PESTIFÉRÉS DE JAFFA
a L'armée française arrive devant Jafla , autrefois Joppé , si fameuse dans l'histoire des enfants d'Israël. Des forces imposantes la défendent ; de hautes murailles flanquées de tours la protègent. Djezzar l'a confiée à des troupes choisies. Une artillerie formidable y est servie par douze cents canonuiers turcs. L'importance de cette place , qui présente un port à l'escadre , et qui est la clef des états du Pacha y ne permet pas d'en retarder le siège. Au bout de trois jours l'investissement est formé y la tranchée ouverte ; le bombardement commence , et bientôt on juge la brèche praticable. Bonaparte envoie un Turc porter une sommation au commandant de JafTa, qui, pour toute réponse , fait couper la tête au parlementaire et ordonne une sortie. Mais cette sortie ne réussit point aux ennemis , et le soir même notre feu a fait crouler une de leurs toui'S. Le point de l'assaut est marqué ; un spectacle d'un intérêt bien touchant frappe tout à coup le soldat : tous les chrétiens de la ville tenant dans leurs mains un crucifix , et criant : Christian , Christian , franchissent les remparts, et se précipitent dans nos rangs, où ils sont accueillis comme des frères. Après cet événement, l'attaque contre les infidèles reprit tout son acharnement ; leur résistance opiniâtre ne sauva ni eux ni Jaffa. la ville est emportée ; le massacre devient général ; rien n'arrête la rage du vainqueur. la fureur donne la mort , et la mort donne la contagion...
Avant de quitter JafTa, Bonaparte y établit un divan, une garnison et un
<gS> 2 <i§> gi-aiid hôpital. Des symptômes de peste s'y étaient mauifest^. Plusieurs hommes de la 3a^ demi-brigade avaient été atteints , et un rapport des généraus. Bon et Rampon alarma sérieusement le général en clicf sur la propagation de ce fléau. Alors s'ouvrit à Jaffa l'hôpital des pestiférés, et eut lieu cette scène fameuse dont Gros a fait un des chefs-d'œuvre de la peinture française. Bonaparte entra dans toutes les salles accompagné des généraux Berihier et Bessîères, de l'ordonnateur en chef Daure^ et du médecin en chef Desgenettes. I« général parla aux malades, les encouragea, toucha leurs plaies, en disant : « Vous voyes bien que ce n'est rien. » Lorsqu'il sortit , on lui reprocha vivement son imprudence. Il répondit froidement : « C'est mon o devoir; je suis le général en chef. «Cette visiteet la générosité de Desgenettes, qui , s'inoculant la contagion en présence de nos soldats , se guérissait par les remèdes qu'il leur prescrivait , rassurèrent le moral de l'armée , singulièrement ébranlé par l'invasion d'une aussi horrible calamité ; et dès ce moment tous les hôpitaux furent soumis au même régime sans distinction, a
(NoRvitis, Histoire de Napoléon.)
COMBAT DE BENOUTH
La fatalité semblait poursuivre la marine française jusque dans ses débris. Tout fier d'avoir détruit la flottille qui portait presque toutes les munitions de la division Desaix, beaucoup d'objets d'artillerie, les blessés et les malades, le schérif Hassan marche au-devant du général Belliardi qui forme sa petite troupe en bataillon carré , flanqué seulement d'une pièce de trois et de quinze hommes de cavalerie. Les Arabes engagent la fusillade. Belliard envoie deux compagnies d'éclaireurs, qu'il soutient avec le carré qui s'avance à leur suite. A la vue des tirailleurs français , Hassan détache cent hommes de son corps d'armée, que les tirailleurs, après s'être repliés, attendent de pied ferme, et les quinze dragons qui flanquaient l'un des côtés du carré décident ce prologue d'avant-garde par une charge à propos. Alors l'action générale commence, la scène se passe devant Benouth. On n'avait plus affaire seulement à des Ëuitassins mal armés , à une cavalerie sans tactique ; il fallait affronter une artillerie bien servie et bien approvisionnée, car Hassan avait fait débarquer et mettre en position le canon de la flottille et se servait des munitions trouvées à bord des bâtiments capturés. Les Arabes avaient établi sur la berge d'un canal large et profond une batterie dont le feu jeta d'abord quelque désordre parmi les assaillants. Belliard fit former les carabiniers de la vingtunième légère en colonne d'attaque, et les fit marcher sur la batterie, en même temps que le reste du carré passait le canal et cherchait à tourner
l'ennemi. Les pièces sont enlevées et pointées à l'instant même sur l'ennemi. Epouvantés par ce coup audacieux , tes Arabes cherchent un refuge dans les maisons du viUage, s'amoncèlent dans la mosquée et dans un grand bâtiment appartenant aux Mamelouks et servant autrefois de résidence au kachef qui gouvernait le pays pour les be;s. Hassan avait fait créneler les murailles de cette espèce de fort , et y avait déposé tous ses bagages , ses munitions de guerre et de bouche. Chaque maison soutieni un siège, et la flamme a bientôt dévoré le contenant et le contenu. Restait encore le grand bâtiment des Mamelouks. C'e^ le brave chef de la vingt-unième légère Eppler que Belliard charge du soin de le réduire. Les carabiniers s'avancent sur la grande porte et les sapeurs de la demi-brigade la brisent à coups de hache, pendant que les sapeurs du génie font écrouler les murailles de gauche , et que des soldats de la vingt-unième mettent le feu à une petite mosquée attenante, magasin à poudre improvisé, qui saute avec tous les Arabes qu'il renferme ou qui l'entourent. Ceux qui occupaient le grand bâtiment, quoique réduits à la dernière extrémité , disputent leur retraite pied à pied , et sont tous massacrés. Le schérif fiit trouvé parmi les morts, qui montaient à plus de deux cents ; les blessés étaient en plus grand nombre. Les vainqueurs, propbrtion gardée, avaient acheté chèrement le succès, ils eurent trente-trois hommes tués et une centaine de blessés. Toutefois cette perte était bien compensée par la destruction des Arabes diambo et de leur redoutable chef, par le recouvrement de l'artillerie et de tous les bâtiments de la flottille , à î'exc^ition de la djerme P Italie que le capitaine Morandi, ne voulant pas se rendre, avait fait sauter. On doit ranger la journée de Benoutb parmi les événements les plus glorieux de l'expédition d'Egypte.
