VILLE
N°98. — Au Génie DE Rusicada, ci/).m.è/.,iHs., 1 51., pl. LXXXIII.
Cette curieuse inscription , très-bien gravée en quinze lignes de beaux Caractères, mais qui malheureusement ne porte pas de date, provient de la colonie romaine établie en Numidie, à VENERIA RVSICADA; elle est consacrée au GÉNIE AVGVSTE de cette colonie. Les ruines de RVSICADA, la Sucaïcada de Léon l’Africain, ville autrefois considérable, se voient à l’extrémité d’une vallée bordée de rochers escarpés au pied d’une colline près de Stora,
dan.s le fond ou la partie sud du golfe de ce nom, au N. N. E. de Constantine, dont Slora était le port, et dont elle est cependant éloignée d’environ 71 kilom., i6 lieues 1/2. A l’est delà ville et à peu de distance, le Oued-Sef-Saf se jette à la mer. Riisicada recevait ses eaux d’immenses citernes , peut-être du temps d’Adrien ou de Septime Sévère, fortement construites en briques et la plupart voûtées, bien disposées pour l’écoulement des eaux; elles se communiquaient, et on y avait adapté un système hydraulique très-ingénieux. Ces citernes, dont une partie est en bon état, étaient alimentées par les pluies et les eaux rassemblées, par des barrages, dans les collines et les vallées supérieures.
II paraît que ces eaux étaient épurées avant de se distribuer dans la ville. Les ruines de Rusicada, selon M. Bérard, cité parM. Bureau de la Malle, page 10, sont peut-être celles que l’on trouve en grande quantité à l’est de Stora, sur des mamelons et sur le bord de la mer. On y distingue des cintres de voûtes , des restes de citernes, des pans de murailles qui, du bord de la mer, se dirigent veffs l’intérieur en suivant les sinuosités des collines. On y a trouvé deux statues, peut-être de sénateurs, et une de femme, qui pourrait être une Cérès: le travail en est ordinaire. ( Voy. Ch. Texier, Journal des Débats, 3 décembre 1846.) C’est au pied de cette colline que s’étend dans la plaine la ville de Pbilippeville , fondée il y a peu d’années, et dont l’état prospère promet de brillantes destinées. Elle n’est pas loin de l’embouchure du Oued-el-Raml, la rivière du sable, où se trouvent des pierres précieuses, et auquel se joint rOued-el-Dzeheb, qui roule des paillettes d’or. Du temps de Shaw (1., p. 1 17), il y avait quelques restes de monumens antiques, et, entre autres, de belles citernes dont on avait fait des silos ou magasins de blé. C’est tout ce que ce voyageur nous apprend de Stora ou de Rusicada. Peyssonnel ne fit qu’y passer (I, 484). et il se borne à dire qu’on y voit les débris d’une grande ville toute ruinée, et que le mouillage y était bon.
Notre monument épigraphique, qui présente un grand intérêt, a été consacré par M. AEMILIVS BALLATOR. Ce dernier mot pourrait être un surnom, ou bien il indiquerait peut-être qu’Æmilius faisait partie d’une corporation de prêtres de Cybèle, tels que les Galles et les Corybantes, qui, dans les cérémonies s’agitaient et dansaient en l’honneur de Cybèle, la mère des dieux. Une inscription de Muratori (n° i835), donnée par Orelli (n° 2837), cite les sodales baïlatores. Cet Æmilius , outre les 10,000 sesterces, qu’à la demande du peuple il donne pour les travaux et l’entretien du théâtre , fit présent, à ses frais, de deux statues, l’une le GÉNIE DE LA PATRIE (probablement Rusicada), l’autre celle de l’ANNONE SACRÉE, sorte de déesse qu’on trouve aussi nommée sainte, et qui présidait à fapprovisionn-ement des villes , et en particulier à celui de Rome. Il se pourrait que ce Génie fût ici celui de la capitale du monde, la mère patrie de toutes les colonies romaines , et que de même VAnnona sacra fût celle de Rome, la ville de Rusicada se trouvant dans une de ces provinces, qui, ainsi que d’autres d’Afrique, la Sicile, l’Espagne, l’Egypte, la Macédoine, etc., étaient surnommées jframe/irariœ, parce qu’elles approvisionnaient de blé Rome , leur métropole. Lors de la dédicace de ces statues, Æmilius ordonna la célébration de jeux, oû l’on fit aux peuples des largesses, missilia, qui consis-