des ponts naturels formés de concrétion calcaire ou de masses de rochers éboulés, il reparaît et s’enfonce encore dans l’abîme, et offre les sites et les effets les plus pittoresques et les plus sauvages. Les portefeuilles de M. de la Marre sont riches de grands dessins qui retracent ces belles scènes.

11 semble que le Rummel n’a pas toujours coulé dans le fond de ce ravin, et que ce fut Massinissa ou son fils Micipsa qui , en en détournant le cours , le précipita dans cet immense ravin , pour ajouter cette défense aux fortifications naturelles de Cirta. Ceci rappelle, sans le vouloir, l’admirable cascade de Terni, qui ne s’est pas toujours élancée de ces rochers si pittoresques. Jadis le Velino coulait paisiblement sur le riche plateau au pied duquel la Néra serpentait dans un riant vallon, lorsqu’un beau jour, Curius Dentatus conçut le projet d’en changer le cours, il y réussit; et, précipitant à travers les rochers le Velino dans la Néra, il créa l’une des plus belles cascades du monde, et s’acquit , par la magie de cette magnifique scène , des droits à la reconnaissance des voyageurs et des peintres. Si l’on en croyait l’historien arabe Bekri, au

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xii' siècle, le Rummel aurait été navigable, de même que deux autres rivières considérables; elles ne le sont plus, et il paraît même qu’elles ne l’ont jamais été. Après avoir dans son cours sinueux embrassé la moitié de l’enceinte de la ville, le Rummel, tournant brusquement vers l’ouest et se dirigeant ensuite vers la mer, perd son nom pour prendre celui de Oued-el-Rebir, la grande rivière, peut-être VAmpsuga de Plolémée et de Pomponiiis Mêla, et il court au nord-ouest se jeter entre Jigilli [Igilgilis Coloni/i), à l’ouest, et la côte sineuse des caps Bougiarone, les sept caps, à l’est. Au reste, la fin du cours de ce fleuve n’est pas encore bien connue.

Dans une partie moins élevée des rochers, sur lesquels, mon'ant en amphitliéàtre vers le nord, s’élève Constantine, vis-à-vis de la porte sud de la ville, un pont aqueduc y conduit; il est à trois rangs d’arches, dont les supérieures sont petites à peu près comme celles du pont du Gard; il amenait à Constantine les eaux des sources de Physgéa, l’ancienne Sigus, qui en est éloignée d’environ 8 lieues au sud ouest, et ces eaux, très-<'\bondantes , alimentaient de nombreuses et très-vastes citernes, creusées dans le palais à iCo mètres au-dessus du cours du Rummel, et à 3o mètres au-dessus de la partie inférieure delà ville. 11 en existe encore la plus grande partie, trente-deux; elles ont élé rendues à leur ancienne destination pour la plupart, et il y en a d’assez grandes et en assez bon état pour qu’on ait pu les changer en citernes ; ces citernes sont avec d’immenses égouts très-bien distribués , mais qui furent négligés par les Arabes, les parties les mieux conservées et les plus remarquables de la ville. La largeur du ravin , traversé par le pont, est de 80 mètres en haut et de 4o mètres en bas, et le pont est de 170 pieds au-dessus des eaux du Rummel (I). Du temps de Shavv, l’architecture et, l’ornementation de ce pont étaient très-riches en bucranes , en guirlandes et en caducées qui décoraient les clefs des arches. Au-dessus de la grande arche du milieu, est un bas-relief que donne Shavv, p. i58, et qui représente, au-dessus de deux éléphans affrontés et prêts à enlacer leurs trompes, une femme qui relève sa robe et découvre toute la partie inférieure de sa personne. Au-dessus de sa tête, ainsi qu’une espèce de dais, est une grande

(1) Voici sur Constantine quelques détails qui m’ont été fournis par un ami qui y a passé quelques mois, et d’après des mesures exactes prises par les officiers d’état-major et du génie, et par l’administration des ponis et chaussées. La surface ou le haut plateau de la ville de Constantine, quadrilatère rhomboïdal irrégulier, est de 42 hectares et entièrement couverte de constructions, la jdupart mauresques. Son plan est fortement incliné vers le sud. La partie la plus élevée, vers le nord, est de 661 mètres au-dessus du niveau de la mer. La plus basse, au sud, est de 100 mètres moins élevée. Les cas-

cades du Rummel , qui terminent au nord le ravin , ont 53 mètres de hauteur et sont placées à 176 mètres au-dessus de la ville, et le gouffre présente ici une profondeur totale de 228 mètres.

Le pont construit sur une voûte natuturelle, formée de concrétions calcaires, est à 5G mètres au-dessus de la rivière; les arches à deux étages qui soutiennant le pont ont 48 mètres de hauteur. Ainsi le ravin offre ici une profondeur de io4 mètres. La direction du ravin , où s’agite par sauts et par bonds le Rummel, est du sud au nord faisant un angle obtus vers l’est.

coquille. On n’est pas étonné de voir des éléplians sur un monument de l’Afrique, dont la figure personnifiée sur des médailles a pour coiffure une tête d’élépliant, qu’on retrouve aussi à une tête de Scipion l’Africain, comme symbole de ses victoires sur les Carthaginois. Mais que signifient ici celte femme et son attitude peu décente, c’est ce que j’ignore. H n’est pas certain que ces bas-reliefs aient toujours occupé la place où on les voit. M. Charles Texier (J. des Débats, 3 déc. i846) pense qu’ils pouvaient bien faire partie du parapet et avait été placés où ils se trouvent actuellement, lorsqu’en 1796, le pont, dont il ne reste plus de construction romaine que les piles en grosses pierres, en bossage et une partie des culées, fut rétabli par Salab-Bey. M. Bureau de la Malle avait cru que ce beau pont avait été détruit par Achmet Bey, mais des renseignemens plus exacts lui ont appris plus tard qu’il n’en était rien et que le pont existait encore, ce qu’il a consigné dans un appendice au Voyage dePeyssonnel (vol. Il, p. aSo et suivantes). Ce pont aqueduc présente de beaux aspects parmi les nombreux sites dessinés par M. de la Marre.

Shaw cite aussi un arc de triomphe, en grande partie conservé et nommé actuellement Cusdr Goulak, le château du géant; il était, dit-il, à trois arcades riches d’ornemens , fleurs, faisceaux d’armes et soutenues par des pilastres corinthiens; mais d’après la planche de Shaw, ce serait de l’architecture lourde et de bien mauvais goût, et nullement dans le stjle corinthien. Par plusieurs restes considérables de constructions souterraines, on reconnaît, avec les auteurs arabes et avec Léon l’Africain, que Constanline possédait de très-grands silos pour l’approvisionnement des grains. Il paraît que la nécropole ou la ville des tombeaux de Constanline était au sud-ouest de celte cité: l’on y a retrouvé des restes de monumens et des inscriptions funéraires.

