‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 24 sur 57 · BATAILLE D'IENA · texte numérisé non relu

BATAILLE D'IENA

La bataille d'Iena, 1 4 octobre 1806, est le complément <le la bataille d'Austerlitz. L'une est à l'armée prussienne ce que l'autre fut à l'armée russe. 11 ne s'agissait de rien moins que d'envahir le territoire de la confédération rhénane , de contraindre l'armée française à évacuer l'Allepiagne et à chercher un abri au-delà du Rhin ; et voilà qu'il ne reste plus d'espoir au gouvernement prussien ; toutes les places , la capitale même , devaient bientôt ouvrir leurs portes à l'armée victorieuse. Cinq jours avaient en quelque sorte décidé du sort de cette monarchie, fondée, agrandie par l'épée, et qui naguère encore était si florissante. Néanmoins, l'amour pour le roi et les siens n'est point ébranlé par tant de maux, et la Gazette de Berlin, en consignant la défaite d'Auerstadt et d'Iena , ajoute comme consolation : « Le roi et ses frères sont eu vie.»

n L'ardeur, dont tontes les troupes furent animées dans cette grande journée, était telle, que quelque corps, que les circonstances n'avaient pas permis d'employer, manifestèrent hautement leur dépit de ce qu'on leur refusait l'honneur de combattre. Parmi plusieurs traits qui viennent à l'appui de cette remarque , nous en choisirons un qui caractérise à la fois l'empereur et ces soldats qui combattaient sous ses yeux. Fendant la première heure de la bataille d'Iena, où ta cavalerie française , impatiemment attendue sur ce |K>int , n'était pas encore arrivée. Napoléon, voyant ses ailes inquiétées et menacées |>ar la cavalerie ennemie, se portait partout au galop pour ordonner des ma-

iiœtivres et des changements de front en carrés. Ij'infanterie de la ganle iin|)ériale voyait avec «n dépit qu'elle ne dissimulait point, toutes les autres troupes engagées, tandisquel'empereur la laissait dans l'inaction; plusieurs voix firent entendre les mots «En avant! » — «Qu'est-ce?» dit brusquement l'empereur en se présentant sur le front des bataillons; « il n'y a qu'un jeune homme sans ■' barbe qui peut vouloir préjuger ce que je dois faire. Qu'il attende qu'il ait «commandé dans trente batailles rangées avant de prétendre nie donner des Cl lois. » C'étaient effectivement des vélites dont le jeune courage était imjtatient de se signaler. » ( Victoires et Conquêtes.)

I/emperaur passa la nuit à décerner des récompenses, à faire distribuer des secours de toute espèce aux blessés, et à recevoir les prisonniers qu'on amenait par milliers au quartier-général; parmi ces derniers, se trouvaient six mille Saxons dont un grand nombre d'officiers. Ces alliés forcés de la Prusse eurent à se louer de l'accueil qu'ils reçurent.

Ils n'avaient pas à pleurer sur leur défaite, eux, puisqu'elle assurait leur nationalité en ne permettant pas que la Saxe fût réunie à la monarchie pnissienne, comme c'était l'intention du roi Frédéric-Guillaume, de l'aveii de la Russie et de l'Angleterre ; c'est ce que fit habilement valoir Napoléon , en renvoyant les troupes de l'électeur Frédéric-Auguste dans leurs foyers, sur parole.

Page 1