MOREAU
Moreau (Jean-Victor), né à Morlaix en Bretagne le ii août 1743 9 était soldat à dix-sept ans , lorsque son père fit rompre son engagement ; et voilà Moreau avocsX ^ prA^dt de l'école de droit et meneur parlementaire y jusqu'au moment où il est nommé président de la confédération formée à Pohtivy. Plus tard , il organise à Rennes une compagnie de canonniers , et c'est à la tête d'un bataillon de volontaires qu'il fait sa première campagne , sous les ordres du général Dumouriez. Moreau, qui avait applaudi à la révolution du 10 août 1 79a, fut consterné par la défaite sanglante des girondins. Bientôt la tête de son père tomba sous la hache révolutionnaire. Il ne rendit pas la patrie responsable de tous les crimes qu'on commettait, en son nom , et prit à tâche de bien mériter d'elle par de nouveaux services. Ce n'était pas assiez d'avoir contribué à la conquête de la Hollande , il fallait la conserver. Mieux que tout autre Moreau comprit la position, et après la retraite de Pichegru on le nomma général en chef de l'armée de Rhin et Moselle. Ce fut en.cette' qualité qu'il ouvrit en juin 1796 la fameuse campagne qui mit le sceau à sa réputation. Compromis par l'insuccès de Jourdan^ Moreaii trouva la gloire en reculant, et la retraite à laquelle il a donné son nom est regardée comme le chef-d'ceuvre de l'art militaire. «Cette armée, » écrivait-il au Directoire soùsrla date du a4 vAdémiaire an v, a cette armée, que l'ennemi se vantait de faire prisonnière, le a menace à son tour d'une attaque prochaine , et revient victorieuse sur les « frontières de France, après une marche de plus de deux cents lieues , non- « seulement sans avoir été entamée , mais après avoir pris à Tennemi dix-huit « pièces de canon , deux drapeaux , et fait près de sept mille prisonniers. » En se retirant par la Suisse , Moreau aurait pu diminuer de beaucoup le danger de sa marche ; mais , serré par des forces supérieures et pressé vers le Rhin , il
pi*éféra se faire jour à travers la Foret- Noire , hérissée d'emiemis, plutôt que de violer le territoire d'un peuple neutre. Âpres ces événements qui prennent une si haute importance dans la politique de cette époque j Moreau détacha une partie de son armée pour renforcer celle d'Italie , pressée par les Autrichiens, et vint dans l'hiver de la même année 1 796 concerter avec le Directoire les plans d'une nouvelle campagne. De retour parmi ses soldats, il reprit l'offensive, et effectua le passage du Rhin, à Diersheim, en plein jour, à la vue de l'ennemi rangé en bataille sur lari^e opposée ; vingt pièces de canon, plusieurs drapeaux et un grand nombre de prisonniers furent le résultat de cette affaire, qui avait lieu précisément le jour où Bonaparte signait les préliminaires de paix de Léoben. Moreau se disposait à poursuivre les avantages de sa victoire , lorsqu'il reçut cette nouvelle ; les hostilités cessèrent aussitôt , et l'armée garda ses positions. Ici se place l'épisode de la conspiration de Pichegru , qui fit descendre Moreau au rôle d'accusateur ingrat et suspect. Dix-huit mois après, il reprend celui de général prudent et hardi. En Italie, il répare les fautes de Schérer , aide Joubert de ses conseils , et lui succède après la bataille de Novi. De retour à Paris , avant d'aller prendre le commandement de l'armée du Rhin , il rencontre Bonaparte et pousse à la roue de son char. En vain plus tard il voudra l'arrêter, le vainqueur de Hohenlinden ne sera plus de poids dans la balance politique , et le club Moreau ne pourra qu'échanger des épigrammes avec la cour de Bonaparte. Mais la guerre ne s'en tint pas là , et à force de bouder et de fronder, Moreau finit par conspirer. Bonaparte avait prédit que Moreau ferait des fautes et se perdrait. Pichegm l'entraîna , et Moreau ne se soustrait à la peine capitale que par un mensonge. Les circonstances atténuantes que l'on invoqua dans le procès n'étaient réellement que le souvenir de ses victoires. Condamné à deux années de prison, il obtint la permission de voyager hors du continent de l'Europe , sous la condition de ne jamais revenir en France sans l'autorisation du gouvernement. C'est par la Russie qull voulut rentrer; mais le temps n'était plus où Turenne pouvait être tour à tour Français et Espagnol. Ce ne fut qu'un cri de joie en France quand on apprit que l'un des premiers boulets tirés à la bataille de Dresde avait tué Moreau , général français au service de l'empereur Alexandre. Son corps fut inhumé dans l'église catholique de Saint - Pétet^sbourg. Sa veuve reçut de l'empereur -Alexandre 5oo,ooo roubles et une pension de 3o,ooo: et le roi Louis XVIH lui conféra le titre de maréchale.
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