Parmi les antiquités découvertes près de Constanline, on doit citer quatre grandes et curieuses mosaïques , dont une nous a été rapportée et est destinée à figurer un jour au Musée royal. Au reste, lorsque les monumens de ce genre sont de grandes dimensions, il est très-diûicile de trouver le moyen de les placer d’une manière convenable, tant pour en assurer la conservation et les préserver des atteintes de la foule, dont les chaussures ferrées les auraient bientôt détruites, et tant aussi pour ne pas obstruer la circulation dans des salles étroites, par les grillages ou les balustrades dont on pourrait entourer les mosaïques pour les mettre à l’abri. Ces pompeux ornemens, et l’on devrait dire ces brillans lapis de mar’ore et d’émaux, si riches dans les églises d’Italie, dans les palais, au musée de Naples, dans les temples et les élégantes demeures de Poinpéi, ne conviennent qu’à des lieux où ils ne sont pas sans cesse foulés, comme ils le seraient au Musée royal, par des pieds armés de fer, qui auraient bientôt désuni et brisé les petits cubes, et encore plutôt terni et éteint les couleurs. D’un autre côté, il n’est guère praticable de placer verticalement et d’encastrer, dans une muraille du Musée, une très grande mosaïque; plusieurs raisons majeures et contre la force desquelles il n’y aurait rien à opposer, ne permeltralenl pas d’adopter ce parti, qui, au premier coup d’œil, paraît très-simple. Dans aucune partie du Musée, aucun mur, dans une exposition favorable à la lumière, condition indispensable, ne présente une surface unie

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d’un assez grand développement. Il faudrait, pour en égaliser le parement, détruire des pilastres, ou en marbre ou en pierre, et d’autres membres importans de la belle architecture de nos salles, et en faire disparaître la riche ornementation, ce qui n’est pas proposable, et ce serait un véritable vandalisme, et quand même on se résoudrait à un parti d’une telle violence, il ne serait pas acceptable, car ce serait enlever à des statues et à d’autres précieux monumens une large place qui leur convient et que n’occuperait pas aussi bien une grande mosaïque d’un travail assez grossier, et qui, bien que trèscurieuse, ne pourrait, sous le rapport de l’art et de l’étude, être mise en comparaison avec la série de statues, de bustes, de bas-reliefs qu’elle aurait déplacés, et, d’ailleurs, l’encastrement d’une grande mosaïque antique dans un mur vertical lui ferait courir les plus grands dangers. Le mortier ou le mastic, trèsépais, sur lequel elle est fixée, n’a plus la même solidité que lorsqu’elle a été faite; ses cubes n’ont plus entre eux la même adhésion; placés horizontalement, ils se séparent très-facilement. Que serait-ce lorsque toutes ces pièces ou ces épaisses dalles de maçonnerie, posées verticalement, porteraient l’une sur l’autre de tout leur poids, et, ne pouvant pas être solidement agrafées à la muraille, tendraient sans cesse à pousser au vide et à s’en détacher? on ne pourrait espérer aucune solidité. Il y aurait encore un autre motif pour ne pas placer verticalement une grande mosaïque qui, jadis, avait orné le pavement d’une salle, c’est que, dans ses compartimens , sont diverses figures disposées en différens sens qui devaient cadrer avec les dispositions de la salle et suivant ses côtés et la variété de ses aspects, ce qui ne pourrait plus avoir lieu lorsque la mosaïque serait verticale. La pose de plusieurs des figures ou d’autres objets serait tout à fait changée et pourrait souvent devenir très-ridicule et tout à fait opposée au bon goût, à la raison et à leur ancienne destination. On ne peut donc sérieusement songer à placer contre des murailles verticales de grandes mosaïques, et il est très-difficile de les employer dans leur entier convenablement à l’ornementation du pavement d’un musée, quelque vastes qu’en soient les salles, telles que celles du musée du Louvre. Je n’en vois qu’une ou la grande mosaïque de Constantine pourrait être bien placée, à l’abri des atteintes de la foule et sans nuire à la circulation du public : ce serait dans la vaste salle connue sous le nom des Sept-Cheminées et qui précède la longue série des belles salles du musée Charles X, comprenant les vases , les bronzes, les faïences , les émaux et le Musée égyptien : cette salle a i8'“,3o, = 71 pi. de long, et 14“, 70, = 67 pi. de large; la mosaïque a 8“,36 de long et 7“, 70 de large. Ainsi, en la mettant au milieu de la pièce et l’entourant d’un petit grillage, il resterait encore autour 13” de deux côtés et 35 des deux autres pour la circulation les jours de foule, et ce serait bien suffisant. Il est vrai que cette salle est peu éclairée, mais la mosaïque, étant sous le jour qui tombe d’en haut, se verrait très-bien, et, d’ailleurs, il y a longtemps que l’on a le projet d’élargir l’ouverture du comble, et certainement on l’exécutera quelque jour. Lorsque l’on en sera venu là, selon le désir des artistes et des amateurs de la peinture, cette grande et belle salle ne le cédera pas au grand salon de l’exposition , et elle sera aussi favorable aux ta-

bleaux. La mosaïque, bien que protégée par une balustrade et sur laquelle on ne passerait pas , ne nuirait en rien pour voir les tableaux. En suivant les côtés de la salle, bien éclairés d’en haut de toute part, on pourrait considérer à son aise les tableaux de grandeur médiocre , et les dessins qui demandent à être vus de près, et, en se rapprochant de la balustrade, on serait à portée de bien voir les tableaux qui, par leur grandeur, exigent que l’on en soit à une certaine distance. En plaçant ainsi cette mosaïque dans cette salle attenant au musée des vases, on pourrait y réunir un autre avantage, ce serait peut-être celui de trouver à disposer nos peintures antiques fort intéressantes sur le mur qui fait face aux fenêtres et qui touche au musée des vases. Elles sont d’autant plus importantes, que notre Musée royal est le seul qui possède des peintures de ce genre, et qu’elles ont été toutes publiées et illustrées dans le grand et bel ouvrage d’Herculanum. Pour le moment, ces précieux monumens de la peinture antique ont été relégués au milieu de croquis et de dessins modernes où ils se trouvent étrangement placés, et d’une manière très-peu convenable; il serait bien temps d’en adopter une plus à leur avantage et qui satisfît mieux le goût des artistes et des antiquaires. Certainement, ces peintures pourraient l’être encore mieux que sur la muraille que j’indique, et, bien qu’elle leur fût entièrement consacrée, elles seraient encore trop près de peintures modernes. Si l’on pouvait leur affecter une salle oû elles seraient seules avec des bronzes antiques ou même des vases, elles seraient -encore sans comparaison mieux. Mais on trouverait difficilement cette salle depuis qu’on a retranché du musée Charles X celle qui termine à l’est la longue série de salles du côté de la Seine, et qui aurait parfaitement convenu et aux peintures antiques et à une foule de petites antiquités dont sont encore encombrés dans l’ombre une partie de nos magasins.

La grande mosaïque qui a donné lieu à cette digression, forme un parallé- . logramme rectangle de 8'”,36 sur 7“,70 ; les cubes qui la composent sont de médiocre grandeur et assez réguliers. Elle offre des compartimens circulaires bien agencés et variés mêlés de guirlandes et de feuillages. Ils entourent un tableau de 2“ de large sur 3”',8o de haut.; on y volt, sur un char d’or traîné par quatre chevaux marins, Neptune et Ampbitrlte, de grandeur naturelle, presque nuds. Deux génies ailés voltigent autour d’eux et soutiennent un grand voile long. Sous les pieds des chevaux plongent des poissons ; plus , bas sont deux barques à voiles montées par deux enfans nus : ceux de la barque de gauche pêchent à la ligne, ceux de droite au harpon. Ce tableau est terminé par des génies marins montés sur des poissons. Cette mosaïque, dont on ne donne ici qu’un aperçu, est complète et entourée d’une riche bordure. Dans ce moment-ci, elle est encore au Louvre dans quatre-vingt-six caisses. Je dois à M. de la Marre cette succincte description qui suffit à donner une idée de l’importance de ce curieux ouvrage.

N° 47. — Buria Janüaria, inscr., 5 lig. , pl. LXXVII.

Sous la protection des dieux mânes, BVRIA JAN VARIA, qui n’avait vécu

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que sept ans, était inhumée sous cette modeste pierre. [Haut. o“,25o; larg. 0'”,320.]

N° 48. — Iasides , inscr. grecque, 1 lig., pl. LXXVII.

