‹ Musée de Versailles: avec un texte historiqueChapitre 43 sur 57 · OCTROYANT LA CHARTE A SAINT-OUEN · texte numérisé non relu

OCTROYANT LA CHARTE A SAINT-OUEN

Après la paix de Tilsitt, la possibilité du rétablissement des Bourbons était nue chimère aux yeux de la Russie, aux yeux de tonte l'Europe, moins le roi de Suède, qu'attend lui-même une déposition prochaine. I^a nécessité «le ménagements éventuels pour Napoléon s'est fait sentira l'Angleterre , qiii , après lui avoir juré une guerre à mort, semble craindre de ne pouvoir tenir son serment. Pour éviter de rendre la paix à jamais impossible , le cabinet britannique , et quel cabinet ! celui qui se comjwse des Castlereagh, des Perceval et des Canning, a peur de voir s'élever la maison de Bourbon comme un obstacle entre l'Empereur et lui. C'est Louis XVin , roi de France , qui demande l'hospitalité ; on ne l'accorde qu'au comte de Lille, et encore ne laîsse-t-on pas au noble exilé le choix de sa retraite. Comme il persiste dans son refus d'aller eu Ecosse , on lui permet de débarquer à Yarmouth. Sur Tinvitatinn du duc de Buckingham , il se rendit à l'ancienne habitation de Gossfîeld-Halt, dans le comté d'Essex. Quelques années après, il va s'établir dans l'humble séjour dllartwell. Là,un esprit éclairé, une ame assez généreuse pour adopter, en pensée, la gloire de cette France que sa famille ne gouverne plus; une raison assez vaste et assez pénétrante pour voir, dans l'excès même des prospérités de Napoléon, un présage de revers plus ou moins certain, qui amènerait des chances de restauration; une douce philosophie, des goûts littéraires, et la société d'une nièce formée à l'école du malheur, dont la vertu courageuse

ornait sa petite cour, tous ces biens précieux que le sort n'avait pu lui ravir, composèrent , pour le comte de Lille , une de ces existences d'expectative qui, malgré l'infortune présente, n'est point sans agrément et sms charmes. C'est de là qu'il partira, en i8i4. pour remonter sur le trône de ses aïeux, emportant avec lui la table modeste qui n'avait reçu que les confidences du poète et du roi déchu, et sur laquelle il allait tracer à Saint-Ouen cette fameuse déclaration qui devait commencer notre ère constitutionnelle.

a Rappelé par l'amour de notre peuple au trône de nos pères , éclairé par les « malheurs de la nation que nous sommes destiné k gouverner, notre première « pensée est d'i.nvoquer cette confiance mutuelle , si nécessaire à notre repos , H à son bonheur. Après avoir lu attentivement le plan de constitution proposé «par le Sénat, dans sa séance du 6 avril dernier, nous avons reconnu que les o bases en étaient bonnes, mais qu'un grand nombre d'articles, portant l'ema preinte de la précipitation avec laquelle ils ont été rédigés , ne peuvent , dans «leur forme actuelle, devenir lots fondamentales de l'État. Résolu d'adopter «une constitution libérale, voulant qu'elle soit sagement combinée, et ne « pouvant en adopter une qu'il est indispensable de rectifier, nous convoque- « rons le Sénat et le Corps Législatif, nous engageant à mettre sous leurs yeux « le travail que nous aurons fait avec une commission choisie dans le sein de «ces deux corps, et à donner pour base à cette constitution les garanties « suivantes :

« I^ gouvernement représentatif divisé en deux corps , l'impôt librement « consenti , la liberté publique et individuelle , la liberté de la presse , la liberté « des cultes , les propriétés inviolables et sacrées , la vente des biens nationaux « irrévocable, les ministres responsables, les juges inamovibles et le pouvoir «judiciaire indépendant, la dette publique garantie, la Légion-dllonneur «maintenue, tout Français admissible à tous emplois; enfin, nul individu ne « pourra être inquiété pour ses opinions et ses votes. »

Il s'agissait de remplacei- la gloire par la liberté. La liberté de la main df l'empereur Alexandre parut suspecte, et la gloire, toute sanglante et toute coûteuse qu'elle avait été, laissait de grands et nobles regrets qui rendaient difficile un rapprochement de bonne foi entre le passé et le présent. C'était toute une éducation à faire, et quant au peuple, et quant au roi.

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