ADIEUX DE FONTAINEBLEAU
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La partie était perdue; contre tous que voulait-on qu'il fit? L'acte d'abdication avait été signé le 4 avril, restaient les adieux, et la France impériale n'était plus représentée que par un petit nombre de fidèles, deux Polonais compris, qui seuls assistèrent au dénouement de ce graod drame, jeté dans l'bistoire comme un épisode de poème épique. Berthier, prince de Neuchàtel, et le mameluk Roustan, l'ami et le valet, devaient manquçr à cette revue. Pour Napoléon, le monde allait se trouver réduit à l'île d'Elbe, en attendant l'épilogue affreux du rocher de Sainte-Hélène. Ennuyé de toutes les petites discussions d'intérêt personnel qui lui paraissaient si mesquines dans ce naufrage de sa grande fortune; il avait dit: « £h! que m'importe? un petit écu par « jour et un cheval, voilà toutce qu'il me faut. » Mais il fallut qu'il acceptât la fiche de consolation qui lui était donnée; et, toute discussion réglée à ce sujet, il se trouva pris d'un violent désir de la mort, qu'il essaya, mais en vain. Le poison avait perdu de sa puissance, et le i a au matin la nature avait repris le dessus. Cependant tout n'était pas encore accompli.
Le jour du départ, fixé au 17, avait été retardé par diverses dispositions relatives au voyage. « Le 30, à dix heures du matin, toutes les voitures étaient prêtes dans la cour du palais : l'empereur déclara au général autrichien Koller, qu'il ne partirait pas parce que les alliés n'étaient pas fidèles aux engagements qu'ils avaient pris, et qu'ils avaient empêché l'impératrice de l'accompagner jusqu'à Saint-Tropez, comme il avait été convenu. KoUer l'assura qu'elle n'était pas retenue, et que c'était par sa propre volonté qu'elle s'était décidée à ne pas l'accompagner; c'était vrai. Il accusa l'empereur d'Autriche d'être un homme sans religion, qui poussait sa fille au divorce, et l'empereur
de Russie et le roi de Prusse, d*avoir manqué de délicatesse, en allant le voir à Rambouillet pour insulter à son malheur.
(c A midi, Napoléon descendit dans la cour du Cheval Blanc; il trouva rangé sur son passage ce qui lui restait de la cour brillante dont il avait été entouré, et s* avançant au milieu de douze cents grenadiers de sa garde rangés sur deux haies, il fit signe qu'il voulait parler. La garde forma le cercle autour de lui , et chacun put entendre ces dernières paroles , qu'il prononça d'une voix ferme quoique émue :
« Soldats de ma vieille garde, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans « je vous ai trouvés constamment sur le chemin de l'honneur et de la gloire. « Dans ces derniers temps comme dans ceux de notre prospérité, vous n'avez « cessé d'être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels c( que vous, notre cause n'était pas perdue; mais la guerre était interminable : « c'eut été la guerre civile, et la France n'en fût devenue que plus malheucc reuse. J'ai donc sacrifié tous nos intérêts à ceux de la patrie; je pars. Vous, « mes amis, continuez de servir la France ; son bonheur était mon unique ccjpensée; il sera toujours l'objet de mes vœux. Ne plaignez pas mon sort; <r si j'ai consenti à me survivre, c'est pour servir encore à votre gloire. Je veux « écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble ! Adieu , mes ff enfants ! Je voudrais vous presser tous sur mon cœur ; que j'embrasse au ce moins votre drapeau!... d
« A ces mots, le général Petit, saisissant Taigle, s'avança. Napoléon reçut le général dans ses bras et baisa le drapeau. Les soldats éclatèrent en sanglots. Napoléon , profondément ému , reprit d'une voix toujours ferme : « Adieu « encore une fois, mes vieux compagnons! que ce dernier baiser passe dans a vos cœurs. »
« S'arrachant aux embrassements de ceux qui l'entouraient, il se jeta dans sa voiture et partit aux cris de vive VEmpej-eurî »
(TaiBAUOEAU.)
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