Il ne reste de cette inscription grecque que ce seul mot. On sait que laso, fdle d’Esculape, était, avec sa sœur Hygie, une des déesses de la médecine, et l’on voit Virgile [Æn. v, 843; xii, 3g2) donner à un médecin le surnom de Iasides, qui guérit. Ainsi, ce pouvait être, dans cette inscription, le nom ou le surnom d’un médecin grec établi à Cirta, ville d’où provient ce fragment. [Haut. o'”,220; larg. o'”,320.]

N° 49. — Lücida Verna, pierre fun., inscr., 7 lig., pl. LXXVII.

Celte inscription sur une dalle de pierre est consacrée à la mémoire de LVCIDA VEENA, ou esclave née dans la maison d’un empereur, ou d’une Auguste, une impératrice, et morte à l’âge de onze ans; elle était enterrée sous ce cippe : H(c Situ Eil. [Haut. o”“,520; larg. o'“,220.]

N° 50. — Eupmüs, pierre funéraire, inscr., 4 lig-, pl. LXXVII.

Un personnage nommé EVPMVS, et qui a vécu cent ans, reposait sous cette pierre : Hic Situs Esf. Nous trouvons dans nos inscriptions de la province de Conslantlne plusieurs personnes qui ont poussé leur vie jusqu’à un âge trèsavancé, ce qui parlerait en faveur du climat, si ces exemples venaient à se multiplier. [Long. o'",36o; larg. o“,26o. ]

N° 51. — Héraclidas, stèle, inscr., 4 lig-, pl- LXXVII.

Cette stèle funéraire, en mauvais état, consacrée aux mânes, ne porte que le nom de ce personnage écrit ERACLIDA, et qui vécut vingt-sept ans; la forme des lettres et le mot ANIS, qui n’offre qu’ANS (l’I est uni à l’N), place cette inscription aux bas temps. [ Haut. o“,4oo; larg. o“,3oo.]

N° 52. — Antius Victoricüs, inscr., 4 lig-, pl- LXXVII.

Dans cette inscription , il est question d’une somme de 200 sesterces que trois personnages, avertis par une apparition ou par un songe: ANTIVS VIC- TORICVS, peut-être avec son fils ANTIVS VICTORICVS, ce que pourrait indiquer rS après ANTIO, cum Anlio Suo, avec son Antius, et MVSOLVS, jeunes gens, ont donnés avec plaisir, LIBENS AMMO pour LIBENTI, ou peut-être pourLIBENTES, à leurs COLEGIARIS (pour COLLEGIARIIS) , quelque corporation dont ils faisaient partie. A la fin de l’inscription, Vaciundum semblerait indiquer que c’était pour contribuer à élever quelque monument : EX Sestertiis Niimmis CC,200 , Stia Pecunia Faciandum Dederunt. Ce nom de Victoriens est assez extraordinaire, et ce qui l’est encore plus c’est la termi-

naison en U au lieu d’O, à la deuxième ligne, des noms Victoricus et Musolus et IVNIORES pour IVNIORIBVS. Quant aux mots VISO MONITI, ils se rapporteraient aux trois personnes qui ont fait le don. Mais dans tous les cas les noms ainsi que les fautes de grammaire et les barbarismes de cette inscription indiquent assez qu’elle appartient à des temps de décadence de la langue et du style épigraphiques.

N® 53. — JuLiA Rüfina; m. blanc, inscr., 16 lig., pl. LXXVII.

Quelques mots au commencement de cette inscription manquant, on ne sait à qui elle était consacrée ; les extrémités de plusieurs lignes sont mutilées sur la droite et rendent incomplète la série de noms de femmes qui remplissent ce monument épigraphique, dont les lettres longues et serrées sont de formes très-mauvaises et qui annoncent les bas temps.

On y lit les noms de Julia Rufina, à la mémoire de laquelle cette inscription paraît consacrée; de Sittia Varilla Potita; de Julia Potita; de Cyrilla, de Minuccia et d’Anulla Saturnina , ou filles de Saturninus ; de Pulla , fille de Paulus ; d’Ingenua, fille de Verus Popilius; de Procilia, fille de Basilus; de Porcia Procula; d’Horatia Procula; de Flacilla, fille de Saranus; d’Honorata, nommée aussi Marciana, fille de Cimber; d’Honorata , fille de Modestus; de Vibia Læta....; de Marcellina Faustinia, fille de D. Marcus, Calvus; de Pudentilla Nices, fille d’Augurinus; de Seia, fille de L. Clodius; d’Anucella, fille d’Orcbivius Capiton. — A la cinquième ligne, Cyrilla, qui paraît avoir été surnommée Punica, la Punique ou la Carthaginoise, était fille d’un Antoine. Il est à regretter que quelques mots de plus ne nous apprennent pas ce que pouvait être cette réunion de dix-neuf femmes , dont plusieurs paraissent avoir appartenu à des familles distinguées, telles que les consulaires Minucia, Vibia, et qui peuvent avoir fait partie de quelque corporation ou avoir été attachées au service d’un temple. [Haut., o“,700 larg., o“,5oo.]

N° 54. — V.ALERiA Donatula, pierre, 6 lig., pl. LXXVIÏ.

Cette inscription, sur une pierre qui faisait partie d’un bâtiment, rappelait le souvenir de IVLIA QVETA (pour QVIETA) , morte à deux ans, fille de la très-douce ou très-chère VETOSIS, et petite-fille de VALERIA DONATVLA, qui lui a consacré cette pierre funéraire.

A la deuxième ligne l’AE a été changé en AI, et à la cinquième en E; dans les autres mots on a conservé l’AE. A la cinquième ligne, on lit POSIT pour POSVIT : ces fautes ou ces variations d’orthographe sont communes dans les inscriptions du iii' siècle et des temps postérieurs. Et, d’ailleurs, I’ai pour ae est général dans d’anciens manuscrits, et on l’a maintenu dans bien des éditions d’auteurs latins. Le nom de Vetosis offre une tournure assez égyptienne. [Haut. o”',38o; larg. o™,66o.]

Jupiter Victor. Voy. n° i5, pl. LXXII.

Loncanus (fleuve). Voy. n" 16, pl. LXXll.

APPENDICE

PoRCius Optatus Flamma. Voy. n° 3i, pl. LXXV.

Sept. Sévère, Voy. n° 82, pl. LXXV.

INSCRIPTIONS DE CUICULUM, AUJOURD’HUI DJIMILAH.

On ne connaît peut-être pas encore d’une manière tout à fait positive à quelle ville de l’ancienne Mauritanie ou de la Numidie répond Djiinilah, située sur une des routes de Constanline à Sétif, à 36 kilom. , 9 lieues de celle-ci, et à 96 kilom., 24 lieues, de la première de ces villes; mais toutefois il paraît que ce n’est pas l’ancienne Gemellœ, qu’avaient cru y trouver Sliaw et Peysonnel, let. 12, p. 368, et que Djimilah est à peu près sur l’emplacement de Cuiculum. Les inscriptions que l’on y a découvertes depuis quelques années donnent plus de cerlitude que ce que l’on savait lors du voyage de Shaw publié en 1743, et celui de Peysonnel fait en 1727, 1725. D’après le premier, cité par M. Bureau de la Malle, page 227 de sa Province de Constantine, Djimilah serait à 4 lieues N. E. de Kasbaïte , qu’il pense être la Cuiculum de l’itinéraire d’Antonin, et il dit que l’on y a trouvé de beaux restes d’antiquités, entre autres une partie de porte de ville et les débris d’un amphitbéâlre. Selon Peyssonnel (lellr. ms. XV, page 38), il y aurait eu un temple dont il vit seulement, en passant, les débris. — Des ruines assez considérables indiquent une ville de quelque importance, et elles sont d’un plus grand caractère que celles des autres villes de cette contrée. Le pays qui entoure Djimilab ou l’ancienne Cuiculum, voisine de la place moderne, hérissé de montagnes assez élevées , en partie couvertes de beaux arbres et sillonnées de profonds ravins, abonde en ruisseaux qui y entretiennent l’ombi'e et la fraîcheur. Parmi les ruines, plusieurs sont remarquables et offrent de l’intérêt. Celles du théâtre s’étendent au pied d’une colline, des pentes de laquelle on avait profité pour établir, près d’un ravin profond, les gradins que l’on retrouve en grand nombre et en assez bon état de conservation. Diverses parties des murailles appartenant aux édifices du théâtre, existent encore et donnent une bonne idée des façades antérieure et postérieure. De ce théâtre, on jouit d’une belle vue sur les montagnes, aux pieds desquelles il est placé. Près delà est un monument carré qui fut certainement une grande sépulture, une sorte de mausolée. Ses murailles, fortement inclinées et penchant du même côté, doivent sans doute cette déviation prononcée de la verticale à quelque secousse de tremblement de terre; le sol a tassé, et le monument, en conservant sa forme, a cédé au mouvement, comme la tour penchée de Pise, ce qui prouve et la solidité de sa construction et l’habileté de l’architecte. — Outre ce théâtre, on trouve des restes assez considérables d’un très-petit arc de triomphe, qui doit être ce que Shaw prit pour une porte de ville. Il y existe encore des restes de la corniche, de l’entablement, de deux niches et de deux colonnes qui flanquent la porte. D’après les mesures de ce petit monument, que l’on avait l’intention de faire

