QUITTE LES TUILERIES
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Lorsqu'on apprit aux Tuileries la tentative hardie de Napoléon, ce fat autour du roi une explosion d'indignation et de dévouement sans réserve; chacun des courtisans et des anciens généraux de l'einpire s'offrit pour aller combattre l'usurpateur, qu'une ordonnance royale venait de mettre hors la loi i on publia sur sa marche des récits mensongers ; on annonça sa fuite dans les montagnes ; on s'appesantit à plaisir sur l'horreur des populations. Toute- ^is, la peur était au fond de toutes ces prétentions à la sécurité, et le mouvement parut si sérieux, que tous In membres de la &mille royale partirent pour le comprimer; le comte d'Artois et le duc d'Orléans se rendirent i Lyon , le duc d'Angouléme dans le Languedoc , la duchesse à Bordeaux; les maréchaux Macdonald, Masséna, Oudinot, Ney, Mortier se di^rsèrent dans les départements; le maréchal Soulten appela à la fidélité de l'armée, tout en qualifiant Napoléon d'aventurier. Vaines démonstratiousl les corps d'armée reprenaient leurs aigles, criaient : Vive l'empereur! et tout détachement envoyé contre le CorsCf servait à grossir son escorte et à précipiter sa marche vers Paris. Le lo mars, Napoléon était à Lyon, où Monsieur n'avait pu se maintenir, et ce fut là que, rentrant dans l'exercice de son pouvoir impérial, il prononça la dissolution des chambres, convoqua les collèges électoraux en assemblée extraordinaire du Champ-de-Mai pour modifier les constitutions de l'empire , abolit l'ancienne noblesse , porta des peines sévères contre les émigrés non rayés, rentrés en France depuis t8r4t rappela les
magistrats destitués , congédia tous les officiers de terre et de mer nommés depuis i8i49 et proscrivit treize individus, parmi lesquels se trouvaient le duc de Raguse et le prince de Bénevent. D\autre part, Louis XYIII essayait de ramener à lui Topinion publique , que les fautes de son gouvernement avait rendue hostile à la Restauration et disposée en faveur de Bonaparte. Il protestait de ses sentiments constitutionnels, faisait appel aux idées libérales; il plaçait la Charte sous la protection de l'armée , de la garde nationale et de tous les citoyens ; convoquait les Chambres, et promettait aux représentants de faire bonne contenance et de mourir à son poste. Mais déjà le mot terrible : a Ils n'ont rien oublié et rien appris » portait ses fruits. La nation était aigrie par les provocations téméraires et les attaques récentes des partisans de l'ancien régime; elle comprit que cette manifestation tardive de libéralisme n'était due qu'à la marche rapide de Napoléon sur la capitale, et quand le moment fut venu , elle laissa envahir le château des Tuileries par l'exilé de l'île d'Elbe. C'eût été un imposant spectacle, dit Thibaudeau , que celui « du « roi restant aux Tuileries pour voir en £ice l'homme qui prétendait s'asseoit a sur son trône; Laine, partageant cette résolution, lui conseilla de s'entourer « des Chambres en permanence, pour voir, lui aussi, si l'usurpateur oserait <c porter la main sur la représentation nationale ; mais les peureux, et il n'en ce manquait pas, alarmèrent le roi, qui eut l'air d'avoir la main forcée pour « sauver sa dignité. Sa résolution de fuir fut annoncée par sa proclamation , c( qu'il rédigea lui-même, et que publia le Moniteur du ao. — Le même jour, « il n'y avait plus de gouvernement : personne ne commandait , et cependant « tout le monde obéissait encore. » lie roi partit dans la nuit du 19 au 20 mars, pour passer à l'étranger, sous le nom de comte de Lille , par cette même route dé Flandre qu'il avait suivie lors de sa première émigration. La cour, telle que le passé et le présent mal combinés l'avaient faite , va se retrouver à Gand , maik la France ne l'y a pas suivie. La question de personne est si peu de chose pour l'empereur, qu'il n'accorde même pas au duc d'Angoulême l'honneur d'être retenu prisonnier. Le général Lamarque a bon marché de la Vendée, qui essaie de se soulever avec MM. de Sapinaud , d'Âutichamp et de La Rochejaquelein, et la lutte, terminée à l'intérieur sans effusion de sang, va se dessiner nettement entre l'Europe et Napoléon.
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