‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 40 sur 57 · BATAILLE DE MONTMIRAIL · texte numérisé non relu

BATAILLE DE MONTMIRAIL

L'inquiétude et le découragement avaient gagné nos soldats; Blùcher marchait sur Paris par la grande route de Cbàloos. Le champ de bataille semblait être à la diplomatie , et la France attendait son salut ou sa perte du congrès de Cbâtillon. Napoléon a donné la mesure du péril public en mettant entre ses mains le sort de l'État. Il se décide à abandonner la Belgique et la rive gauche du Rhin , l'Italie , le Piémont , l'Allemagne , Gènes , etc. ; mais lorsque le duc de Bassano présente l'ultimatum à la signature, l'espérance se réveille, a II s'agit « d'autres choses, » s'écria l'Empereur; « je suis dans ce moment à battre 1 Bliicher. Je pars; je le battrai demain, je le battrai après-demain : si n je réussis, l'état des affaires va changer, et nous verrons... n

La victoire de Champ- Aubert , lo février 1814» n'est que le prélude de la bataille de Montmirail. Le lendemain 1 1 , Napoléon accourt sur les traces de Sacken , qui marche vers La Ferté , et d'Yorck , qui est déjà à la vue de Meaux ; mais , à la nouvelle de la défaite de Champ- Aubert , ils ont rebroussé chemin et viennent au-devant de la bataille que Napoléon leur apporte ; une attaque générale la décide bientôt en feveur des Français. Ney et Mortier ont enlevé avec la plus grande valeur la ferme des Grenaux , où l'ennemi a concentré ses forces; il fuit vers Chàteau>Thierry, en pleine déroute, dans l'espoir de rejoindre Bliicher sur la Marne. Mais le i a , poursuivis jusqu'à cette ville , les Russes et les Prussiens, qui n'ont pas eu le temps d'en couper le pont, y sont entrés pèle-méle avec la cavalerie française. Mortier refoule sur la route de Soissons

tous ces fuyards d'Yorck et de Sacken. Les habitants de Château -Thierry ramassent les fusils des vaincus et se forment en partisans.

Cependant Marmont n'a pu contenir plus long-temps Blûcher, renforcé de deux corps russes et prussiens arrivés de Mayence ; il a même dû évacuer Champ-Aubert; enfin il se voit poussé jusqu'à Montmirail ; tout à coup il fait volte-&ce et prend position dans la plaine de Vaux-Champs ; il se retrouve encore à l'avant-garde , ayant derrière lui Napoléon avec son armée en bataille. Il est huit heures du matin : Bliicher, étonné, voudrait refuser le combat; mais , attaqué soudain par notre cavalerie qui se précipite sur les carrés prussiens, les enfonce et les disperse, la retraite qu'il ordonne n'est plus qu'une fuite. Lui-même, le soir, enveloppé avec son état-major, il ne peut se dégager que le sabre à la main et à la faveur de l'obscurité. Marmont continue la poursuite toute la uuit. Napoléon retourne coucher à Montmirail; il envoie huit mille prisonniers russes et prussiens porter k Paris les bulletins de cette glorieuse semaine. Il peut se rappeler la fameuse campagne de cinq jours qui marqua ses premiers succès en Italie ; d'autres vont encore illustrer ses derniers combats en France. (De Nobvirs, Histoire de Napoléon.)

Page 1