INSCRIPTIONS DE DJIMILÂH.

venir à Paris, on voit qu’il n’y serait d’aucun effet, et que ce trophée de nos armes perdrait tout l’intérêt que lui donne le pittoresque de la localité où il a été élevé. — On trouve encore à Djimilah des ruines du temple qu’avait vu Peyssonnel, et il en subsiste plusieurs arceaux. De là nous sont aussi venus de ces autels ou de ces cippes funéraires d’une forme peu commune, hexagone, et divisés dans leur hauteur en trois compartimens remplis par des basreliefs d’un travail, il est vrai, très-grossier et souvent même barbare, mais qui ne laissent pas d’offrir de l’intérêt par leur aspect tout nouveau pour nous, et par la singularité de leur disposition, très-différente de celle des cippes funéraires que nous connaissions. Quelques-uns de ces autels sont terminés par de belles corniches ornées de riches feuillages, et leurs bases sont d’un bon profil; ils sont décorés, sur toutes leurs faces, de masques suspendus à de fortes guirlandes. On trouve peu de bronzes à Djimilah ; cependant, le capitaine de la Marre en a rapporté une belle et grande lampe qui lui a été donnée par le général Galbois. Ses dessins offrent des plans, des élévations, des détails d’architecture et des vues très-pittoresques de toutes ces ruines. Ils m’ont été très-utiles , ainsi que ses notes et sa conversation.

N“ 55. — TitiniüsClodianüs, cippe, inscr., 1 1 lig., pl. LXXVIII.

Ce cippe funéraire provient de Djimilah, l’ancienne Cuiculum, nommée ici la colonie des Cuiculitains, COLo/ùa CVICVLITANORVM. D’après Orlellius, cette ville de la Mauritanie fut , dans les premiers siècles du christianisme, le siège d’un évêché cité par saint Augustin et dans le huitième synode de Constantinople. Ce petit monument funéraire, orné dans le haut d’une moulure, et dont l’inscription est mutilée, a été consacré peut-être à la mémoire de la femme, CONIV..., conjugi, sans doute de l’ex-proconsul. L. TITINIVS CLODIANIVS , par l’ordre splendidissime des décurions de la colonie des Cuiculitains, et après avoir reçu la cotisation des sportules, probablement des gens riches , pour les citoyens peu aisés qui recevaient des rations de nourriture. On range la famille rihniaj parmi les consulaires, et cependant on ne trouve dans les fastes le nom d’aucun Tüinus. Voy. sur les décurions, p. 12 55.

On sait qu’on nommait en général sportala le vase ou la corbeille dans laquelle les cliens ou des pauvres emportaient les vivres que leur distribuaient leurs patrons. Il est à présumer qu’il est question ici des distributions que faisaient faire les décurions au moyen des sportules ou de l’argent des sportules, qui leur était alloué et dont ils réglaient la répartition. C’était une espèce de caisse de secours ou de récompense dont ils avaient la direction. On les retrouve, ainsique l’ordre splendidissime d’un corps municipal des décurions, dans une belle inscription de Soriano, près de Viterbe, donnée par Muralori (681 , 2) , d’où l’a tirée Orelli (n" 8722) . Et ce n’était pas seulement à des distributions de vivres ou à des secours, ou à des fêtes qu’était employée cette caisse de sportules, puisque, dans cette inscription et au u° 8,724, c’est avec cet argent que l’on éleva des statues à des citoyens qui ont mérité cette honorable récompense publique, et que l’on pourvut aux frais des funérailles. — Au n° 8,780, il est question d’une cotisation d’argent, peciinia colatUia ou colküitia, du même genre que celle des spor-

APPENDICE

tules. C’étaient de ces associations de bienfaisance à la tête de l’une desquelles pouvait être la femme de l’ex-proconsul TITINIÜS GLODIANUS à CUICULUM. Cette inscription est en deux fragmens; plusieurs mots n’existent plus. Les lettres en sont onciales et ont o'",07 de haut. Plusieurs sont conjuguées, et dans les mots SPLENDIDISSIMVS CVICVLITANORVM et CONLATIONE, les I sont au-dessus des D, de l’L et du T ; dans SPORT VLARVM, les lettres RVM sont réunies. [Haut. o^jqGo; larg. o“,53o.]

N° 55 A. — JüLiüS Rüsticianüs, inscr., 20 lig., pl. LXXIX.

On ne saurait mettre en cloute que cette belle inscription ne vienne de CVI- CVLVM, et ne soit un acte passe dans celte ville, dont le nom se trouve en abréviation à la fin delà dix-huitième ligne, où elle prend le titre de république ; CVlculitanorum VieVuhlica. On voit que celte ville avait donné son adhésion à l’acte passé entre particuliers, FIRMANTE CVI. RP. L’on voit aussi que, pour être valide , l’adhésion du conseil ou du sénat de ces petites républiques , colonies romaines , devait être revêtue de l’approbation des proconsuls ou d’autres grands fonctionnaires romains qui y avaient sans doule la haute main, ainsi que le démontre la formule de la vingtième ligne de notre inscription, ACCE- DENTE AVCTORITATE PROGONSVLVM. 11 n’y avait certainement qu’un proconsul dans la province de Constantine, dont faisait partie la république de Cuicnlam, et, s’il est question de l’autorité des proconsuls, ce ne peut être que de celle des ordonnances promulguées par les proconsuls qui s’étaient succédé dans cette province.

Notre inscription est en l’honneur de Jvlivs Rvsticianvs , fils de Qvintvs Rvsticianvs , de la tribu romaine Papiriu, chevalier romain , flamen perpétuel, on ne dit pas de quelle divinité, et Ædilicius Palatin, PAL. AED. NN , ou qui avait été édile , ou chargé des travaux du palais des empereurs à Rome. On fait le plus grand éloge de la pureté, de la gravité et de la décence de sa vie, dont il était le modèle, ANTISTES (ANTISTI pour ANTISTITI). On célèbre la fidélité de son amour pour les études ou pour les lettres et les sciences. Aimé de tous , il méritait d’être loué dans toutes les circonstances de sa vie , et il était en outre le père digne de toute estime de Julius Lucillius. Dans les cinq lignes qui suivent, et dont il manque une partie du commencement, on ne peut pas trop saisir tout ce dont il s’agit, mais on voit qu’il était question d’une offrande ou d’une cotisation faite aux frais ÆRE ProPn'o de... et de RVS- TICIANVS RESTITVTVS , et de RVSTICIANVS; qu’à la 1 1' ligne on y parlait d’un beau-père, PATRVl; peut-être était-ce Julius Rusticianus, qui pouvait l’être d’un de ces personnages, et à la i3' ligne , la syllabe CIR peut avoir appartenu au nom de Cirta, la ville capitale delà province, et avec laquelle devait être en grand rapport Cuiculum, qui n’en était éloignée que de douze ou treize lieues, une cinquantaine de kilomètres.

