‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 29 sur 57 · COMBAT DE SOMO-SIERRA · texte numérisé non relu

COMBAT DE SOMO-SIERRA

Le succès obtenu à Tudela détermina l'empereur à marcher rapidement sur Madrid, pendant que ses armées de droite et de gauche achevaient la dispersion des troupes vaincues, pour empêcher lia jouclion de leurs débris avec le corps d'armée qui couvrait la capitale.

Le ig novembre 1808, le quartier impérial fut placé au village de Bocequillas. Le maréchal Victor, dont le corps d'armée marchait en tète des troupes du centre, arriva le 3o devant le défilé de Somo-Sierra, qui fait partie de la chaîne des monts Carpetanos , que traverse la grande route de Castille. Un corps de treize mille hommes, formé en partie des débris de l'armée battue à Burgos et des autres troupes restées en réserve dans la Nouvelle-Castille, défendait l'importante position que nous venons de nommer; les Espagnols avaient fortifié le col, et seize pièces de canon s'y trouvaient en batterie. Les premières troupes du maréchal Victor, c'est-à-dire le neuvième d'infanterie, qui marcha sur les hauteurs de droite, le quatre-vingt-seizième de ligne, qui suivait la chaussée, et le vingt-quatrième, qui se dirigea sur les hauteurs de gauche, après avoir culbuté les avant-postes ennemis , s'engagèrent dans le défilé en les pourchassant. I^ général Seoarmont , avec six pièces decanoo, s'avançait en tête du quatrevingt -seizir me régiment sur ta chaiissée. L'ennemi avait garni de tirailleurs les hauteurs de droite et de gauche; ses meilleures troupes, rangées eu amphithéâtre dans les rochers les plus rapprochés du col, prolongeaient, par un feu croisé, la pente rapide de la chaussée, qui était d'ailleurs enfilée par l'artillerie placée sur le sommet : aucune autre issue ne conduisait à cette position inexpugnable.

Tandis que l'intrépide infanterie fi-auçaise faisait de pénibles efforts pour gravir à droite et à gauche , et soutenait avec sa fermeté ordinaire le double feu de l'artillerie et de la mousqueterie espagnoles , l'empereur survint : la ca-

Valérie de sa garde , dont le régiment de chevau-légers polonais tenait la tête , était derrière lui, en colonne dans le défilé.

Napoléon s'arrêta près de l'artillerie , dans le fond du défilé au bas de la montagne ; il examina attentivement la position de l'ennemi , dont le feu redoublait d'intensité ; à ce moment , plusieurs boulets tombèrent à côté de l'empereur, ou passèrent sur sa lête.

Le régiment de chevau-légers polonais venait d'être placé par son major , le colonel Dautancourt, en colonne serrée par escadrons , au-delà du fossé , à droite de la route , dans une pente adoucie de la montagne.

Cependant le feu continuait , sans que l'infanterie française fit des progrès sensibles , lorsque l'empereur donna à l'escadron des chevau-légers polonais, de service auprès de sa personne , l'ordre de charger sur la batterie ennemie qui, du sommet du col, enfilait la route. Cetle brave troupe , conduite par le chef d'escadron Kosictulski , s'élança aussitôt en colonne par quatre, la chaussée ne permettant pas un plus grand déploiement. Cette colonne fut ramenée par le feu violent de la batterie et des tirailleurs espagnols ; mais le comte Krasinski et le colonel Dautancourt , qui la suivaient à la tête des autres esca* drons du régiment, la rallièrent par leur seule présence, et se précipitèrent de nouveau avec elle en avant. Gravir la montagne au galop, malgré une pluie de mitraille et un feu croisé de mousqueterie des plus épouvantables, renverser tout ce qui voulut s'opposer au choc, emporter l'inaccessible position de l'ennemi , fut l'affaire d'un instant : tout , artillerie et infanterie, fut enlevé, sabré, dispersé , coupé ou pris.

Cette charge brillante doit être regardée , à juste titre , comme le plus étonnant et le plus audacieux des faits d'armes dont la cavalerie ait fourni l'exemple ; aussi couvrit-elle de gloire le régiment qui l'exécuta , et qui dès lors fut irrévocablement associé à l'élite des vieux soldats français.

I.es avantages d'une action aussi mémorable furent décisifs. Le corps espagnol était dispersé et anéanti ; il avait perdu dix drapeaux , toute son artillerie , trente caissons , tous ses bagages , les caisses des régiments , un grand nombre d'hommes tués ou prisonniers : parmi ces derniers se trouvaient plusieurs colonels et autres officiers supérieurs.

Le régiment polonais avait eu cinquante -sept hommes tués ou blessés.

(Victoires et Conquêtes. )

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