BATAILLE DE ZURICH
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La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même , et coupe la ville en deux parties. Ck>nformément au plan convenu entre Hotze et SuwaroiV, Korsakof se disposait à attaquer Masséna ^ et pour cela il avait porté la masse de ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il n'avait laissé que trois bataillons à Closter-Fabr , pour garder un point où la Limmat est plus accessible; il avait dirigé Durasof, avec une division , près de l'embouchure de la Limmat dans FAar , pour veiller de ce côté; mais sa masse , forte de dixhuit mille hommes au knoins, était en avant de la rivière en situation offensive.
Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il résolut de masquer plutôt que d'attaquer le point de Zurich, où Korsakof avait massé ses forces, puis, avec une portion considérable de ses troupes, de tenter le passage de la Limmat à Closter-Fahr, point faiblement défendu. Le passage opéré, il voulait que cette division remontât la Limmat sur la rive opposée, et vint se placer sur les derrières de Zurich. Alors il se proposait d'attaquer Korsakof sur les deux rives, et de le tenir enfermé dans Zurich même. Des conséquences immenses pouvaient résulter de cette disposition.
Mortier , avec sa division qui était forte de huit raille hommes et qui occupait la droite de ce champ de bataille , fut dirigé sur Zurich. Elle devait contenir d'abord , puis attaquer la masse russe. Klein avec sa division , qui était forte de dix mille hommes , devait être placé à Altstetten , entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr , où l'on allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi, ou se porter devant Zurich et donner secours k Mortier contre la masse russe, ou courir au point du passage, s'il était nécessaire de le seconder. Cette division renfermait quatre mille grenadiers et une réserve .de superbe
cavalerie. La division Lorges , avec une partie de la division Mesnard , devait exécuter le passage à Closter-Fahr; quinze mille hommes à peu près formaient cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des démonstrations sur la Basse-Limmat , pour tromper et retenir Durasof.
Ces dispositions furent mises à exécution le a 5 septembre 1799» à cinq heures du matin. Le chef d'état-major Oudinot, le général Gazan, Humbert et ses quatre mille grenadiers, enfin le général Foy, qui commandait Tartillerie, réclament une bonne part de gloire à cette immortelle journée. Le lendemain les coups décisifs furent portés. La malheureuse ville de Zurich , encombrée d'artillerie , d'équipages et de blessés , attaquée de tous les côtés j était comme enveloppée de feux. Tout ce qui y était resté , est obligé de mettre bas les armes. Cent pièces de canon , tous les bagages, les administrations, le trésor de l'armée et cinq mille prisonniers devinrent la proie des Français. Korsakof avait perdu la moitié de son armée. Les grandes batailles d'Italie n'avaient pas présenté des résultats plus extraordinaires. Les conséquences pour le reste de cette campagne n'allaient pas être moins grandes que les résultats matériels. Korsakof, avec treize mille hommes au plus, se hâta de regagner le Rhin. Pendant ce temps, Soult, chargé de passer le lint au-dessus de Zurich, exécutait sa mission avec non moins de bonheur que le général en chef. Près de soixante mille hommes étaient repoussés au r delà du Rhin, et repoussés après des pertes immenses. Suwarow, qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'nn ennemi attaqué de tous côtés , et qui croyait décider sa défaite en arrivant , allait trouver au contraire tous ses lieutenants dispersés, et s'engager au milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.
Gloire étemelle à Masséna, qui venait d'exécuter l'une des plus belles opérations dont l'histoire de la guerre fasse mention , et qui nous avait sauvés dans un moment plus périlleux que celui de Yalmi et Fleuras ! Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le résultat politique ; mais il faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le plus beau fleuron de Masséna , et il n'en n'existe de plus beau dans aucune couronne militaire.
(Thiers, Résolution Française,)
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