Ceux qui ont consacré cette inscription, pour compléter l’éloge de Julius Rusticianus, ajoutent ; Notre Julius Rusticianus a signalé la mémoire de son sacerdoce en plaçant dans le temple une statue d’Hercule avec l’adhésion de la république de Cuiculum, et d’après l’autorisation des proconsuls.

INSCRIPTIONS DE DJIMILAH.

N° 56. — Dexter et Pmscus, pierre, inscr., 1 lig. , pl. LXXVIL

Celle longue pierre , ornée dans le haut d’un listel et d’un talon , et dans le bas d’un listel et d’une doucine ou talon renversé, servait de linteau à une fenêtre ou à une porte. L’inscription nous apprend que le monument dont elle faisait partie avait été dédié le six des ides de juillet , par les consuls DEXTER et PRISE VS. [Haut, o”, 480; larg. i”,i5o.]

Cette inscription est curieuse , en ce quelle confirme le surnom de l’un de ces consuls, sur lequel on n’était pas d’accord. A l’an 1016 de R., 263 de J.-C., les fastes consulaires de Janson d’Almeloven donnent, page 269, pour consuls DEXTER et CRISPI- NVS. Il paraîtrait que Janson avait raison de penser que ce devait être PRISCVS plutôt que CRISPINVS, et notre inscription confirme la conjecture de ce savant. Il faudrait avec lui reporter à l’année 949 de R., 196 de J.-C. ce DEXTER, et ce seraient les consuls CN. DOMITIVS et L. VALERIVS MESSALA THRASIA PRISCVS. Ils tombent ou à la fin du règne si court d’ Albin, ou à la première année de celui de Septime Sévère.

N° 57. — Adrianüs Fidelis, grès brun, ins., 4 lig., pl- LXXVIII.

Cette inscription, dontlesletlres, d’une très-mauvaise forme, sont gravées sur un grès grossier, est consacrée à la mémoire d’ADRIANVS FIDELIS, enfant mort à sept ans, trente-sept jours. — Les deux croix, l’une en tête, l’autre à la fin de l’inscription , et la formule EN PACE (pour IN PACE) , indiquent que cet enfant était chrétien.

On remarquera dans cette inscription des bas temps et dont les lettres sont trèsmauvaises que les D y sont à rebours, lignes deux, quatre, et ADRIANVS pour HADRIANVS, et que, ligne trois, TE lunaire 6 y est mêlé aux E ordinaires ou carrés.

N° 58. — Q.Liginius Satürninüs, p., insc., 9 lig., pl. LXXVIII.

Parfaitement entière, mais en deux morceaux dont la fracture est récente, cette inscription est sous la protection des dieux mânes, consacrée par SATRICANIA SATVRNINAà son mari très-cher Q. LICINIVS SATVRNINVS, mort à soixante-trois ans, et avec lequel elle en a vécu vingt-sept. Son nom de Saturnina montrait qu’elle était de la même famille que son mari.

Cette inscription est terminée par A. P. CCCIII. Les deux premières lettres suivies du nombre CCCIII, offrent une ère où les années se désignaient comme chez les Romains. Dans d’autres inscriptions, nous trouvons ; APV ; A. PR.; A. PO et comme ici un nombre. D’après M. Hase, de l’Académie des inscriptions, à qui la science épigraphique est sî redevable pour les services nombreux qu’il lui a rendus , ces sigles indiquent une date dont Tère remonte à 33 ans avant J.-C., année où la Mauritanie fut entièrement réduite en province romaine. Ces sigles A. P. CCCIII signifient donc Aruio Vrovinciœ, 3o3. Année (de Tère) delà province 3o3 , et en retranchant 33 du nombre qui suit 3o3 , on a la date depuis J.-C. Cette date répond ici à Tan 270 de J.-C., la première du règne de l’empereur Aurélien. Le mot PATRICIO, à la fin , est peut-être un nom de magistrat qu’on ajoutait à la date. Les lettres, qui ne sont pas trop mauvaises, ont de hauteur o“,020 et o“’,o4o. — [Haut. o'",5oo; larg. o“,45o.]

APPENDICE

N” 59. — Vettiüs Antoninus, grès, inscr., 4 lig. pl. LXXVIII.

Cette inscription sous la protection des dieux mânes, Dns Manihus Sacrum, sur une espèce de grès, olFre d’abord le nom de S. VETTIVS ANTONINVS, qui a consacré, deson vivant, cette pierre funéraire ornée de deuxfigures debout. A la fin de FECIT de la 2° ligne, l’I est conjugué avec le T. — Dans la 2’ partie de l’inscription, on voit le nom de IVLIA DONATA, morte à 65 ans. Elle reposait sous cette pierre. Hic Sita Est, et on lui souhaite que ses os reposent doucement, Osra Tita Bene Qaiescant : il est à croire que c’étaient deux époux. La mauvaise forme des lettres peut faire placer ce petit monument vers le iii" siècle de notre ère. [ Haut. o'”,66o ; larg. o“,3oo. ]

Otacilius Félix , n® 6, pl. LXXI. — Saturne , n° 1 1 , pl. LXXI. — Trajan, n°24, pl. LXXIV.

INSCRIPTIONS DE KALAMA, AUJOURD’HUI GHELMA.

Les anciens ne nous ont transmis que très-peu de documens sur cette ville, qui cependant était municipale, qui avait son sénat, ses décurions et qui dans ses inscriptions prend le titre de république. Elle se nommait aussi SVTUVL, à moins que ce ne fût le nom particulier de sa citadelle. Lors de la guerre de Jugurtha, elle joua un rôle, et ce prince la crut assez forte pour y renfermer ses trésors, et ce fut près de là qu’il battit une armée romaine de 4o,ooo hommes et qu’il la fit passer sous le joug, affront dont se vengèrent les Romains, mais dont ils ne se lavèrent pas, en faisant lâchement mourir d’une manière atroce ce grand capitaine , qui les avait vaincus. Située près de la rive droite de la Seibouse, Kalama, était entre CirtaetHipporegiüs,'Hifpône. On cite des eaux thermales entre la ville et le ruisseau Maia-Berda. Shaw (I, p. i52), ne parle qu’en passant de rangs de belles colonnes antiques qu’il avait vues en grand nombre et qu’il n’avait pas eu le temps d’examiner. On trouve encore , dans les ruines de cette ville, des parties de constructions considérables de l’ancienne citadelle, d’un très-grand cirque et beaucoup de restes de monumens funèbres qui nous ont fourni plusieurs isncriptions.

N°60. — Rufinüs, pierre rougeâtre, inscr., 9lig. ,pl. LXXVIII.

Ce LVCIVS FLAVIVS RVFINVS était de la tribu romaine Papiria et avait été Ylamen augustale perpétuel, Qiiaiuorvir et le premier Duumvir quinquennal, ou dont les fonctions duraient cinq ans. Les services qu’il avait rendus à Kalama et sa munificence lui avaient mérité le monument funèbre que les premiers magistrats, les décurions, Yordo, de cette ville élevèrent à sa mémoire, et aux frais duquel les habitans contribuèrent par une cotisation , ÆRE CONLATO. — [Haut. o^.Soo; larg. o"',5io. ]

INSCRIPTIONS DE GHELMA.