( yictoins et Conquêtes. )
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KLÉBEU
RJùbt-T rtaquil a SlraNboiirg, en 175^. Un pauvre curé de village se chargea de son éduculioii première, et l' envoya , Irès-jeuDe encore, à ParU pour y apprendre l'arcliilecture, sous le célèbre Cbalgrin. Mais d'autre» destinées attendaient le jeune Kléber. Deux gentilsbonimes allemande, qu'il protpgea un jour de sa personne dans une querelle de café, l'emmenèrent en Bavière, et le tirent entrera l'i^cole militaire de Municli, au sortir de laquelle U obtint une sous-lieu tenance. Pt'^goùté bientôt au service ù l'étranger, Kléber revint en Alsace, où il joua un rùle dans les premiers troubles de 1 789. Trois ans après, il taisait partie du 4* bataillon du Haul-Kliin, dans Ici; rangs duquel il conquit, au siège de Mayence, le grade d'adjudant-commandaul. Lors de la reddition de la place, Kléber fut accusé di; Irabison, et conduit à Paris entre deux gendarmes. Mais il se justifia si bien qu'on lui donna le brevet de général de brigade, et ce fut en cette qualité qu'il fil la campagne de gî, en Vendée, à la tète. des M»yençais. La réputation militaire de Kléber grandit encore flans cette guerre désastreuse. A Torfou, à Cbâteau-Gontier, à Savenaj, à Saint-Floreut, vainqueur ou vaincu, il déploya tant de courage et de talent, que malgré l'animosité et les dénonciations des comiiiissaire» de la Convention, et sa lutte continuelle avec eux, ou n'osa se passer de lui. Il fut enfin destitué pour avoir sauvé la vie à 4,«oo prisonniers faits à Saint-Florent ; mai* sa disgrâce fut de courte durée. Ku 179^, on l'envoya, avec le titre de général de division , à l'armée de Sambre-et-Meuse , commandée par Joiirdan. A Fleuriis, Kléber enfonça le corps d'armée du prince d'Orange. Il battit ensuite pour sou compte les ennemis à Polissel et à Marchieunrs, prit Mons et Loiivain, el s'empara de Maéstricht après un mois de siège. Nommé, à la fin de la campagne, commandant en clief de l'année du Itbin, il conduisit,
Tannée suivante , l'armée de Sanibre-et-Meuse en Allemagne, où la victoire s'attacha partout à ses pas. Vainqueur du prince de Wurtemberg et de Tarchiduc Charles, Kléber venait d'entrer à Francfort, quand de nouvelles intrigues l'arrachèrent à ses soldats. 11 boudait dans sa retraite, quand vint l'expédition d'Egypte, [^'ancien général en chef des armées du Rhin, de Sambre-et-Meuse, oublia son dépit, et se fit avec empressement le second du jeune Bonaparte. Blessé à la tête en escaladant les murs d'Alexandrie, Kléber retrouva ses forces pour suivre son général en Syrie. Il commanda l'avant-garde en arrivant, l'arrière-garde en partant, et fut de toutes les batailles. A la journée du Mont-Thabor, suivi seulement de a,ooo hommes , il culbuta un rassemblement deTurcs et d'indigènes, qui se montait à près de 28,000 hommes. Kléber resta le dernier en Syrie. Ce fut là qu'il reçut la lettre de Bonaparte, qui, prêt à s'embarquer, lui remettait le commandement de l'armée. Entraîné par le vœu général , il entama une négociation avec les Turcs et les Anglais , et déjà il avait livré aux premiers tous les forts de la Haute-Egypte, et s'apprêtait à la retraite; la mauvaise foi des seconds lui remit les armes à la main, et la victoire lui rendit bientôt ce qu'il avait cédé. En vain l'Egypte entière se soulève contre la domination française; l'insurrection est partout étouffée, et Kléber, revenu à d'autres idées^ ne s'occupa plus qu'à organiser sa conquête. Le 14 juin 1800, il se promenait sur la terrasse de son jardin, au Caire, surveillant les embellissements qu'on faisait à son hôtel : un Turc d'Alep, nommé Soleyman , se glissa jusqu'à lui et l'assassina de quatre coups de poignard. Nos soldats rapportèrent en France ses restes, qui demeurèrent longtemps au château d'If, à Marseille : ils reposent maintenant à Strasboui^ dans un monument élevé par les ordres de Louis XVIII.
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