MURAT
Murât (Joachim), roi de Naples, fils d'un aubergiste de la Bastide près de Cahors, naquit le a5 mars 1771. L'ambition de son père était de le voir prêtre , la sienne était d'être soldat ; en attendant , il n'était rien que le serviteur indocile deschalandsde l'auberge. Enfin il s'enrôle, en qualité de chasseur, dans le régiment des Ardennes, qui passait à Toulouse, devient maréchal-desiogis, et se fait renvoyer de ce corps pour un acte d'insubordination. Vient la révolution, qui le jette, avecle jeune Bessières, depuis maréchal de l'empire, dans la garde constitutionnelle de Louis XVI. Cette garde ayant été supprimée, il passe dans le ai' régiment de chasseurs à cheval, où ilest fait lieutenant le 3o mai 1791. Marat mort, il revendique son nom: une lettre à changer, rien de plus. Murât reste Murât, et le voici déjà colonel lorsque le 9 thermidor le destitue comme terroriste; il n'est réintégré que le 5 octobre 179,5. U servait à l'armée d'Ilalie, en 1796, avecle grade de chef de brigade , lorsque le général Bonaparte vint prendre le commandement de cette armée. Murât s'attache à sa personne et à sa fortune; son rôle héroïque commence, et l'Achille en suus-ordres monte sur le théâtre de l'histoire, à la façon d'un acteur qui toujours est applaudi. Son corps est à l'épreuve de la balle, le fer se brise sur sa large poitrine; le fait est pourtant qu'il fut blessé en Italie, ausà bien qu'en Egypte; mais son mépris du danger est tel que plus tard on te verra charger l'ennemi la cravache à la main. Il était mieux armé à la journée du iti brumaire, coup de main hardi qu'aucune vktoire de Bonaparte n'égale par les résultats. Beau-frère du Consul , le 9 mai 1804 , il devient maréchal de l'Emperetir, renverse un trône en Espagne, se fait adjuger celuideMaplesetdesDeui-SicilesIe i'''àoût 1808, et dès lors le roi se lasse du
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rôle de lieutenant; mais en vain il veut rompre sa chaîne, elle le traîne jusqu'en Russie, où y toujours grondant, il semble ne se battre que par habitude , et c est à la bataille de la Moskowa qu'il fait sa plus grande dépense de valeur. Après la déroute de Moscou, on le trouve commandant en chef Tescadron sacré qui formait la garde de Napoléon. Le saui^^e gui peut met à Tépreuve bien des courages , bien des fidélités; Murât se souvient qu'il est roi, et roi loin de son royaume; l'Empereur est parti , il lui a remis le commandement en chef delà grande armée; Murât a hâte de fuir et il commet la faute inexcusable d'abandonner aux Rosses, par sa fuite précipitée , les immenses magasins rassemblés à Wilna. Le 8 janvier i8i3, il dépose ses pouvoirs entre les mains du prince Eugène Beauharnais, et, le 17, il part brusquement de Posen pour retourner à Naples. Il n'échappe pas cependant à la campagne de Saxe, et ce n'est qu'après la bataille de Leipsick, où il se couvrit de gloire, qu'il traite avec l'Angleterre et l'Autriche, le 6 et le 17 janvier i8i4, et s'engage à joindre trente mille hommes de ses troupes aux armées alliées. L'Empereur ne fit pas grand bruit de cette trahison, et dans une de ses lettres à sa sœur il écrivit :u Votre mari est très-brave sur le champ de bataille, mais il est plus faible qu'une femme ou qu'un moine; quand il ne voit point l'ennemi, il n'a aucun courage moral, et il n'a pas hésité de perdre en un instant ce qu'il ne peut tenir que par moi et avec moi.» Le portrait est vrai, et le pauvre roi, satellite qui a perdu sa planète, se souvient de la liberté , il l'invoque ; c'était un mot : les faits marchent et, de révolutions en révolutions , la royauté de Murât toml>e, le malheur ne l'absout pas; la main de Napoléon s'est retirée de lui, et les Cent jours ne lui offrent qu'un asile en France, et quel asile encore! Après Waterloo , l'assassinat s'organise dans le midi, la Corse n'est pas sûre, quelques débris du grand empire viennent échouer au pied du berceau de Napoléon, et Murât, seul, au milieu de ce naufrage, tourne les yeux vers Naples et rêve encore la royauté. A lui le titre de comte de Lipano; et la Bohême, la Moravie ou l'Autriche pour résidence, jamais ! Ije dé est jeté, son mauvais génie l'en trahie; il revert*a lltalie, mais pour y mourir, comme un soldat, comme un aventurier. Trente hommes et un sergent avaient proclamé la restauration sur la plage de Pizzo : c'est là qu'il fut fusillé. Il voulut voir venir la mort, et refusa le bandeau que lui offrit l'officier chargé de faire exécuter la sentence. Son corps fut enterré sans pompe dans l'église de Pizzo.