N° 60 A. — Kalamenses , pier. rouge, inscr., 3 lig., pl. LXXXI.

Celle pierre a élé consacrée aux frais du public, d’après un décret des décurions, premiers magistrals de Kalcima, sous le règne d’un empereur dont on ne donne pas le nom , et qui , imperator pour la quatrième fois , était consul pour la cinquième, et auquel, comme à tant d’autres, on donne le titre de père de la patrie. Les sigles DD PP FC signifient Decuriones Vablica Vecunia Faciendum Curaverant. Les décurions l’ont faire avec l’argent de la république. [Haut. o'",320; larg. o”“,620.]

N°61. — Antonia IssA,aMfe/ en m. bh, insc., 6 iig., pl. LXXVIII.

Cet autel, sous la protection des dieux mânes , en très-mauvais état , terminé dans le haut par des coussins cylindriques, est orné de guirlandes de laurier renouées de bandelettes et surmontées à gauche d’un préféricule, et à droite d’une patère , emblèmes des sacrifices et des offrandes ; la base est d’un beau profil, mieux que celui de la corniche. L’inscription, dont les lettres indiquent les bas temps, ne nous apprend rien, si ce n’est qu’ANTONIA ISSA, qui a vécu 89 ans, était inhumée sous cet autel funéraire, et on souhaite que ses os reposent doucement : Ossa Tua Beree Quiescant. Ce monument fut trouvé en 1843 à Philippe ville. [Haut. i”',3oo-, larg. o”',5oo.]

Aürelia Sabina, n° 29. — Aristobüle et Fort. Vigtrix, n" 22.

N”62. — Hermès, /)as-re/. en pier., fragm., insc., 2 lig., pl. LXXIX,

Sous cet Hermès, chargé d’attributs d’un travail grossier, on lit, en deux lignes , les fragmens d’une inscription dont ne sont conservés que des restes de mots: OTVBA, RT, dont peut-être on ne saurait rien tirer. [Haut. o'“,38o; larg. o"“,220. ]

N®® 63, 64. — Restitutüs, m. bi, insc., 6 et 7 lig., pl. LXXIX.

Sous la protection des dieux mânes , ce monument funéraire, orné de deux bustes en bas-relief, et dont l’inscription est en deux colonnes, est consacré, par un frère ou une sœur à la mémoire de L. EMILIVS RESTITVTVS, fils de Lucius et mort à 28 ans, et à celle de LOLLIA PACATA, fille de LVCIVS LOLLIVS, morte à 52 ans, sœur très-tendre. On souhaite à l’un et à l’autre que leurs os reposent doucement : Ossa Taa Bene Quiescant. Cette inscription, est accompagnée de moulures d’un mauvais style. A la 6” ligne, PISSIME pour PIISSIMAE. Ces deux inscriptions sont sur la même dalle, et c’est par inadvertance que, sur la planche, on les a mises sous deux numéros. [H. i""; larg. o'',66o.]

1 3üo

APPENDICE

N“ 65. — Flavia Flora, marbre blanc, inscr., 5 iig. , pl. LXXIX.

Ce marbre funéraire porte trois inscriptions, consacrées à autant de personnes; à notre gauche, celle de FLAVIA FLORA, qui vécut 26 ans; à droite , on lit : L. MENNIO, qui mourut à 20 ans, et en dessous, FLAVIVS FLA- MINALIS, centurion de la troisième légion Auguste. Au-dessus du nom de Flora, est en bas-relief un buste de femme, et un d’homme au-dessus de l’inscription de Julius. Il est à remarquer que la consécration aux mânes : Dns Manihus se trouve au milieu de la 1" et de la 2' ligne ainsi D M. [Haut. o'",48o; larg. o'",74o.]

N° 66. — Inscription chrétienne, pierre, 6 lig., pl. LXXIX.

Une croix en tête de la première ligne indique, ainsi que le style et les expressions REQ. IN. PAGES (pour PAGE, qu’elle repose en paix) , que cette inscription est chrétienne. On ne nous apprend pas le nom de cette matrone innocente ou vertueuse qui vécut 52 ans, 6 mois, et qui mourut le 3 des ides de janvier , dans la seconde indiction. Il nous manque des données qui puissent nous faire connaître l’année : la forme des lettres annonce des temps assez bas. [ Haut. o”’,420 ; larg. o“,36o. ]

N°67. — JüliaBonosa, cippe, pierre, inscr., 6 lig., pl. LXXIX.

Ce cippe funéraire , orné dans sa partie supérieure de deux bustes et offrant à notre droite, en bas-relief, un coq , symbole de la diligence , sur une patère , emblème des sacrifices, à gauche une tête de Méduse, très-fréquente sur les monumens funèbres, et dans le bas une porte, sans doute celle des enfers, ou d’un monument funèbre, et, sur le côté opposé, le génie ailé de la mort, est consacré , sous la protection des dieux mânes, à JVLIA BONOSA , morte à 65 ans, 2 mois, et probablement à son mari G. JVLIVS JANVARIVS, mort à 70 ans, 1 mois. La forme des L dans les nombres de la 3' ligne est remarquable, ainsi que celle des A et des V: ces caractères indiquent les bas temps. [Haut. i”‘,68ô; larg. o"’,46o.]

N° 68. — Rütiliüs Rogatus, pierre, inscr., 6 lig. pl. LXXX.

Le bas-relief, grossier, offre Mercure tenant une bourse ; on apprend par l’inscription, en très-mauvais caractères des bas temps, que de son vivant M. RV- TILIVS ROGATVS PIVS se fit ce monument, sous lequel il repose (H. S. E. Hic Situs Est) , et qu’il vécut 91 ans. Ce Rogatus pouvait être de la famille des personnages que nous allons voir sous ce nom. [Haut. i”,o4o; larg. o"',520.]

N® 69. — Fundanus Rogatus, pierre, inscr., 2 lig., pl. LXXX.

Il paraîtrait que cette inscription a fait partie de la précédente ou qu’elle regardait les mêmes personnages , elle était placée dans une architrave. Celte

INSCRIPTIONS DE GHELMA.

HELVIA FORTVNATA , qui la consacre à la mémoire “de FVNDANVS ROGATVS , était peut-être sa sœur, etceRogatus, le même que celui de l’inscription que nous venons de voir; les lettres et les moulures de l’une et de l’autre sont tout à fait de mêmes formes. [Haut. o^.Soo; larg. o'°,890.]

N® 70. — Rogatüs, calcaire rougeâtre, inscr., 2 lig., pl, LXXX.

On ne voit pas si c’est un frère ou une sœur qui a consacré à la mémoire de son frère ROGATVS cette inscription mutilée et gravée sur une frise, audessus d’une architrave terminée par une belle moulure. Ce nom de Rogatus n’est pas commun, et on ne le trouve qu’une fois dans Gruter.[Haut. o'°,5oo; larg. o”,85o, ]

N® 71. — Fündanüs, pierre, inscr., 2 lig., pl. LXXXI.

Nous retrouvons encore ici un Fundanus, mais les lettres diffèrent beaucoup de celles de l’inscription précédente, et tiennent par leurs formes à des temps plus rapprochés et presque barbares. La seconde ligne doit se lire VOTum SOLrû hlbenti, ANimo. Les F. sont d’une forme qui n’est pas ordinaire. Dans le haut de la pierre, on voit des fragmens de pieds, probablement de ceux de la divinité sous la protection de laquelle était mis ce monument funéraire d’un travail grossier. [Haut. o”‘,390; larg. o'",370.]

N® 72. — Jeune Homme, marb. rouge, inscr., 2 lig., pl.'LXXX.

