‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 22 sur 57 · BATAILLE D'AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

BATAILLE D'AUSTERLITZ

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Le soleil qui se leva pour éclairer la bataille d'Austeriilz n'est pas le soldl de tous les jours , c'est un astre ami qui veut être témoin du grand et du terrible spectacle que la fortune et la valeur allaient donner à la terre. Plus tard , Napoléon , dans son langage hyperbolique, l'invoquera avec non moins de bonbeur. Le grand joueur avait dit au général Bêrthier: « Avantdemain, cette armée est à moi. » Ses combinaisons étaient certaines; la partie était belle: trois empereurs , deux contre un ; échec et mat à la Russie et à l'Âutricbe. Il fallait avoir déjà fait ses preuves , être bien sûr de soi et des siens , pour dire : Vous combattrez , et je ne combattrai pas ; pour révéler à haute voix tout le secret de la bataille ; pour annoncer prophétiquement les marches et contremardies de l'ennemi. Cette proclamation est trop curieuse pour ne pas la reproduire: aSoldats4 l'armée russe se prés^ite devant nous pour venger l'armée autrichienne d'Ulm ; ce sont les mêmes bataillons que tous avez battus à Holtabrann, et que d^uis vous avez poursuivis constamment jusqu'ici. Les positions que nous occupons sont formidables , et dès qu'ils marcheront pour tourner ma droite , ils me présenteront le flanc. Soldats ! je dirigerai moi-même vos bataillons ; je me tiendrai loin du feu si, avec votre bravoure accoutumée, TOUS portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais si la victoire était un moment indécise, vous verriez votre empereur s'exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter dans cette journée surtout où il y va de l'honneur de Tinfanterie fi-ançaise qui importe tant à l'honneur de la nation. Que , sous prétexte d'emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs , et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu'il faut vaincre ces

stipendiés de l'Angleterre qui sont animés d'une si granile haine contre notre nation. Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France; alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi. » Ainsi fut dit, ainsi (ut fait; l'exaltation des troupes se prolongea pendant toute la nuit, et les cris de vive l'empereur! vive Napoléon ! se firent entendre jusqu'au moment de la prise des armes. Le matin , Najîoléon se porta sur le front de handière , inspecta une grande partie des régiments , les animant par ces heureuses incitations qui lui étaient si familières. Il dit en passant devant le front du 59* régiment :« Souvenez-vous que je vous ai surnommé le terrible ; » et au a8', comiwsé en grande partie de conscrits du Calvados et de la Seine-Inférieure : «J'espère que leS Normands se distingueront aujourd'hui. » Les alliés eurent plus de 40,000 hommes hors de combat dans cette mémorable journée. Les soldats l'avaient nommée bataille des trois empereurs, mais Napoléon lui imposa celui de bataille d'Austerlitz. 1 8,000 Russes et 600 Autrichiens furent tués par le feu ou noyés , le reste blessé ou fait prisonnier, et , parmi ces derniers, 1 5 généraux et plus de 400 officiers russes de tout grade. Ij ]>erte de l'armée française , dont ao,ooo soldats , bien à contrecœur, n'avaient pas brûlé une cartouche (c'était la garde impériale à pied et les grenadiers d'Oudinot), fut évaluée dans le temps à 2,000 morts et 4 à 5,ooo blessés.

L'armée entière avait si bien fait son devoir, qu'en recevant les nombreux rapports des chefs , Napoléon s'écria : « Il faudrait une puissance plus grande que la mienne pour récompenser dignement tous ces braves. »

Napoléon acquitta magnifiquement la dette de la patrie et la sienne; des pensions furent accordées aux veuves des généraux , officiers et soldats moris dans cette grande bataille. Il adopta leurs enfants, se chargea de leur éducation , de l'avancement des fils et de la dot des filles. Tous les blessés reçurent une gratification de trois mois de solde. Enfin , l'éloge collectif qui fut mis à l'ordre du jour , le 3 décembre , se termine par ces mots : ■

«Soldats! lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli , je vous ramènerai en France ; là , vous serez l'objet de ma tendre sollicitude. Mon j>euple vous recevra avec joie , et il vous suffira de dire : J'étais à la bataille d'Austerlitz , |)our qu'on vous réponde : Voilà un brave! »

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