LA RÉYOLTE DU CAIRE
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Deux mois se sont écoulés depuis Tentrée des Français dans le Caire , et Bonaparte, que la surprise et l'enthousiasme des vaincus habilement dirigés avaient fait prophète et prophète du nom vénérable d'Ali , perdit tout à coup sa popularité. L'application du droit d'enr^strement aux propriétés, qui presque toutes n'étaient que des bénéfices temporaires révocables à la volonté du maître absolu, soulève la population, qui se prend à regretter même le régime fiscal et la domination cruelle des Mameloucks. Le ai octobre, ce n'est encore qu'un projet de requête à voix haute ; mais l'occasion est trop favorable pour une révolte, le général en chef est à l'île de Roudah avec son état-major, la garnison est disséminée, la résistance ne peut être compacte; l'attaque commence sur plusieurs points.
La maison du général Cafiarelli est mise au pillage. Thévenot et Duval, ingénieurs des ponts-et-chaussées , qui s'y trouvent seuls, sont mis en pièces. Les membres de l'institut et de la commission des arts et des sciences défendent mieux le palais de Cassim-Bey dont Bonaparte a lait te siège académique.
Le général Dupuy, commandant du Caire, accompagné de son aide-decamp , le capitaine Maury, et de Baudeuf , son interprète , sans autre escorte qu'un piquet de dragons, se bit tuer. Le général Bon prend le commandement des troupes, la 3a* demi-brigade s'ébranle, l'infanterie fait merveille, et les insurgés, poursuivis de toutes parts la baïonnette dans les r^s, envahissent la grande mosquée dite El-Heazar.
C'est le lieu qu'a choisi Girodet pour le développement de son drame. La fantaisie académique domine trop dans cette grande page d'bistoire. Le m\
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obligé n'est pas assez motivé par le voisinage des Arabes, qui, prévenus sans doute de l'insurrection , s'étaient avancés jusque sous les murs de la ville et cherchaient à y pénétrer pour profiter du désordre général et se livrer au pillage. Girodet n'a point oublié sur les derniers plans les imans et les mollahs qui , placés sur les galeries des minarets , appelaient les fidèles à la vengeance commune, en invoquant Dieu et le Prophète.
Bonaparte, qui accourait en toute hâte, ne put empêcher le massacre d'un convoi de malades de ta division Reynier, et ne prit position à l'intérieur qu'à l'entrée de la nuit. Il y eut suspension d'armes jusqu'au lendemain. Mais alors, malgré le nombre, la victoire n'était plus douteuse pour les Français ; l'artillerie bien dirigée décuplait leurs forces ; la grande rue , dite Du Petit-Thouars {en mémoire du brave capitaine du Tonnant, tué au combat d'Aboukir), devint le théâtre d'un carnage sanglant. Au dehors, les généraux Alexandre Dumas , Lannes et Vaux balayaient les Arabes, Bédouins et fellahs qui accouraient encore de tous les côtés pour pénétrer dans le Caire. Le chef de brigade Sulkowski, aide-de-camp de Bonaparte, tombait victime de son courage. Le général Dommartin, des hauteurs du Mokatam, dominait la mosquée. Les offres de pardon ayant été repoussées , à quatre heures le feu commence de toutes parts ; le ciel même, jusque là calme et serein, tonne aussi. Le fatalisme des Égyptiens s'en émut , et à huit heures le massacre cessa. Bonaparte redevint Ali le prophète miséricordieux, le législateur divin. C'est Pierre Guérin qui nous le montrera pardonnant aux récoltés du Caire.