Fragment de l’inscription funéraire consacrée à un jeune homme très-chéri, DILechssimo; très-doux, DVLCISSIMO; d’une grande simpiesse, SlmpUcissimo , dont le nom ne nous a pas été conservé, -et qui est mort à 17 ans, 1 1 mois. Les lettres sont très-belles.

N® 73. — Nicius PüDENTiüS, inscr., i4 %•, pl- LXXX.

Le commencement de cette inscription est incomplet, et il n’existe des deux premières lignes que quelques lettres dont on ne saurait tirer parti et qui, à ce qu’il paraît, contenaient des noms de personnages. Le premier dont les noms sont entiers est QVINTVS NICIVS PVDENTIVS ANNIANVS , de la tribu PAPiria. Il était décurion et peut-être prêtre de Neptune. Par son testament ou ses codiciles, CODIciLLIS SVIS, formule moins ordinaire que celle ex testamento, selon M. Orelli(n° 786), il avait ordonné à ses héritiers d’ériger une statue (on ne voit ni de qui, ni de quelle nature) dans le nouveau forum, IN FORO noVO, et il y affectait la somme de 5, 000 sesterces. On trouve dans Orelli (n° 4,36o), d’après Foggini [Fast. p. vu), une semblable disposition testamentaire pour une statue à placer dans le forum de Prœnesiœ, Palestrine. Les héritiers de Nicius, 1. RESTITÜTÜS et ONORATus (sic) MAXIMjis, fils de sa sœur, ainsi que son frère G. NICIUS AGRIPPINus, ont éxécuté sa volonté et ont placé et dédié la statue; ils ont même ajouté à la somme de 5,ooo ses-

APPENDICE

terces , prescrite par le testateur, car ils en ont dépensé 5, 64o, environ i,ia8 fr. intrinsèquement, qui pourraient valoir aujourd’hui, en les multipliant par 4 pour le pouvoir de l’argent, ou la valeur de l'argent d’alors comparée avec celle d’ à-présent , 5,5 1 2 francs. Le forum ou le marché neuf dont il est question dans cette inscription est probablement celui de Siiifs, Sélif, où elle a été trouvée.

N° 74. — PoMPELiüs, inscr., 5 lig., pl. LXXX.

Des trois personnages que contient cette inscription , deux du nom de POM- PELiti5? et le troisième peut être VETTIAnas, deux paraissent avoir été des affranchis de Sextus Pompélius, peut-être le même nom que Pompilius. D’après ce qui reste de Yagnomen de VETTIAnus, ce serait SEPTIMIANVS, et ses noms n’étant pas accompagnés de la sigle L, Lihertus , affranchi, il devait être de condition libre. Ce que cette inscription offre de particulier, ce n’est pas que ces trois personnes soient de la tribu Qairina, mais c'est de voir l’abréviation QVIR précédée de FL qui doit signifier FLaria ou FLamen. Mais je ne trouve pas qu’il y eût de jlamen de Quirinus, FLAMEN QVIRINALIS; ce qui cependant peut être , presque toutes les divinités et même les empereurs ayant des prêtres. D’un autre côté FL. QVIR pourrait bien signifier FLAVIA QVIRINA. D’après nos inscriptions, la tribu romaine Qairina est peut-être celle qui avait fourni le plus de colons à la province de Cirta. Si Vespasien, ou ses fils Titus ou Domitien, avaient beaucoup contribué à l’établissement de ces colons , ne se pourrait-il pas qu’en leur honneur on eût ajouté au nom de QVIRINA celui de FLAVIA, nom de famille de ces empereurs? Je sais bien que je n’ai pas d’inscription pour appuyer cette hypothèse, mais je ne sais si je me trompe en la croyant assez admissible ; on en jugera, et je serais charmé que l’on m’en fournît une plus plausible pour expliquer ces deux lettres FL. [Haut, i"; larg. o'",66o.]

N” 75. — Minucia Saturnina, pierre, inscr., 5 11g,, pl. LXXX.,

Cette pierre funéraire offre deux inscriptions séparées par une ligne perpendiculaire; au-dessous, d’un côté, un buste de femme, et de l’autre un buste d’homme; à gauche, on recommande aux dieux mânes, MINVCIA SATVR- NIN A , morte à 46 ans , et à droite , à ces mêmes divinités et à son génie ( protecteur) TITVS MARCELLVS PV (peut-être PVDENS), qui vécut 71 ans.

Les lettres sont d’une mauvaise forme et qui se rapproche de l’écriture cursive. [Haut. o'",54o; larg. o"’,78o. ]

N° 76. — T. Cl. Cresgentianus, inscr., 1 lig., pl. LXXX.

Celte inscription, en grands et beaux caractères, encadrée d’une moulure, et qui n’offre que le nom de TITVS CLAVDIVS CRESCENTIANVS , se trouve sur un fragment de sarcophage dont les extrémités intérieures sont arrondies. On remarquera les lettres conjuguées TI , NTI , NI ; ce qui est fréquent , surtout

INSCRIPTIONS DE MONS

dans les inscriptions des bas temps. Mais ici la manière dont les I unis aux T forment des croix très-caractérisées , semblerait indiquer queCrescentianus était chrétien. Trouvé à Philippeville en i844. [Haut, o^iboo; larg. 2'",ioo.]

N® 77. — PoNTiüs, pierre cale., inscr., 2 lig., pl. LXXXI,

Au-dessous d’une figure de divinité indistincte, on lit en deux mots la consécration par PONTIVS BIRZ, ce dernier nom, incomplet, peut être oriental. Au-dessous Yotum Solvit Lihenti Anima, comme en mille autres inscriptions funéraires. [ Haut. o“,28o; larg. o"’,23o. ]

N® 78. — Urbanüs, cippe, inscr., 1 Jig., pl. LXXIX.

Dans le haut de ce cippe sépulcral à trois compartimens , est un buste; au-dessous, deux des quatre figures paraissent des divinités, et les deux autres , peut-être les deux personnages qui ont consacré ce monument. Dans le bas, on voit deux victimaires et la victime destinée au sacrifice. Le mot mutilé SAC, dans le haut du cippe, était sans doute la dédicace, SACRVM, dont nous ne connaissons pas l’objet et le SAC qui suit VS d’VRBANVS indique que ce personnage était prêtre, SACerdos, de ces divinités. Ce cippe, en quatre morceaux, a de hauteur o'",70o, et de largeur o”,620.

N® 79.^ — Albiüs, grès jaune grisâtre, inscr., 4 !%•> pl- LXXIX.

AVLVS ALBIVS RVFVS, dont cette pierre porte le nom, poussa jusqu’à io5 ans sa carrière, exemple d’une rare longévité. Trouvé en i844- [Haut. o'”,34o; larg. o"',290. ]

N® 80. — VoLusiüs, pierre, inscr., 2 lig. , pl. LXXXI.

