A MARENGO
■ OrdoDoez-inpi de vous rejoindre, avait écrit Desaix, de retour d'Egypte, « au premier cobsuI.: général ou soldat , peu m'importe, pourvu que je com- « batte à côté de vous. Un jour sans servir ma patrie est un jour retranché « de ma vie. » Et pei) de temps après, sans avoir même revu sa famille, il était parti pour l'armée d'Italie, où Bonaparte lui. confia le commandement des deux divisions qui fortnaient la réserve de son armée. La journée de Marengo menaçait d'être funesle-à nos armes; l'ennemi avait tourné nos ailes et enfoncé notre 'cavalerie, lorsque les deux divisions de Desaix accoururent au pas de course et s'établirent en avant de San-Gîuliano. Il étiait trois heures. La plaine était jonchée des débris de' Victor; T^annes battait en retraite; la route de Tortone était presque abandonnée. Tous ces indices semblèrent h Mêlas des gages suffisants d'une victoire complète. Aussi la confiance du vieux feld-maréclial ne fut point un instant ébranlée, et, comme la fatigue ne lui permettait plus de se.tenir à cheval, il rentra dans Alexandrie, laissant à son chef d'état-major, Zach, le soin d'achever la défaite des Français. Celui-ci présuma qu'il suffisait d'enlever San-Giuliano, seul point d'appui qui leur restât au-delà de la Serivia. En conséquence, il forma en colonnes cinq à six mille grenadiers et tes conduisit lui*même par la droite de la chaussée, tandis que le reste de l'armée, continuant te feu sur toute la ligne, suivait de loin Timpulsion.
A cinq heures, ils arrivèrent à portée du canon des avant-postes de Desaix. Cétait le moment critique. Bonaparte parcourut le front de l'armée en s'écriant:<(Cest assez reculer; marchons en avant! Vous savez que je couche a toujours sur te champ de bataille, d
Desaix commence l'attaque. 11 marche à lu rencontre du général Zach, ne démasque son artillerie qu'à portée de pistolet, et bientôt te plus terrible feu de mitraille ébranle et arrête la colonne. Déjà l'aile gauche de l'armée ennemie est coupée, lorsqu'une balle frappe Desaix au milieu de la poitrine. Il tombe dans les bras du colonel Lebrun, et expire en murmurant ces mots d'une voix défaillante: « Allez dire au premier consul que je meurs avec le « regret de ne pas avoir assez fait pour vivre dans la postérité, n I^e choc fut terrible, la tète des Impériaux fut rompue, et l'ébranlement se fit sentir dans toute la profondeur de la colonne.
Bonaparte ordonne au fils de Kellermann de prendre trois ou quatre cents chevaux et de tomber sur le flanc de cette masse déjà vacillante, et bientôt Zach et son étal-major laissent tomber leur épée.
Alors le tambour bat la charge sur toute la ligne. Les Impériaux voient avec un indicible effroi cette armée qu'ils croyaient vaincue, dispersée, se déployer menaçante de Castel-Cerioto à San-Giuliano. En un clin d'œil la déroute devient affreuse, et les ponts sont encombrés de troupes de toutes armes qui cherchent à se mettre en sûreté sur l'autre rive.
l£ premier consul fil transporter au mont Saint-Bernard la dépouille mortelle de Desaix. Un monument devait éterniser sa mémoire, et des tables de marbre, sur lesquelles seraient inscrits les noms de tous les corps qui avaient combattu à Mnrengo, étaient destinées à perpétuer ce souvenir. Une statue colossale, en bronze, de Desaix décorait la place des Victoires; mais elle en a été retirée en i8i4i et il ne reste aujourd'hui que le monument que la reconnaissance nationale éleva en son honneur sur la place Dauphine, près le Pont-Neuf.