‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 31 sur 57 · NAPOLEON DEVANT MADRID · texte numérisé non relu

NAPOLEON DEVANT MADRID

La ville était dans la plus grande fermentation; depuis huit jours on s'y occupait du soin de barricader les portes et les rues; lès cloches des Dombreiises églises que renferme cette cité sonnaient toutes à la fois ; les prêtres appelaient la population entière sous les armes; plus de quarante mille paysans s'y étaient réunis sous les ordres du général Morla, capitaine-général de l'Andalousie: cent pièces de canon étaient distribuées sur les points principaux; mais par suite da conflit des opinions qui divisent nécessairement les grandes cités dans des circonstances aussi difâciles, les moyens de défense se trouvaient presque paralysés. Deux faction^ partageaient Madrid : l'une était formée des militaires, des levées de l'extérieur introduites dans la ville pour sa défense, et de la classe pauvre du peuple, qiù , soumise à l'influence des prêtres et n'ayant rien à perdre, voulait résister jusqu'à la dernière extrémité; la seconde comprenait la classe des marchands et principaux artisans , et tous les habitants riches et aisés ; toutefois le parti militaire et du peuple se trouvait le plus nombreux : il était maître du château royal du Retiro , bâti sur une hauteur qui domine la ville et fortifié avec beaucoup de soin.

Le maréchal Besstères envoya, par ordre de l'empereur, un de ses aides-decatnp dans la ville pour sommer les autorités d'en ouvrir les portes; mais cet officier faillit devenir victime de l'exaspération de la populace, et ne dut son salut qu'à la protection d'un détachement de troupes de ligne qui le reconduisit aux avant-postes français. De son côté la junte militaire chargea un ofBcier-général de porter la réponse qu'elle croyait devoir faire à la sommation, et qu'elle venait de rendre au bruit des vociférations de la multitude réunie sur la place du palais ; cette réponse disait que îapopulatûm entière de Madrid était résolue à s'ensevelir sous les ruines de cette ville plutôt que d'en permettre l'entrée aux Français,

Le feu s^engagea bientôt (a décembre) à l'entrée des £smbourgs et devint très-vif; les voltigeurs du i6^ régiment d'infanterie légère s'emparèrent des premières maisons et d'un grand cimetière; pendant la nuit, le reste du corps du maréchal Victor prit position , et tous les points désignés par l'empereur furent garnis d'artillerie.

A minuit , le major-général Berthier envoya dans la place un lieutenantcolonel d'artillerie , fait prisonnier à Somo-Sierra, pour remettre au marquis de Castellar une nouvelle sommation, et bientôt trente pièces d'artillerie française en batterie devant le Retiro foudroyèrent les murs de cet établissement royal ; en même temps une fausse attaque était dirigée contre un autre côté de la ville pour y attirer la principale attention de l'ennemi : vingt pièces j tant canons qu'obusiers, étaient en batterie sur ce dernier point et faisaient un feu terrible.

A onze heures du matin le feu cessa sur tous les points , et le major-général Berthier envoya un nouveau parlementaire au marquis de Castellar, avec une seconde sommation , rédigée de manière à épouvanter les Espagnols, en ménageant toutefois leur orgueil national.

A cinq heures, le général Morla et D. Bernardo Yriarte, député de la ville , arrivèrent au quartier-général français, et Napoléon, devant qui ils furent introduits, tout en leur accordant une suspension d'armes jusqu'au lendemain , les congédia avec ces paroles foudroyantes : Retournez , leur dit-il , à flfadridj je vous donne jusqiCà demain six heures du matin; revenez alors si vous n^avez à me parler du peuple que pour m^ apprendre quUls'esi soumis; sinon, vous et vos troupes vous serez tous passés par les armes.

Le lendemain, le général Morla et D. Fernando de la Yera revinrent au quartier-général du prince de Neuchâtel pour lui annoncer que les habitants paisibles acceptaient avec reconnaissance les offres de l'empereur, et quelques heures après le général Belliard entra avec un corps de troupes dans la capitale dont il venait d'être nommé gouverneur ; quant à l'empereur, il ne voulut pas entrer dans Madrid. Ses adieux furent terribles : ce Si mes efforts sont inutiles, disait-il après sa proclamation , si vous ne répondez pas à ma confiance , il ne me restera qu'à vous traiter en provinces conquises et à placer mon frère sur un autre trône. Je mettrai alors la couronne d'Espagne sur ma tête , et je saurai la faire respecter des méchants; car Dieu m'a donné la force et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles. x>

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