Il ne reste sur cette pierre que ce nom et une mauvaise figure d’animal , qui paraît être un bouc. On ne peut rien distinguer dans les rudimens de lettres qui sont en dessous. [ Haut. o'"200 ; larg. o”‘,2oo. ]

INSCRIPTIONS DE MONS

On n’a pas encore de données assez certaines pour dire, sans crainte d’erreur, à quelle ville de la Numidie répond l’emplacement de Mons, qui n’est éloignée que de 16 kilomètres, ou de 4 lieues, de Djimilah,sur la route de Sétif. Le chemin que l’on suit pour y arriver présente, de côté et d’autre, des restes de monumens curieux, et qui souvent offrent des inscriptions. Une fontaine abondante invite l’Arabe voyageur à y faire halte, à s’y rafraîchir et à y faire ses ablutions. Cependant, sauf quelques arbres qui poussent comme à regret dans les ravins, ou qui sortent des creux des rochers, la végétation de ce pays est très-pauvre, et il semble avoir été bouleversé et tourmenté par des

APPENDICE

trerablemens de terre. Mais aux approches de Mous, la scène change tout à coup , et l’on se trouve transporté dans une sorte d’oasis. Une brillante verdure revêt la terre ; des sources abondantes et nombreuses y répandent la fertilité , et les champs , cultivés avec soin, y sontriches en légumes et en pâturages. Il est malheureux que les habitans, par leur caractère sauvage, contrastent avec les agrémens de leur pays; ce sont les moins hospitaliers de toute la contrée, et le capitaine de la Marre, qui fut obligé de passer la nuit à Mons avec sa petite troupe, y fut exposé à de nombreux coups de fusil. On trouve à Mons, au pied d’une haute colline , des restes nombreux de monumens, et nous en avons reçu beaucoup d’inscriptions. Dans la foule des dessins de M. de la Marre, outre ' un plan de Mons très-bien fait , où sont indiqués les nivellemens , on' remarque les ruines d’un grand arceau, peut-être un arc de triomphe, en belles pierres, en mauvais état , rongé par les pluies , mais dont quelques parties mieux conservées , des pilastres , des corniches témoignent du bon goût de sa riche ornementation. Ces dessins offrent aussi des restes de grands tombeaux en belles pierres de taille. Ici, comme ailleurs, les vues pittoresques de M. de la Marre sont accompagnées de coupes, d’élévations, de plans, de profils, de corniches, de bases d’un bon style et bien profilées, souvent même de l’appareil des pierres, et ce sont de ces soins qui, aux yeuxdel’arcbitecteetdu savant, ajoutent beaucoup à l’intérêt de dessins, qui paraissent devoir être très-exacts, quoique faits d’une manière expéditive, mais franche, sans tâtonnement et tout à fait en artiste.

N° 81. — Ofellia, pierre, inscr., 2 lig. , pl. LXXXI.

Au-dessous de deux figures, en bas-relief, on lit le nom de la matrone OFELLIA, morte à 45 ans. Cette pierre, en trois morceaux, qui paraît avoir été trouvée à Mons, a de hauteur i"” et de larg. o'“,48o.

N“ 82. — Sattjrnina (Allia), pierre, inscr., 3 11g., pl. LXXXI.

Sous la protection des dieux mânes, ALLIASATVRNINA PIA, était déposéé (H. S. E. Hic Sila Esl) sous cette pierre funéraire ornée d’une figure de femme et de deux hermès supportant des guirlandes ; elle ne vécut que 2 1 ans. On trouve une famille Allia au nombre des consulaires, peut-être Saturnina Pia était-elle de cette famille, dont divers personnages se rencontrent assez fréquemment dans les inscriptions? Les lettres de celle-ci sont assez belles. A la dernière ligne le V et l’A, abréviation de VIXIT Annis^ sont réunis, IH de H. S. E est d’une forme particulière. [Haut. i'",o5o; larg. o”’,54o. ]

N° 83. — Clodiüs, pierre, inscr., 1 lig., pl. LXXXI.

Ce cippe, orné de deux figures en mauvais état, ne porte que le nom de Q. CLODIVS, et il aisé de reconnaître que le reste de l’inscription a été effacé à dessein. [Haut, o^.yoo; larg. o'",570.]

INSCRIPTIONS DE MONS

N® 84. — Granius.^ Félix dp., inscr., 3 lig., pl. LXXXL

Dans le haut de ce cippe funéraire, il reste les pieds de deux figures en basrelief, et il est orné d’une sympule, d’un cratère et d’un aspergillum, aspersoir, instrumens employés dans les cérémonies funèbres pour les libations, les distributions de vin ou d’autres boissons, et pour répandre l’eau lustrale dans les purifications. Les abréviations P. GRA. pourraient se lire PVBLIVS GRATVS, ou P. GRANIVS ; mais je pencherais pour ce dernier nom plutôt que pour GRATVS. Les inscriptions offrent assez fréquemment celui deGRANius, accompagné de divers surnoms. L’on trouve dans Gruter (p. 261 , 2' col., 1. 9) un P. GRANIVS FELIX, affranchi de Lucius Granius, et qui, sous Adrien, était denmciator de la i4' région de Rome. Son emploi consistait, à ce qu’il paraît, à dénoncer aux magistrats les crimes échappés à leur vigilance. Ne se pourraitil pas que le P. GRANIVS FELIX de noire inscription fût le même que celui de la 1 4* région de Rome, vivant à l’époque d’Adrien , et qui aurait été envoyé dans une colonie d’Afrique pour y établir le service de la police à l’instar de celle de Rome? Il mourut à 60 ans ; et l’on aura voulu profiter de sa longue expérience dans des fonctions difficiles à remplir. Cette pierre funéraire est aussi consacrée à la mémoire de VALERIVS AGOGA, qui vécut 80 ans. Ce nom d’Agoga doit être très-rare, et je ne le trouve pas dans de grands recueils d’inscriptions. [Haut. o"[,470; larg. o"'']oo. ]

N° 85. — Satürnina, pierre, fragm.; inscr., 2 ]ig., pl. LXXXL

Cette inscription mutilée paraît avoir appartenu au monument funéraire de LVCRETIA SATVRNINA, morte à 20 ans, et que rappelait peut-être la femme debout qui est représentée en bas-relief grossier sur ce cippe, à moins que ce ne fût une divinité protectrice de celte sépulture. [Haut. larg. ]

No 86 __ V. A. LXXX, inscr., 1 lig. pl. LXXXL

Il n’y a rien à dire de ces quelques lettres qui nous apprennent qu’un tel a vécu 80 ans, et qu’on ne donne, ainsi que d’autres fragmens, que pour ne rien omettre. [Haut. i‘",200; larg. o‘",75o.]

N° 87. — C. Julius, inscr., 2 lig., pl. LXXXL

Nous ne voyons pas ce que peut signifier ce fragment de mot BARIO qui suivait le surnom du personnage dont il ne reste que C. IVLIVS, et à qui, sans doute, était dédiée cette inscription. A la 2° ligne , on lit les noms de deux prêtres SACerdotes C. IVLIVS VICTOR et C. IVLIVS OPTATVS, qui ne nous apprennent rien. [Haut. i"',i5o; larg. o"',56o.]

APPENDICE

N° 88. — Cornélius Dammæüs, inscr., 5 lig. , pl. LXXXI.

Cette pierre funéraire, dont les lettres, de mauvaise forme, sentent bien la décadence, recouvrait la dépouille mortelle de P. CORNELIVS DAMM AEVS , mort à 90 ans, et auquel on souhaite que la terre soit légère, SIT TIBI TERRA LEVE {sic), pour LEVIS, à moins que onus ne soit sous entendu, un poids léger. Cette inscription lui avait été consacrée par sa femme et ses fils, FILIS (sic), dont il avait bien mérité. On remarquera les petites feuilles qui servent de ponctuation et dont quelques-unes sont surmontées de palmes.

N° 89. — Saturnines, pierre, inscr., 5 1., pl. LXXXII.

Monument funéraire consacré à la mémoire d’A. COSSINIVS SATVRNIN VS, qui a vertueusement vécu, PIE VIXIT, pendant 6o ans, et que recouvrait celte pierre , ainsi queCOSSINIA SEC VNDA , probablement sa seconde fille, qui a vécu dans les mêmes sentimens que lui, et qui est morte à i5 ans. Le nom de Cossinius n’est pas commun dans les inscriptions. [Haut. o“,46o ; larg. i'”,o6o. ]

N“ 90. — Inscription, fragment de 4 lignes. Pl. LXXXII.

Mots mutilés dont je ne saurais rien tirer, à la 3' ligne PATRC peut-être PATRONO ouPATRONVS Coloniæ [Haut, et larg. o'“,28o.]

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