BEAUHARNAÏS
On venait de désarmer les sections; un enfant se présente chez le général Bonaparte et le supplie de lui faire rendre l'épée de son père, mort sur l'échafaud. C'était le jeune Eugène Beauhamais. Peu de temps après, sa mère, 27 février 1796, épousait le général Bonaparte. De l'Italie où il fit ses premières annes, Eugèoe passe en Egypte, et sur son chemin demande à Malte l'imprenable, si vite prise, quelques drapeaux et l'honneur de les présenter au général en chef. De retour en France avec Bonaparte, tout distancé qu'il est par cette haute fortune, il la suit avec courage et justifie partout ses faveurs. Kn ittoi, colonel des chasseurs de là garde ; en i8o4i général de brigade; le i" février i8o5, le voilà prince français et archi chancelier d'élat; cinq mois après, vice-roi de l'Italie septentrionale, que la victoire et Masséna, son enfant chéri, accroissent des états enlevés à l'Autriche, y compris Venise. Adopté solennellement par Napoléon, le prince Eugène épousç la princesse Auguste-Amélie, fdle du roi de Bavière. Sa position nouvelle n'était point une sinécure,le métier de princeet de général en chef était rude. Eugène s'en tira bien, et l'empereur proclama qu'il reconnaissait en lui toutes les qualités qui constituent les plus grands capitaines. Néanmoins, après la bataille de Wagram, Napoléon mit la dociUté d'Eugène à une rude épreuve ; ce fut lui qu'il chat^ea de la négociation du divorce avec Joséphine. La parenté ainsi rompue, Beauharnais se console par la gloire et travaille sur les champs de bataille, comme s'il s'agissait encore de sou héritage à défendre. Il prend part aux succès d'Ostrowno, de Mohilow, ainsi qu'à la célèbre bataille de la MoskoH'a. Pendant la retraite, aux combats de Viazma et de Krasnoë , les 5 et 1 8 novembre , il se montra digne émule du maréchal Ney.
Napoléon rendit justice au mérite du prince Eugène ; mais il fît une faute en établissant, pour lui donner plus d'éclat, une comparaison entre ses talents etceiix de Murât dont il humilia ramour-propre , et jeta ainsi le germe d'une jalousie qui devint peut-être fatale à la cause commune. A la bataille de Lutzen, Eugène commandait l'aile gaucbe. Il reçut ensuite le commandement de la grande armée et s'avança sur Dresde. Dans sa marche, il rencontra souvent l'ennemi et se battit alternativement contre les troupes russes et prussiennes. Une fois il eut trois combats à livrer dans la même journée ; les plus importants eurent lieu à Colditz et à Gersdorf, et il entra enfin à Dresde. Bientôt il reçut l'ordre d'aller organiser et commander une armée en Italie, entre l'Adige et la Piave, point sur lequel l'empereur, qui pressentait la défection de l'Autriche, pensait que cette puissance allait porter ses forces, [..es intrigues de l'Autriche, qui, n'ayant pu vaincre Eugène, minait sourdement son influence, les actes de vigueur que les circonstances avaient nécessités de la part du gouvernement, représentés comme des excès de la plus horrible tyrannie, amenèi-ent la journée du ao avril 1 8 1 4 » où périt de la manière la plus cruelle le comte Pima, premier ministre du vice-roi, qu'on accusait alors de pratiquer des intelligences dans le sénat en faveur d'Eugène. A d'autres l'Italie 1 Dans ce grand naufrage, Eugène sauva sa fortune, estimée trente millions. De Munich, où le roi l'accueilht avec l'affection d'un père, il vint a Paris, embrasser sa mère et sa soeur, dontil était séparé depuis la campagne de Russie. Ijouis X VIII lui fit im accueil distingué. Le roi de Bavière, son beau-))ére, lui donna le duché de Leuchtembei^ et le rang de prince de sa maison. Il vivait aloi-s dans une situation honorable et tranquille; le mariage de sa fille aînée avec le prince royal de Suède, fils de l'ex-général Bernadotte, ajoutait encore à son bonheur domestique, lorsqu'il mourut frappé d'apoplexie, le ai février i8a4) à l'sge de quarante-trois ans. Sa résignation avait été si grande et son calme si parfait après les grands événements de sa vie sous l'empire, qu'on l'a accusé de n'avoir pas porté le deuil de la France et de l'avoir trop tôt désapprise.
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