‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 34 sur 57 · BATAILLE DE LA MOSKOWA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA MOSKOWA

Napoléon avait dit, dans sa proclamation du ai mai 1813 : « La Russie est entraînée par la fatalité, ses destiifô doivent s'accomplir », et le lendemain il passait le Miém^ , et s'emparait , l'épée dans le fourreau , de la Lithuauie , abandonnée par les Russes à son approche. Tout répond d'abord à cet heureux commencement. Alexandre n'ose pas même attendre les Français derrière les retranchements de Drissa , et fuit à Saint-Pétersbourg, laissant la conduite de la guerre à ses généraux Barclay de Tolly et Bagration. Chassés de poste en poste, d'Ostrowno à Smulensk , de Smolensk au plateau de Valontina , le champ sacré , de Valontina à la Moskowa , les Russes incendiaient eux-mêmes le pays qu'ils quittaient et ne laissaient à leurs ennemis qu'un désert.

« Napoléon trouva les positions de l'ennemi très-belles, occupées avec intelligence; mais il en saisit aussitôt le côté vulnérable.

a La veille, àla nuit, les lignes se formèrent; aux deuxailes : Poniatowski près du vieux chemin de Smolensk ; Eugène , renforcé par deux divisions du premier corps et la cavalerie de Grouchy, à cheval sur la Koloeza derrière la Voina, à 600 toises de Borodino. Au centre ; en première ligne Davoust ( deux divisions) et Ney, couverts chacun par une contre-batterie de a4 pièces opposée aux redans; en seconde ligne Murât et Junot; en troisième ligne, à gauche de la redoute , la jeune garde et la division Priant du premier corps; enfin en réserve derrière la redoute , la vieille garde. Malgré la brume qui rendait l'obscurité profonde , les mouvements s'exécutèrent avec la précision habituelle, et l'Empereur yit avec joie, aux feux de l'ennemi, que Kutuzof ne changeait rien à ses dispositions.

« Les premières hetires du jour dissipèrent le brouillard , le soleil s'éleva resplendi5santetI4apoléons'écria:« Voilà le soleil d'Austerlitz!» A ce moment les troupes ayant pris les armes, on lut la proclamation suivante, noble pendant des homélies de Kutuzof:

flc Soldats , voilà la bataille que vous avez tant désirée ! Désormais la a victoire dépend de vous; elle nous est nécessaire, elle nous donnera <c labondance j de bons quartiers d*biver et un prompt retour dans la patrie, a Conduisez-vous comme à Austerlitz , à Friedland , à Witepsk , à Smolensk, <c et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans « cette journée; que l'on dise de vous : Jl était à cette grande btUaUlej sous tf les murs de Moscou. »

ce Aussitôt le canon de la batterie de droite donne le signal, et la première ligne s'ébranle aux cris mille fois répétés de : Vive l'Empereur ! Cependant quatre heures s'étaient écoulées et le champ de bataille n'était pas encore ouvert. I/eniiemi cédait le terrain , mais sans désordre , et Ton voyait son centre, ses réserves , se porter sur sa gauche relevés, dans leurs postes primitifs, par sa droite. Le plan de l'Empereur était démasqué , les deux armées allaient se faire face , et la chance des grandes manœuvres étant perdue , la victoire appartenait aux plus intrépides. A l'aile droite, Poniatowski avait . pris et s'était laissé reprendre le mamelon d'Ustiza. Junot eut ordre de renforcer Poniatowski , Davoust et Ney de se glisser entre la flèche et les bois pour déborder la gauche de Bagration , Priant d'emporter la flèche , Murât de lier Ney et Priant au moyen du corps de Nansouty et de Êiire passer à la ^uche de Latour-Maubourg Montbrun pour escalader la grande batterie que le vice-roi devait aborder de front.

« Le pas de charge retentit depuis Ustiza jusqu'à Borodino. Au moment où Montbrun s'élançait au galop , un boulet l'atteint mortellement ; mais Eugène , après s'être établi sur le mamelon , escalade les parapets du côté opposé et pénètre enfin dans la redoute pour ne plus en sortir , et Ney qui doit être salué du titre de prince de la Moskovira , Ney frappe au cœur la gauche et fait une large trouée, et les Russes sanglants, mutilés, s'éloignent pour se reformer derrière le ravin qui se jette près de Gorko dans la Kronizza.

« Kutuzof, informé de ses pertes, fit enfin battre la retraite. Il avait cinquante mille hommes hors de combat , les Prançais vingt mille. » ( Tableau des guerres de la réuahuion.)

Le i4 septembre, Moscou se déployait avec ses étincélantes coupoles et ses innombrables clochers aux yeux des Français muets d'admiration, et Napoléon croyait la campagne finie.

Page 1